Némée

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 27 juillet 2012
X
translations icon
Disponible dans ces autres langues: anglais
Nemean Temple of Zeus (by Mark Cartwright, CC BY-NC-SA)
Temple de Zeus de Némée
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Némée était un sanctuaire religieux situé dans le nord-est du Péloponnèse, en Grèce, où des jeux athlétiques panhelléniques étaient organisés tous les deux ans de 573 à 271 av. JC, date à laquelle les Jeux furent définitivement déplacés à Argos.

Première colonie

Située près des contreforts des montagnes d'Arcadie, à 333 m d'altitude, dans une longue vallée étroite, Némée connaît des étés frais et des hivers rigoureux, souvent enneigés. La vallée, située au sud-ouest de Corinthe et à environ 10 km au nord de Mycènes, est venteuse et mal drainée; en fait, ce n'est que grâce à un drainage artificiel que la terre est devenue arable. En effet, le nom de Némée dérive du mot grec signifiant paître (υέμείυ). La région est habitée depuis le Néolithique ancien (6000 à 5000 avant notre ère) et fut colonisée tout au long de l'âge du bronze avec des vestiges architecturaux, notamment des tombes taillées dans la roche, datant du milieu du XVIe siècle au XIIe siècle avant notre ère, époque de la civilisation mycénienne. Le site connut sa période d'or du 6e au 3e siècle av. JC lorsque, tous les deux ans, pendant un mois environ, athlètes et spectateurs se réunissaient pour les Jeux panhelléniques organisés sous le contrôle de la ville voisine de Kleonai, puis d'Argos. Les Jeux antiques de Némée devinrent un événement sportif à part entière, aux côtés des trois autres grands jeux athlétiques panhelléniques organisés à Olympie, Isthme et Delphes. Les Jeux néméens étaient les plus récents des quatre, mais le fait que Némée était tenue en aussi haute estime qu'Olympie est attesté par une loi athénienne datant d'environ 430 av. JC, qui accordait au vainqueur de l'un ou l'autre événement des repas gratuits à vie.

Supprimer la pub

Advertisement

DANS LA MYTHOLOGIE GRECQUE, LE PREMIER TRAVAIL D'HERCULES FUT DE TUER LE LION DE NéMée QUI VIVAIT DANS LES GROTTES DU MONT TRITOS AU-DESSUS DU SITE.

Hercule et Némée

L'origine mythique des Jeux est parfois attribuée à Hercule qui, après son premier travail au cours duquel il dut tuer le lion de Némée vivant dans les grottes du mont Tritos au-dessus du site, établit des jeux athlétiques en l'honneur de son père Zeus. Une deuxième origine mythologique, plus probable, est l'histoire d'Opheltès. Le prêtre-roi Lycurge avait un fils, Opheltès et, cherchant à protéger son fils, Lycurge demanda conseil à l'oracle de Delphes. La réponse de l'oracle fut d'empêcher le bébé de toucher le sol jusqu'à ce qu'il ait appris à marcher. Opheltès fut confié à un esclave appelé Hypsipyle, mais alors qu'il était occupé à aller chercher de l'eau pour des champions de passage en route vers Thèbes (les fameux Sept contre Thèbes), le bébé sans surveillance fut mortellement attaqué par un serpent alors qu'il dormait sur un lit de céleri sauvage. Prenant cela pour un mauvais présage, les champions organisèrent des jeux funéraires pour apaiser les dieux et commémorer le malheureux Opheltès. C'est ainsi que seraient nés les Jeux antiques de Némée.

