Guide de l'Athènes Antique par Pausanias

Article

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 11 novembre 2022
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Disponible dans ces autres langues: anglais

Pausanias était un écrivain du IIe siècle de notre ère qui voyageait beaucoup, prenait des notes sur les points d'intérêt et consignait ses voyages dans des "guides" qui pouvaient être utilisés par les touristes en visite dans les sites décrits. Né en Lydie, en Asie mineure (l'actuelle Turquie), Pausanias voyagea en Macédoine, à Jérusalem, en Égypte et à Rome et raconta qu'il avait vu les ruines de la ville de Troie (un passage important pour les archéologues ultérieurs, notamment Heinrich Schliemann, qui cherchaient à prouver que Troie était plus qu'un mythe). Il est surtout connu pour son ouvrage en dix volumes, Description de la Grèce, dans lequel il relate, avec force détails, ses voyages à travers le pays, ville par ville. La précision avec laquelle Pausanias décrit les statues, les monuments, les temples et les bâtiments de la Grèce antique est fascinante par son exactitude, car les bâtiments et les monuments qui existent encore correspondent parfaitement à ses descriptions ; on peut donc supposer que les bâtiments qu'il décrit et qui n'existent plus étaient également tels qu'il les a décrits. Pausanias reste donc l'un des écrivains les plus importants de l'Antiquité, fournissant aux lecteurs d'aujourd'hui un guide inestimable des villes antiques de la Grèce.

Propylaea, Athenian Acropolis
Propylées, Acropole athénienne
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Dans les passages suivants, tirés de sa Description de la Grèce (traduit par M. Clavier, Membre de l'Institut et Professeur au Collège Royal de France), Pausanias emmène le lecteur en promenade depuis le port du Pirée, à travers Athènes, jusqu'à l'Acropole, en notant des statues intéressantes et des éléments d'histoire le long du chemin. Tout lecteur qui a emprunté ce même itinéraire de nos jours le reconnaîtra à partir de la description faite par Pausanias il y a près de 2 000 ans :

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[1.1.1] Dans cette partie du continent de la Grèce qui regarde les Cyclades et la mer Égée, s'élève en avant de l'Attique le promontoire Sunium. En le côtoyant vous trouvez un port, et sur le sommet du promontoire le temple de Minerve (Athéna) Suniade. En naviguant un peu plus avant, vous voyez Laurium, où étaient jadis les mines d'argent des Athéniens, et une petite île déserte nommée l'île de Patrocle. Ce Patrocle commandait les vaisseaux que Ptolémée, fils de Ptolémée, et petit-fils de Lagus, envoya au secours des Athéniens contre Antigone, fils de Démétrius, qui ravageait lui-même leur pays avec ses troupes de terre, tandis que ses vaisseaux les tenaient bloqués. Patrocle plaça son camp dans cette île et y construisit un fort.

Le Pirée était une paroisse depuis les anciens temps, bien qu'il n'ait pas été un port avant que Thémistocle ne devienne archonte.

Le Pirée

[1.1.2] Le Pirée était déjà anciennement un bourg, mais il n'y avait point de port avant que Thémistocle fût archonte, et Phalère était alors le port des Athéniens; c'est là en effet que la mer est le plus près de la ville. Ménésthée partit, dit-on, de Phalère pour se rendre au siège de Troie, et Thésée s'y était embarqué auparavant pour aller donner à Minos satisfaction de la mort d'Androgée. Thémistocle, lorsqu'il fut archonte, trouvant que le Pirée était bien plus commode pour les navigateurs, et offrait d'ailleurs trois ports au lieu d'un seul qu'il y avait à Phalère, y fit les constructions nécessaires pour le rendre praticable, et les loges destinées à recevoir les vaisseaux y étaient encore de mon temps. Le tombeau de Thémistocle est vers le plus grand de ces ports, car on dit que les Athéniens s'étant repentis de leur injustice à son égard, ses os furent apportés de Magnésie par ses parents. Il paraît que ses enfants revinrent aussi à Athènes, et ils placèrent dans le Parthénon un tableau représentant Thémistocle.

