Légions d'Hispanie, d'Afrique Romaine et d'Égypte

Donald L. Wasson
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
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Les légions d'Hispanie, d'Afrique romaine et d'Égypte ne connurent pas l'intensité des combats qui sévirent ailleurs en Europe. Cependant, la présence de ces quatre légions - VII Gemina, IX Hispana, XXII Deiotariana et II Traiana Fortis - était toujours essentielle pour la stabilité de l'empire.

Bien qu'elles fussent souvent chargées de simplement garder les réserves de céréales ou de protéger une mine d'or, les légions étaient parfois appelées à quitter leur base pour venir en aide aux légions de la frontière rhénane ou en Dacie. Qu'il s'agisse de protéger le Nil, de réprimer une rébellion contre les Nubiens, de combattre un roi trop zélé en Arménie ou d'aider l'empereur romain contre les Cantabres, ces quatre légions jouaient un rôle essentiel dans l'empire.

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Reenactor with the Emblem of Legio VII Gemina
Figurant historique avec l'emblème de la Legio VII Gemina Contando Estrelas (CC BY-SA)

Une légion était facilement identifiable par son nom, qui dépendait uniquement du moment, du lieu et de la personne qui l'avait fondée. Outre son nom, l'emblème qui ornait le bouclier d'un légionnaire romain variait d'une légion à l'autre, lui conférant une identité distincte. Si le taureau ou le sanglier étaient communs à de nombreuses légions, d'autres emblèmes étaient uniques, comme l'éléphant de la V Alaudae, la cigogne de la III Italica, le dauphin de la X Fretensis ou le lion de la XVI Gallica, tandis que d'autres emblèmes étaient de nature mythologique. Chaque légion avait également un signe astrologique qui représentait le mois au cours duquel elle avait été organisée.

La seule légion d'Hispanie - Legio VII Gemina

Pendant des décennies, l'Hispanie fut le théâtre de troubles constants entre Rome et Carthage, de l'autre côté de la mer. En 219 avant J.-C., le commandant carthaginois Hannibal (247-183 av. J.-C.) attaqua la ville de Saguntum, protégée par Rome, déclenchant ainsi la deuxième guerre punique. À la fin de la guerre, en 201 avant J.-C., lors de la bataille de Zama, Rome divisa l'Hispanie en deux provinces: l'Hispanie citérieure et l'Hispanie ultérieure. Plus tard, Auguste la réorganiserait en Baetica, Lusitania et Tarraconensis. La partie nord de l'Espagne était le foyer des Cantabres, dont l'agressivité envers leurs voisins finit par entraîner Auguste (r. de 27 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.) et Rome dans une guerre qui dura par intermittence pendant dix ans. En 27 av. J.-C., Auguste commanda six légions: I Germanica, II Augusta, IIII Macedonica, VI Victrix, IX Hispana et X Gemina, soit un total de plus de 70 000 légionnaires et auxiliaires, contre les Cantabres et les Astures. Lorsque la province fut enfin pacifiée, les légions, à l'exception de la VI Victrix, furent progressivement transférées vers d'autres zones troublées de l'Empire romain, à savoir la frontière rhénane et la Pannonie.

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Au Ier siècle de notre ère, l'Espagne accueillit la Legio VII Gemina, fondée par le gouverneur de l'Hispanie tarraconense Servius Sulpicius Galba.

Au Ier siècle de notre ère, l'Espagne accueillit une autre légion. La Legio VII Gemina (emblème: le taureau; signe astrologique: Gémeaux: la louve et les jumeaux) fut fondée par le gouverneur de l'Hispanie tarraconense Servius Sulpicius Galba (3 av. J.-C. - 69 ap. J.-C.). Pendant un certain temps, la légion fut simplement connue sous le nom de Septième Légion de Galba ou 7e Galbiana. À la mort de Néron (r. de 54 à 68 ap. J.-C.), Galba marcha sur Rome pour prendre le trône, laissant derrière lui la Legio VI Victrix et emmenant la Septième avec lui. Cette nouvelle légion fut bientôt impliquée dans l'Année des quatre empereurs (69 ap. J.-C.).

