Musées en Méditerranée antique

Article

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 25 mars 2020
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Disponible dans ces autres langues: anglais, Turc, espagnol

Les musées existent depuis bien plus longtemps qu'on ne le pense, mais dans le monde antique, ils étaient principalement des institutions de recherche et d'apprentissage plutôt que des lieux où exposer des œuvres et des objets d'art, même s'ils étaient souvent situés dans de grands bâtiments et décorés de superbes exemples de sculptures et de peintures. Le terme «musée» dérive des Muses, ces neuf déesses grecques associées à la sagesse et aux arts. L'exemple le plus célèbre dans le monde antique était le musée d'Alexandrie, dont une partie était la beaucoup plus célèbre bibliothèque d'Alexandrie. En ce qui concerne l'art pour le plaisir des yeux du public, il existe d'autres lieux tels que les collections dans les palais royaux, les temples, les thermes et les bibliothèques, et, pour l'art monumental, des arènes publiques comme les cirques et les amphithéâtres. Bref, un citoyen de la Méditerranée antique ne manquait généralement pas d'endroits où il pouvait admirer de belles œuvres d'art qui racontaient les contes mythologiques et religieux, représentaient des épisodes de littérature et de guerre, ou donnaient un aperçu exotique des terres conquises et des lieux lointains.

Ivory Token Depicting Egyptian Obelisk and Temple
Jeton en ivoire représentant l'obélisque et le temple égyptiens
Getty Museum (CC BY)

Origines

Le terme "musée" dérive des neuf Muses de la mythologie grecque, on attribuait à chacune d'elles une compétence particulière dans les arts. Un endroit naturel où les oiseaux chantaient, par exemple, était un endroit typique associé aux Muses. De tels lieux sacrés pouvaient alors accueillir un autel ou un petit temple, car on croyait que les Muses y étaient présentes. Ces lieux étaient les tout premiers «musées». Nous savons que le mont Hélicon dans le sud-ouest de la Béotie - l'endroit où l'écrivain grec Hésiode (c. 700 AEC) prétendait avoir rencontré les Muses - avait un musée qui contenait des œuvres d'Hésiode et des statues de figures associées aux arts. Les écoles, en particulier, sont appelées «maisons des Muses».

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Le Musée d'Alexandrie acquit une grande renommée dans les domaines de la science, de la mécanique, de la médecine, des mathématiques, de la philosophie et de la recherche littéraire.

Les grandes écoles de philosophes célèbres comme Platon (c. 428 - c. 347 AEC) et Aristote (384-322 AEC), l'Académie et le Lycée, respectivement, tous deux à Athènes, avaient chacun un musée. Le Lycée (Peripatos) en particulier, était un modèle suivi par les institutions ultérieures. Fondé vers 335 AEC le Lycée présentait trois caractéristiques distinctives: le travail d'équipe de ses chercheurs, sa recherche encyclopédique et l'objectif ambitieux de rassembler autant de sources documentaires complètes que possible.

Livres, thermes et écoles

Dans l'Antiquité, il n'y avait souvent pas de distinction particulière entre les bibliothèques et les musées, et les deux pouvaient occuper le même bâtiment. La bibliothèque antique - d'Athènes à Alexandrie - était souvent un lieu de stockage des documents juridiques, sacrés et administratifs, un riche dépôt d'œuvres littéraires et un lieu où les conférences pouvaient être suivies. Les premières bibliothèques étaient souvent attachées à un temple ou un palais royal. Les bibliothèques grecques furent également rattachées à des gymnases publics et, finalement, des bibliothèques privées se développèrent. La première bibliothèque publique grecque est attribuée par des auteurs anciens aux efforts des Pisistrate d'Athènes (d. c. 527 AEC). Les bibliothèques devinrent les maisons des écoles philosophiques et des établissements d'enseignement. Les documents se présentaient généralement sous la forme de tablettes de cire ou d'argile, de rouleaux de papyrus ou de cuir et de codexes de parchemin. L'idée était que les visiteurs - généralement des universitaires - pouvaient aller lire ces documents (mais ne pouvaient pas les sortir du bâtiment), tout comme nous utilisons aujourd'hui une bibliothèque de référence. Les textes étaient conservés dans des placards en bois cloisonnés et étaient placés dans des niches dans les murs. D'autres niches contenaient souvent des statues et par conséquent l'érudition et l'art en arrivèrent à être associés.