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[1.1.3] L'enceinte consacrée à Jupiter (Zeus) et à Minerve (Athéna) est ce que le Pirée offre de plus remarquable. Jupiter (Zeus), tient son sceptre d'une main, une Victoire de l'autre, et Minerve (Athéna) tient une pique ; ces deux statues sont en bronze. On y voit le tableau où Arcésilas a peint Léosthène et ses enfants : ce Léosthène à la tête des Athéniens et de tous les autres Grecs, ayant défait les Macédoniens, d'abord dans la Béotie, ensuite au-delà des Thermopyles, les obligea de se renfermer dans Lamie, de l'autre côté du mont Éta. Un long portique sert de marché à ceux qui demeurent près de la mer, (car il y a un autre marché pour ceux qui sont plus éloignés du port). On voit derrière ce portique, deux statues, représentant Jupiter (Zeus), et le Peuple, tous deux debout; elles sont de Léocharès. Sur le bord de la mer est un temple de Vénus (Aphrodite) que Conon fit bâtir après la victoire navale qu'il remporta sur les Lacédémoniens, vers Guide, dans la Chersonèse de la Carie. Les Gnidiens ont en effet la plus grande vénération pour Vénus (Aphrodite), qui a plusieurs temples chez eux. Celui de Vénus (Aphrodite) Doritis est le plus ancien ; celui de Vénus (Aphrodite) Acrée a été bâti ensuite; le plus moderne de tous est celui de Vénus (Aphrodite) nommée Euplée par les Gnidiens, mais plus généralement connue sous le nom de Vénus (Aphrodite) de Gnide.

Piraeus & The Long Walls
Le Pirée et la longue muraille
Dept. of History, US Military Academy (CC BY-SA)

[1.1.4] Les Athéniens ont à Munychie un autre port et un temple de Diane (Artémis) Munychia ; et à Phalère, comme je l'ai déjà dit, un troisième port, avec un temple de Cérès (Déméter) auprès. On y voit aussi un temple de Minerve (Athéna) Sciras; un peu plus loin, un temple de Jupiter (Zeus), et des autels érigés aux dieux inconnus, aux héros, aux fils de Thésée et à Phalérus, qui fit avec Jason le voyage de Colchos, disent les Athéniens. Androgée, fils de Minos, y a pareillement un autel qu'on nomme l'autel du héros, mais ceux qui cherchent à connaître mieux que les autres, les antiquités du pays, savent qu'il est dédié à Androgée.

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[1.1.5] Le promontoire Colias est à vingt stades de Phalère ; c'est-là qu'après la défaite des Mèdes, les débris de leur escadre furent jetés par les flots. On y voit la statue de Vénus (Aphrodite) Colias et celles des Génétyllides, déesses qui sont, je crois, les mêmes que celles qui portent le nous de Gennaïdes chez les Phocéens de l'Ionie. Sur la route de Phalère à Athènes est un temple qui n'a plus ni portes ni toit : il fut brûlé, dit-on, par Mardonius, fils de Gobryas. Si la statue qu'on y voit est, comme on le dit, un ouvrage d'Alcamène, on conçoit pourquoi elle n'a pas été mutilée par Mardonius.

Périphérie et murs de la ville

[1.2.1] En entrant dans la ville d'Athènes, vous trouvez le tombeau de l'amazone Antiope. Pindare dit qu'elle avait été enlevée par Thésée et Pirithoüs ; mais voici ce qu'on lit dans les vers d'Hègias de Trézène. Héraclès ayant assiégé la ville deThemiscyre sur le Thermodon, ne put cependant pas parvenir à la prendre; elle lui fut livrée par Antiope devenue amoureuse de Thésée, qui avait suivi Hercule dans cette expédition. Les Athéniens, de leur côté, disent que les Amazones étant venues dans l'Attique, Antiope fut percée d'un coup de flèche par Molpadie, qui fut elle-même tuée par Thésée, et on montre aussi son tombeau à Athènes.

Themistocles
Thémistocle
Sailko (CC BY)

[1.2.2] En montant du Pirée à la ville, on découvre les ruines des murs que Conon fit bâtir après le combat naval de Gnide ; car ceux que Thémistocle avait construits après la retraite des Mèdes furent démolis pendant la tyrannie des trente. Deux personnages très connus, Ménandre, fils de Diopithès, et Euripide, ont leurs tombeaux sur cette route. Celui d'Euripide est un Cénotaphe, car ce poète, étant allé vers le roi Archélaüs, fut enterré dans la Macédoine. Beaucoup d'écrivains ont raconté comment il mourut; et je veux bien croire ce qu'ils disent.

