Épaminondas

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 22 mars 2016
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Greek Victory (by The Creative Assembly, Copyright)
Victoire grecque
The Creative Assembly (Copyright)

Épaminondas (ou Epameinondas, c. 420 - 362 av. JC) était un général thébain qui battit Sparte lors de la bataille de Leuctres en 371 av. JC. Les tactiques audacieuses et brillamment préconçues d'Épaminondas permirent de remporter une victoire décisive sur Sparte et de faire de Thèbes la cité-état la plus puissante de Grèce. Épaminondas utilisa de nouveau des tactiques innovantes lors de sa dernière bataille à Mantinée en 362 av. JC, avec une précieuse utilisation de troupes mixtes pour remporter une victoire qu'il ne put savourer de son vivant. Peu de temps après la chute de leur grand général, l'empire thébain s'effondra lui aussi.

Enfance

Né vers 420 av. JC, Épaminondas était le fils de Polymis. Selon l'historien Diodore de Sicile, il était issu d'une famille aristocratique mais pauvre et ne se maria jamais. Épaminondas étudia la philosophie pythagoricienne et la rhétorique auprès de Lysis de Tarente. Malheureusement, la biographie d'Épaminondas par Plutarque n'a pas survécu, mais l'historien grec décrit un épisode dans sa biographie du général thébain contemporain Pélopidas. Les deux hommes se sont battirent côte à côte près de Mantinée en 385 av. JC et Épaminondas, bien que blessé à deux reprises, lutta désespérément pour protéger son compatriote encore plus grièvement blessé, lui sauvant ainsi la vie.

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Lorsque Sparte s'empara de Cadmée en 382 av. JC, Épaminondas fut exilé mais en 379 av. JC, il put retourner à Thèbes. Épaminondas fut élu béotarque (l'un des sept principaux fonctionnaires fédéraux) et participa aux négociations de paix de 371 av. JC où il se disputa avec le roi spartiate Agésilas sur le droit de Thèbes à représenter tous ses alliés en Béotie. Épaminondas quitta la conférence en signe de protestation. Connu pour être un chef austère et plein de principes - on dit qu'il ne possédait qu'un seul manteau et qu'il se confinait dans sa maison les jours de fête - Épaminondas manquait peut-être de diplomatie, mais il allait bientôt se révéler être le général le plus novateur et le plus efficace que Thèbes ait jamais eu et l'un des meilleurs commandants de Grèce. Comme l'affirme Xénophon, "en termes de préparation et d'audace, l'homme était sans égal" et il "menait son armée vers l'avant comme une trirème" (Hellenika, 7.5).

"EN TERMES DE PRÉPARATION ET D'AUDACE, L'HOMME N'AVAIT RIEN À ENVIER AUX AUTRES" XÉNOPHON SUR ÉPAMINONDAS.

Sparte défie Thèbes

Au début du IVe siècle av. JC, les poleis ou cités-États grecques, après un siècle de conflits intermittents et mutuellement préjudiciables, dont la guerre du Péloponnèse, avaient établi une paix précaire, mais lorsque Sparte, toujours ambitieuse, demanda l'abolition de la confédération béotienne dirigée par Thèbes, la guerre semblait à nouveau se profiler à l'horizon. Thèbes rejeta tout naturellement les demandes spartiates, une réaction qui n'était pas inattendue, comme en témoigne le fait que Sparte avait déjà mobilisé son armée et pris position à la frontière occidentale de la Béotie avant que les Thébains ne donnent leur réponse. Les deux camps s'affrontèrent à Leuctres, non loin de Thèbes.

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La bataille de Leuctres

Sparte et ses alliés étaient dirigés par le roi Cléombrote. Leur armée se composait de 10 000 hommes et de 1 000 cavaliers. Thèbes, dirigée par Épaminondas, disposait d'environ 7 000 hoplites, dont les 300 membres de l'élite de la Bande Sacrée, une unité de couples homoérotiques qui avaient juré de défendre leurs amants jusqu'à la mort et qui, à Leuctres, était dirigée par le talentueux et charismatique Pélopidas. Les Thébains disposaient également de 600 cavaliers qui, aguerris au combat, étaient probablement les meilleurs de Grèce à cette époque. En outre, il y avait une petite force d'infanterie légère (hamippoi), armée de javelots, qui soutenait la cavalerie.

