Religion de l'Égypte Ancienne

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Caroline Martin
publié le 20 janvier 2016
Disponible dans ces autres langues: anglais, allemand, grec, espagnol
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Pyramidion of Ramose [Detail] (by Mark Cartwright, CC BY-NC-SA)
Pyramidion de Ramose [Détail]
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

La religion égyptienne était une combinaison de croyances et de pratiques qui, de nos jours, comprendraient la mythologie égyptienne, la science, la médecine, la psychiatrie, la magie, le spiritisme, l'herboristerie, ainsi que la compréhension moderne de la «religion» comme la croyance en un pouvoir supérieur et en une vie après la mort.

La religion jouait un rôle dans tous les aspects de la vie des Égyptiens de l'ancienne Égypte, car la vie sur terre n'était considérée que comme une partie d'un voyage éternel et, pour poursuivre ce voyage après la mort, il fallait vivre une vie digne de continuer. Au cours de sa vie sur terre, l'individu devait respecter le principe de Maât (ou Ma'at - harmonie) en comprenant que ses actions dans la vie n'affectaient pas seulement sa propre personne, mais aussi la vie des autres et le fonctionnement de l'univers. On attendait des gens qu'ils dépendent les uns des autres pour maintenir l'équilibre, car c'était la volonté des dieux de produire le plus grand nombre de plaisirs et de bonheurs pour les humains grâce à une existence harmonieuse qui permettait également aux dieux de mieux accomplir leurs tâches.

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En honorant le principe de Maât (personnifié par une déesse du même nom tenant la plume blanche de la vérité) et en menant sa vie conformément à ses préceptes, on s'alignait sur les dieux et les forces de la lumière contre les forces des ténèbres et du chaos, et on s'assurait d'être bien accueilli dans la salle de la vérité après la mort et d'être jugé avec douceur par Osiris, le seigneur des morts.

Les Dieux

Le principe sous-jacent de la religion égyptienne était connu sous le nom de Heka (magie), personnifié par le dieu Héka. Héka avait toujours existé et était présent dans l'acte de création. Il était le dieu de la magie et de la médecine, mais aussi le pouvoir qui permettait aux dieux d'exercer leurs fonctions et aux êtres humains de communier avec leurs dieux. Il était omniprésent et englobant, imprégnant la vie quotidienne des Égyptiens de magie et de sens et soutenant le principe de Maât dont dépendait la vie.

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La meilleure façon de comprendre Héka est sans doute de l'associer à l'argent: on peut acheter un objet particulier avec une certaine monnaie parce que la valeur de cet objet est considérée comme égale ou inférieure à cette monnaie. Le billet que l'on tient dans la main a une valeur invisible qui lui est attribuée par un étalon de valeur (autrefois l'étalon-or) qui promet au marchand qu'il compensera ce qu'il achète. C'est exactement la relation d' Héka avec les dieux et l'existence humaine: il était l'étalon, le fondement du pouvoir, dont tout le reste dépendait. Un dieu ou une déesse était invoqué dans un but précis, était vénéré pour ce qu'il ou elle avait donné, mais c'est Héka qui permettait cette relation entre le peuple et ses divinités.

Les dieux de l'Égypte ancienne étaient considérés comme les maîtres de la création et les gardiens de l'ordre, mais aussi comme des amis familiers désireux d'aider et de guider les habitants du pays. Les dieux avaient créé l'ordre à partir du chaos et donné au peuple la plus belle terre du monde. Les Égyptiens étaient si profondément attachés à leur patrie qu'ils évitaient les campagnes militaires prolongées au-delà de leurs frontières, de peur de mourir en terre étrangère et de ne pas recevoir les rites appropriés pour poursuivre leur voyage après la vie. Les monarques égyptiens refusaient de donner leurs filles en mariage à des souverains étrangers pour la même raison. Les dieux de l'Égypte avaient béni le pays en lui accordant leurs faveurs spéciales, et le peuple devait les honorer comme de grands et bienveillants bienfaiteurs.

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LES DIEUX DE L'ÉGYPTE ANCIENNE ÉTAIENT CONSIDÉRÉS COMME LES MAÎTRES DE LA CRÉATION ET LES GARDIENS DE L'ORDRE, MAIS AUSSI COMME DES AMIS FAMILIERS DÉSIREUX D'AIDER ET DE GUIDER LES HABITANTS DU PAYS.