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[1.2.3] Les poètes fréquentaient alors les rois ; déjà avant Euripide, Anacréon avait vécu auprès de Polycrate, tyran de Samos; Hiéron avait reçu Eschyle et Simonide à Syracuse; Denys, qui fut par la suite tyran de la Sicile, avait Philoxène à sa cour; Antagoras de Rhodes et Aratus de Soles vinrent à celle d'Antigone, roi de Macédoine. Mais Homère et Hésiode, ou n'eurent pas le bonheur d'être recherchés par des souverains, ou le dédaignèrent ; Hésiode, par ce qu'il aimait la vie champêtre et craignait la fatigue des voyages. Pour Homère, qui en avait fait de fort longs, il préféra une vaste renommée aux avantages de la fortune qu'il aurait pu trouver dans le commerce des grands. Il nous présente en effet, dans ses poèmes, Dérnodocus à la cour d'Alcinoüs, et il nous apprend qu'Agamemnon partant pour le siège de Troie avait laissé je ne sais quel poète auprès de son épouse. On voit à peu de distance des portes de la ville un tombeau sur lequel est un guerrier debout près de son cheval. Je ne sais pas qui c'est, mais l'homme et le cheval sont l'ouvrage de Praxitèle.

Temple de Déméter

[1.2.4] En entrant dans la ville, vous trouvez un édifice, pour l'appareil des pompes religieuses qui se font, les unes tous les ans, les autres à des époques plus éloignées. Non loin de là un temple de Cérès (Déméter) renferme la statue de la déesse, celle de sa fille et Iacchus tenant à la main une torche. Une inscription gravée sur le mur en lettres attiques, nous apprend que ces statues sont de Praxitèle. Près de ce temple est un Neptune (Poséidon) à cheval, lançant sa pique au géant Polybotès, sur lequel les habitants de Cos racontent une fable où il est question du promontoire de la Tortue. L'inscription qu'on y lit maintenant indique un autre personnage que Poséidon. Depuis les portes de la ville jusqu'au Céramique, règnent des portiques devant lesquels sont des statues en bronze représentant différents personnages, hommes ou femmes, qui se sont distingués ou par leurs actions on par leurs écrits.

Seated Demeter Statue
Statue de Déméter assis
Osama Shukir Muhammed Amin (Copyright)

[1.2.5] Un de ces portiques renferme quelques temples de dieux, un gymnase qui porte le nom de Mercure (Hermès), et même encore la maison de Polytion, où quelques Athéniens d'un rang distingué parodièrent les mystères d'Éleusis; elle est maintenant consacrée à Bacchus (Dionysos), qui a reçu le surnom de Melpoménus comme Apollon celui de Musagète; et pour la même raison. Ce portique vous présente aussi les statues de Minerve (Athéna) Péonia, de Jupiter (Zeus), de Mnémosyne, des Muses et d'Apollon, faites et offertes par Eubulide ; on y voit encore Acratus l'un des génies de la suite de Bacchus (Dionysos); mais ce n'est qu'une tête enchâssée dans le mur. Après l'enceinte consacrée à Bacchus (Dionysos), vous trouvez un petit édifice avec des statues de terre qui représentent Amphictyon, roi des Athéniens, donnant un repas à Bacchus (Dionysos) et aux autres dieux. Là se voit enfin Pégase d'Éleuthère qui introduisit à Athènes le culte de Bacchus (Dionysos) ; il fut secondé par l'oracle de Delphes, qui rappela aux Athéniens le voyage du dieu dans l'Attique, du temps, d'Icarius.

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[1.2.6] Amphictyon parvint au trône de la manière suivante. Actéus fut, dit-on, le premier roi de ce qu'on nomme maintenant l'Attique. Cécrops, qui avait épousé sa fille, prit la couronne après sa mort; il eut trois filles, Hersé, Aglaure, Pandrose, et un fils nommé Erysichthon, qui ne régna point, étant mort avant Cécrops, dont le trône fut occupé par Cranaüs le plus puissant des Athéniens. Cranaüs eut plusieurs filles, entre autres Atthis, de qui le pays prit le nom d Attique au lieu de celui d'Actée qu'il portait auparavant. Amphictyon se révolta contre Cranaüs, dont il avait cependant épousé la fille, le détrôna et fut renversé lui-même par Erichthonius et ses partisans. On dit qu'Erichthonius n'avait point de père mortel, et qu'il était fils de Vulcain (Héphaïstos) et de la Terre