Certains commandants thébains pensèrent tout d'abord qu'il était plus prudent de se retirer derrière les murs de Thèbes et de s'exposer à un siège plutôt que d'affronter les redoutables Spartiates sur un champ de bataille ouvert. Cependant, Épaminondas les persuada du contraire. Toujours capable d'utiliser la propagande et l'imagerie pour remonter le moral des troupes, Épaminondas rappela le viol notoire de deux vierges locales par deux Spartiates à Leuctres. Les deux victimes s'étaient suicidées de honte, et un monument avait été érigé à leur mémoire. Épaminondas veilla à ce qu'un hommage approprié soit rendu à ce monument avant la bataille, et un autre geste symbolique qui lui fut également attribué est le brandissement d'un serpent devant ses troupes. Épaminondas clama qu'en frappant la tête du serpent - l'armée spartiate - tout le serpent mourrait - la domination de la Grèce par les Spartiates.

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Déploiement innovant des troupes

La première action fut une brève escarmouche entre des non-combattants thébains (porteurs de bagages, marchands, etc.) et une force spartiate dirigée par Hiéron. Les Thébains furent contraints de rejoindre la force principale mais Hiéron fut tué. Cléombrote positionna alors ses troupes dans la formation traditionnelle de la phalange, composée d'hoplites lourdement blindés, sur une profondeur de 12 hommes sur deux ailes. Cléombrote lui-même, entouré de son hippeis d'élite (garde du corps de 300 hommes), prit position sur le côté gauche de l'aile droite.

Battle of Leuctra, 371 BCE
Bataille de Leuctres, 371 av. JC
Dept. of History, U.S. Military Academy (Public Domain)

Épaminondas fut beaucoup plus innovant et plaça sa cavalerie et son infanterie légère devant sa propre formation phalanstérienne. Rejetant la convention qui veut que l'aile droite soit la plus forte, il fit en sorte que son aile gauche soit extraordinairement profonde - 50 rangées d'hommes - et que ses lignes soient plus étroites que celles des Spartiates. La bande sacrée était également positionnée sur l'aile gauche, tandis que les alliés béotiens étaient postés sur l'aile droite, à une profondeur de 8 à 12 hommes.

Cléombrote réagit à cette évolution surprenante en réorganisant ses propres lignes; il déplaça sa cavalerie vers l'avant et étendit sa ligne dans le but de déborder l'aile gauche d'Épaminondas. Cette série relativement complexe de manœuvres de combat exposa le côté gauche de Cléombrote, et comme la cavalerie spartiate ne faisait le poids face aux Thébains qui les mirent rapidement en déroute, les cavaliers spartiates furent contraints de revenir sur leurs propres lignes et de passer par la brèche qui s'était ouverte sur la gauche de Cléombrote. Les Thébains s'engouffrèrent dans cette brèche à leur poursuite et semèrent le chaos dans la formation spartiate. Épaminondas, quant à lui, attaqua en biais vers la gauche, de sorte que Cléombrote fût repoussé par sa propre ligne. L'attaque d'Épaminondas fut également menée avec son aile droite légèrement en arrière dans une formation en échelon (d'où l'allusion à la "trirème" de Xénophon) pour protéger son propre flanc exposé alors qu'il attaquait l'hippeis spartiate. À ce moment-là, Pélopidas et la Bande Sacrée attaquèrent également la position de Cléombrote, ce qui entraîna la blessure mortelle du roi spartiate et la défaite complète de la droite spartiate. Les Spartiates perdirent 400 de leurs 700 hoplites, un coup dur dont ils ne se remettraient jamais complètement.

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La victoire d'Épaminondas

Thèbes avait gagné et était désormais la polis la plus puissante de Grèce. Après 200 ans de victoires sur terre, le mythe de l'invincibilité militaire de Sparte était enfin brisé. Les stratégies employées par Épaminondas au cours de la bataille n'étaient pas entièrement nouvelles, mais dans le passé, elles avaient été utilisées plus par nécessité que par planification, et personne ne les avait jamais combinées pour créer une telle formule gagnante. Le renforcement massif de l'aile gauche, l'utilisation de la cavalerie devant les lignes hoplites, l'attaque en biais, l'emploi d'une formation en échelon et l'attaque frontale directe de la position du commandant adverse étaient, collectivement, la stratégie militaire préméditée la plus innovante et la plus dévastatrice jamais vue dans la guerre grecque et la défaite de la puissante Sparte choqua le monde grec. Naturellement, Épaminondas fut considéré un génie militaire et fut rapidement réélu béotarque en 370 av. JC.

