Empire Byzantin

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Jerome Couturier
publié le 19 septembre 2018
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Texte original en Anglais : Byzantine Empire

The Virgin and Child Mosaic, Hagia Sophia (by Hagia Sophia Research Team, CC BY-NC-SA)
Mosaïque de la Vierge à l'Enfant, Hagia Sophia
Hagia Sophia Research Team (CC BY-NC-SA)

L'Empire Byzantin, souvent appelé Empire Romain d'Orient ou simplement Byzance, exista de 330 ap. JC à 1453. Avec sa capitale fondée à Constantinople par Constantin Ier (règne 306-337 ap. JC), l'Empire varia en taille au cours des siècles, possédant à un moment ou à un autre des territoires situés en Italie, en Grèce, dans les Balkans, au Levant, en Asie Mineure, et en Afrique du Nord.

Byzance était un état chrétien dont le grec était la langue officielle. Les Byzantins développèrent leurs propres systèmes politiques, pratiques religieuses, art et architecture qui, bien qu'influencés de manière significative par la tradition culturelle gréco-romaine, étaient distincts et pas simplement une continuation de la Rome antique. L'Empire Byzantin fut la puissance médiévale la plus durable, et son influence se poursuit jusqu’à aujourd'hui, notamment dans la religion, l'art, l'architecture et le droit de nombreux états occidentaux, d'Europe centrale et orientale et de Russie.

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Noms et Dates

Le nom ‘Byzantin’ a été forgé par des historiens du 16ème siècle sur la base du fait que le premier nom de la capitale était Byzance, avant de devenir Constantinople (l'Istanbul moderne). Il s'agissait et il s'agit toujours d'une étiquette imparfaite mais pratique pour différencier l'Empire Romain d'Orient de l'Empire Romain d'Occident, et particulièrement importante après la chute de ce dernier au 5ème siècle. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il n'y a pas d'accord universel entre les historiens sur la période à laquelle se réfère réellement le terme "Empire Byzantin". Certains chercheurs choisissent 330 ap. JC et la fondation de Constantinople, d'autres la Chute de l'Empire Romain d'Occident en 476, d'autres encore préfèrent l'échec de Justinien Ier (r. 527-565) à unifier les deux empires en 565, et certains plaident même pour les environs de 650 et la conquête arabe des provinces orientales de Byzance. La plupart des historiens s'accordent cependant pour dire que l'Empire Byzantin prit fin le mardi 29 mai 1453, lorsque le sultan ottoman Mehmed II (r. 1444-6 et 1451-81) conquit Constantinople.

CONSTANTINOPLE DEVINT LA VILLE CHRÉTIENNE LA PLUS RICHE, LA PLUS BRILLANTE et LA PLUS IMPORTANTE DU MONDE.

La discussion des dates met également en évidence les différences dans le mélange ethnique et culturel entre les deux moitiés du monde romain, et la distinction de l'état médiéval par rapport à son héritage romain antérieur. Les Byzantins s'appelaient eux-mêmes ‘Romains’, leur empereur était Basileus ton Rhomaion ou ‘Empereur des Romains’, et leur capitale était la ‘Nouvelle Rome’. Cependant, la langue la plus répandue était le grec et il est juste de dire que pendant la plus grande partie de son histoire, l'Empire Byzantin était beaucoup plus grec que romain en termes culturels.

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Constantinople

Les débuts de l'Empire Byzantin remontent à la décision de l'empereur romain Constantin Ier de déplacer la capitale de l'Empire Romain de Rome à Byzance le 11 mai 330. Le nom populaire de Constantinople ou ‘Ville de Constantin’ remplaca rapidement le choix officiel de l'empereur de ‘Nouvelle Rome’. La nouvelle capitale disposait d'un excellent port naturel sur l’estuaire de la Corne d'Or et, à cheval sur la frontière entre l'Europe et l'Asie, elle pouvait contrôler le passage des navires par le Bosphore, de la mer Égée à la mer Noire, reliant ainsi le commerce lucratif entre l'ouest et l'est. Une grande chaîne tendue à l'entrée de la Corne d'Or, et la construction des imposants Murs Théodosiens entre 410 et 413 permirent à la ville de résister à maintes reprises à des attaques concertées, tant maritimes que terrestres. Au fil des siècles, avec l'ajout de bâtiments spectaculaires, la ville cosmopolite devint l'une des plus belles jusqu’à présent, et certainement la ville chrétienne la plus riche, la plus brillante et la plus importante du monde.