Après être devenu empereur, Galba envoya la légion en Pannonie, où elle fut basée à Carnuntum, remplaçant la X Gemina qui fut renvoyée en Espagne. À la mort de Galba, la VII Gemina se rangea du côté d'Othon (r. 69 apr. J.-C.), l'ancien gouverneur de Lusitanie, qui s'empara du trône. Malheureusement, la Septième ne put l'aider contre Vitellius (r. 69 apr. J.-C.) lors de la première bataille de Bedriacum. Après la défaite et la mort d'Othon, le nouvel empereur Vitellius envoya la II Adiutrix en Espagne et renvoya la Septième en Pannonie, où son commandant Marcus Antonius Primus se déclara en faveur de Vespasien (r. de 69 à 79 apr. J.-C.). Avec six légions sous son commandement, Primus remporta la victoire lors de la deuxième bataille de Bedriacum.

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L'historien Tacite (c. 56 - c. 118 apr. J.-C.) décrit les actions des légions à Crémone (dans le cadre de la bataille de Bedriacum) alors que chaque camp luttait pour s'emparer de l'étendard de l'autre: "Tout au long de la nuit, la bataille fit rage sous de nombreuses formes, indécise et féroce... tandis que des groupes de combattants s'arrachaient (les étendards) à l'ennemi et les emportaient précipitamment dans telle ou telle direction." À ne pas confondre avec la septième légion levée par Claude (r. de 41 à 54 apr. J.-C.), Tacite ajouta que la septième, récemment créée par Galba, fut la plus durement touchée. "Six centurions de premier rang furent tués, et certains étendards furent pris, mais l'aigle fut sauvé par Atilius Verus..." (Histoires, 3.22) Plus tard, Primus et la septième légion marchèrent sur Rome et, bien qu'ayant subi de lourdes pertes, ils y rencontrèrent et vainquirent les forces de Vitellius. Vitellius fut brutalement assassiné et son corps jeté dans le Tibre.

Stamped Brick with the Mark of Legio VII Gemina
Brique estampée avec la marque de Legio VII Gemina Viator Imperi (CC BY-SA)

Sous Vespasien, la légion reçut le nom de Gemina lorsqu'elle obtint les renforts nécessaires provenant de la I Germania dissoute. Par la suite, la légion retourna en Pannonie où elle participa à la campagne de Cnaeus Clemens à l'est du Rhin. Pendant l'insurrection batave menée par Civilis, la VII Gemina fut renvoyée en Espagne lorsque les légions II Adiutrix et VI Victrix furent envoyées sur le Rhin.

En 197 après J.-C., le gouverneur de la Bretagne romaine, Clodius Albinus, apprit que Caracalla (r. de 211 à 217 ap. J.-C.) était le successeur de l'empereur et non lui. Amer, il traversa la Gaule avec ses légions. La Septième soutint l'empereur Septime Sévère (r. de 193 à 211 ap. J.-C.) contre Albinus. Le prétendant au trône fut tué et sa tête envoyée à Rome. La Legio VII Gemina retourna chez elle et finit par rester seule en Espagne pour protéger ses ressources minérales et ses mines d'or. Après son retour en Espagne, les activités de la légion ne sont pas connues.

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La légion solitaire de l'Afrique romaine - Legio III Augusta

Tout comme la province d'Hispanie, l'Afrique romaine ou Africa Proconsularis vit le jour après la chute de Carthage en 146 av. J.-C. Bien qu'il soit fait mention d'une I Macriana Libiratrix éphémère en 68 après J.-C., pendant la majeure partie de la période impériale, une seule légion, la III Augusta (emblème: Pégase; signe astrologique: Capricorne), était implantée dans la région. Comme la région n'était initialement pas exposée à des menaces extérieures, beaucoup à Rome pensaient que la légion pouvait se gouverner elle-même. La plupart des tâches de la légion consistaient à réprimer toute agitation politique et à construire des routes.

