Zénobie

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Priscilia Barbuti
publié le 14 septembre 2014
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Disponible dans ces autres langues: anglais, malais, arabe
Zenobia in Chains (by Sowlos, CC BY-SA)
Zénobie enchaînée
Sowlos (CC BY-SA)

Zénobie (née vers 240 de notre ère et décédée à une date inconnue) était la reine de l'Empire palmyrénien qui défia l'autorité de Rome à la fin de la période de l'histoire romaine connue sous le nom de "crise du IIIe siècle" (235-284 de notre ère, aussi nommée "crise impériale"), période dominée par une incessante guerre civile qui laissa des régions sécessionnistes se doter de gouvernements.

La crise fut remarquée des historiens en raison de troubles sociaux de grande ampleur, d'une instabilité économique et, plus encore, du fait de la dissolution de l'empire, qui se scinda en trois régions : l'Empire des Gaules, l'Empire romain et l'Empire palmyrénien. Le désordre régnant au sein du pouvoir central était tel que toute tentative visant à contrôler les territoires extérieurs fut considérée comme secondaire, de sorte que, pour un temps, l'empire se divisa en trois entités politiques distinctes, dont celle de Zénobie.

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Contrairement aux idées reçues, Zénobie ne mena jamais de révolte contre Rome, ne fut peut-être jamais contrainte de défiler enchaînée dans les rues de Rome et ne fut très certainement pas exécutée par l'empereur Aurélien (r. de 270 à 275 de notre ère). Les sources antiques concernant sa vie et son règne incluent les travaux de l'historien Zosime (vers 490 de notre ère), l'Historia Augusta (vers le IVe siècle de notre ère), l'oeuvre de l'historien Zonaras (vers le XIIe siècle et celle de l'historien Al-Tabari (vers 839-923) dont le récit reprend celui d'Adi ibn Zayd (vers le VIe siècle). Elle est également mentionnée dans le Talmud et chez d'autres auteurs.

Si toutes ces sources soutiennent que la reine Zénobie de Palmyre défia l'autorité de Rome, aucune ne qualifie ses actes de véritable rébellion. Un point de vue qui dépend de la définition accordée au terme "rébellion". En effet, si elle se garda bien de déclencher un conflit armé avec Rome, il apparaît clairement qu'elle fit montre d'un mépris grandissant pour l'autorité romaine en s'imposant comme seul monarque légitime du territoire oriental.

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Jeunesse et Mariage

Zénobie conclut des accords commerciaux et adjoignit de nouveaux territoires à son empire sans consulter Rome ni même considérer les intérêts de cette dernière.

Zénobie naquit à Palmyre, en Syrie, aux alentours de 240 de notre ère et reçut le nom de Julia Aurelia Zenobia. La Syrie faisait alors partie des provinces romaines, et ce depuis son annexion en 115/116 de notre ère. Zénobie était une citoyenne romaine, la famille de son père s'étant vu accorder ce statut dans le passé, probablement sous le règne de Marc-Aurèle (r. de 161 à 180 de notre ère). L'Historia Augusta rapporte que son père pouvait faire remonter sa filiation à la célèbre Julia Domna (170-217 de notre ère), de la dynastie des Sévères de Rome.

Zénobie reçut une instruction en grec et en latin, bien qu'elle ait pu avoir quelques difficultés à manier ces langues. Elle parlait en revanche couramment l'égyptien et l'araméen, et se réclamait des ancêtres de la légendaire Didon de Carthage et de Cléopâtre VII d'Égypte. Selon la version arabe de son histoire, narrée par Al-Tabari, elle se vit confier la responsabilité des cheptels et des bergers de la maison alors qu'elle était encore une jeune fille, et grandit ainsi dans l'habitude de commander aux hommes.