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Sophia-Wisdom, Celsus Library, Ephesos
Sophia-Wisdom, Bibliothèque Celsus, Ephèse
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

De même que des citoyens riches donnaient des parchemins aux bibliothèques, des œuvres d'art furent données pour embellir ce qui était déjà l'un des environnements les plus agréables de toute grande ville. Les bibliothèques étaient construites en marbre fin, avaient des sols en mosaïque saisissants, et souvent un jardin à colonnades avec des sièges en pierre et des éléments d'eau. Un exemple bien documenté est la bibliothèque d'Hadrien à Athènes (construite vers 132-134 EC). Cette bibliothèque, la plus grande de la ville, fut décrite par Pausanias comme «le bâtiment avec 100 colonnes de marbre phrygien, avec des salles avec des plafonds peints, des murs en albâtre et des niches avec des statues, dans lesquelles des livres étaient conservés» (Attica). Une enseigne qui survit, d'une autre bibliothèque d'Athènes, celle de Pantène, annonce: « Aucun livre ne sera sorti... Ouvert de l'aube à midi» (Hornblower, 830).

Les œuvres gagnèrent leur renommée DE PLEIN DROIT. à Delphes, par exemple, il y avait le grand taureau en bronze de Corcyre (580 AEC).

Les Romains répandirent l'idée de bibliothèques publiques, souvent attachées aux thermes romains, dans tout leur empire. Le concept selon lequel les livres appartenaient à tout le monde était maintenant fermement établi. En effet, les thermes romains étaient un autre type de musée en soi, cette fois ouvert au public. Les thermes étaient non seulement des bâtiments splendides avec des coupoles et des arcs, des fontaines ornées et des murs et plafonds en mosaïque spectaculaire, mais ils étaient souvent ornés de statues et d'œuvres d'art. Les statues représentaient non seulement les dieux, mais aussi les politiciens, les orateurs, les philosophes et les poètes.

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Palais

Les palais royaux, eux aussi, devinrent des musées au sens moderne, alors que les dirigeants recueillaient des œuvres-d'art des territoires qu'ils conquéraient. Même à l'âge du bronze, les Minoens de Crète collectionnaient de beaux objets venus de l'autre côté de la mer Égée. Le grand public ne pouvait pas les voir, bien sûr, mais les dirigeants semblaient toujours se réjouir de vanter leur discernement à leurs amis privilégiés et aux ambassadeurs en visite. En effet, les ambassadeurs d'autres royaumes constituaient une importante source de collections, car les dons de cadeaux précieux faisaient partie intégrante des relations internationales.

South Propylon of the Palace of Knossos
Propylone Sud du Palais de Cnossos
Carole Raddato (CC BY-NC-SA)

Le palais de Constantinople, construit pour la première fois au IVe siècle, est peut-être l'exemple le plus célèbre de l'Antiquité. Le palais acquit toutes sortes d'œuvres grâce aux efforts d'un certain Lausus, un puissant eunuque de la cour. Parmi les points forts de la collection, on peut citer la Statue de Zeus à Olympie (l'une des Sept Merveilles du Monde qui y fut installée en 395 EC), l'Aphrodite de Cnide du célèbre sculpteur grec Praxitèle, une statue d'émeraude d'Athéna et une célèbre statue d'Héra de Samos. Aucune de ces œuvres n'a survécu. Lorsque le christianisme prit le relais en tant que religion principale, de nombreux objets sacrés se retrouvèrent également placés dans le Palais. Ceux-ci comprenaient le Mandylion, un linceul qui aurait été imprimé avec l'image du visage de Jésus-Christ dans la pose désormais classique connue sous le nom de Pantokrator qui est aujourd'hui vue dans les églises du monde entier. Le linceul fut emmené en France par des chevaliers croisés, puis perdu pendant la Révolution française. La porte principale du palais, la Chalkè, présentait la plus grande icône de Constantinople, une représentation dorée de Jésus-Christ connue sous le nom de Christ Chalkitès.

