Musique Grecque Antique

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 05 janvier 2013
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Disponible dans ces autres langues: anglais, persan, espagnol
Ancient Greek Kithara (by Mark Cartwright, CC BY-NC-SA)
Kithara de Grèce antique
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

La musique (ou mousike) faisait partie intégrante de la vie dans le monde grec antique, et le terme couvrait non seulement la musique mais aussi la danse, les paroles et l'interprétation de la poésie. Un large éventail d'instruments était utilisé pour interpréter la musique, qui était jouée en toutes sortes d'occasions, telles que les cérémonies religieuses, les festivals, les soirées privées (symposion), les mariages, les funérailles et les activités sportives et militaires. La musique était également un élément important de l'éducation et des représentations théâtrales grecques telles que les pièces, les récitals et les concours.

Origines musicales

Pour les Grecs de l'Antiquité, la musique était littéralement considérée comme un don des dieux. L'invention d'instruments spécifiques était attribuée à des divinités particulières : Hermès la lyre, Pan la syrinx (flûte de pan) et Athéna l'aulos (flûte). Dans la mythologie grecque, les Muses personnifiaient les différents éléments de la musique (au sens large du terme en Grèce) et étaient censées divertir les dieux sur le mont Olympe avec leur musique divine, leurs danses et leurs chants. D'autres figures mythiques fortement associées à la musique sont le dieu du vin Dionysos et ses disciples, les Satyres et les Ménades. Amphion et Thamyris étaient tous deux réputés pour leur habileté à jouer de la kithara (guitare), tandis qu'Orphée était réputé être un magnifique chanteur et joueur de lyre.

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Les Grecs pensaient que la musique pouvait avoir un effet bénéfique sur l'esprit et le corps de celui qui l'écoutait.

Les plus anciens instruments de musique grecs encore existants sont des auloi en os qui datent du néolithique (7e-4e millénaire avant notre ère) et ont été découverts en Macédoine occidentale, en Thessalie et à Mykonos. Les trois principales civilisations de l'âge du bronze dans la mer Égée (3000 à 1000 avant notre ère), les civilisations cycladique, minoenne et mycénienne, fournissent toutes des preuves physiques de l'importance de la musique dans leurs cultures respectives. Des figurines en marbre provenant des Cyclades représentent des joueurs d'aulos et de harpe. L'écriture hiéroglyphique crétoise comporte trois symboles qui sont des instruments de musique - deux types de harpe et un sistre (ou hochet, originaire d'Égypte). Une lyre en albâtre décorée de têtes de cygne a été conservée à Knossos et une fresque à Akrotiri sur Théra représente un singe bleu jouant d'une petite lyre triangulaire. Le "vase des moissonneurs" minoen (1500-1450 avant J.-C.) de Hagia Triada en Crète représente un joueur de sistre et des versions en argile de cet instrument ont été trouvées dans des tombes en Crète. Il existe également des preuves que la musique a pu être écrite dès l'âge du bronze, si l'on interprète comme tel un texte minoen en Linéaire A sur un mur à Hagia Triada.

La combinaison de mots et de musique, les systèmes mélodiques et scalaires, ainsi que plusieurs des instruments de musique les plus populaires, comme l'aulos et la lyre, provenaient probablement du Proche-Orient. Cependant, les Grecs eux-mêmes considéraient la lyre, tout particulièrement, un instrument "grec", tandis que l'aulos est souvent représenté dans la mythologie comme un concurrent étranger inférieur d'origine orientale. Ainsi, le grand dieu grec Apollon, qui était considéré comme le maître de la lyre, vainquit le satyre phrygien Marsyas et son aulos lors d'un concours musical jugé par les Muses. La lyre était également l'instrument de musique, avant tout autre, que les jeunes Grecs devaient apprendre au cours de leur scolarité et était recommandée comme tel par Platon dans sa République.