Map of Byzantine Constantinople
Constantinople à l'Époque Byzantine
Cplakidas (CC BY-SA)

Les Empereurs Byzantins

L'Empereur Byzantin ou basileus (ou, plus rarement, basilissa pour impératrice) résidait dans le magnifique Grand Palais de Constantinople et régnait en monarque absolu sur un vaste empire. En tant que tel, le basileus avait besoin de l'aide d'un gouvernement expert et d'une bureaucratie étendue et efficace. Bien qu'étant un souverain absolu, l'empereur était censé - par son gouvernement, son peuple et l'Église - gouverner avec sagesse et justice. Plus important encore, un empereur devait avoir des succès militaires, car l'armée restait réellement l'institution la plus puissante de Byzance. Les généraux de Constantinople et des provinces pouvaient destituer - et le faisaient - un empereur qui ne parvenait pas à défendre les frontières de l'Empire ou qui provoquait une catastrophe économique. Pourtant, dans le cours normal des choses, l'empereur était commandant en chef de l'armée, chef de l'Église et du gouvernement, il contrôlait les finances de l'état et nommait ou révoquait les nobles à sa guise; peu de souverains, avant ou après, exercèrent jamais un tel pouvoir.

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GRÂCE À UNE CONTINUITÉ DE DYNASTIES SOIGNEUSEMENT ORCHESTRÉE, DE RITUELS, DE COSTUMES et DE NOMS, L'INSTITUTION DE L'EMPEREUR BYZANTIN PUT SE MAINTENIR PENDANT 12 SIÈCLES.

L'image de l'empereur figurait sur les pièces byzantines, qui étaient également utilisées pour montrer le successeur choisi, souvent le fils aîné, mais pas toujours car il n'y avait pas de règles fixes pour la succession. On pensait que les empereurs avaient été choisis par Dieu pour gouverner, mais une magnifique couronne et des robes de pourpre de Tyr contribuaient à renforcer le droit de régner. Une autre stratégie de marketing consistait à copier les noms de règne d'illustres prédécesseurs, Constantin étant particulièrement apprécié. Même les usurpateurs, généralement des militaires puissants et accomplis, cherchaient très souvent à légitimer leur position en épousant un membre de la famille de leurs prédécesseurs. Ainsi, grâce à une continuité de dynasties soigneusement orchestrée, de rituels, de costumes et de noms, l'institution de l'empereur put perdurer pendant 12 siècles.

Le Gouvernement Byzantin

Le gouvernement byzantin suivait les modèles établis dans la Rome impériale. L'empereur était tout-puissant mais devait néanmoins consulter les corps importants comme le Sénat. À Constantinople, contrairement à Rome, le Sénat était composé d'hommes qui avaient gravi les échelons du service militaire, il n'existait donc pas de classe sénatoriale à proprement parler. En l'absence d'élections, les sénateurs, ministres et conseillers locaux byzantins acquéraient en grande partie leur position grâce au patronage impérial ou à leur statut de grands propriétaires terriens.

