Bibliothèque de Celsus

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 22 juillet 2019
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Texte original en Anglais : Library of Celsus

Library of Celsus, Ephesus (by Mark Cartwright, CC BY-NC-SA)
Bibliothèque de Celsus, Ephèse
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

La Bibliothèque de Celsus dans l'ancienne Éphèse, située dans l'ouest de la Turquie, était un dépôt de plus de 12 000 rouleaux et l'un des bâtiments les plus impressionnants de l'Empire romain. Construite au IIe siècle AEC, elle fut ainsi nommée en hommage à l'ancien gouverneur romain de la ville. Aujourd'hui, il ne reste de ce bâtiment que l'impressionnante façade de la bibliothèque, autrefois immense, et elle témoigne silencieusement de la stature de la ville en tant que grand centre d'érudition, notamment d'études chrétiennes dès l'époque romaine.

Éphèse

Éphèse, située sur la côte ouest de la Turquie, était autrefois une ville portuaire importante dans le monde grec, puis dans l'Empire romain. La première implantation sur le site remonte à l'âge du bronze avec les Mycéniens, et elle devint célèbre à l'époque classique grâce à son culte à Artémis; la ville étant le site le plus important de toute l'ancienne Méditerranée à honorer cette divinité. Le grand temple de la ville du VIe-Ve siècle AEC, aujourd'hui connu sous le nom de Temple d'Artémis à Éphèse, devint l'une des sept merveilles du monde antique et attira de nombreux voyageurs et pèlerins antiques. Quand Éphèse prit la relève de Pergame comme capitale de la province asiatique de Rome (après 129 AEC), la ville devint encore plus cosmopolite avec des immigrés venant de toute l'Asie Mineure et un grand nombre de marchands italiens s'y installèrent. En tant que grande ville romaine et centre administratif, il n'est donc pas surprenant qu'elle possédât une impressionnante bibliothèque publique, l'une des commodités dont beaucoup de villes romaines pouvaient se vanter.

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Celsus avait été membre du Sénat romain et il FUT, de 105 à 107 EC, le proconsul d'Éphèse.

Tibère Iulius Celsus Polemaeanus

Commandée en 114 EC par Tibère Julius Acquila et achevée par ses héritiers, la bibliothèque fut construite pour commémorer son père Tibère Julius Celsus Polemaeanus décédé la même année, à l'âge de 70 ans. Celsus avait été membre du Sénat romain et il fut, de 105 à 107 EC, le proconsul d'Éphèse. Celsus avait également été consul à Rome en 92 EC, où il était responsable de tous les bâtiments publics, et il était l'un des hommes d'affaires les plus riches de la ville asiatique. La bibliothèque était alors un mémorial et un lieu de sépulture convenable pour l'un des grands d'Éphèse. Achevé en 117 EC, Celsus fut ensuite placé dans un cercueil de plomb enveloppé d'un sarcophage en marbre orné de figures en haut relief de Nike, Eros, de rosettes et de guirlandes. Le sarcophage fut enterré sous le plancher près du mur de l'absidal. La bibliothèque était donc aussi un mausolée ou un hérôon.

Celsus Library Facade, Ephesos
Façade de la bibliothèque Celsus, Ephesos
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

La Bibliothèque

La bibliothèque Celsus se trouve à l'angle de la rue des Courètes et de la rue de marbre en plein cœur de la ville, juste à gauche de l'agora, près de sa porte d'entrée monumentale. La bibliothèque est un exemple typique du style architectural qui prévalait à l'époque sous l'empereur Hadrien (76-138 EC) où, surtout en Orient, les façades très décoratives étaient en vogue, avec plusieurs niveaux et une multitude de parties saillantes, des fausses fenêtres encastrées, des colonnes, des frontons et des statues.

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Reposant sur un podium de neuf marches de 21m (69 pi) de longueur, l'impressionnante façade de la bibliothèque est richement décorée de sculptures en relief et dispose de deux étages - chacun avec trois paires de colonnes coiffées de chapiteaux corinthiens qui soutiennent des architraves saillantes. Les colonnes de l'étage supérieur sont plus courtes et plus minces que celles de l'étage inférieur, mais elles supportent un fronton triangulaire (paire centrale) et un fronton semi-circulaire (les deux paires extérieures). Entre chaque paire de colonnes de l'étage supérieur se trouve une grande fenêtre. La façade, et en fait l'ensemble du bâtiment, fut habilement conçue pour la rendre plus large qu'elle ne l'est réellement. Cette astuce fut réalisée en rendant le podium légèrement convexe et en ayant les colonnes latérales, les chapiteaux et les chevrons tous légèrement plus petits que ceux au centre du bâtiment.

