Ennemis de Rome au IIIe Siècle ap. J.-C.

Article

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 20 novembre 2017
Disponible dans ces autres langues: anglais
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Il a été dit que le plus grand ennemi de Rome n'était autre que Rome elle-même, et c'est certainement vrai pour la période connue sous le nom de crise du troisième siècle (également connue sous le nom de crise impériale, 235-284 de notre ère). Pendant cette période de près de 50 ans, plus de 20 empereurs différents se sont succédé, une statistique qui devient plus alarmante lorsqu'on la compare aux 26 empereurs qui avaient régné entre 27 avant notre ère et 235 de notre ère. Ces souverains - également appelés "les empereurs-soldats" parce qu'ils étaient soutenus par l'armée et en étaient largement issus - étaient généralement motivés par leur propre ambition et leurs intérêts personnels et se servaient donc eux-mêmes avant les intérêts de l'État.

Bien que quelques-uns de ces empereurs se soient montrés dignes de régner, ils ne purent échapper au climat de l'époque qui récompensait les résultats directs et perceptibles de la part des dirigeants, même si ces résultats n'étaient pas toujours dans l'intérêt supérieur du peuple. La crise du troisième siècle commença lorsque l'empereur Alexandre Sévère (222-235 de notre ère) décida de payer les tribus germaniques en échange de la paix au lieu de les affronter, et que ses troupes, jugeant cette décision déshonorante, le tuèrent. Un tel acte à l'encontre d'un empereur en exercice aurait été impensable dans le passé, mais il devint si courant à cette époque qu'élever un homme au rang d'empereur était presque une condamnation à mort.

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Valerian Defeated by Shapur I
Valérien battu par Chapour Ier
Pierre Mertens (CC BY-NC-ND)

Après la mort d'Alexandre Sévère, un nouveau paradigme s'imposa: les empereurs s'appuiyaient sur la bonne volonté des militaires en général et sur leurs propres commandements en particulier. Les empereurs ne pouvaient plus gouverner en fonction de leur vision de la meilleure version de Rome; ils devaient désormais élaborer leur politique en tenant compte de leur popularité auprès de l'armée.

À la même époque, alors que Rome manquait, dans l'ensemble, de dirigeants forts, souffrait de la peste, de l'inflation et d'autres difficultés intérieures, des menaces extérieures se présentèrent sous la forme de "tribus barbares" et autres qui cherchaient soit à renverser Rome, soit simplement à se retirer de la confusion et du désordre qui en étaient venus à caractériser l'Empire romain. Les principaux ennemis de Rome au cours de cette période sont les suivants:

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  • le roi Cniva des Goths (et plus tard le roi Cannabaudes, dont certains spécialistes affirment qu'il s'agit du même homme, vers 251-270 ? de notre ère)
  • le roi Chapour Ier (240-270 de notre ère) des Perses sassanides, ainsi que son fils, Hormizd Ier (270 - c. 273)
  • Postume de l'Empire gaulois (260-269) et ceux qui régnèrent après lui (Marius, Victorinus, Domitianus (alias Domitien II) et Tetricus Ier), en particulier Tetricus Ier (271-274).
  • Zénobie de l'Empire palmyrénien (267-272 de notre ère) et son général égyptien Zabdas (c. 267- c. 273 de notre ère).

Tous ces souverains jouèrent un rôle dans la crise qui frappa Rome au IIIe siècle de notre ère. Cniva fut le premier roi barbare à tuer un empereur en exercice au cours d'une bataille; Chapour Ier fut le premier à en capturer un; Postume fut un gouverneur romain qui décida qu'il ferait mieux de créer son propre empire, et la reine Zénobie de Palmyre fit de même.

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De 235 à 270 de notre ère, date de l'arrivée au pouvoir de l'empereur Aurélien, très peu de dirigeants romains furent capables de faire face à ces menaces. En guerre les uns contre les autres et entourés de défis pressants, la plupart des empereurs du IIIe siècle faillirent à l'État et au peuple qu'ils étaient censés protéger et diriger.

Bon nombre des problèmes auxquels ils étaient confrontés n'étaient pas du tout nouveaux; ce qui les rendait tels, c'était l'incapacité de l'empereur à les résoudre. La vaste étendue de l'empire à cette époque, qui rendait obsolète l'ancien modèle de gouvernement par un seul empereur, et l'incapacité d'en imaginer un plus efficace et plus pratique, laissèrent Rome dans une position de faiblesse, où tout homme promettant des résultats était élevé aux dépens - et au prix de la vie - de son prédécesseur.