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Al-Tabari affirme également que c'est à cette période de sa vie qu'elle devint habile cavalière et qu'elle acquit l'endurance et la résistance qui feront plus tard sa réputation. Les témoignages rapportent qu'elle était capable de parcourir de longues distances à pied avec ses troupes, de chasser aussi bien que n'importe quel homme et tenait mieux l'alcool que quiconque. L'historien Edward Gibbon fait une description de la reine dans un passage de son célèbre ouvrage :

Zénobie est peut-être la seule femme dont le génie supérieur sut briser l'indolence servile imposée à son sexe dans le climat et les mœurs de l'Asie. Elle se disait descendante du roi macédonien d'Égypte, égalait en beauté son ancêtre Cléopâtre, et la surpassait de loin par sa chasteté et sa bravoure. Zénobie était considérée comme la plus belle et la plus héroïque de son sexe. Elle avait la peau sombre. Ses dents étaient d'une blancheur nacrée, et dans ses grands yeux noirs étincelait un feu peu commun, tempéré par la plus séduisante douceur. Sa voix était puissante et harmonieuse. L'étude avait renforcé et enrichi son intellect. Elle n'ignorait pas le latin, mais maitrisait avec une égale perfection le grec, le syriaque et l'égyptien. Elle avait rédigé, pour son usage personnel, un épitomé d'histoire orientale, et comparait volontiers les beautés d'Homère et de Platon sous la tutelle du noble Longinus. (128-129)

Le passage est cité ici dans son intégralité d'une part car il provient en grande partie de la description faite de Zénobie dans l'Historia Augusta et, d'autre part, parce que l'œuvre de Gibbon allait avoir un impact considérable sur la représentation que les générations suivantes se feraient de la reine de Palmyre. Dans les deux écrits, elle est présentée comme une femme aux aptitudes remarquables, et c'est cette image que les lecteurs de l'Antiquité et les générations ultérieures se firent d'elle.

Même les sources arabes, dans lesquelles elle apparaît moins héroïque et plus calculatrice, la présentent comme une remarquable souveraine. Outre ses autres vertus rappelées dans les sources antiques, sa chasteté est particulièrement mise en avant. Elle estimait que les relations sexuelles n'avaient d'autres fins que la procréation et, une fois mariée, se refusa à coucher avec son époux si ce n'est dans cet unique but.

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Zenobia Denarius
Denier figurant la reine Zénobie
Jbarta (CC BY-SA)

En 258 de notre ère, Zénobie fut mariée à Lucius Septimius Odaenathus (Odénat), gouverneur romain de Syrie, avec qui elle eut au moins un fils, Vaballath . Elle fut la deuxième épouse d'Odénat qui avait déjà engendré un fils et héritier, Hérode, de son premier mariage. Odénat régnait sur un territoire particulièrement prospère, avec notamment la ville de Palmyre, important centre marchand sur la Route de la Soie qui reliait l'Orient à l'Occident. Les négociants qui se rendaient à Rome ou en revenaient étaient tenus de faire halte dans la cité pour s'acquitter des taxes et s'y reposer.

Depuis 227 de notre ère environ, le commerce était néanmoins occasionnellement interrompu par les Perses sassanides qui barraient régulièrement le chemin pour exiger le paiement d'un tribut. La soie figurait déjà parmi les marchandises les plus prisées à Rome, bien avant l'époque d'Auguste (r. de 27 avant notre ère à 14 de notre ère), et les Romains ne voyaient pas d'un bon œil ces interruptions du commerce. Puis le roi sassanide Chapour Ier (r. de 240 à 270/272 de notre ère) s'empara de la ville d'Antioche, un des plus importants centres économiques de Rome commettant là un acte qui ne pouvait être toléré.

En 260 de notre ère, l'empereur romain Valérien (r. de 253 à 260 de notre ère) marcha contre les Sassanides qui lui infligèrent une défaite et le firent prisonnier. Il est dit qu'il aurait ensuite servi de marchepied pour permettre à Chapour Ier de monter à cheval, jusqu'à sa mort en captivité. Après quoi son corps aurait été écorché et sa peau exhibée. Son fils, Gallien, demeura impuissant face à cette situation. C'est donc Odénat qui se dressa contre les Sassanides, les vainquit et les repoussa au-delà de l'Euphrate, loin de la Syrie. Bien qu'Odénat affirmât agir dans les intérêts de Rome en essayant de sauver Valérien, il obéissait en réalité à d'autres motivations : ayant dans un premier temps cherché à nouer une alliance avec Chapour Ier, il ne devint son adversaire qu'après avoir été repoussé par ce dernier.