La bibliothèque avait trois portes d'entrée, chacune avec des cadres décorés avec soin, la porte centrale étant plus grande que les deux autres. Les portes ont chacune une fenêtre au-dessus d'elles, et elles sont flanquées de quatre statues reculées dans des niches. Ces figures aux bases inscrites représentaient quatre qualités associées au défunt gouverneur :

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  • sagesse (sophia)
  • intelligence (ennoia)
  • connaissance (épistéme)
  • vertu (arete).

L'intérieur de la bibliothèque mesurait 16,72 m sur 10,92 m (54,8 x 35,8 pi), ce qui donne environ 180 mètres carrés (2 000 pieds carrés) de surface au sol, et elle était pavée de marbre décoré. Une partie du mur ouest est courbée pour former une abside. Les murs étaient bordés de niches pour le stockage des rouleaux. Il devait y avoir environ 12 000 rouleaux qui devaient être consultés sur place et non prélevés de la bibliothèque, bien que certains emprunts aient pu être autorisés par quelques privilégiés.

La bibliothèque et le christianisme étaient étroitement liés puisque la nouvelle religion accordait une grande importance à la parole écrite.

Il n'y avait pas de deuxième étage à l'intérieur malgré l'apparence de la façade, mais il y avait, courant autour du mur intérieur au niveau du deuxième étage, un balcon à balustrade donnant accès à des niches au niveau supérieur. Afin de réduire l'humidité (ce qui aurait endommagé les précieux textes de la bibliothèque) et de créer une température intérieure plus stable, des niches vides furent construites à l'intérieur des murs. L'intérieur contenait également une grande alcôve qui contenait autrefois une statue, probablement celle de Celsus ou de son fils qui non seulement avait commandé le bâtiment mais qui avait laissé dans son testament une somme de 23 000 dinars pour acheter des rouleaux pour la bibliothèque. Cette statue est maintenant exposée en permanence au Musée archéologique d'Istanbul.

Sophia-Wisdom, Celsus Library, Ephesos
Sophia-Wisdom, Bibliothèque Celsus, Ephesos
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Histoire récente

Au 1er siècle de notre ère, Éphèse était devenu le centre le plus important des premiers chrétiens d'Asie avec Paul l'apôtre qui s'adressa au public dans le théâtre de la ville et Jean l'évangéliste y passa probablement ses dernières années. La ville continua de prospérer en tant que centre d'érudition, et la bibliothèque Celsus eut un rôle à jouer dans ce succès. La bibliothèque et le christianisme étaient étroitement liés puisque la nouvelle religion mettait l'accent sur la parole écrite sous la forme de textes sacrés et de commentaires, ce qui contrastait nettement avec les rites et rituels païens plus anciens qui étaient généralement transmis oralement par les prêtres aux initiés.

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Malheureusement, en 262 EC, la bibliothèque fut détruite par un incendie lors d'une invasion gothique. Cependant, la façade survécut et des réparations furent faites à la fin du IVe siècle EC, puis une petite fontaine fut ajoutée à côté des marches devant la bibliothèque. Éphèse demeura une importante ville chrétienne dans l'Antiquité tardive, accueillant un grand conseil œcuménique des évêques en 431 EC et recevant une énorme nouvelle basilique au milieu du VIe siècle. Au Xe siècle, un tremblement de terre provoqua l'effondrement de la façade. La bibliothèque fit l'objet de fouilles en 1904 EC et le sarcophage de Celsus fut découvert. La façade fut réassemblée puis partiellement restaurée. Les grandes statues de la façade du bâtiment furent emmenées à Vienne après leur découverte et ont été remplacées par des copies fidèles.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth enseigne l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques basé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, l’architecture, la mythologie mondiale et à la découverte des idées que toutes les civilisations ont en commun. Il est titulaire d’un Master en Philosophie Politique et Éditeur en Chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2019, juillet 22). Bibliothèque de Celsus [Library of Celsus]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-11082/bibliotheque-de-celsus/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Bibliothèque de Celsus." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le juillet 22, 2019. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-11082/bibliotheque-de-celsus/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Bibliothèque de Celsus." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 22 juil. 2019. Web. 23 juil. 2021.