Céramique

[1.3.1] Le quartier appelé le Céramique tient son nom du héros Ceramus, qu'on dit aussi fils de Dionysos et d'Ariane. Le portique royal est le premier à droite ; c'est là que siège celui des archontes annuels qui prend le titre de roi. Il y a sur le faîte de ce portique quelques figures en terre cuite, Thésée précipitant Sciron dans la mer, Héméra portant Céphale qu'elle enleva; dit-on, éprise de sa beauté. Elle eut de lui un fils nommé Phaéton qu'elle fit gardien de son temple, ainsi que le racontent plusieurs poètes, entre autres Hésiode dans ses vers sur les femmes célèbres.

Dexileos Stele
Stèle Dexileos
James Lloyd (CC BY-NC-SA)

[1.3.2] Près de ce portique sont des statues qui représentent Conon debout, Timothée son fils, et le roi de Chypre Évagoras, qui engagea le roi Artaxerxés à confier les vaisseaux Phéniciens à Conon. Évagoras donna ce conseil parce qu'il était Athénien lui-même et originaire de Salamine; il descendait en effet de Tenter et d'une fille de Cinyras. Là sont aussi Jupiter (Zeus) surnommé Éleuthère et l'empereur Adrien, qui répandant ses bienfaits sur d'autres peuples soumis à son empire, en combla particulièrement les Athéniens.

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[1.3.3] Dans le portique qui est derrière sont peints les douze grands dieux, et sur le mur opposé, Thésée, la Démocratie et le Peuple. On a voulu exprimer par là que ce fut Thésée qui établit à Athènes un gouvernement fondé sur l'égalité. En effet, l'opinion vulgaire veut que Thésée ait remis le gouvernement au peuple et que la démocratie ait subsisté jusqu'à l'usurpation de Pisistrate. D'autres traditions également fausses ont cours parmi la multitude; comme elle ne connaît pas l'histoire, chacun prend pour des vérités ce qu'il a entendu dès son enfance dans les chœurs religieux et dans les tragédies ; on dit aussi que Thésée reprit la couronne après la mort de Ménesthée, et que ses descendants régnèrent à Athènes jusqu'à la quatrième génération. Si je voulais écrire des généalogies, je ferais facilement l'énumération de ceux qui ont régné depuis Mélanthus jusqu'à Clidicus, fils d'Ésimide, et do ceux qui avaient régné depuis Thésée.

[1.3.4] On a peint dans ce même portique la bataille de Mantinée, où les Athéniens étaient comme auxiliaires des Lacédémoniens. Xénophon et d'autres ont écrit toute l'histoire de cette guerre; la prise de la Cadmée, la défaite des Lacédémoniens à Leuctres, l'invasion des Béotiens dans le Péloponnèse et comment les Athéniens envoyèrent des secours aux Lacédémoniens. Le tableau dont il s'agit représente le combat de la cavalerie ; les personnages les plus connus sont, Gryllos, fils de Xénophon, du côté des Athéniens, et parmi les Béotiens Épaminondas de Thèbes. Ces tableaux sont d'Euphranor qui a peint aussi, dans le temple voisin, Apollon surnommé Patroos ; des deux statues d'Apollon placées devant ce temple, l'une est de Léocharès ; celle d'Apollon Alexicacos est de Calamis. Ce surnom, du dieu vient, disent les Athéniens, de ce qu'il leur indiqua, par un oracle rendu à Delphes, les moyens de faire cesser la peste dont ils étaient affligés en même temps que de la guerre du Péloponnèse.

Battles of Ancient Greece
Batailles de la Grèce antique
Megistias (CC BY-SA)

[1.3.5] On a bâti dans le même endroit un temple de la mère des dieux, sa statue a été faite par Phidias; près de là est le Sénat des cinq cents qui se renouvelle chaque année. On y remarque une statue de Jupiter (Zeus) Buléus ; un Apollon, ouvrage de Pisias, et une statue du Peuple, de la main de Lyson. Protogène de Canne et Olbiade y ont peint, le premier, les législateurs d'Athènes, et le second, ce Callippus qui conduisit les Athéniens aux Thermopyles, pour s'opposer à l'irruption des Gaulois dans la Grèce.