Bien que l'origine de la légion soit peu claire, Dando-Collins écrit qu'elle serait apparue vers 30 avant J.-C. et qu'elle pourrait être une descendante de la troisième légion de Pompée (106-48 avant J.-C.). La Legio III Augusta était aux côtés d'Octave à Actium contre Antoine et Cléopâtre et reçut probablement son titre Augusta pour sa participation à la campagne de Cantabrie. De 17 à 23 après J.-C., avec l'aide de la IX Hispana, la légion combattit la cavalerie numide et maure sous le commandement du chef berbère Tacfarinas. La légion aurait peut-être participé à la campagne de Septime Sévère contre les Parthes en 197 après J.-C.

Maximinus I
Maximin Ier le Thrace Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Beaucoup plus tard, pendant la crise du IIIe siècle, la province fut le théâtre de troubles politiques. En 238, l'Afrique romaine se rebella contre Maximin le Thrace (r. de 235 à 238), le premier des "empereurs soldats", et favorisa le gouverneur provincial Gordien Ier et son fils Gordien II comme co-empereurs. Cependant, contrairement à la province, la légion resta fidèle à Maximin. Le gouverneur de Numidie, Capellianus, allié de Maximin, se mit en colère et mobilisa la IIIe Augusta pour marcher sur Carthage. La bataille qui s'ensuivit entraîna la mort de Gordien II et le suicide par pendaison de son père. L'assassinat de Maximin le Thrace en Italie par la Legio II Parthica et la mort des prétendants au trône Pupien et Balbin permirent à Gordien III (r. de 238 à 244 apr. J.-C.), âgé de 13 ans, de monter sur le trône. Il ordonna immédiatement la dissolution de la III Augusta. Plus tard, réformée sous l'empereur Valérien (r. de 253 à 260 apr. J.-C.), la légion resta active en Europe et fit partie de l'armée envoyée par Stilicon (365-408 ap. J.-C.) pour réprimer la tentative de révolte du gouverneur romain rebelle Gildon en Afrique du Nord.

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Les légions d'Égypte

Les deux légions qui avaient élu domicile en Égypte étaient la XXII Deiotariana et la II Traiana Fortis, qui partageaient une forteresse à Nicopolis (Alexandrie). Pendant une courte période, la III Cyrenaica fut également stationnée en Égypte, mais elle fut ensuite transférée en Arabie. La tâche principale de la légion était d'assurer la sécurité intérieure et de réprimer toute agitation susceptible d'entraver l'acheminement du blé vers Rome.

Legio XXII Deiotariana

La Legio XXII Deiotariana (emblème: Jupiter-Ammon ou aigle; signe astrologique: inconnu) tire son nom du roi Deiotaros de Galatie, qui avait formé son armée à la manière romaine. En 48 avant J.-C., le roi Pharnace II du Pont menaça les alliés romains en Asie Mineure, y compris la Galatie. Le gouverneur romain Cnaeus Calvinus affronta les envahisseurs au combat, mais fut sévèrement battu par Pharnace. En 47 avant J.-C., Jules César (100-44 av. J.-C.), qui se trouvait alors en Égypte, réagit et, refusant un règlement pacifique, combattit Pharnace à Zela, dans le Pont. Avec l'aide de l'armée décimée de Deiotaros, les Romains remportèrent la victoire. Suétone, dans son ouvrage Les Douze Césars, écrit:

D'Alexandrie, il se rendit en Syrie, puis du Pont, où la nouvelle était parvenue que Pharnace [...] avait profité de la confusion pour remporter plusieurs victoires. Cinq jours après son arrivée et quatre heures [...] César le mit en déroute en une seule bataille. (17)

C'est vraisemblablement la victoire sur Pharnace II du Pont qui aurait poussé César à s'exclamer "Veni, vidi, vici" ("Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu"). Suétone écrit que cette phrase fait référence à la rapidité de la victoire, et non à la victoire elle-même.

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La XXIIe Deiotariana gardait principalement les bateaux fluviaux du Nil transportant du grain vers Alexandrie.