Justinian I
Justinien Ier
Sponsored by a Greek banker, Julius Argentarius (CC BY-NC-SA)

L'élite des sénateurs formait le petit sacrum consistorium que l'empereur était, en théorie, censé consulter sur les questions d'importance nationale. En outre, l'empereur pouvait consulter les membres de son entourage personnel à la cour. À la cour se trouvaient également les chambellans eunuques (cubicularii) qui servaient l'empereur dans diverses tâches personnelles mais qui pouvaient également contrôler l'accès à celui-ci. Les eunuques occupaient eux-mêmes des postes de responsabilité, au premier rang desquels le détenteur de la bourse de l'empereur, le sakellarios, dont les pouvoirs devaient s'accroître considérablement à partir du 7ème siècle. Parmi les autres fonctionnaires importants, citons le questeur ou chef du service juridique, le comes sacrarum largitionum qui contrôlait la monnaie d'état, le magister officiorum qui s'occupait de l'administration générale du palais, de l'armée et de son ravitaillement, ainsi que des affaires étrangères, et une équipe d'inspecteurs impériaux qui surveillaient les affaires des conseils locaux dans tout l'Empire.

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Le plus haut fonctionnaire de Byzance était toutefois le Préfet Prétorien d'Orient, auquel tous les gouverneurs régionaux de l'Empire devaient rendre des comptes. Les gouverneurs régionaux supervisaient les conseils des villes, ou curae. Les conseillers locaux étaient responsables de tous les services publics et de la collecte des impôts dans leur ville et ses terres environnantes. Ces conseils étaient organisés géographiquement en une centaine de provinces, elles-mêmes organisées en 12 diocèses, trois dans chacune des quatre préfectures de l'Empire. À partir du 7ème siècle, les gouverneurs régionaux des diocèses, ou themes comme on les appella après une restructuration, devinrent en fait des commandants militaires provinciaux (strategoi) directement responsables devant l'empereur lui-même, et le Préfet Prétorien fut aboli. Après le 8ème siècle, l'administration de l'Empire fut beaucoup simplifiée, en raison de la menace militaire accrue des voisins et des guerres civiles internes.

Le Corpus Juris Civilis

Le gouvernement byzantin fut grandement aidé par la création du Code Justinien ou Corpus Juris Civilis (Corpus du Droit Civil) par Justinien Ier. Le corpus, rédigé par un groupe d'experts juridiques, rassembla, édita et révisa l'énorme corpus de lois romaines qui s'était accumulé au cours des siècles - un nombre massif d'édits impériaux, d'avis juridiques et de listes de délits et de punitions. Le code, composé de plus d'un million de mots, devait durer 900 ans, rendre les lois plus claires pour tous, réduire le nombre d'affaires portées inutilement devant les tribunaux, accélérer le processus judiciaire, et influencer par la suite la plupart des systèmes juridiques des démocraties occidentales.

La Société Byzantine

Les Byzantins accordaient une grande importance au nom de famille, à la richesse héritée et à la naissance respectable d'un individu. Les individus des niveaux supérieurs de la société possédaient ces trois éléments. La richesse provenait de la propriété foncière ou de l'administration de terres sous la juridiction d'un administrateur individuel. Cependant, il n'y avait pas d'aristocratie du sang en tant que telle dans la société byzantine, et l'appui et l'éducation étaient des moyens de gravir l'échelle sociale. En outre, l'octroi de faveurs, de terres et de titres par les empereurs, ainsi que les rétrogradations sans discernement et les risques d'invasions et de guerres étrangères, signifiaient que les composantes individuelles de la noblesse n'étaient pas statiques et que les familles s'élevaient et s'abaissaient au fil des siècles. Le rang était visible pour tous les membres de la société grâce à l'utilisation de titres, de sceaux, d'insignes, de vêtements particuliers et de bijoux personnels.

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Byzantine Ivory Diptych Panel
Panneau Diptyque Byzantin en Ivoire
Osama Shukir Muhammed Amin (CC BY-NC-SA)

La plupart des membres des classes inférieures devaient suivre la profession de leurs parents, mais l'héritage, l'accumulation de richesses et l'absence d'interdiction formelle pour une classe de passer à une autre offraient au moins une petite possibilité pour une personne d'améliorer sa position sociale. Certains travailleurs avaient de meilleurs emplois, comme ceux qui travaillaient dans les affaires juridiques, l'administration et le commerce (une façon peu estimée de gagner sa vie pour les Byzantins). Venaient ensuite les artisans, puis les agriculteurs qui possèdaient leurs lopins de terre, puis le groupe le plus important - ceux qui travaillent la terre pour d’autres, et enfin les esclaves qui étaient généralement des prisonniers de guerre, mais qui étaient loin d'être aussi nombreux que les travailleurs libres.

