Philippe II de Macédoine

Définition

Donald L. Wasson
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 31 juillet 2014
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Philip II of Macedon (by Fotogeniss, CC BY-SA)
Philippe II de Macédoine
Fotogeniss (CC BY-SA)

Bien que l'on ne se souvienne souvent de lui que comme le père d'Alexandre le Grand, Philippe II de Macédoine (r. de 359 av. J.-C. à 336 av. J.-C.) était un roi et un commandant militaire accompli à part entière qui prépara le terrain pour la victoire de son fils sur Darius III et la conquête de la Perse. Philippe avait hérité d'un pays faible et arriéré, doté d'une armée inefficace et indisciplinée qu'il transforma en une force militaire redoutable et efficace et qui finit par soumettre les territoires entourant la Macédoine et la majeure partie de la Grèce. Il utilisa la corruption, la guerre et les menaces pour protéger son royaume. Cependant, sans sa perspicacité et sa détermination, l'histoire n'aurait jamais entendu parler d'Alexandre.

Contrairement à la plupart des cités-États de Grèce, la Macédoine était une monarchie considérée primitive et arriérée par le reste de la Grèce. Bien que les habitants aient parlé un dialecte grec, beaucoup pensaient que le royaume n'était utile que comme source de bois et de pâturages. La famille royale de ce pays barbare était les Argéades, dont les racines remontaient à l'île d'Argos et à Héraclès (Hercule), le fils de Zeus. Né vers 383 av. J.-C., Philippe était le plus jeune des trois fils d'Amyntas III. Son frère aîné Perdiccas III fut tué en combattant les Illyriens le long de la frontière nord de la Macédoine. Comme le frère aîné des Argéades, Alexandre II, était également mort, Philippe fut nommé régent pour son neveu Amyntas IV. Philippe s'empara du trône de Macédoine à l'âge de 23 ans, en 359 av. J.-C. Sa préoccupation immédiate était double : sauvegarder les frontières de la Macédoine et réorganiser l'armée. Ses principaux ennemis étaient les Illyriens (qu'il finira par vaincre en 359 av. J.-C.) et les Athéniens, qui non seulement possédaient des mines d'or et d'argent à proximité, mais soutenaient également un prétendant au trône de Macédoine. Heureusement, comme la majeure partie de la Grèce était plongée dans une série de guerres civiles, Philippe eut le temps de s'attaquer au problème le plus urgent de la Macédoine.

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SANS LA PERSPICACITÉ ET LA DÉTERMINATION DE PHILIPPE, L'HISTOIRE N'AURAIT JAMAIS ENTENDU PARLER D'ALEXANDRE LE GRAND.

Philippe se rendit rapidement compte des faiblesses de l'armée de son pays et s'inspira de son expérience passée pour en faire une superbe unité de combat. Pendant trois ans, à partir de 367 av. J.-C., il fut otage à Thèbes (son frère Perdiccas finit par le libérer) où il put observer la célèbre Bande Sacrée, la brillante ligne de défense thébaine ainsi que les aptitudes tactiques de leurs célèbres commandants Épaminondas et Pélopidas. Fort de ces expériences, il réorganisa complètement l'armée macédonienne. Il fit passer sa taille de 10 000 à 24 000 hommes et augmenta la cavalerie de 600 à 3 500 hommes. Il ne s'agissait plus d'une armée de citoyens-guerriers mais de soldats professionnels. Il créa un corps d'ingénieurs pour développer des armes de siège, à savoir des tours et des catapultes. Pour donner à chaque homme un sentiment d'unité et de solidarité, il fournit des uniformes et exigea un serment d'allégeance au roi : chaque soldat ne serait plus fidèle à une ville ou à une province particulière mais uniquement au roi. Ensuite, il restructura la phalange grecque traditionnelle, en fournissant à chaque unité individuelle son propre commandant, permettant ainsi une meilleure communication. Philippe changea l'armement principal, passant de la lance hoplite à la sarissa, une pique de 18 à 20 pieds ; elle avait l'avantage d'atteindre les lances beaucoup plus courtes de l'opposition. Outre la sarissa, un nouveau casque et un bouclier redessiné, chaque homme possédait une plus petite épée à double tranchant (xiphos) pour le combat rapproché.