Le Péloponnèse

La défaite de Sparte entraîna la désintégration de la Ligue du Péloponnèse et le bouleversement complet du statu quo en Grèce. Athènes convoqua une conférence de paix à la fin de l'année 371 av. JC, mais Thèbes refusa, perpétuant ainsi la lutte pour le pouvoir entre les différentes poleis grecques, qui avait miné la Grèce pendant le siècle précédent et plus encore. Athènes se rangea même du côté de son vieil ennemi Sparte, mais Thèbes poursuivit sa politique expansionniste. Épaminondas fit campagne dans le Péloponnèse pour promouvoir l'indépendance des cités vis-à-vis de Sparte, afin de s'assurer que la cité ne retrouve son importance d'antan.

Map of Greece under Theban Hegemony
Carte de la Grèce sous l'hégémonie thébaine
Megistias (CC BY-SA)

Fait inhabituel, Épaminondas n'exigea aucun tribut des villes vaincues ni ne vendit en esclavage les captifs du champ de bataille. Il créa la nouvelle ville de Messène et fit construire des fortifications pour résister aux attaques spartiates, ce qui affaiblit encore plus la source traditionnelle de main-d'œuvre et de richesse de Sparte en Laconie. Dans le même but, une autre nouvelle ville fut construite, Megalopolis.

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En 369 av. JC, Épaminondas connut un revirement de situation: en conflit avec le gouvernement thébain au sujet de sa politique dans le Péloponnèse, il fut jugé pour trahison. Le général fut accusé d'avoir prolongé son commandement au-delà de son mandat et critiqué pour ne pas avoir saccagé Sparte, mais les accusations furent abandonnées par la suite. Cependant, il ne fut pas réélu au poste de béotarque. De retour en tant que simple hoplite, selon la légende, Épaminondas fut appelé et réussit à sauver l'armée thébaine d'un désastre en Thessalie en 368 ava. JC. Constatant une faiblesse dans ces divisions politiques thébaines, Lykomédès de Mantinée en profita pour contester la domination thébaine dans le Péloponnèse.

Pendant ce temps, en 367 av. JC, Épaminondas, redevint béotarque, mena une expédition réussie en Thessalie où il libéra son collègue général Pélopidas des mains d'Alexandre de Phérai. Lorsque le tyran apprit qu'Épaminondas était en route vers le nord, on dit qu'"il se recroquevilla comme un esclave, comme un coq battu. qui laisse retomber ses plumes, (Plutarque, 96)" telle était la redoutable réputation du général thébain.

Puis, en 366 av. JC, avec le soutien de la Perse, Épaminondas chercha à vaincre Athènes en construisant une flotte thébaine. En 364 av. JC, 100 navires avaient été construits et Épaminondas harcela l'empire athénien, mais sans grand effet. Pendant ce temps, dans le Péloponnèse, les combats se poursuivaient entre les Éléens et les Arcadiens, ces derniers furent vaincus et leur confédération dissoute.

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Mantinée et son décès

Puis, en 362 av. JC, Épaminondas prit à nouveau la tête de l'armée thébaine et défit une alliance spartiate et athénienne à la bataille de Mantinée, dans le nord-est de l'Arcadie. Cette bataille fut peut-être la première utilisation efficace de troupes mixtes dans une guerre grecque. La cavalerie thébaine et l'infanterie légère (hamippoi) attaquèrent en premier et furent ensuite soutenues par l'infanterie lourde hoplite sur le flanc gauche. Les Thébains l'emportèrent mais Épaminondas lui-même fu tué dans la bataille, et la gloire de tuer le grand général était telle qu'un homme de chaque armée alliée (Sparte, Athènes et Mantinée) affirma que c'était sa propre lance qui avait fait le coup.

Les successeurs d'Épaminondas se livrèrent ensuite à une lutte acharnée et, malgré la faiblesse persistante d'Athènes et de Sparte, la courte domination thébaine sur la Grèce prit fin. Les cités grecques, affaiblies par les querelles intestines, étaient désormais prêtes à être conquises, une situation dont Philippe II de Macédoine allait tirer pleinement parti en 338 av. JC.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2016, mars 22). Épaminondas [Epaminondas]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-12058/epaminondas/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Épaminondas." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le mars 22, 2016. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-12058/epaminondas/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Épaminondas." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 22 mars 2016. Web. 07 août 2022.

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