Le rôle des femmes byzantines, comme celui des hommes, dépendait de leur rang social. Les femmes aristocratiques étaient censées gérer le foyer et s'occuper des enfants. Bien qu'elles aient pu posséder des biens, elles ne pouvaient pas occuper de fonctions publiques et passaient leur temps libre à tisser, faire les courses, aller à l'église ou lire (sans qu'elles aient reçu une éducation formelle). Les veuves devenaient les tutrices de leurs enfants et pouvaient hériter à égalité avec leurs frères. De nombreuses femmes travaillaient, comme les hommes, dans l'agriculture et dans diverses industries manufacturières et services alimentaires. Les femmes pouvaient posséder leurs propres terres et entreprises, et certaines amélioraient leur position sociale par le mariage. Les professions les moins respectées étaient, comme ailleurs, les prostituées et les actrices.

Les Territoires de l'Empire Byzantin

L'étendue géographique de l'Empire Byzantin changea au cours des siècles, au gré des succès et des échecs militaires des différents empereurs. Les territoires détenus au début de l'histoire de l'Empire comprenaient l'Égypte, la Syrie, la Jordanie, le Liban et la Palestine. La Grèce était moins importante sur le plan pratique qu'elle ne l’était en tant que symbole dans l’esprit des Byzantins, qui se considéraient comme les véritables héritiers de la culture gréco-romaine. L'Italie et la Sicile devaient être défendues, finalement en vain, contre les ambitions des papes et des Normands. Les Balkans jusqu'au Danube étaient importants dans leur ensemble, et l'Asie mineure jusqu'à la côte de la mer Noire au nord et à l'Arménie à l'est était une source de richesse majeure, mais ces deux régions devaient être en permanence vigoureusement défendues contre divers ennemis.

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La carte politique était constamment redessinée avec la montée et la chute des empires voisins. Parmi les évènements notables, on peut citer Anastase Ier (491-518) qui défendit avec succès l'Empire contre les Perses et les Bulgares. Justinien Ier, aidé de son talentueux général Bélisaire (vers 500-565), reconquit les territoires d'Afrique du Nord, d'Espagne et d'Italie, perdus par les empereurs occidentaux. Les Lombards en Italie et les Slaves dans les Balkans firent des incursions dans l'Empire au cours de la seconde moitié du 6ème siècle, une situation finalement inversée par Héraclius (r. 610-641), qui mit fin à l'Empire Perse Sassanide par sa victoire à Ninive en 627.

Byzantine Empire c. 626 CE
L'Empire Byzantin vers 626 ap. JC
Justinian43 (CC BY-SA)

Les conquêtes islamiques des 7ème et 8ème siècles dépouillèrent l'Empire de ses territoires au Levant (y compris Jérusalem, en 637), en Afrique du Nord et en Asie Mineure orientale. Au moins cependant, l'Empire tint bon en tant que rempart contre l'expansion arabe en Europe, Constantinople ayant résisté à deux reprises à des sièges arabes déterminés (674-8 et 717-8). L'Empire Byzantin fut cependant ébranlé jusque dans ses fondements. Au 9ème siècle, les Bulgares firent d'importantes incursions dans les régions septentrionales de l'Empire. La fortune byzantine revint avec la dynastie Macédonienne (867-1057), dénomination controversée. Le fondateur de la dynastie, Basile Ier (r. 867-886), reconquit le sud de l'Italie, s'attaqua aux pirates crétois et remporta des victoires contre les Arabes à Chypre, en Grèce continentale et en Dalmatie. L'empereur suivant, Léon VI (r. 886-912), perdit la plupart des gains, mais le milieu du 10ème siècle vit des victoires en Mésopotamie sous contrôle musulman.