Macedonia under Philip II
La Macédoine sous Philippe II
Marsyas (GNU FDL)

Après avoir réorganisé l'armée, il se concentra sur sa capitale, Pella, invitant des poètes, des écrivains et des philosophes ; on demandera à Aristote de faire de tuteur pour le fils de Philippe, Alexandre. Là encore, son raisonnement était solide : pour s'assurer que ses voisins n'attaqueraient pas, il invitait leurs fils à Pella pour qu'ils soient non seulement éduqués mais aussi pour qu'ils servent d'otages. Afin de sauvegarder son autorité à l'intérieur du pays, il établit les Pages royales pour protéger le trône contre d'éventuels complots. Cependant, sa principale préoccupation restait la sécurité de la Macédoine. En 357 av. J.-C., il provoqua la colère des citoyens d'Athènes en s'emparant de leur colonie d'Amphipolis et en acquérant ainsi ses mines d'or et d'argent. Il la rendit temporairement à la cité-état pour la reprendre plus tard. De là, il s'empara des villes de Potedia et de Pydna, dans le nord de la Grèce, en 356 av. J.-C.

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Le pouvoir de Philippe allait se concrétiser lorsqu'il fut impliqué dans la troisième guerre sociale en 356 av. J-C. Les Phocéens s'étaient emparés de la ville de Delphes où se trouvait le célèbre oracle. Athènes et Sparte entrèrent dans le conflit aux côtés des Phocéens. La ligue de Thessalonique demanda l'aide de Philippe et, bien qu'il ait été initialement vaincu, lui et la cavalerie de Thessalonique écrasèrent les Phocéens et leur commandant Onomarchos lors de la bataille du champ de Crocus en 352 av. J.-C. Bien qu'incapable d'obtenir des alliances contre Philippe, Athènes continua à faire la guerre jusqu'à la paix de Philocrate en 346 av. J-C. Cette guerre constante affaiblit davantage la Grèce du Sud. Pendant cette période, Philippe étendit son emprise sur la Grèce en s'emparant des villes de Crénidès en 355 av. J.-C., ville qu'il rebaptisa Philippes, de Méthone en 354 avant J.-C. qu'il rasa, et d'Olynthe sur la péninsule de Chalcidice en 348 av. J.-C.. Mais il ne sortit pas de ces batailles sans quelques cicatrices - un œil perdu, une épaule cassée et une jambe estropiée.

Philip II of Macedon (Artist's Impression)
Philippe II de Macédoine (Impression d'artiste)
Mohawk Games (Copyright)

Tout au long de l'ascension au pouvoir de Philippe et de ses victoires dans toute la Grèce, un problème le rongeait sans cesse: Démosthène, le grand orateur athénien, s'en prenait constamment à Philippe dans une série de discours appelés Les Philippiques. Ses discours enflammés - il traitera plus tard Alexandre de sale gosse - aboutirent à la bataille de Chéronée en 338 av. J.-C., une bataille qui démontra à la fois la puissance et l'autorité de la Macédoine. Philippe et son fils Alexandre (âgé de 18 ans seulement à l'époque) battirent à plate couture les forces combinées d'Athènes et de Thèbes. Finalement, un congrès panhellénique fut convoqué à Corinthe (Sparte ne voulut pas y assister) et la paix fut finalement établie. Après avoir été nommé à la tête du Congrès et avoir promis de protéger les colonies grecques en Ionie, Philippe commença à planifier son invasion de la Perse.