Thermopyles

[1.4.1] Ces Gaulois habitent les extrémités de l'Europe, vers une mer immense dont on ne connaît pas les extrémités, qui est sujette au flux et au reflux, semée d'écueils et remplie de monstres qui ne ressemblent en rien à ceux de nos mers. Le pays de ces Gaulois est traversé par l'Éridan, fleuve sur les bords duquel les filles du Soleil pleurent, dit-on, la mort de Phaéton leur frère. Le nom de Gaulois qu'on leur donne n'a prévalu que très tard; ils prenaient anciennement celui de Celtes; nom que les autres peuples leur donnaient aussi. Ces peuples ayant rassemblé une armée considérable, prirent leur route le long du golfe Ionien et chassèrent de leur pays les Illyriens, les peuples qui demeurent entre l'Illyrie et la Macédoine, les Macédoniens eux-mêmes, et envahirent la Thessalie. Ils étaient déjà près des Thermopyles, que les Grecs pour la plupart n'avaient pas encore songé à sortir de l'inaction pour s'opposer à l'irruption des barbares. Très maltraités d'abord par Philippe et par Alexandre, les Grecs avaient perdu le reste de leurs forces sous Antipater et sous Cassandre, de sorte que chaque peuple croyait, à cause de sa faiblesse, pouvoir sans honte, se dispenser de concourir à la défense commune.

Battle of Thermopylae 480 BCE
Bataille des Thermopyles 480 avant notre ère
Dept. of History, US Military Academy (CC BY-SA)

[1.4.2] Les Athéniens, quoique les plus épuisés par une longue guerre contre les Macédoniens, et par de nombreuses défaites, résolurent cependant d'aller défendre les Thermopyles avec ceux des Grecs qui voudraient se réunir à eux, et ils prirent Callippos pour général. S'étant postés à l'endroit où le passage pour entrer dans la Grèce est le plus étroit, ils arrêtèrent effectivement les Gaulois ; mais ceux-ci ayant trouvé le sentier par lequel Éphialte de Trachine avait jadis conduit les Mèdes, forcèrent les Phocéens qui le gardaient et se trouvèrent de l'autre côté de l'Éta sans que les Grecs en fussent instruits.

[1.4.3] Les Athéniens rendirent en cette occasion les plus grands services aux autres Grecs, en combattant de part et d'autre les barbares qui les enveloppaient. Ceux qui étaient sur les vaisseaux eurent surtout beaucoup à souffrir, le golfe Lamiaque étant très bourbeux aux environs des Thermopyles; ce qui vient, je crois, des eaux Thermales qui s'écoulent par-là dans la mer. Ils avaient donc beaucoup plus de peine que les autres; car, après avoir reçu les Grecs sur leurs vaisseaux, il fallait que, malgré. le poids de ces hommes et de leurs armes, il se tirassent à force de rames de ces eaux bourbeuses.

[1.4.4] Ils sauvèrent ainsi les autres Grecs. Les Gaulois se trouvant en-deça des Thermopyles, ne s'inquiétèrent point des autres villes, empressés qu'ils étaient d'aller piller Delphes et les richesses du dieu. Les habitants de Delphes et les Phocéens des villes voisines du Parnasse se rassemblèrent pour les combattre, et les Étoliens, qui avaient alors une jeunesse très nombreuse et très florissante, leur envoyèrent aussi des secours. A peine en fut-on venu aux mains que la foudre éclata de toutes parts sur les Gaulois; des rochers se détachant du Parnasse fondirent sur eux, et l'on vit apparaître des guerriers armés de toutes pièces qui leur inspirèrent beaucoup d'effroi. Deux de ces guerriers, Hyperochus et Hamadocus, venaient, dit-on, du pays des Hyperboréens; le troisième était Pyrrhus, fils d'Achille, à qui les Delphiens, depuis le secours qu'il leur porta en cette occasion, sacrifient comme à un héros, tandis qu'auparavant, le regardant comme un ennemi, ils méprisaient même son tombeau.

[1.4.5] Les Gaulois s'étant embarqués pour la plupart, passèrent en Asie et en ravagèrent les côtes. Ils furent ensuite repoussés dans l'intérieur, par les habitants de Pergame, pays qu'on appelait jadis la Teuthranie, et ils s'établirent dans la contrée située au - delà du fleuve Sangarius, après avoir pris aux Phrygiens Ancyre, ville fondée jadis par Midas, fils de Gordias; l'ancre trouvée par Midas, se voyait encore de mon temps dans le temple de Jupiter (Zeus). On y voit aussi la fontaine qui porte le nom de Midas, aux eaux de laquelle il avait, dit-on, mêlé du vin pour prendre Silène. Les Gaulois prirent donc Ancyre ainsi que Pessinonte, ville située au pied de la montagne sur laquelle on dit qu'Agdistis et Atys sont enterrés.