Au sein du palais se trouvait le Chrysotriklinos, la salle d'audience principale construite par Justin II (r. 565-574 EC). La salle était remplie de décorations dorées, d'où son nom, qui signifie «salle dorée aux trois lits». Pour s'assurer que les visiteurs n'avaient aucun doute quant au pouvoir et à la richesse de l'empereur byzantin, il y avait un immense cabinet, le pentapyrgion, qui était rempli de trésors de tout l'Empire byzantin.

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Temples & Sites Sacrés

Des temples richement décorés comme le Parthénon, qui avait habituellement une magnifique statue d'un dieu faite de bois, d'or et d'ivoire à l'intérieur, et des sites sanctuaires sacrés comme Délos offraient une autre forme de ce que nous considérons aujourd'hui musée ou galerie. Des sites comme Delphes et Olympie reçurent des dons de ville-états de Méditerranée, qui ne se présentaient pas sous forme d'argent, mais de statues dédiées, de petits bâtiments finement décorés, de trépieds, d'armes, de casques, de boucliers et d'armures dans l'espoir que les dieux favoriseraient le donateur.

Naxian Sphinx of Delphi
Sphinx de Delphes
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Une visite de ces sites en plein air et de leurs trésors (thēsauros) aurait fait émerveillé le visiteur et lui aurait donné un aperçu du développement de l'art et de la technologie militaire au cours des siècles. Certaines de ces œuvres d'art gagnèrent leur renommée de plein droit. À Delphes, par exemple, il y avait le grand taureau en bronze de Corcyre (580 AEC), les dix statues des rois d'Argos (c. 369 AEC), un char géant à quatre chevaux en or offert par Rhodes, et une immense statue en bronze du Cheval de Troie offerte par les Argives (c. 413 AEC). La voie sacrée de Delphes suivie par les pèlerins était composée de centaines de statues, dont seuls les piédestaux survivent maintenant. Olympie avait un éventail similaire de statues, cette fois des athlètes victorieux aux Jeux Olympiques.

Cirques

Une autre sorte de musée, un autre en plein air, était le Cirque Maxime de Rome. Construit au VIe siècle AEC le Cirque fut utilisé pour accueillir des courses de chars, des combats de gladiateurs, des chasses d'animaux sauvages, des exécutions publiques et des jeux, y compris le Ludi Romani annuels qui rendaient hommage à Jupiter. Le Cirque avait une capacité de 250 000 spectateurs, et ils pouvaient admirer depuis leurs sièges non seulement ces spectacles, mais aussi la collection de monuments massifs et d'œuvres d'art qui ornaient la barrière centrale, ou spina, autour de laquelle les chars couraient. Là, il y avait des obélisques d'Égypte aux côtés des statues de bronze et de marbre des riches et des célèbrités. Deux obélisques se tiennent maintenant à Rome, l'un sur la Piazza del Popolo et l'autre sur la Piazza San Giovanni in Laterano.

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La spina de l'Hippodrome de Constantinople (IIIe - XIIIe siècle EC) avait un éventail encore plus spectaculaire d'œuvres d'art, toutes pillées de divers endroits à travers l'Empire byzantin. Il y avait des sculptures monumentales des premiers empereurs romains, des figures associées à la victoire comme les aigles et le héros grec Hercule, des sculptures de chars victorieux et des colonnes ornementales telles que la colonne serpentine du trépied des Platées. Cette dernière merveille de trois serpents entrecroisés en bronze était une dédicace du Ve siècle AEC, pillée dans le sanctuaire sacré d'Apollon à Delphes. À l'origine d'une hauteur de 8 mètres (26 pi), la partie inférieure se trouve encore aujourd'hui à Istanbul. Il y avait aussi des obélisques, y compris un faux fait de blocs individuels mais entièrement recouvert de feuilles de bronze. Un autre obélisque égyptien avait été prélevé de Karnak et date du règne de Thoutmose III au XVe siècle AEC. Le monument, mesurant plus de 25 mètres de hauteur, se trouve aujourd'hui dans le centre d'Istanbul.

Circus Maximus Reconstruction
Reconstruction du Cirque Maxime
B. Fletcher (Public Domain)

Outre la spina, l'extérieur de l'Hippodrome, comme beaucoup d'édifices publics dans le monde romain, était décoré des butins de guerre tels que des armes, des armures et des boucliers, sans doute accrochés là pour rappeler à la population générale tous les peuples que l'Empire romain d'Orient avait conquis.