Basile II (r. 976-1025), surnommé le 'Tueur des Bulgares' en raison de ses victoires dans les Balkans, fut à l'origine d'un autre redressement spectaculaire de la situation de Byzance. Basile, aidé par une armée de féroces guerriers d'origine viking venus de Kiev, remporta également des victoires en Grèce, en Arménie, en Géorgie et en Syrie, doublant ainsi la taille de l'Empire. Ce fut cependant le dernier grand succès, car un déclin progressif s'amorça. Après la défaite cuisante contre les Seldjoukides à la bataille de Manzikert en Arménie en 1071, une brève renaissance se produisit sous Alexis Ier Comnène (r. 1081-1118) avec des victoires contre les Normands en Dalmatie, les Petchenègues en Thrace et les Seldjoukides en Palestine et en Syrie (avec l'aide des premiers Croisés). Mais il semblait y avoir trop d'ennemis dans trop de régions pour que les Byzantins puissent prospérer indéfiniment.

Aux 12ème et 13ème siècles, le sultanat de Roum s'empara de la moitié de l'Asie Mineure, puis le désastre survint lorsque les armées de la Quatrième Croisade mirent Constantinople à sac en 1204. Partagé entre Venise et ses alliés, l'Empire n'exista qu'en exil, avant une restauration en 1261. Au 14ème siècle, l'Empire se résumait à une petite région à l'extrémité de la Grèce du Sud et à un morceau de territoire autour de la capitale. Le coup de grâce fut porté, comme déjà mentionné, par le sac de Constantinople par les Ottomans en 1453.

L'Église Byzantine

Le paganisme continua d’être pratiqué pendant des siècles après la fondation de Byzance, mais ce fut le Christianisme qui devint le trait caractéristique de la culture byzantine, influençant profondément sa politique, ses relations extérieures, son art et son architecture. L'Église était dirigée par le patriarche ou évêque de Constantinople, qui était nommé ou révoqué par l'empereur. Les évêques locaux, qui présidaient les grandes villes et les territoires environnants et représentaient à la fois l'Église et l'empereur, disposaient de richesses et de pouvoirs considérables dans leurs communautés locales. Le Christianisme devint donc un important dénominateur commun qui contribua à rassembler des cultures diverses en un empire comprenant des Grecs chrétiens, des Arméniens, des Slaves, des Géorgiens et de nombreuses autres minorités, ainsi que des sujets d'autres confessions, comme des Juifs et des Musulmans, qui étaient autorisées à pratiquer librement leur religion.

Icon of Saint Basil
Icone de Saint Basile
Unknown Artist (Public Domain)

Les différences entre l'Église d'Orient et l'Église d'Occident furent l'une des raisons pour lesquelles l'Empire Byzantin fut si mal représenté dans les histoires médiévales occidentales. Les Byzantins étaient souvent dépeints comme décadents et sournois, leur culture fermée et leur religion comme une hérésie dangereuse. Les Églises d'Orient et d'Occident étaient en désaccord sur la question de savoir qui devait avoir la primauté, le Pape ou le Patriarche de Constantinople. Des questions de doctrine étaient également contestées, comme celle de savoir si Jésus-Christ avait une nature humaine et une nature divine combinées, ou seulement une nature divine. Le célibat des clercs, l'utilisation du pain levé ou non levé, la langue de culte et l'utilisation des l'images étaient autant de points de divergence qui, ajoutés aux ambitions politiques et territoriales, conduisirent au Schisme des Églises d’Orient et d’Occident de 1054.