En raison des échecs des différents empereurs - ainsi que d'autres problèmes graves liés à la bureaucratie et au fonctionnement général de l'État romain - des adversaires comme Cniva et Chapour Ier, ainsi que d'anciens amis comme Postume et Zénobie, furent en mesure d'obtenir des avantages significatifs et, dans le cas des deux derniers, de former leurs propres empires.

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Cniva

Cniva était le roi des Goths qui vainquit l'empereur Dèce à la bataille d'Abrittus en 251 de notre ère. Le spécialiste Michael Grant observe que "les Goths avaient en Cniva un chef d'un calibre sans précédent, dont la stratégie à grande échelle créa les plus graves périls que l'empire ait jamais connus" (31). Cniva avait peut-être appris ses stratégies en servant dans l'armée romaine ou avait peut-être simplement été un observateur attentif de son adversaire. On sait peu de choses de lui en dehors de sa campagne de 251 de notre ère, au cours de laquelle il assiégea la ville romaine de Nicopolis et s'empara avec succès de Philipopolis, tuant plus de cent mille citoyens romains et réduisant les survivants en esclavage.

Cniva avait peut-être appris ses stratégies en servant dans l'armée romaine ou avait peut-être tout simplement été un observateur attentif de son adversaire.

L'empereur Dèce fut chassé du champ de bataille par Cniva une première fois et, lorsqu'il se regroupa et attaqua à nouveau, Cniva avait tous les avantages. Cniva connaissait le terrain, pouvait positionner ses troupes de manière efficace et attirer Dèce et son armée dans le sol marécageux d'un marais. Les formations romaines étaient inefficaces sur ce terrain, et Cniva massacra la plupart d'entre elles, y compris Dèce et son fils. Par la suite, les Romains n'eurent d'autre choix que de laisser Cniva repartir avec ses nombreux prisonniers et tous les trésors de Philipopolis.

Après la bataille d'Abrittus, on n'entendit plus parler de Cniva, mais il est associé au roi Cannabaudes (vers 270 de notre ère) des Goths, tué au combat avec 5 000 de ses troupes lors d'un affrontement avec Aurélien (270-275 de notre ère) vers 270 de notre ère. Il n'est pas impossible que ce soit le même homme qui ait dirigé les Goths en 251 et en 270 de notre ère. La bataille de Naissus (268 ou 269 de notre ère) opposa l'empereur Claude II à une force gothique dirigée par un roi sans nom qui pourrait être Cniva.

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Que Cniva ait été, ou non, Cannabaudes, sa capacité à élaborer des stratégies et ses compétences en matière de guerre ne furent pas transmises à la génération suivante. L'identification de Cniva avec Cannabaudes est logique dans la mesure où, selon les rapports, le roi gothique fut tué avec 5 000 de ses hommes et les secrets de son succès auraient donc été perdus avec les soldats qui avaient planifié et combattu avec lui. Après les succès de Cniva, il n'y a pas d'autres rapports de Goths prenant des villes romaines par le siège ou d'une autre manière. Le commandant goth Fritigern (c. 380 de notre ère) évita les combats impliquant des villes, préférant les tactiques de guérilla.

Chapour Ier et Hormizd Ier

Chapour Ier était le fils d'Ardashir Ier (224-242 de notre ère), le fondateur de la dynastie sassanide, qui avait élevé Chapour Ier au rang de co-dirigeant et l'avait initié à la guerre. Bien que Chapour Ier ait été un administrateur et un souverain compétent, dont le règne est relaté en termes élogieux par tous, à l'exception des écrivains romains, il se considérait avant tout comme un roi guerrier et s'efforçait d'incarner cet idéal.

Roman Coin of Philip the Arab
Pièce romaine de Philippe l'Arabe
Christopher Willis (GNU FDL)

Chapour Ier poursuivit la politique d'agression de son père à l'égard de Rome et prit des forteresses et des villes romaines en Mésopotamie au début de son règne. Il affronta au combat l'empereur Gordien III, qui n'avait que 17 ans à l'époque et qui s'appuyait largement sur les conseils et les stratégies de son beau-père et préfet prétorien, Timesithée. Chapour Ier fut d'abord repoussé par les forces romaines, mais lorsque Timesithée mourut de la peste, la situation s'inversa. Gordien III n'avait que peu d'expérience militaire et n'avait pas les compétences nécessaires pour contrer les stratégies de Chapour Ier. Gordien III ne répondant pas aux attentes de ses troupes, celles-ci le tuèrent et il fut remplacé par Philippe l'Arabe.