Les Jeux néméens antiques

Les épreuves des Jeux de Némée, qui se déroulaient sur plusieurs jours et généralement peu après le solstice d'été, étaient similaires à celles des autres sites sacrés, l'épreuve la plus importante étant le stadion ou course à pied sur une longueur de piste du stade. D'autres épreuves étaient des courses à pied sur différentes longueurs de stade : le diaulos (double), l'hippios (quatre longueurs), le dolichos (jusqu'à vingt-quatre longueurs) et l'hoplitodromos (comme le diaulos mais couru en armure hoplite). En outre, il y avait des compétitions de boxe (pyx), de lutte (pale), de boxe et de lutte combinées (pancrace) et le pentathlon - course de stadion, lutte, javelot (akonti), disque (diskos) et saut en longueur (halma). Des courses de chevaux étaient également organisées sur la piste de l'hippodrome, notamment la course de chars à quatre chevaux de 8 400 m (tethrippon), la course de chars à deux chevaux de 5 600 m (synoris) et la course de chevaux de 4 200 m (keles). Deux autres concours concernaient les hérauts (kerykes) et les trompettistes (salpinktai). Le vainqueur du premier gagnait le droit d'annoncer les événements sportifs et les vainqueurs et le second le privilège d'annoncer le héraut. À l'époque hellénistique, des concours de chant, de flûte et de lyre furent ajoutés au programme.

Supprimer la pub

Advertisement

Ancient Stadium, Nemea, Greece
Stade antique de Némée, Grèce
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Tout comme les spectateurs, les athlètes venaient de toute la Grèce et même d'ailleurs pour concourir et étaient séparés en trois groupes d'âge : les garçons (12-16 ans), les jeunes (16-20 ans) et les hommes (plus de 21 ans). Les athlètes et les compétitions étaient supervisés par des Hellanodikai spécialement formés qui faisaient office d'arbitres et de juges et étaient vêtus de noir, peut-être en souvenir de la mort d'Opheltès. Les athlètes concouraient nus et les vainqueurs recevaient une couronne de céleri sauvage.

Après le déplacement définitif des Jeux à Argos, le site fut laissé à l'abandon et utilisé uniquement à des fins agricoles. Ce n'est qu'au IVe siècle de notre ère qu'une première colonie chrétienne s'y établit avec la construction d'une basilique et d'un baptistère, dont les fondations sont encore visibles aujourd'hui. Cette colonie fut elle-même abandonnée au milieu du VIe siècle, lorsque la rivière de la vallée s'assécha.

Vous aimez l'Histoire?

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire gratuite!

Vestiges

Le site antique a toujours été connu ; en effet, trois des colonnes du temple de Zeus ne sont jamais tombées depuis qu'elles ont été érigées. En 1884, des archéologues français effectuèrent des fouilles de surface suite au drainage de la vallée par des ingénieurs français l'année précédente. Des fouilles plus complètes furent menées entre 1924 et 1964 de notre ère sous les auspices de l'École américaine d'études classiques d'Athènes, une nouvelle fois en 1964, puis de manière plus systématique à partir de 1973 par l'Université de Californie à Berkeley, qui continue aujourd'hui à fouiller et à gérer le site et le musée.

Les vestiges architecturaux du site sont dominés par l'impressionnant temple de Zeus construit vers 330 avant notre ère. Il fut construit sur le site d'un temple antérieur datant du 6e siècle av. JC qui avait été détruit par un incendie et dont les blocs furent utilisés pour construire les fondations de son remplaçant. Le nouveau temple fut construit en pierre calcaire locale recouverte d'un fin stuc de poussière de marbre avec la sima intérieure en marbre. L'entrée du temple se faisait par une grande rampe plutôt que par des marches - une caractéristique hellénistique commune - et abritait une grande statue de culte de Zeus, qui,elle, n'a pas survécu. Le temple était probablement le dernier des grands temples doriques et mesurait environ 22 x 42 m. L'extérieur dorique (péristyle) avait 6 x 12 colonnes exceptionnellement minces, de 10,33 m de haut. Les colonnes intérieures corinthiennes (6 x 4) soutenaient également un étage secondaire de colonnes ioniques. Il n'y avait aucune sculpture ou décoration extérieure. Le toit en bois et en tuiles de terre cuite du temple s'effondra au IIe siècle de notre ère et au Ve siècle de notre ère de nombreuses colonnes tombèrent, non pas à la suite d'un tremblement de terre mais en raison de l'enlèvement de blocs du stylobate. Plusieurs colonnes furent réédifiées à l'époque moderne en utilisant en grande partie les tambours d'origine qui se trouvent encore éparpillés sur le site.