L'Église Byzantine connut également ses propres conflits internes, dont les plus notoires sont les périodes d'iconoclasme ou 'destruction d'images' de 726-787 et 814-843. Les papes et de nombreux Byzantins étaient favorables à l'usage d'icônes - représentations de personnages saints, mais surtout de Jésus-Christ. Les opposants aux icônes estimaient qu'elles étaient devenues des idoles et qu'il était blasphématoire de penser que Dieu pouvait être représenté dans l'art. La question ralluma également le débat sur si le Christ avait deux natures ou une seule, et si par conséquent, une icône ne représentait que l'humain. Les défenseurs des icônes affirmaient qu'elles n'étaient que l'impression d'un artiste et qu'elles aidaient les analphabètes à mieux comprendre le divin. Pendant la vague d'iconoclasme, de nombreuses œuvres d'art précieuses furent détruites, notamment sous les règnes de Léon III (r. 717-741) et de son successeur Constantin V (r. 741-775), lorsque même ceux qui vénéraient les icônes (les iconophiles) étaient persécutés. La question fut résolue en faveur des icônes en 843, événement connu sous le nom de 'Triomphe de l'Orthodoxie'.

Le monachisme était une caractéristique particulière de la vie religieuse byzantine. Des hommes et des femmes se retiraient dans des monastères où ils consacraient leur vie au Christ et à l'aide aux pauvres et aux malades. Ils y menaient une vie simple selon des règles établies par des personnalités ecclésiastiques importantes telles que Basile le Grand (ou Basile de Césarée, vers 330-379). De nombreux moines étaient également des érudits, le plus célèbre étant saint Cyrille (mort en 867), qui inventa l'alphabet glagolitique (alphabet slave antérieur au cyrillique). Une femme remarquable qui utilisa bien son temps de retraite fut Anne Comnène (1083-1153), qui écrivit son Alexiade sur la vie et le règne de son père Alexis Ier Comnène (r. 1081-1118). Les monastères devinrent ainsi de précieux dépositaires de textes et de connaissances, tandis que leurs productions de vin et ateliers d'icônes étaient également très appréciés. L'un des sites monastiques les plus célèbres est le mont Athos, près de Thessalonique, où les moines s’établirent à partir du 9ème siècle, pour finalement y construire 46 monastères, dont beaucoup subsistent aujourd'hui.

Byzantine Book Cover with Icon
Couverture de Livre Byzantin avec Icône
The Metropolitan Museum of Art (Copyright)

L'Art Byzantin

Les artistes byzantins s’éloignèrent du naturalisme de la tradition classique pour se tourner vers plus d'abstraction et d'universel, affichant une nette préférence pour les représentations en deux dimensions. La rareté des signatures sur les œuvres d'art produites avant le 13ème siècle suggère que les artistes ne jouissaient pas d'un statut social élevé. Les œuvres d'art qui véhiculaient un message religieux - principalement le besoin de salut et le renforcement de la foi - étaient produites en très grand nombre, notamment les mosaïques murales, les fresques et les icônes. Bien que les icônes pussent prendre presque n'importe quelle forme, les plus populaires étaient de petits panneaux de bois peints. Conçues pour être transportées ou accrochées aux murs, elles étaient fabriqués selon la technique de l'encaustique, qui consistait à mélanger des pigments de couleur à de la cire et à appliquer le mélange sur le bois comme une incrustation. Dans le but de faciliter la communication entre le spectateur et le divin, les figures uniques sont généralement de face, entourées d'un nimbe ou d'un halo pour souligner leur sainteté.

Les mosaïques byzantines, que l'on peut bien voir aujourd'hui dans la basilique Sainte Sophie d'Istanbul ou dans l'église San Vitale de Ravenne, représentent des personnages saints, des empereurs et des impératrices, des fonctionnaires de l'Église, et des scènes de la vie quotidienne, notamment dans le domaine de l'agriculture. La sculpture à grande échelle semble avoir été moins populaire que dans l'Antiquité, mais les sarcophages en marbre sculpté ont été produits en grand nombre. Enfin, le travail du métal, incorporant en particulier de l'émail et des pierres semi-précieuses en cabochon, était une spécialité byzantine. Les artisans produisirent de nombreux plats, tasses, bijoux de toutes sortes, couvertures de livres (en particulier pour les bibles) et reliquaires (boîtes pour conserver les reliques sacrées), de grande qualité et au design complexe.