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Philippe fit rapidement la paix avec Chapour Ier et lui versa 500 000 deniers dans le cadre du traité. Philippe céda le territoire contesté de l'Arménie à Chapour Ier, qui envoya son fils Hormizd Ier (qui avait combattu avec lui contre les Romains) pour le gouverner. Hormizd Ier gouverna bien en tant que vice-roi d'Arménie, maintenant les politiques de son père en matière de liberté de religion et instaurant un règne paisible et prospère. Administrateur compétent, guerrier courageux et habile, Hormizd Ier fut largement respecté pour ses initiatives pendant la courte période où il régna sur l'Arménie. Cependant, assez rapidement, Philippe rompit le traité et récupéra la région; cette action mit manifestement fin à la paix et replongea la région dans la guerre.

Chapour Ier ravagea la Mésopotamie et conquit la province romaine de Syrie, prenant la ville d'Antioche. Hormizd Ier accompagna son père dans cette campagne et occupa d'importantes fonctions de commandement et d'administration tout au long de celle-ci. L'empereur Valérien marcha contre Chapour Ier et Hormizd Ier et les chassa de la ville, mais au cours de la poursuite, la peste frappa l'armée romaine qui dut se replier sur Antioche.

Hormizd I in Battle
Hormizd Ier dans la bataille
The Creative Assembly (Copyright)

Chapour Ier et Hormizd Ier assiégèrent la ville et Valérien n'eut d'autre choix que de chercher un accord. Lui et son état-major allèrent à la rencontre des dirigeants perses pour discuter de la reddition de la ville, mais ils furent faits prisonniers et la ville tomba aux mains des forces sassanides. Selon la légende, Chapour Ier utilisa Valérien comme marchepied pour monter à cheval et, à la mort de l'empereur, il fit bourrer son corps de paille et l'exposa au public.

Jusqu'à présent, l'instinct, l'habileté et la simple chance de Chapour Ier l'avaient amené à réaliser son ambition de conquérir toutes les provinces romaines de l'est, mais il commit alors une grave erreur. Odénat, le gouverneur romain de la ville syrienne de Palmyre, fit une offre d'alliance à Chapour Ier, qui la rejeta dans les termes les plus clairs.

Dans le chaos qui caractérisait le IIIe siècle à Rome, Odénat espérait probablement un semblant d'ordre pour sa région natale et Chapour Ier aurait semblé un meilleur choix que n'importe lequel des empereurs romains. Chapour Ier rejeta l'offre, déclarant qu'Odénat était loin d'être son égal et qu'il devrait s'attendre à devenir son vassal. Odénat, insulté et furieux, mobilisa alors une force et chassa Chapour Ier du territoire romain.

Defeat of Valerian by Shapur
Défaite de Valérien par Chapour Ier
Marie-Lan Nguyen (CC BY-SA)

La victoire de Chapour Ier sur Valérien fut l'une de ses dernières. Odénat vainquit les Perses sassanides à chaque rencontre. À cet égard, le chercheur Philip Matyszak observe que Chapour Ier "découvrit qu'une armée romaine bien dirigée restait la meilleure force de combat au monde" (239). Après les campagnes d'Odénat, Chapour Ier avait perdu tous les gains qu'il avait réalisés et se replia sur ses propres frontières. Le reste de son règne se concentra principalement sur les questions intérieures, tout en maintenant une paix prudente avec Rome. À sa mort, Hormizd Ier lui succéda et poursuivit sa politique, ce qui entraîna une sorte de guerre froide entre les Sassanides et Rome. Hormizd Ier ne fit pas de gestes ouvertement hostiles à l'égard de Rome, mais ne donna certainement pas de signes de relations cordiales entre les deux États.

Odénat, qui avait repoussé la menace perse, fut récompensé par l'empereur Gallien en obtenant plus de pouvoir et d'autorité en tant que gouverneur de toutes les provinces orientales de Rome. Il fut tué à la chasse en 267/268 de notre ère, et sa femme, la reine Zénobie, assura la régence pour leur jeune fils Vaballath (alias Wahballat). Très vite, cependant, il apparut clairement que Zénobie avait des projets plus ambitieux que tenir au chaud la plce d'un autre.

Zénobie et Postume

Zénobie hérita du territoire d'Odénat ainsi que de son armée et de son brillant général égyptien Zabdas. Bien que soucieuse de ne pas contrarier l'empereur romain Gallien et de ne pas se montrer officiellement sous un autre jour que celui d'une régente romaine acceptable, elle étendit son territoire et entama des négociations sans le consentement de Rome. Sans titre officiel, elle régna en tant qu'impératrice suprême sur les régions orientales de ce qui avait été l'Empire romain.