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Les instruments de musique

Les instruments de musique grecs comprenaient des instruments à cordes, à vent et à percussion. Les plus populaires étaient de loin la lyre, l'aulos (généralement double) et la syrinx. Parmi les autres instruments, on trouve le hochet (sistrum et seistron), les cymbales (kymbala), la guitare (kithara), la cornemuse (askaulos), la conque et le triton (kochlos), la trompette (salpinx), le cor (keras), le tambourin (rhoptron), le tambour peu profond (tympanon), claquoirs (krotala), maracas (phormiskoi), xylophone (psithyra), diverses versions de la lyre telles que la lyre à quatre cordes (phorminx) et le barbiton allongé à plusieurs cordes, et divers types de harpes, généralement de forme triangulaire (par ex. le psaltérion). Deux instruments inhabituels étaient le rhombos (un instrument à vent), qui était un losange plat percé de trous, suspendu à une corde et dont on jouait en faisant tourner la corde. Le second était l'hydraulis, un orgue hellénistique sophistiqué qui utilisait de l'air comprimé et une pression d'eau maintenue par deux pédales. Par ailleurs, les instruments à cordes étaient toujours joués avec les doigts ou un plectre plutôt qu'avec un archet et, à la période classique, les instruments à cordes étaient préférés aux instruments à vent car ils permettaient au joueur de chanter également et, pour les Grecs, les mots étaient considérés comme plus importants que les sons musicaux.

Ancient Greek Forminx
Forminx de Grèce antique
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Théorie musicale

Il existe des preuves que les Grecs commencèrent à étudier la théorie musicale dès le 6e siècle avant Jésus-Christ. Il s'agissait d'études harmoniques, acoustiques, scalaires et mélodiques. Le plus ancien texte conservé (mais fragmentaire) sur le sujet est les Éléments harmoniques d'Aristoxénos, écrits au 4e siècle avant notre ère. La musique devint également un élément d'étude philosophique, notamment par les disciples de Pythagore qui pensaient que la musique était une expression mathématique de l'ordre cosmique. La musique était également considérée comme ayant certains avantages thérapeutiques, voire des pouvoirs médicinaux sur les maladies physiques et mentales.

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En outre, l'une des contributions uniques des Grecs à l'histoire et au développement de la musique est qu'elle pouvait avoir un effet moral et émotionnel sur l'auditeur et son âme ; en bref, que la musique a un rôle éthique dans la société. Pour cette raison, Platon bannit les instruments capables de produire toutes les gammes car il les considérait plutôt décadents. De même, les rythmes trop compliqués et la musique au tempo trop rapide étaient considérés comme moralement dangereux dans la république idéale du grand philosophe.

En ce qui concerne la musique écrite, 52 morceaux de musique grecque ont survécu, bien que sous une forme fragmentaire. Par exemple, un extrait musical de la pièce Oreste d'Euripède survit, de même qu'une inscription de musique provenant du Trésor athénien de Delphes. Le morceau de musique grecque le plus complet qui subsiste est la chanson de Seikilos sur une pierre tombale du IIe siècle avant J.-C. trouvée à Tralleis près d'Éphèse.

Bronze Aulos Player Figurine
Figurine de joueur Aulos en bronze
James Lloyd (Copyright, fair use)

Musiciens

Les musiciens grecs étaient très souvent les compositeurs et les paroliers de la musique qu'ils interprétaient. Connus sous le nom de "faiseurs de chansons" ou melopoioi, ils créaient des melos: une composition de mots, de mélodies et de rythmes. Il est prouvé que les musiciens jouissaient d'un statut élevé dans la société, comme en témoignent leurs robes particulières et leur présence sur les listes du personnel des maisons royales. Il existe même un symbole spécifique pour les musiciens dans l'écriture hiéroglyphique crétoise et dans le Linéaire B. Les musiciens professionnels étaient des hommes, à l'exception des courtisans ou hetairai qui se produisaient lors des symposions. Cependant, il existe des représentations artistiques de musiciennes, notamment les joueuses de lyre dansantes en argile de Palaikastro. Parmi les autres musiciens professionnels, citons les trièraules qui donnaient le rythme aux rameurs dans les trirèmes, les trompettistes et les chanteurs de chœur qui accompagnaient les soldats en marche.

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Musique et religion

La musique et la danse accompagnaient les processions lors d'occasions religieuses spéciales dans diverses villes grecques. Les festivals des Panathénées et des Grandes Dionysies d'Athènes comptent parmi les plus célèbres du monde grec. Certaines pratiques religieuses étaient généralement exécutées en musique, par exemple les sacrifices et le versement de libations. Des hymnes (parabomia) et des prières (kateuches) étaient également chantés lors des processions et devant l'autel même. Ces chants étaient assurés par des groupes choraux de musiciens professionnels, notamment des joueurs d'aulos, souvent rattachés à des sanctuaires particuliers, par exemple les paeanistes à Athènes et les aoidoi et epispondorchestai dans le sanctuaire d'Asclépios à Épidaure.

