Les Chaouabtis: La Main-d'Œuvre de l'Au-Delà

Article

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 18 janvier 2012
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Disponible dans ces autres langues: anglais, catalan

Les Égyptiens croyaient que la vie après la mort était une image miroir de la vie sur terre. Lorsqu'une personne mourait, son voyage individuel ne s'achevait pas, mais passait simplement du plan terrestre au plan éternel. L'âme était jugée dans la salle de la vérité devant le grand dieu Osiris et les quarante-deux juges et, lors de la pesée du cœur, si la vie sur terre était jugée digne, l'âme passait au paradis du champ de roseaux. L'âme était transportée à la rame avec d'autres qui avaient également été légitimés à travers le lac des Lys (également connu sous le nom de lac des fleurs) vers une terre où l'on retrouvait tout ce que l'on croyait perdu. Là, on retrouvait sa maison, telle qu'on l'avait laissée, et tous les êtres chers qui étaient décédés auparavant. Tous les détails que l'on a appréciés pendant son voyage terrestre, jusqu'à son arbre préféré ou son animal de compagnie le plus cher, accueillent l'âme à son arrivée. Il y avait de la nourriture et de la bière, des réunions avec les amis et la famille, et l'on pouvait poursuivre tous les passe-temps que l'on avait appréciés dans la vie.

Le travail dans l'au-delà

Conformément à ce concept de l'image miroir, il y avait aussi du travail dans l'au-delà. Les Égyptiens de l'Antiquité étaient très travailleurs et le travail était très apprécié par la communauté. Les gens avaient naturellement un emploi pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, mais ils travaillaient également pour la communauté. Le service communautaire était obligatoire pour "rendre la pareille" à la société qui nous avait tout donné. La valeur religieuse et culturelle de la ma'at (harmonie) dictait que l'on devait considérer les autres aussi bien que soi-même et que chacun devait contribuer au bénéfice de l'ensemble.

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Shabti Dolls
Figurines chaouabtis
koopmanrob (CC BY-SA)

Les grands projets de construction des rois, tels que les pyramides, étaient réalisés par des artisans qualifiés, et non par des esclaves, qui étaient soit rémunérés pour leurs compétences, soit volontaires pour le bien commun. Si, en raison d'une maladie, d'une obligation personnelle ou simplement d'un manque de désir de se conformer, on ne pouvait pas remplir cette obligation, on pouvait envoyer quelqu'un d'autre travailler à sa place - mais on ne pouvait le faire qu'une seule fois. Sur terre, la place d'une personne était occupée par un ami, un parent ou une personne que l'on payait pour prendre sa place ; dans l'au-delà, en revanche, la place d'une personne était occupée par une figurine chaouabti.

La fonction des chaouabtis

Les figurines chaouabtis (également appelées chabtis et ouchebtis) étaient des figures funéraires de l'Égypte ancienne qui accompagnaient le défunt dans l'au-delà. Leur nom est dérivé de l'égyptien swb, qui signifie " bâton ", mais correspond également au mot " réponse " (wsb), de sorte que les chaouabtis étaient connus comme " les répondeurs ".

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LES FIGURES, EN FORME DE MOMIES ADULTES MASCULINES OU FÉMININES, APPARAISSENT DANS DES TOMBES OÙ ELLES REPRÉSENTAIENT LE DÉFUNT ET ÉTAIENT FAITES DE PIERRE, DE BOIS OU DE FAÏENCE.

Les figures, en forme de momies adultes masculines ou féminines, apparaissent très tôt dans les tombes (lorsqu'elles représentent le défunt) et, à l'époque du Nouvel Empire (1570-1069 av. JC), elles étaient en pierre ou en bois (à la Basse Époque, elles étaient composées de faïence) et représentaient un "travailleur" anonyme. Sur chaque figurine était inscrit un "sort" (connu sous le nom de formule chaouabti) qui spécifiait la fonction de cette figure particulière. Le plus célèbre de ces sorts est le sort 472 des Textes des sarcophages, qui datent d'environ 2143-2040 avant notre ère. Les citoyens étaient obligés de consacrer une partie de leur temps chaque année à travailler pour l'État sur les nombreux projets de travaux publics décrétés par le pharaon, en fonction de leur compétence particulière, et une figurine chaouabti reflétait cette compétence ou, s'il s'agissait d'une "figurine ouvrière" générale, une compétence jugée importante.

Comme les Égyptiens considéraient l'au-delà comme la continuation de l'existence terrestre (mais en mieux, car elle ne comprenait ni la maladie ni, bien sûr, la mort), on pensait que le dieu des morts, Osiris, aurait ses propres projets de travaux publics en cours et le but des chaouabtis était donc de "répondre" pour le défunt lorsqu'il était appelé à travailler. Leur fonction est clairement définie dans le Livre des morts des Anciens Égyptiens (également connu sous le nom de Livre pour Sortir au Jour), qui est une sorte de manuel (daté de 1550 à 1070 av. JC environ) destiné aux défunts et leur fournissant des conseils dans le domaine peu familier de l'au-delà.