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Pour ce service rendu à Rome, Odénat fut nommé gouverneur de l'ensemble du territoire oriental de l'Empire romain. En 261 de notre ère, lorsque l'usurpateur Quietus défia l'autorité de Gallien, Odénat le vainquit et le mit à mort. Après quoi, il acquit suffisamment de pouvoir et de prestige pour gouverner efficacement son territoire, de façon presque indépendante vis-à-vis de Rome. En 266/267 de notre ère, il fut assassiné, avec son fils Hérode, par son neveu à la suite d'une dispute survenue après une partie de chasse. Si certaines sources ont affirmé, ou du moins suggéré, que le meurtre aurait été commandité par Zénobie dans le but de faire monter son fils sur le trône, cette hypothèse a été écartée par la plupart des auteurs et historiens plus tardifs.

Prise de pouvoir et conquête de l'Égypte

Vaballath étant encore mineur, Zénobie devint régente. Elle s'entoura d'une cour d'intellectuels et de philosophes, parmi lesquels le platonicien Cassius Longinus ( 213-273 de notre ère) à qui il sera plus tard reproché d'avoir encouragé la souveraine à rompre avec Rome. Jusque-là, les relations entre Palmyre et Rome étaient restées amicales dans la mesure où les actions militaires d'Odénat avaient profité autant à Rome qu'à lui-même.

En arrivant au pouvoir, Zénobie maintint la politique de son défunt mari. Dans le chaos qui caractérisa la crise romaine du IIIe siècle, vingt-six hommes se succédèrent à la tête de l'Empire. Odénat pensait peut-être pouvoir devenir le prochain en prouvant sa valeur à Gallien et en amassant une fortune personnelle grâce au pillage des villes des Sassanides. À sa mort, Zénobie pourrait avoir considéré que son fils, ou peut-être même elle-même, puisse un jour régner sur Rome. Aussi poursuivit-elle la ligne politique de son époux. L'historien Richard Stoneman écrit :

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Durant les cinq années qui suivirent la mort d'Odénat en 267 de notre ère, Zénobie parvint à s'imposer dans l'esprit de ses compatriotes comme la souveraine de l'Orient. Résidant dans un palais qui n'était que l'une des nombreuses splendeurs de l'une des plus somptueuses villes d'Orient, entourée d'une cour de philosophes et de lettrés, servie par de vieux eunuques et vêtue des plus beaux brocarts de soie qu'Antioche ou Damas pouvaient fournir, elle bénéficia également de la renommée des succès militaires d'Odénat et de la réputation des intrépides soldats bédouins. Forte de cette puissance et de cette notoriété, elle entreprit de relever l'un des plus formidables défis jamais lancés à l'encontre de la souveraineté de Rome, même en ce siècle troublé. Cette dernière, frappée par l'invasion des barbares venus du nord, ne pouvait compter sur aucun homme fort en Orient pour protéger ses intérêts... La Syrie ne faisait momentanément plus partie de ses préoccupations. (155)

Gallien fut assassiné en 268 de notre ère et remplacé par Claude II, qui mourut à son tour de fièvre et auquel succéda Quintillus en 270 de notre ère. Durant cette période, la politique de Zénobie ne cessa d'évoluer et, en 269 de notre ère, voyant que Rome était trop absorbée par ses propres affaires pour la remarquer, elle dépêcha son général Zabdas et ses armées jusqu'en Égypte romaine et revendiqua le territoire comme sien.