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Pendant sa conquête de la Grèce, Philippe avait réussi à s'éloigner du champ de bataille et trouver le temps de se marier sept fois. Le plus célèbre de ces mariages fut celui avec Olympias, fille de Néoptolème d'Épire et mère du futur conquérant de la Perse, Alexandre (il y eut aussi une fille nommée Cléopâtre). Au moment de la naissance d'Alexandre, en 356 av. J.-C., Philippe était au combat à Potidée. L'historien Plutarque, dans sa Vie d'Alexandre, a écrit à propos de cette époque : "Juste après que Philippe eut pris Potidée, il reçut trois messages en même temps, à savoir que Parménion avait renversé les Illyriens lors d'une grande bataille, que son cheval de course avait remporté la course aux Jeux Olympiques et que sa femme avait donné naissance à Alexandre ....". Cependant, à mesure qu'Alexandre grandissait et que son intelligence devenait évidente, la tension monta entre le père et le fils. Comme la mère d'Alexandre était originaire d'Épire, ville voisine, le roi fut fortement incité à épouser une vraie Macédonienne et à donner au pays un héritier de sang pur.

The Philippeion of Olympia
Le Philippeion d'Olympie
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

En 337 av. J.-C., Attale, un ami proche et commandant macédonien, convainquit Philippe d'épouser sa nièce, Cléopâtre Eurydice et de fournir un héritier plus approprié. Plutarque écrit : "... aux noces de Cléopâtre, dont Philippe était devenu passionnément amoureux, et qu'il épousa toute jeune, malgré la disproportion de l'âge. Attale, oncle de cette princesse, ayant bu, dans le festin, avec excès, exhorta les Macédoniens à demander aux dieux qu'il naquît de Philippe et de Cléopâtre un héritier légitime du trône de Macédoine." Lors du banquet de mariage, Alexandre s'indigna de cette idée et fit part de son indignation, tant à l'égard des propos d'Attale que de l'ivresse de son père. À cause de ses remarques, sa mère et lui furent temporairement exilés, elle à Épire et lui en Illyrie. Peu après son retour à Pella, Alexandre serait assis sur le trône.

En 336 av. J.-C., un ancien ami et amant de Philippe, Pausanias d'Orestide, se mit en colère contre Philippe pour une affaire personnelle et le tua d'un coup de couteau. Alexandre fut rapidement couronné roi. Plutarque écrit : "... Peu de temps après, Pausanias, ayant reçu, à l'instigation d'Attalus et de Cléopâtre, le plus sanglant outrage, sans avoir pu en obtenir justice de Philippe, assassina ce prince. Olympias fut soupçonnée d'avoir eu la plus grande part à ce meurtre et d'y avoir excité ce jeune homme, déjà si irrité contre le roi ...". Le rôle supposé d'Olympias dans l'assassinat ne fut jamais prouvé ; cependant, tous savaient qu'elle avait toujours voulu le trône pour Alexandre. La nouvelle femme et l'enfant de Philippe furent rapidement mis à mort par Olympias, éliminant ainsi tout prétendant important au trône. Après avoir éliminé toute menace sérieuse à son règne, Alexandre réalisa le rêve de son père et envahit la Perse.

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Bibliographie

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Donald L. Wasson
Donald a enseigné l'Histoire ancienne, médiévale et américaine au Lincoln College (Normal, Illinois). Il a toujours été et sera toujours un étudiant en histoire, depuis qu'il apprit au sujet d'Alexandre le Grand. Il est impatient de transmettre ses connaissances à ses élèves.

Citer cette ressource

Style APA

Wasson, D. L. (2014, juillet 31). Philippe II de Macédoine [Philip II of Macedon]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-13145/philippe-ii-de-macedoine/

Style Chicago

Wasson, Donald L.. "Philippe II de Macédoine." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le juillet 31, 2014. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-13145/philippe-ii-de-macedoine/.

Style MLA

Wasson, Donald L.. "Philippe II de Macédoine." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 31 juil. 2014. Web. 27 mai 2022.

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