L'Architecture Byzantine

Les architectes byzantins continuèrent à utiliser les ordres classiques dans leurs bâtiments et empruntèrent des idées au Proche-Orient, entre autres. Les conceptions devinrent plus éclectiques que dans l'Antiquité, notamment en raison de l'habitude commune de réutiliser les matériaux des bâtiments plus anciens pour les nouvelles structures. L'accent fut également mis sur la fonction plutôt que sur la forme et l'on s'intéressa davantage à l'intérieur qu'à l'extérieur des bâtiments. Tout en continuant à construire des structures typiquement romaines telles que des aqueducs à arches, des amphithéâtres, des hippodromes, des thermes et des villas, les Byzantins devaient enrichir le répertoire avec leurs églises à coupole, leurs monastères murés, et leurs murs de fortification plus sophistiqués.

Hagia Sophia Interior
Sainte Sophie d'Istanbul, Intérieur
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Les matériaux de construction privilégiés étaient de grosses briques avec mortier et ciment pour le cœur caché des murs. Des blocs de pierre de taille étaient utilisés dans les bâtiments publics les plus prestigieux, tandis que le marbre, utilisé avec plus de parcimonie qu'à l'époque romaine, était généralement réservé aux colonnes, aux encadrements de portes et de fenêtres et à d'autres éléments décoratifs. Les toits étaient en bois tandis que les murs intérieurs étaient fréquemment recouverts de plâtre, de stuc, de fins parements de marbre, de peintures et de mosaïques.

Le bâtiment byzantin le plus grand, le plus important, et jusqu'à aujourd'hui le plus célèbre, est la Sainte-Sophie de Constantinople, dédiée à la sainte sagesse (hagia sophia) de Dieu. Reconstruite en 532-537, sa base rectangulaire mesure 74,6 x 69,7 m, et son immense plafond en forme de dôme s'élève à 55 m au-dessus du sol et a un diamètre de 31,8 m. Reposant sur quatre arcs massifs et quatre pendentifs, le dôme était une réalisation architecturale spectaculaire pour l'époque. Sainte-Sophie est restée la plus grande église du monde jusqu'au 16ème siècle et était l'une des plus décorées, avec de superbes mosaïques et des peintures murales étincelantes.

Les églises chrétiennes en général furent l'une des plus grandes contributions des Byzantins à l'architecture, notamment par l'utilisation du dôme. Le plan en forme de croix carrée devint le plus courant, le dôme étant construit sur quatre arcs de soutien. La base carrée de l'édifice se divisa ensuite en travées, qui pouvaient elles-mêmes être dotées d'un plafond en demi ou plein dôme. Une autre caractéristique commune est une abside centrale avec deux absides latérales à l'extrémité orientale de l'église. Au fil du temps, la coupole centrale a été élevée de plus en plus haut sur un tambour polygonal, qui dans certaines églises est si haut qu'il a l'apparence d'une tour. De nombreuses églises, en particulier les basiliques, avaient à côté d'elles un baptistère (généralement octogonal), et parfois un mausolée pour le fondateur de l'église et ses descendants. Ces caractéristiques de conception byzantines devaient influencer l'architecture chrétienne orthodoxe et sont encore visibles aujourd'hui dans les églises du monde entier.

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Traducteur

Jerome Couturier
Je suis médecin, spécialisé en Génétique. J'aime l'Histoire et l'Antiquité depuis mon plus jeune âge. J'ai toujours eu un interêt pour la recherche dans divers domaines scientifiques, dont l'archéologie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2018, septembre 19). Empire Byzantin [Byzantine Empire]. (J. Couturier, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-953/empire-byzantin/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Empire Byzantin." Traduit par Jerome Couturier. World History Encyclopedia. modifié le septembre 19, 2018. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-953/empire-byzantin/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Empire Byzantin." Traduit par Jerome Couturier. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 19 sept. 2018. Web. 17 oct. 2021.