Le Musée d'Alexandrie

Le musée le plus célèbre du monde était à Alexandrie. Il était tout à fait distinct de la Bibliothèque d'Alexandrie. Ptolémée I Soter (366-282 AEC) est considéré comme le fondateur du Musée d'Alexandrie (le Mouseîon) vers 305 AEC, dont la célèbre bibliothèque n'était qu'une partie. La dynastie ptolémaïque consacra beaucoup de temps et d'argent à construire à la fois le Musée et la Bibliothèque d'Alexandrie, invitant des chercheurs et acquérant des textes de toute la Méditerranée. La plupart des sources anciennes attribuent à Ptolémée II Philadelphe (r. 285-246 AEC) la fondation de la bibliothèque. Les bibliothécaires, sous la direction d'un directeur, étaient impitoyables et absolument déterminés à construire le plus grand stock de connaissances au monde ne laissant de côté aucune source ni aucun sujet. Grâce à ces efforts, la bibliothèque comptait de 500 000 à 700 000 rouleaux.

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Le modèle pour la conception du Musée était probablement le Lycée d'Aristote mentionné ci-dessus, un lien fort étant la présence de Demetrios de Phalère (c. 350 - c. 280 AEC), un étudiant d'Aristote. L'emplacement précis du musée n'est pas connu, mais il se trouvait probablement près du palais royal. Le Musée était géré par un président ou un prêtre en chef qui avait une équipe de chercheurs résidants payés par l'État (à la fois un salaire et des frais de subsistance). La recherche, la reproduction de livres et les conférences étaient leurs principales activités. La première de ces tâches donna au Musée sa vaste renommée, notamment dans les domaines de la science, de la mécanique, de la médecine, des mathématiques, de la philosophie et de la recherche littéraire.

Le géographe grec Strabon (c. 64 AEC- 24 EC) donne la description suivante du Musée :

Fait également partie du palais, le musée, qui a une promenade, une salle de réunion et un grand bâtiment où se trouve la salle à manger commune des érudits, membres du Musée. Cette corporation possède l’argent en commun et un prêtre, nommé à la direction du Musée autrefois par les rois, aujourd’hui par Auguste.

Strabon, Géographie, Livre Modèle:XVII,1. 8. 793-794.

Le Musée accueillait également des dîners et un symposium occasionnel (de la soirée informelle des Grecs classiques) où des discussions sur toutes sortes de sujets allant de la politique à l'éthique avaient lieu. Plutôt de nature plus sérieuse que d'autres, les solutions aux problèmes discutés lors des symposiums du Musée d'Alexandrie étaient enregistrées pour la postérité. Des dirigeants, dont Cléopâtre VII (r. 51-30 AEC), participaient fréquemment aux séances de discussion. Le Musée géraient également la distribution de livres par la Bibliothèque à d'autres villes de l'Empire ptolémaïque. Le Musée et la Bibliothèque furent tous deux endommagés lors d'incendies sous le règne de Jules César (né vers 100 AEC), mais continuèrent et furent même agrandis par des empereurs romains comme Hadrien au IIe siècle EC. Le Musée inspira également d'autres institutions similaires ailleurs, notamment à Pergame, à Rhodes et à Syracuse. Détruit en 272 EC, le Musée d'Alexandrie récupéra de nouveau mais déclina et le dernier membre connu du Musée à y être enregistré est Théon d'Alexandrie, commentateur mathématique et père de la célèbre philosophe et mathématicienne Hypatia (vers 370 - 415 EC). Suite à l'édit de Théodose I (r. 379-395 EC) de fermer tous les sites païens en 391 EC, le Musée disparut de l'histoire, mais il avait créé un modèle sur lequel se basent aujourd'hui de nombreux musées, comme le British Museum et le Louvre, présentant non seulement des œuvres d'art et des objets d'art, mais aussi en finançant la recherche et des initiatives dans le domaine de l'éducation.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2020, mars 25). Musées en Méditerranée antique [Museums in the Ancient Mediterranean]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1530/musees-en-mediterranee-antique/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Musées en Méditerranée antique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le mars 25, 2020. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1530/musees-en-mediterranee-antique/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Musées en Méditerranée antique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 25 mars 2020. Web. 01 juil. 2022.

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