The Parthenon
Le Parthénon
Andrew Griffith (CC BY-NC-SA)

[1.4.6] On voit encore à Pergame des dépouilles des Gaulois ainsi qu'un tableau où le combat qu'on leur livra est représenté. Le pays de Pergame était, dit-on, anciennement consacré aux Cabires. Les habitants se prétendent issus des Arcadiens, qui passèrent en Asie avec Télephe. Ils se sont distingués par trois exploits très mémorables; en faisant la conquête de l'Asie mineure; en chassant les Gaulois, et en attaquant sous les ordres de Télèphe, les Grecs, qui, commandés par Agamemnon, ravageaient la Mysie, où ils avaient débarqué par erreur, la prenant pour le pays des Troyens. Les Pergaméniens peuvent s'être signalés dans d'autres guerres, mais elles ne sont pas venues à ma connaissance. Je reviens maintenant à mon sujet.

Tholos

[1.5.1] L'Édifice nommé le Tholos est auprès du sénat des cinq cents. Les Prytanes y offrent des sacrifices et on y voit quelques petites statues d'argent. Un peu plus haut sont les statues des héros dont les tribus d'Athènes ont dans la suite pris les noms. Hérodote nous fait connaître ce-lui qui porta de quatre à dix le nombre des tribus, et changea leurs anciens noms.

[1.5.2] Les Éponymes (c'est le nom qu'on donne à ces héros,) sont Hippothoon, fils de Neptune (Poséidon) et d'Alopé, fille de Cercyon; Antiochus, fils d'Hercule et de Midée, fille de Phylas, et Ajax, fils de Télamon. Les héros Athéniens sont, Léos, qui, d'après un oracle, livra sa fille pour le salut de l'état; Érechthée, qui défit les Éleusiniens et tua leur général Immaradus, fils d'Eumolpe; Égée, Énée, fils naturel de Pandion, et Acamas l'un des fils de Thésée.

[1.5.3] Quant à Cécrops et à Pandion dont on voit aussi les statues parmi celles des Éponymes, je ne sais pas quels sont les personnages honorés sous ces noms-là ; deux Cécrops, en effet, ont été rois, le premier est celui qui avait épousé la fille de Cranaüs; un autre Cécrops, fils d'Érechthée, petit-fils de Pandion, arrière petit-fils d'Érichthonius, régna dans la suite et finit par aller s'établir dans l'Eubée. On connaît aussi deux Pandion qui ont régné ; le premier, fils d'Erichthonius, et l'autre, fils du second Cécrops. Ce dernier ayant été détrôné par les Métionides se réfugia avec ses enfants chez Phylas, roi de Mégare, dont il avait épousé la fille ; il y mourut de maladie, dit-on, et son tombeau se voit dans la Mégaride sur le rocher de Minerve (Athéna) Éthyia près de la mer.

[1.5.4] Ses fils étant revenus de Mégare, chassèrent les Métionides, et Égée leur aîné monta sur le trône d'Athènes. Ce Pandion fut malheureux en filles, et elles ne laissèrent point de fils pour le venger. Il avait cependant, pour sa sûreté, contracté une alliance avec un roi Thrace, mais il est impossible aux humains de prévenir ce qui a été résolu par les dieux. On raconte que Térée, qui avait épousé Progné, déshonora Philomèle, action contraire à toutes les lois reçues dans la Grèce, et que de plus, il la mutila, ce qui mit ces deux femmes dans la nécessité de se venger de lui. Il y a dans la citadelle une statue de Pandion qui mérite d'être vue.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2022, novembre 11). Guide de l'Athènes Antique par Pausanias [Pausanius' Guide To Ancient Athens]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-133/guide-de-lathenes-antique-par-pausanias/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Guide de l'Athènes Antique par Pausanias." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le novembre 11, 2022. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-133/guide-de-lathenes-antique-par-pausanias/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Guide de l'Athènes Antique par Pausanias." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 11 nov. 2022. Web. 17 avril 2024.

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