Temple of Zeus, Nemea
Temple de Zeus, Némée
Carole Raddato (CC BY-SA)

Le long du temple se trouvait un autel d'une longueur inhabituelle (41 m) dont seules les fondations subsistent. L'autel était utilisé pour les sacrifices et le versement de libations lors des cérémonies religieuses. Toujours près du temple, il y a une rangée de neuf petits bâtiments rectangulaires (oikoi) construits au début du Ve siècle av. JC et peut-être utilisés comme trésors pour abriter les offrandes de certaines cités-états ou comme salles de réunion et de banquet.

Supprimer la pub

Advertisement

Il existe une série de bâtiments probablement construits dans le cadre du même programme de construction au IVe siècle av. JC, presque certainement à l'initiative des Macédoniens. Il s'agit d'une maison de bains, du grand Xenon, d'un sanctuaire d'Opheltès et d'un triple réservoir de pierre.

La maison des bains comprend un grand bassin central flanqué de deux salles, chacune avec quatre bassins de pierre encore in situ. Ce bâtiment était un précurseur des complexes palaistra-gymnasion grecs ultérieurs présents sur d'autres sites comme Olympie et Delphes. Le Xenon était un grand bâtiment rectangulaire (85 x 20 m) de quatorze pièces et de deux étages à l'origine, dont il ne reste aujourd'hui que les fondations. Le Xenon était très probablement utilisé comme logement pour les athlètes et les entraîneurs. Le sanctuaire d'Opheltès était construit sur un petit monticule artificiel et couvrait une surface de 850 mètres carrés, entourée d'un muret de pierres. On y trouvait deux autels, un cénotaphe pour commémorer Opheltès et au moins quelques arbres plantés pour former un bosquet sacré dans un coin. Le sanctuaire du IVe siècle av. JC était une rénovation de celui du VIe siècle et les preuves archéologiques démontrent que les autels étaient utilisés pour les sacrifices d'animaux, le versement de libations et le don d'offrandes votives telles que de petites statues et des poteries. Les triples réservoirs mesurent 3 x 9,8 m et atteignent une profondeur de 8 m ; leur fonction exacte n'est pas connue.

Relié par une route au complexe sacré, le stade de Némée, visible aujourd'hui, date de 330-320 av. JC et fut construit entre deux crêtes naturelles, offrant un point de vue élevé aux spectateurs et permettant d'accueillir jusqu'à 30 000 personnes. Un vestiaire (apodyterion), autrefois doté d'une cour centrale ouverte, est relié à la piste du stade par un tunnel arqué mesurant plus de 36 m de long et près de 2,5 m de haut. La piste elle-même a la longueur habituelle de 600 pieds anciens (178 m), avec de petites bornes tous les 30 mètres. La ligne de départ en pierre (balbis), où les athlètes posaient leur pied avant, est toujours en place.

Supprimer la pub

Advertisement

D'importantes découvertes archéologiques ont été faites sur le site, notamment une rare table sacrificielle à double plateau et une série d'équipements sportifs en bronze, dont des pointes de javelot, des strigiles et un disque. Parmi les autres trouvailles, citons des statues votives, des pierres de saut et un ensemble impressionnant de pièces de monnaie et de poteries qui témoignent de l'attrait géographique des Jeux de Némée. Depuis 1996, les Jeux de Némée, qui ont lieu tous les quatre ans, ont été relancés avec des courses à pied organisées dans le stade antique.

Supprimer la pub

Publicité

Bibliographie

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un master en philosophie politique et est le directeur d'édition de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2012, juillet 27). Némée [Nemea]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10074/nemee/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Némée." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le juillet 27, 2012. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10074/nemee/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Némée." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 27 juil. 2012. Web. 05 oct. 2022.

Adhésion