Les restes de la légion furent envoyés en Égypte par Octave en 30 avant J.-C., qui lui attribua le numéro XXII. Un événement important impliquant la légion fut la rébellion menée par la candace du royaume de Koush (aujourd'hui le Soudan) lorsque l'armée koushite avança sur la ville égyptienne d'Éléphantine en 25 avant J.-C. Le préfet d'Égypte, Publius Petronius (certains prétendent qu'il s'agissait de Caius Petronius), prit trois légions - la III Cyrenaica, la XII Fulminata et la XXII Deiotariana - et mit en déroute l'armée koushite et détruisit l'ancienne ville de Napata. Malheureusement, Petronius s'égara trop loin dans le désert à la poursuite de l'ennemi et fut accueilli par une armée réformée. Heureusement pour les deux camps, les deux chefs conclurent un accord pacifique.

Par la suite, le rôle de la XXII Deiotariana fut principalement de garder les bateaux fluviaux du Nil transportant du grain vers Alexandrie. Des preuves indiquent la présence de la légion à Alexandrie en 119 après J.-C., mais on sait peu de choses après cela. Il existe plusieurs théories sur les derniers jours de la légion. L'historien Duncan Campbell écrit que la légion fut détruite à Alexandrie en 122 après J.-C., tandis que d'autres pensent qu'elle aurait été écrasée lors de la révolte de Bar-Kochba de 132-136 après J.-C. Cependant, Dando-Collins affirme qu'elle connut sa fin aux mains des Parthes en Arménie sous le règne de Marc Aurèle (r. de 161 à 180 ap. J.-C.).

Roman Grain Ship Model
Maquette de navire marchand romain Bukvoed (CC BY-SA)

Legio II Traiana Fortis

La Legio II Traiana Fortis (emblème: le marteau d'Hercule; signe astrologique: Bélier) fut créée par l'empereur Trajan (r. de 98 à 117 apr. J.-C.) vers 105 apr. J.-C. en vue de sa campagne en Dacie. En plus d'avoir apporté son aide en Dacie, la légion participa peut-être également à la campagne de Trajan contre les Parthes de 113 à 117 apr. J.-C.

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La légion fut transférée en Égypte en 127 apr. J.-C., établit sa base à Nicopolis (Alexandrie), et participa à la construction d'un aqueduc sur l'Euphrate. La légion participa à la répression de la révolte juive de 132-136 apr. J.-C. et prit part aux campagnes contre les Parthes menées par les empereurs Lucius Verus (r. de 161 à 169 apr. J.-C.) et Septime Sévère. En 172 apr. J.-C., un prêtre égyptien nommé Isodorus mena une révolte des bergers boukoloi, assiégeant Alexandrie pendant des mois. La ville fut sauvée lorsque le gouverneur de Syrie, Avidius Cassius, arriva avec une force de secours.

Par la suite, la légion passa la majeure partie de son temps en Égypte à assurer la sécurité intérieure et, selon certaines sources, elle était encore à Alexandrie au IVe siècle. Dando-Collins écrit que la légion se rangea peut-être du côté de la reine Zénobie de Palmyre lors de sa prise de l'Égypte en 269. Il affirme qu'elle fut absorbée par l'armée byzantine après la chute de l'Empire romain d'Occident.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Donald L. Wasson
Donald a enseigné l’histoire antique et médiévale ainsi que l’histoire des États-Unis à Lincoln College (Illinois). Éternel étudiant en Histoire depuis qu’il a découvert Alexandre le Grand, il met toute son énergie à transmettre son savoir à ses étudiants.

Citer cette ressource

Style APA

Wasson, D. L. (2025, octobre 05). Légions d'Hispanie, d'Afrique Romaine et d'Égypte. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1757/legions-dhispanie-dafrique-romaine-et-degypte/

Style Chicago

Wasson, Donald L.. "Légions d'Hispanie, d'Afrique Romaine et d'Égypte." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, octobre 05, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1757/legions-dhispanie-dafrique-romaine-et-degypte/.

Style MLA

Wasson, Donald L.. "Légions d'Hispanie, d'Afrique Romaine et d'Égypte." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 05 oct. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1757/legions-dhispanie-dafrique-romaine-et-degypte/.

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