Pourtant, même en agissant de la sorte, elle prit soin de ne pas donner l'impression d'être en conflit avec Rome. Un Syro-Égyptien nommé Timagène avait initié une révolte contre la domination romaine en profitant de l'absence du gouverneur parti en campagne, et la marche de Zénobie sur l'Égypte fut peut-être interprétée comme une opération menée dans l'intérêt de Rome. Il semblerait en réalité que Timagène n'ait été qu'un agitateur dépêché par la souveraine afin de fournir un prétexte à l'invasion. Les Syriens connurent d'abord un certain succès, avant d'être finalement chassés d'Égypte par le retour des troupes romaines. Ne se contentant pas de repousser l'envahisseur, ces dernières le pourchassèrent par-delà les frontières et vers le nord, en direction de la Syrie, où les Syriens organisèrent une contre-attaque et décimèrent l'armée adverse.

Une fois maîtresse de l'Égypte, Zénobie engagea des tractations diplomatiques avec les régions du Levant et de l'Asie Mineure et les intégra à son empire grandissant. Rome dans la tourmente, l'Empire palmyrénien, prospère et en plein essor, constituait certainement une opportunité séduisante aux yeux des chefs de ces contrées ; la ville romaine demeura trop absorbée par ses luttes intestines pour s'opposer à l'expansion du territoire de Zénobie. Même s'il était désormais évident qu'elle avait entrepris de bâtir son propre empire, elle veillait toujours à ne rien faire qui put justifier un conflit ouvert avec Rome.

Aurélien était alors empereur et Zénobie fit frapper des monnaies arborant à la fois les portraits de Vaballath et d'Aurélien, les représentant ainsi comme les deux souverains de l'Égypte. Elle fit graver des dédicaces en l'honneur d'Aurélien à Palmyre et inscrivit son nom sur les correspondances officielles. Parallèlement, cependant, elle adopta les titres impériaux d'Auguste pour Vaballath et d'Augusta pour elle-même, titres réservés à la seule famille impériale de Rome. Elle conclut également des accords commerciaux, négocia avec les Perses sassanides et adjoignit de nouveaux territoires à son empire sans consulter Rome ni même prendre en compte les intérêts de cette dernière. En 271 de notre ère, elle commandait un empire qui s'étendait de l'Iraq actuel à l'Égypte en passant par la Turquie.

Zénobie et Aurélien

Si les autres empereurs ne surent pas voir les agissements de Zénobie, ou ne furent simplement pas en mesure d'y faire face, Aurélien s'avéra être d’un genre différent. Il s'était hissé dans les rangs, passant du statut de fantassin à celui de général et, par la suite, à celui d'empereur ; il était un soldat avant d'être un politicien. Contraint d'affronter les Vandales, les Alamans et les Goths au début de son règne, il se trouva fin prêt, en 272 de notre ère, à reconquérir les provinces orientales détenues par Zénobie. Il ne dépêcha aucun émissaire pour réclamer des explications et n'attendit pas non plus que Zénobie en offre une; il marcha sur l'Empire palmyrénien à la tête de toute son armée.

En Asie Mineure, il détruisit chacune des cités loyales à Zénobie et repoussa en chemin de nombreuses attaques de brigands, jusqu'à atteindre Tyane, patrie du célèbre philosophe Apollonios de Tyane, qu'Aurélien admirait. Dans un rêve, Apollonios apparut au souverain et lui recommanda de se montrer miséricordieux pour espérer remporter la victoire, de sorte qu'Aurélien épargna la ville et reprit sa progression. La clémence s'avéra une politique avisée : les autres cités reconnurent qu'elles avaient tout à gagner à se rendre à un empereur indulgent plutôt que de s'attirer ses foudres en résistant. Après Tyane, plus aucune ville ne s'opposa à lui et toutes proclamèrent leur allégeance avant même qu'il n'atteigne leurs portes, de sorte qu'il ne tarda pas à parvenir en Syrie.