Il y a bien longtemps, croyaient-ils, il n'y avait rien d'autre que les eaux sombres et tourbillonnantes du chaos qui s'étendaient dans l'éternité. De ce chaos (Nu) s'éleva la colline primordiale, connue sous le nom de Benben, sur laquelle se tenait le grand dieu Atoum (certaines versions disent que le dieu était Ptah, mais beaucoup d'autres disent que c'était Râ qui fut finalement connu sous le nom d'Atoum (Râ)) en présence d'Héka.

Atoum (Râ) regarda le néant et reconnut sa solitude. Il s'accoupla avec sa propre ombre pour donner naissance à deux enfants, Shou (dieu de l'air, qu'Atoum (Râ) recracha) et Tefnout (déesse de l'humidité, qu'Atoum (Râ) vomit). Shou donna au monde primitif les principes de la vie tandis que Tefnout apporta les principes de l'ordre. Laissant leur père sur le Benben, ils partirent fonder le monde.

Avec le temps, Atoum (Râ) s'inquiéta de l'absence prolongée de ses enfants. Il retira donc son œil et l'envoya à leur recherche. Pendant l'absence de son œil, Atoum (Râ) s'assit seul sur la colline au milieu du chaos et contempla l'éternité. Shou et Tefnout revinrent avec l'œil d'Atoum (Râ) (plus tard associé à l'œil oudjat, l'œil de Râ ou l'œil qui voit tout) et leur père, reconnaissant de les avoir retrouvés sains et saufs, versa des larmes de joie. Ces larmes, tombant sur la terre sombre et fertile du Benben, donnèrent naissance à des hommes et des femmes.

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Shou et Tefnout s'accouplèrent et donnèrent naissance à Geb (la terre) et Nout (le ciel). Geb et Nout, bien que frère et sœur, tombèrent profondément amoureux et étaient inséparables. Atoum (Râ) jugea leur comportement inacceptable et repoussa Nout loin de Geb, très haut dans les cieux. Les deux amoureux purent à jamais se voir mais ne purent plus se toucher. Nout était déjà enceinte de Geb et donna naissance à Osiris, Isis, Seth, Nephtys et Horus, les cinq dieux égyptiens les plus anciens (bien qu'Hathor soit aujourd'hui considérée comme plus ancienne qu'Isis). Ces dieux donnèrent ensuite naissance à tous les autres dieux, sous une forme ou une autre.

Horus Statuette
Statuette d'Horus
Osama Shukir Muhammed Amin (Copyright)

Les dieux avaient chacun leur domaine de prédilection. Bastet, par exemple, était la déesse du foyer, de la vie domestique, de la santé et des secrets féminins, ainsi que des chats. Hathor était la déesse de la bonté et de l'amour, associée à la gratitude et à la générosité, à la maternité et à la compassion. Selon un des premiers récits qui l'entourent, connu sous le nom de Livre de la Vache du Ciel (ou sous le nom de Livre de la Vache Céleste), elle fut envoyée sur terre pour détruire l'humanité et devint la déesse Sekhmet qui, ivre de sang, faillit détruire le monde jusqu'à ce qu'elle ne soit apaisée et endormie par de la bière que les dieux avaient teintée en rouge pour la tromper.

Lorsqu'elle se réveilla, elle se transforma en une divinité plus douce, Hathor, qui s'engagea à servir éternellement l'humanité. Bien qu'Hathor ait été associée à la bière, Tenenet était la principale déesse de la boisson et présidait également à l'accouchement. Dans l'Égypte ancienne, la bière était considérée comme essentielle à la santé et comme un cadeau des dieux, et de nombreuses divinités étaient associées à cette boisson qui aurait été brassée pour la première fois par Osiris.

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Un mythe ancien raconte qu'Osiris fut trompé et tué par son frère Seth et qu'Isis le ramena à la vie. Il était cependant incomplet, car un poisson avait mangé une partie de lui. Il ne pouvait donc plus régner harmonieusement sur la terre et fut nommé Seigneur des morts dans le monde souterrain. Son fils, Horus le Jeune, combattit Seth pendant quatre-vingts ans et finit par le vaincre pour rétablir l'harmonie sur la terre. Horus et Isis régnèrent alors ensemble, et tous les autres dieux trouvèrent leur place et leurs domaines de compétence pour aider et encourager le peuple d'Égypte.