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Shabti Box of Neskhons
Boîte de chaouabtis de Neskhons
Osama Shukir Muhammed Amin (Copyright)

Le Livre des Morts contient des sorts qui doivent être prononcés par l'âme à différents moments et dans des buts différents dans l'au-delà. Il existe des sorts pour invoquer une protection, pour se déplacer d'un endroit à un autre, pour justifier ses actions dans la vie, et même un sort "pour retirer de la bouche les paroles insensées" (sort 90). Parmi ces versets, on trouve le sort six, connu sous le nom de "Sort pour qu'un chaouabti fasse un travail pour un homme dans le royaume des morts". Ce sort est une version reformulée du sort 472 des Textes des sarcophages. Lorsque l'âme était appelée dans l'au-delà à travailler pour Osiris, elle récitait ce sort et le chaouabti prenait vie et accomplissait son devoir de remplacement. Le sort se lit comme suit :

Ô chaouabti, si je suis dénombré comme un homme à sa tâche, l’embarras m’en sera infligé comme un homme à sa tâche, le voici direz-vous ; si je suis dénombré à tout moment pour faire ce qui est à faire là, pour cultiver les champs, pour irriguer les berges, pour transporter le sable de l’Occident et le sable de l’Orient, nous voici direz-vous.

Le chaouabti serait alors imprégné de vie et prendrait sa place à la tâche. Comme sur terre, l'âme peut ainsi vaquer à ses occupations. Si l'on promenait son chien près de la rivière ou si l'on passait du bon temps sous son arbre préféré avec un bon livre, du bon pain et de la bière, on pouvait continuer à le faire; le chaouabti s'occupait des tâches qu'Osiris demandait d'accomplir. Chacun de ces chaouabtis était créé selon une formule. Ainsi, par exemple, lorsque le sort ci-dessus mentionne "rendre les champs arables", le chaouabti responsable sera façonné avec un outil agricole.

L'évolution et l'importance des chaouabtis

Chaque figurine était sculptée à la main pour exprimer la tâche décrite par la formule chaouabti. Il y avait donc des poupées avec des paniers dans les mains, des houes, des pioches, des ciseaux, selon le travail à accomplir. Les poupées étaient achetées dans les ateliers des temples et le nombre de figurines chaouabti que l'on pouvait s'offrir correspondait à sa richesse personnelle. À l'époque moderne, le nombre de figurines trouvées dans les tombes fouillées a donc aidé les archéologues à déterminer le statut du propriétaire de la tombe. Les tombes les plus pauvres ne contiennent aucun chaouabti, mais même celles de taille modeste en contiennent une ou deux, et il y avait des tombes contenant un chaouabti pour chaque jour de l'année.

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Shabti Box
Coffret de chaouabtis
Osama Shukir Muhammed Amin (Copyright)

Au cours de la Troisième Période Intermédiaire (vers 1069-747 av. JC), un chaouabti spécial apparut, avec une main sur le côté et l'autre tenant un fouet; c'était la figurine du surveillant. À cette époque, les chaouabtis semblent avoir été considérés moins comme des travailleurs de remplacement ou des serviteurs pour les défunts que comme des esclaves. Le surveillant était chargé de faire travailler dix chaouabtis et, dans les tombes les plus élaborées, il y avait trente-six figures de surveillants pour 365 figurines de travailleurs. À la période tardive (vers 737-332 av. JC), les chaouabtis continuaient à être placés dans les tombes, mais la figure du surveillant n'apparaissait plus. On ne sait pas exactement ce qui rendit la figure du surveillant obsolète mais, quoi qu'il en soit, les chaouabtis retrouvèrent leur ancien statut de travailleurs et continuèrent à être placées dans les tombes pour remplir les fonctions de leur propriétaire dans l'au-delà. Ces chaouabtis étaient façonnées comme les précédentes, avec des outils spécifiques dans les mains ou à leurs côtés selon la tâche qu'elles étaient appelées à accomplir.

L'égalité dans la mort

Les chaouabtis sont le type d'artefact le plus nombreux à avoir survécu dans l'Égypte ancienne (en dehors des scarabées). Comme nous l'avons vu, elles ont été trouvées dans les tombes de personnes appartenant à toutes les classes de la société, des plus pauvres aux plus riches, des roturiers aux rois. Les chaouabtis de la tombe de Toutankhamon étaient sculptées de manière complexe et merveilleusement ornées, tandis que la chaouabti de la tombe d'un pauvre fermier était beaucoup plus simple. Peu importe que l'on ait régné sur toute l'Égypte ou que l'on ait cultivé un petit lopin de terre, car tous étaient égaux dans la mort, ou presque. Le roi et le fermier étaient tous deux également responsables devant Osiris, mais la quantité de temps et d'efforts dont ils étaient responsables était dictée par le nombre de chaouabtis qu'ils avaient pu s'offrir avant leur mort.

De la même manière que le peuple avait servi le souverain d'Égypte dans sa vie, les âmes étaient censées servir Osiris, le Seigneur des Morts, dans l'au-delà. Cela ne signifiait pas nécessairement qu'un roi ferait le travail d'un maçon, mais on attendait de la royauté qu'elle serve au mieux de ses capacités, tout comme elle l'avait fait sur terre. Cependant, plus on disposait de figurines chaouabti, plus on pouvait s'attendre à avoir du temps libre dans le Champ des roseaux. Cela signifie que si l'on était assez riche sur terre pour s'offrir une petite armée de figurines, on pouvait s'attendre à une vie après la mort assez confortable ; ainsi, le statut terrestre d'une personne était reflété dans l'ordre éternel, conformément au concept égyptien selon lequel la vie après la mort est le reflet direct du temps passé sur terre.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2012, janvier 18). Les Chaouabtis: La Main-d'Œuvre de l'Au-Delà [Shabti Dolls: The Workforce in the Afterlife]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-119/les-chaouabtis-la-main-doeuvre-de-lau-dela/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Les Chaouabtis: La Main-d'Œuvre de l'Au-Delà." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le janvier 18, 2012. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-119/les-chaouabtis-la-main-doeuvre-de-lau-dela/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Les Chaouabtis: La Main-d'Œuvre de l'Au-Delà." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 18 janv. 2012. Web. 06 juil. 2022.

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