Queen Zenobia before Emperor Aurelianus
La reine Zénobie devant l'empereur Aurélien
Giovanni Battista Tiepolo (Public Domain)

On ignore si Zénobie avait cherché à établir le contact avec Aurélien avant cela. On rapporte l'existence d'une correspondance entre eux une fois l’empereir arrivé à Palmyre, mais il semble s’agir d'inventions ultérieures. La missive qu'il lui adressa au début de sa campagne, dans laquelle il réclamait sa reddition, et la réponse arrogante de Zénobie, rapportées dans l'Historia Augusta, sont aussi considérées comme des inventions visant à souligner le contraste entre l'approche raisonnable et bienveillante d'Aurélien face au conflit et la réponse hautaine qu'y opposa Zénobie.

Alors qu'Aurélien était en route, Zénobie rallia ses troupes et les deux armées se rencontrèrent aux portes de la ville de Daphné, lors de la bataille d'Immae, en 272 avant notre ère. Aurélien sortit vainqueur de l'affrontement en feignant la retraite, puis en adoptant une formation en tenaille une fois les forces palmyréniennes exténuées par la traque. Ces dernières furent mises en déroute puis massacrées. Zénobie elle-même, accompagnée du général Zabdas, se réfugia dans la ville d'Émèse où elle disposait d'un plus grand nombre de soldats et où était également gardé son trésor.

Aurélien la pourchassa tandis qu'elle rassemblait et réorganisait ses forces, et les armées se firent à nouveau face lors d'une bataille près d'Emèse, où les Romains remportèrent une fois de plus la victoire en utilisant précisément la même tactique qu'à Immae. Ils feignirent de battre en retraite face à la cavalerie palmyrénienne, qui les poursuivit, puis firent volte-face et attaquèrent depuis sur une position plus avantageuse. Les forces de Palmyre furent anéanties. Aurélien s'empara de la ville et, semble-t-il, en pilla le trésor. Zénobie, cependant, avait une fois de plus réussi à s'échapper.

Elle gagna Palmyre où elle organisa les défenses de la ville. Aurélien la suivit de près et assiégea la cité. L'historien Edward Gibbon écrit : "Elle se retira derrière les murs de sa capitale, prit toutes les dispositions nécessaires à une farouche résistance, et déclara, avec l'intrépidité d'une héroïne, que son règne ne prendrait fin qu'avec sa mort" (131). On ignore si elle tint véritablement ces propos, mais il est certain qu'elle escomptait la venue de renforts et d'aide de la part des Perses et qu'en l'absence de ces derniers, elle fuit Palmyre à dos de chameau en compagnie de son fils et tenta de trouver refuge en Perse.

Lorsque Aurélien entra dans Palmyre et découvrit sa fuite, il dépêcha des cavaliers chargés de l'intercepter. Elle fut faite prisonnière tandis qu'elle tentait de traverser l'Euphrate et ramenée, enchaînée, auprès de l'empereur, devant lequel elle clama son innocence, rejetant la responsabilité de ses actes sur ses conseillers, notamment Cassius Longinus, qui fut promptement exécuté. Zénobie fut ensuite ramenée à Rome.

Les derniers jours de Zénobie

Ce qu'il advint d'elle par la suite diffère selon les récits. D'après Zosime, elle se serait noyée avec son fils dans le Bosphore sur le chemin de Rome. Mais l'historien affirme également qu'elle arriva à Rome, sans son enfant, où elle fut jugée et acquittée, et qu'elle occupa par la suite une villa et finit par épouser un Romain.

L'Historia Augusta raconte qu'elle fut exhibée dans les rues de Rome, enchaînée et lourdement parée de bijoux, au cours du triomphe d'Aurélien, après quoi elle fut libérée et se vit offrir un palais près de Rome où elle " vécut ses derniers jours dans la paix et le luxe ". Zonaras affirme qu'elle fut ramenée à Rome, où elle ne fut jamais exhibée enchaînée dans les rues, et qu'elle épousa un riche mari romain, cependant qu'Aurélien épousait l'une de ses filles.