Parmi les plus importants de ces dieux, les trois qui composaient la triade thébaine, Amon, Mout et Khonsou. Amon était un dieu local de la fertilité à Thèbes jusqu'à ce que le noble thébain Montouhotep II (2061-2010 av. J.-C.) ne batte ses rivaux et n'unifie l'Égypte, élevant Thèbes au rang de capitale et ses dieux à la suprématie. Amon, Mout et Khonsou de Haute-Égypte (où se trouvait Thèbes) prirent les attributs de Ptah, Sekhmet et Khonsou de Basse-Égypte, des divinités beaucoup plus anciennes. Amon devint le dieu créateur suprême, symbolisé par le soleil; Mout était son épouse, symbolisée par les rayons du soleil et l'œil qui voit tout; et Khonsou était leur fils, le dieu de la guérison et le destructeur des mauvais esprits.

Ces trois dieux étaient associés à l'Ogdoade d'Hermopolis, un groupe de huit divinités primordiales qui «incarnaient les qualités de la matière primitive, telles que l'obscurité, l'humidité et l'absence de frontières ou de pouvoirs visibles. Il se composait généralement de quatre divinités doublées à huit en incluant des contreparties féminines» (Pinch, 175-176). L'Ogdoade (prononcé OG-do-ade) représentait l'état du cosmos avant que la terre ne surgisse des eaux du chaos et que la lumière ne perce les ténèbres primordiales. Ils étaient Amon et Amonet, Héhou et Héhet, Kékou et Kéket, et Noun et Nounet, chacun représentant un aspect différent de la période informe et inconnaissable qui avait précédé la création: La dissimulation (Amon/Amonet), l'infini (Héhou/Héhet), les ténèbres (Kékou/Kéket) et l'abîme (Noun/Nounet). L’Ogdoade est le meilleur exemple de l'insistance des Égyptiens sur la symétrie et l'équilibre en toutes choses, incarnés par leur aspect masculin/féminin, censé avoir engendré le principe d'harmonie dans le cosmos avant la naissance du monde.

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Harmonie et Éternité

Les Égyptiens croyaient que la terre (et plus particulièrement l'Égypte) reflétait le cosmos. Les étoiles du ciel nocturne et les constellations qu'elles formaient étaient considérées comme ayant une influence directe sur la personnalité et la destinée de chacun. Les dieux connaissaient le ciel nocturne, le traversaient même, mais n'étaient pas des divinités lointaines dans les cieux; les dieux vivaient aux côtés du peuple égyptien et interagissaient avec lui quotidiennement. Les arbres étaient considérés comme les demeures des dieux et l'une des divinités égyptiennes les plus populaires, Hathor, était parfois appelée «la maîtresse du palmier-dattier» ou «la dame du sycomore», car on pensait qu'elle préférait se reposer dans ou sous ces arbres particuliers. Les chercheurs Oakes et Gahlin ont noté que:

Vraisemblablement, en raison de l'ombre et des fruits qu'ils procurent, les déesses associées à la protection, à la maternité et à l'éducation des enfants étaient étroitement liées aux [arbres]. Hathor, Nout et Isis apparaissent fréquemment dans l'imagerie et la littérature religieuses [en relation avec les arbres]. (332)

Les plantes et les fleurs étaient également associées aux dieux, et les fleurs de l'arbre ished étaient appelées «fleurs de vie» en raison de leurs propriétés vivifiantes. L'éternité n'était donc pas un concept éthéré et nébuleux d'un «paradis» éloigné de la terre, mais une rencontre quotidienne avec les dieux et les déesses que l'on continuerait à côtoyer pour toujours, dans la vie et après la mort.

Hathor
Hathor
Mary Harrsch (Photographed at the Metropolitan Museum of Art) (CC BY-NC-SA)

Pour connaître ce genre de bonheur, il fallait toutefois être conscient de l'importance de l'harmonie dans sa vie et de la façon dont le manque d'harmonie affectait les autres et soi-même. Pour les Égyptiens de l’Égypte ancienne, l'ingratitude était le «péché passerelle», car elle déséquilibrait l'individu et permettait à tous les autres péchés de s'enraciner dans son âme. Une fois que l'on avait perdu de vue les raisons d'être reconnaissant, les pensées et les énergies étaient attirées par les forces des ténèbres et du chaos.