Les récitals de musique, de danse, de poésie et de théâtre étaient également une activité compétitive lors d'événements tels que les festivals panhelléniques organisés à Isthme, Delphes et Némée. Cependant, comme pour les compétitions athlétiques, les concours de musique étaient de nature religieuse dans la mesure où l'excellence était offerte pour honorer les dieux. Il existait deux types de concours musicaux : les stephanites (sacrés avec une couronne symbolique comme prix) et les chrematites ou thematikoi (avec des prix plus tangibles comme de l'argent ou des biens précieux). Sparte, Argos et Paros organisèrent les premières compétitions de ce type à partir du 7e siècle avant Jésus-Christ. À l'époque hellénistique, les festivals et concours musicaux devinrent si courants que les musiciens et les artistes du spectacle commencèrent à s'organiser en guildes ou Koina.

Aulos Player
Joueur d'aulos
James Lloyd (Copyright, fair use)

Musique et éducation

Platon nous apprend que les premières écoles dédiées à l'éducation musicale furent créées par les Crétois. Cependant, l'apogée de la musique dans les salles de classe se situe aux 6e et 5e siècles avant J.-C., lorsque des écoles de musique furent créées à Athènes où les élèves âgés de 13 à 16 ans apprenaient à jouer de la lyre et de la kithara et à chanter, accompagnés de leur professeur sur l'aulos. La musique enseignait la discipline et l'ordre et permettait aux personnes instruites de mieux apprécier les performances musicales. L'athlétisme et les autres activités sportives, autre élément majeur de l'éducation grecque, se faisaient également en musique, notamment pour améliorer la synchronisation.

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La musique pour le plaisir

La musique était un élément essentiel du symposion ou des banquets entre hommes. Après le repas, les hommes chantaient chacun une chanson (skolia) avec un aulos, une lyre ou un barbiton comme support musical. Souvent, ils chantaient des chansons satiriques amusantes (silloi). Enfin, à la fin de la soirée, il était courant que le groupe sorte dans les rues en tant que komos (groupe de fêtards) et chante et danse à travers la ville.

Les femmes aussi pouvaient apprécier la musique dans l'intimité de leur foyer. Elles jouaient généralement d'instruments à cordes et récitaient des poèmes en musique. En outre, les tâches ménagères telles que le tissage et la cuisson étaient effectuées en musique. Les enfants aussi chantaient des chansons (agermos) aux portes des gens pour recevoir de la petite monnaie et des bonbons, tout comme le font aujourd'hui les chanteurs à Noël.

Theatre of Segesta
Théâtre de Ségeste
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Au théâtre, les représentations de la tragédie, de la comédie et du drame grecs étaient toutes accompagnées de musique, et le chant était assuré par un chœur désigné qui pouvait compter jusqu'à 24 chanteurs dans les représentations théâtrales grecques du Ve siècle avant notre ère.

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La musique dans l'art

Les musiciens et les instruments de musique étaient un sujet populaire sur les fresques, les sculptures et les poteries grecques, en particulier dans les styles géométrique, à figures noires et à figures rouges. En dehors de toutes les grandes figures de la mythologie grecque mentionnées précédemment, Hercule, le plus grand des héros, est un ajout notable en ce qui concerne la musique sur la poterie grecque. Les poteries de l'Archaïque tardif et de l'Attique précoce représentent souvent le héros avec une kithara, ce qui symbolise peut-être l'association entre l'exercice physique et l'exercice musical, nécessaires à une éducation bien équilibrée. D'autres grands héros tels qu'Achille, Thésée et Pâris sont aussi parfois représentés jouant d'un instrument de musique (généralement une lyre), renforçant une fois encore le double objectif d'une éducation aristocratique et de la vertu de la musique. De même, de nombreuses scènes d'école sur des poteries du Ve siècle avant J.-C. représentent des élèves avec une lyre et un rouleau de livres, illustrant une fois de plus l'importance de la musique dans l'éducation. Enfin, les lécythes, des pots minces destinés à contenir des parfums, sont couramment trouvés dans les tombes et sont souvent décorés de musique, peut-être dans le but de s'assurer que le défunt était accompagné de musique lors de son voyage dans l'autre vie.

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Bibliographie

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2013, janvier 05). Musique Grecque Antique [Ancient Greek Music]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-11681/musique-grecque-antique/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Musique Grecque Antique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le janvier 05, 2013. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-11681/musique-grecque-antique/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Musique Grecque Antique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 05 janv. 2013. Web. 07 août 2022.

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