Al-Tabari, comme d'autres auteurs arabes, ne fait nulle allusion à Aurélien ou à Rome dans son récit dans lequel il relate que Zénobie assassina un chef de tribu nommé Jadhima lors de leur nuit de noces et que le neveu de ce dernier chercha à se venger. Il la poursuivit jusqu'à Palmyre où elle prit la fuite à dos de chameau et gagna l'Euphrate. Elle avait auparavant ordonné la construction d'un tunnel sous le fleuve, pour le cas où ses plans échoueraient et où il lui faudrait s'échapper, tunnel dans lequel, selon cette version de l'historien, elle était sur le point de s'engager lorsqu'elle fut capturée. Elle se donna alors la mort en buvant un poison ou, d'après une seconde version du récit, fut exécutée.

Queen Zenobia's Last Look Upon Palmyra
Le dernier regard de la reine Zénobie sur Palmyre
Herbert Schmalz (Public Domain)

La fin de Zénobie varie donc au gré de la source que chacun considère comme la plus crédible. L'Historia Augusta est depuis longtemps considérée comme une source peu fiable n'hésitant pas à contrefaire des dates, des événements et même à falsifier les actions de certains protagonistes dans le but de proposer une certaine image des règnes des empereurs romains dont elle traite. Stoneman écrit :

Sur certains points relatifs à ses intérêts et à son caractère, l'Historia Augusta nous fournit quantité d'informations - encore faut-il se rappeler que la plupart des anecdotes hautes en couleur que nous offre cet ouvrage ne sont pas dignes de foi, car l'auteur, comme beaucoup d'historiens antiques, y écrivit la vérité qui, selon lui, aurait du être. (112)

Les écrits de Zonaras, et surtout de Zosime, sont considérés comme plus sérieux ; il paraît probable que la souveraine ait été amenée à Rome par Aurélien, mais il est possible qu'elle n'ait pas été associée à son triomphe. Aurélien se souciait en effet grandement de ce que les Romains pouvaient penser de sa victoire sur une femme et de la honte de Rome d'avoir permis à une femme de devenir puissante au point de tenir un tiers de l'empire dans sa main.

Qu'il ait cherché à l'attention sur Zénobie plus que nécessaire semble peu probable, et la célèbre histoire de son exhibition dans les rues de Rome couverte de chaînes d'or, illustrée depuis par des peintures et des sculptures, relève très probablement de la fiction. Le récit de son procès, de son acquittement et du reste de sa vie passé à Rome est donc le plus vraisemblable. Il n’existe aucune mention de la date ou des causes de sa mort, mais aucune source occidentale ne fait mention d’une exécution ; cette version de sa disparition a sans doute été introduite dans la légende par les auteurs arabes.

Zénobie devint l'une des figures les plus populaires du monde antique dans les légendes du Moyen Âge, et l'héritage qu'elle laissa en tant que grande reine guerrière et souveraine habile, entourée des hommes les plus sages de son temps, influença les peintres, artistes, écrivains, et même d'autres monarques comme Catherine la Grande de Russie (r. de 1729 à 1796), qui compara sa personne à Zénobie et sa cour à celle de Palmyre. Ces générations découvrirent l'histoire de sa vie à travers l'Historia Augusta et les travaux de Gibbon qui présentaient tous deux la reine de Palmyre comme une digne et respectable adversaire de Rome et une formidable héroïne du monde antique. C'est ainsi qu’elle est encore perçue de nos jours.

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Traducteur

Priscilia Barbuti
Passionnée d'art, d'histoire et de science depuis toujours, j'ai fait le choix d'étudier l'archéologie avant de m'orienter vers le domaine des technologies 3D et considère comme essentielle la diffusion des savoirs auprès du plus grand nombre.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2014, septembre 14). Zénobie [Zenobia]. (P. Barbuti, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10200/zenobie/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Zénobie." Traduit par Priscilia Barbuti. World History Encyclopedia. modifié le septembre 14, 2014. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10200/zenobie/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Zénobie." Traduit par Priscilia Barbuti. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 14 sept. 2014. Web. 14 août 2022.

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