Cette croyance donna naissance à des rituels tels que «Les Cinq Dons d'Hathor», qui consistait à considérer les doigts de sa main et à nommer les cinq choses dont on était le plus reconnaissant dans la vie. On était encouragé à être précis et à nommer tout ce qui nous était cher, comme le conjoint, les enfants, le chien ou le chat, ou l'arbre près du ruisseau dans la cour. La main étant disponible à tout moment, elle servait à rappeler qu'il y avait toujours cinq choses pour lesquelles on devait être reconnaissant, ce qui aidait à maintenir un cœur léger dans le cadre d'un équilibre harmonieux. Cela était important tout au long de la vie et restait tout aussi important après la mort car, pour progresser vers une vie éternelle de félicité, le cœur devait être plus léger qu'une plume lorsqu'on se présentait devant Osiris.

Âme et salle de la Vérité

Selon l'auteure Margaret Bunson:

Les Égyptiens craignaient l'obscurité éternelle et l'inconscience dans l'au-delà parce que ces deux conditions contredisaient la transmission ordonnée de la lumière et du mouvement, évidente dans l'univers. Ils comprenaient que la mort était la porte de l'éternité. Les Égyptiens estimaient donc l'acte de mourir et vénéraient les structures et les rituels impliqués dans cette aventure humaine. (86)

Les structures pour les morts sont encore visibles de nos jours dans toute l'Égypte, dans les tombes et les pyramides qui se dressent encore dans le paysage. Il existait cependant des structures et des rituels après la vie qui étaient tout aussi importants.

On pensait que l'âme se composait de neuf parties distinctes:

  • Khat était le corps physique.
  • Ka était la double forme de l'individu.
  • Ba était un oiseau à tête humaine qui pouvait se déplacer à toute vitesse entre la terre et les cieux.
  • Shuyet était le moi de l'ombre.
  • Akh était le moi immortel et transformé.
  • Sahu et Sechem étaient des aspects de l'Akh
  • Jb était le cœur, la source du bien et du mal.
  • Ren était le nom secret d'une personne.

Ces neuf aspects faisaient partie de l'existence terrestre et, à la mort, l'Akh (avec le Sahu et le Sechem) se présentait devant le grand dieu Osiris dans la salle de la vérité et en présence des quarante-deux juges pour que son cœur (Jb) soit pesé sur une balance en or contre la plume blanche de la vérité.

Il fallait réciter la confession négative (une liste des péchés que l'on pouvait honnêtement prétendre ne pas avoir commis dans sa vie), puis le cœur était placé sur la balance. Si le cœur était plus léger que la plume, on attendait qu'Osiris s'entretienne avec les quarante-deux juges et le dieu de la sagesse, Thot, et, si on était jugé digne, on était autorisé à traverser la salle et à poursuivre son existence au paradis; si le cœur était plus lourd que la plume, il était jeté au sol où il était dévoré par le monstre Âmmout («la dévoreuse des morts»), et l'on cessait alors d'exister.

Weighing the Heart, Book of the Dead
Pesée du cœur, Livre des morts
Jon Bodsworth (Public Domain)

Après avoir traversé la salle de la vérité, on était guidé vers le bateau de Hraf-haf («Celui qui regarde derrière lui»), une créature désagréable, toujours grincheuse et offensante, envers laquelle il fallait trouver un moyen d'être aimable et courtois. En faisant preuve de gentillesse à l'égard de Hraf-haf, on montrait que l'on était digne d'être transporté à travers les eaux du Lac des Lys (également connu sous le nom de Lac des Fleurs) jusqu'au Champ des Roseaux, qui était le reflet de la vie terrestre, sauf qu'il n'y avait pas de maladie, pas de déception et pas de mort. On continuait alors son existence comme avant, en attendant que ceux que l'on avait aimés dans la vie ne passent à leur tour ou en rencontrant ceux qui étaient partis avant.

Le Clergé, les Temples et les Écritures

Bien que l'historien grec Hérodote ait affirmé que seuls les hommes pouvaient être prêtres dans l'Égypte ancienne, les archives égyptiennes prouvent le contraire. À partir de l'Ancien Empire, les femmes pouvaient être prêtres du culte de leur déesse et elles bénéficiaient du même respect que leurs homologues masculins. En général, un membre du clergé devait être du même sexe que la divinité qu'il servait. Le culte d'Hathor, en particulier, était régulièrement assuré par un clergé féminin (il convient de noter que le terme «culte» n'avait pas la même signification dans l'Égypte ancienne qu'aujourd'hui. Les cultes étaient simplement des sectes d'une religion). Les prêtres et les prêtresses pouvaient se marier, avoir des enfants, posséder des terres et des maisons et vivre comme n'importe qui d'autre, à l'exception de certaines pratiques et observances rituelles concernant la purification avant d'officier. Bunson écrit:

À la plupart des époques, les prêtres égyptiens étaient membres d'une famille liée depuis longtemps à un culte ou à un temple particulier. Les prêtres recrutaient de nouveaux membres au sein de leur propre clan, génération après génération. Cela signifie qu'ils ne vivaient pas à l'écart de leur propre peuple et qu'ils restaient donc conscients de l'état des affaires dans leur communauté. (209)

Les prêtres, comme les scribes, suivaient une longue période de formation avant d'entrer en fonction et, une fois ordonnés, ils s'occupaient du temple ou du complexe du temple, accomplissaient des rituels et des observances (mariages, bénédictions d'une maison ou d'un projet, funérailles), remplissaient les fonctions de médecins, de guérisseurs, d'astrologues, de scientifiques et de psychologues, et interprétaient également les rêves. Ils bénissaient des amulettes pour éloigner les démons ou accroître la fertilité, et ils pratiquaient également des exorcismes et des rites de purification pour débarrasser une maison des fantômes.

Leur principal devoir était de servir le dieu qu'ils servaient et les membres de la communauté, et une part importante de ce devoir consistait à prendre soin du temple et de la statue du dieu qui s'y trouvait. Les prêtres étaient également des médecins au service d'Héka, quelle que soit la divinité qu'ils servaient directement. Par exemple, tous les prêtres et prêtresses de la déesse Serket (Selkis) étaient des médecins, mais leur capacité à guérir et à invoquer Serket était rendue possible par le pouvoir d'Héka.

Les temples de l'Égypte ancienne étaient considérés comme les maisons littérales des divinités qu'ils honoraient. Chaque matin, le prêtre ou la prêtresse en chef, après s'être purifié par un bain et s'être vêtu de linge blanc et de sandales propres, entrait dans le temple et s'occupait de la statue du dieu comme il le ferait pour une personne dont il était chargé de s'occuper.

Les portes du sanctuaire étaient ouvertes pour laisser entrer la lumière du matin, et la statue, qui se trouvait toujours dans le sanctuaire le plus intérieur, était nettoyée, habillée et ointe d'huile; ensuite, les portes du sanctuaire étaient fermées et verrouillées. Personne d'autre que le prêtre principal n'était autorisé à avoir un contact aussi étroit avec le dieu. Ceux qui venaient au temple uniquement pour adorer étaient autorisés à se rendre dans les zones extérieures où ils étaient accueillis par un clergé moins important qui répondait à leurs besoins et acceptait leurs offrandes.

Egyptian Temple
Temple Égyptien
Georges Perrot and Charles Chipiez (1883) (Public Domain)

Le clergé n'utilisait pas «d'écritures» officielles, mais on pense que les concepts transmis au temple étaient similaires à ceux que l'on trouve dans des ouvrages tels que les Textes des pyramides, les Textes des sarcophages et les formules magiques du Livre des Morts égyptien. Bien que le Livre des morts soit souvent considéré comme la «Bible de l'Égypte ancienne», il n'en est rien. Le Livre des morts est un recueil de formules magiques destinées à l'âme dans l'au-delà. Les Textes des pyramides sont les plus anciens textes religieux de l'Égypte ancienne, datant de 2400 à 2300 av. J.-C.. Les Textes des sarcophages furent élaborés ultérieurement à partir des Textes des pyramides, vers 2134-2040 av. J.-C., tandis que le Livre des morts (en réalité connu sous le nom de Livre pour sortir le jour) fut rédigé vers 1550-1070 av. J.-C..

Ces trois ouvrages traitent de la manière dont l'âme doit naviguer dans l'au-delà. Leurs titres (donnés par des érudits européens) et le nombre de tombes grandioses et de statues dans toute l'Égypte, sans parler des rituels funéraires élaborés et des momies, ont conduit de nombreuses personnes à conclure que la culture égyptienne était obsédée par la mort, alors qu'en réalité, les Égyptiens étaient entièrement préoccupés par la vie. Le Livre pour sortir le jour, ainsi que les textes antérieurs, présentent des vérités spirituelles que l'on aurait entendues de son vivant et rappellent à l'âme comment elle doit agir dans la prochaine phase de son existence sans corps physique ni monde matériel. L'âme de tout Égyptien était censée se souvenir de ces vérités, même s'il n'avait jamais mis les pieds dans l'enceinte d'un temple, en raison des nombreuses fêtes religieuses auxquelles les Égyptiens participaient tout au long de l'année.

Fêtes Religieuses et Vie Religieuse

Les fêtes religieuses égyptiennes intégraient l'aspect sacré des dieux dans la vie quotidienne du peuple. L'égyptologue Lynn Meskell a noté que «les festivals religieux actualisaient la croyance; ils n'étaient pas simplement des célébrations sociales. Ils agissaient dans une multiplicité de sphères connexes» (Nardo, 99). Il y avait de grandes fêtes, comme la Belle Fête de la Vallée (connue aussi sous le nom de Belle Fête de l'Oued) en l'honneur du dieu Amon, et des fêtes moins importantes en l'honneur d'autres dieux ou pour célébrer des événements de la vie de la communauté.

Bunson écrit : «Certains jours, à certaines époques plusieurs fois par mois, le dieu était transporté sur des arches ou des bateaux dans les rues ou naviguait sur le Nil. C'est là que se déroulaient les oracles et que les prêtres répondaient aux demandes» (209). La statue du dieu sortait du sanctuaire intérieur pour rendre visite aux membres de la communauté et prendre part à la célébration; une coutume qui peut s'être développée indépendamment en Égypte ou provenir de Mésopotamie où cette pratique a eu une longue histoire.

La Belle Fête de la Vallée était une célébration de la vie, de la plénitude et de la communauté et, comme l’a noté Meskell, les gens participaient à cette fête et visitaient le sanctuaire pour «prier pour l'intégrité corporelle et la vitalité physique» tout en laissant des offrandes au dieu ou à la déesse en signe de gratitude pour leur vie et leur santé. Meskell écrit:

On peut imaginer qu'un prêtre ou une prêtresse venait chercher les offrandes et replaçait ensuite les paniers, dont certains ont été détectés archéologiquement. Le fait que ces bijoux soient des objets personnels suggère un lien puissant et intime avec la déesse. De plus, sur le site du sanctuaire de Timna, dans le Sinaï, les objets votifs étaient rituellement brisés pour signifier le passage de l'homme à la divinité, ce qui témoigne de la diversité des pratiques rituelles de l'époque. Il y avait une forte proportion de femmes donatrices au Nouvel Empire, bien que les peintures des tombes aient tendance à ne pas montrer les pratiques religieuses des femmes et à se concentrer sur les activités masculines. (101)

Le fait de briser les objets votifs signifiait que l'on s'abandonnait à la volonté bienveillante des dieux. Un objet votif était offert en accomplissement d'un vœu ou dans l'espoir d'obtenir un souhait. Si les objets votifs étaient souvent laissés intacts, ils étaient parfois détruits rituellement pour signifier la dévotion que l'on avait envers les dieux; on leur remettait quelque chose de précieux que l'on ne pouvait pas reprendre.

Lors de ces fêtes, il n'y avait pas de distinction entre les actes considérés comme «saints» et ceux qu'une sensibilité moderne qualifierait de «profanes». Toute la vie d'une personne était ouverte à l'exploration pendant un festival, et cela incluait l'activité sexuelle, l'ivresse, la prière, les bénédictions pour la vie sexuelle, pour la famille, pour la santé, et les offrandes faites à la fois en reconnaissance et en action de grâces et en supplication.

Les familles assistaient aux fêtes ensemble, de même que les adolescents, les jeunes couples et ceux qui espéraient trouver un partenaire. Les membres les plus âgés de la communauté, les riches, les pauvres, la classe dirigeante et les esclaves faisaient tous partie de la vie religieuse de la communauté parce que leur religion et leur vie quotidienne étaient complètement liées et que, grâce à cette foi, ils reconnaissaient que leur vie individuelle était une tapisserie tissée les uns avec les autres.

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Traducteur

Caroline Martin
Française, ayant vécu au Royaume Uni pendant 20 ans, Caroline Martin est totalement bilingue. Lectrice passionnée depuis son plus jeune âge, elle a développé un amour de l'histoire qui remonte a ses années sur les bancs de l’école. Elle s'intéresse maintenant beaucoup à l'histoire en général et à la géopolitique.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2016, janvier 20). Religion de l'Égypte Ancienne [Ancient Egyptian Religion]. (C. Martin, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14280/religion-de-legypte-ancienne/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Religion de l'Égypte Ancienne." Traduit par Caroline Martin. World History Encyclopedia. modifié le janvier 20, 2016. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14280/religion-de-legypte-ancienne/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Religion de l'Égypte Ancienne." Traduit par Caroline Martin. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 20 janv. 2016. Web. 30 mai 2024.

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