L'une de ses actions les plus impressionnantes fut celle qu'elle mena contre l'Égypte romaine. L'Égypte était le grenier à blé de Rome, approvisionnant l'empire en céréales, et comptait parmi ses provinces les plus prisées. Zénobie envoya Zabdas en Égypte pour réprimer une révolte - qu'elle avait probablement fomentée elle-même pour se donner une raison valable - et annexa ensuite le pays. Officiellement, elle pouvait prétendre que cette action était dans l'intérêt de Rome et qu'elle n'avait fait que maintenir la paix, mais elle avait agi sans consulter l'empereur, et son annexion de l'Égypte avait très certainement rehaussé sa réputation aux dépens de Rome.

Elle émit également sa propre monnaie, se donna, ainsi qu'à son fils, des titres royaux réservés à l'empereur et à sa famille, et entama des négociations avec les Perses sassanides. Toutes ces initiatives renforcèrent sa position d'impératrice de son propre royaume, mais si Rome s'y opposait, elle pouvait justifier chacune d'entre elles comme étant au bénéfice de Rome.

Zenobia Denarius
Denier à l'effigie de la reine Zénobie
Jbarta (CC BY-SA)

Au moment où Zénobie consolidait son pouvoir à l'est, un autre ancien ami de Rome, gouverneur provincial en exercice, faisait de même à l'ouest. Postume était le gouverneur romain de la Germanie supérieure et inférieure sous le règne conjoint de Gallien et de Valérien. Postume avait déjà défendu les provinces de l'ouest contre les incursions barbares et estimait qu'il avait besoin de plus de pouvoir et d'autorité pour s'acquitter plus efficacement de ses fonctions. Valérien se battait à l'est et Gallien était occupé par ses propres campagnes à l'ouest et au nord. Frustré de ne pouvoir faire ce qu'il pensait devoir faire, Postume marcha sur la ville romaine de Cologne, où le fils et héritier de Gallien avait été envoyé pour sa propre sécurité, et le tua ainsi que son garde du corps.

Postume se déclara alors empereur de son propre royaume - l'Empire gaulois - qui comprenait la Germanie, la Gaule, l'Hispanie et la Bretagne. Il créa son propre sénat, mobilisa ses propres troupes et entama ses propres négociations, tout en insistant sur le fait qu'il agissait dans l'intérêt de Rome. Après la capture de Valérien par Chapour Ier, Postume s'enhardit et Gallien profita de ses campagnes pour lancer une attaque contre l'Empire gaulois, mais il fut repoussé. Gallien fut tué par ses propres troupes peu après cet événement, et Claude II le Gothique puis son frère Quintillus furent empereurs avant qu'Aurélien ne prenne le pouvoir.

Restauration d'Aurélien et Tetricus Ier

Aurélien était un soldat, pas un politicien, et n'avait ni le temps ni la patience de chercher à savoir pourquoi Zénobie ou Postume avaient agi comme ils l'avaient fait. Dès qu'il eut vaincu les Goths (en tuant Cannabaudes/Cniva), ainsi que les Vandales,les Jugunthes, les Alamans et d'autres, il marcha sur l'Empire palmyrénien. À la bataille d'Immae, en 272 de notre ère, il fit engager sa cavalerie, puis feignit la retraite en déroute. Lorsque la cavalerie palmyrénienne la poursuivit, il l'entraîna dans un piège où ses forces firent demi-tour et foncèrent sur les forces adverses, tuant la plupart d'entre elles et dispersant les autres.

Immae fut une victoire éclatante pour Aurélien, mais Zénobie et Zabdas s'échappèrent et reformèrent leurs troupes contre lui. À la bataille d'Emèse, utilisant la même tactique qu'à Immae, Aurélien battit les forces de Zénobie et Zabdas fut probablement tué; il n'est pas mentionné dans les rapports ultérieurs. Zénobie, après avoir tenté de s'enfuir à nouveau, fut capturée et amenée à Rome. Aurélien fit preuve de clémence à l'égard de Palmyre et de nombreux chefs de l'empire palmyrénien, mais lorsque la ville se rebella une seconde fois, il revint précipitamment et la détruisit, massacrant les habitants.

Queen Zenobia before Emperor Aurelianus
La reine Zénobie devant l'empereur Aurélien
Giovanni Battista Tiepolo (Public Domain)

Après s'être occupé de Palmyre, Aurélien marcha vers l'ouest en direction de l'Empire gaulois. Postume était mort, tué par ses propres troupes en 269 de notre ère alors qu'il tentait de les empêcher de mettre à sac la ville romaine de Mayence qui s'était rebellée. Le poste d'empereur était passé à d'autres (Marius, Victorinus et Domitianus) avant que Tétricus Ier ne soit nommé par la mère de Victorinus.

Postume avait été un administrateur et un commandant compétent, mais Marius, Victorinus et Domitianus avaient été beaucoup plus faibles et beaucoup moins efficaces. Marius était un forgeron et peut-être un fantassin qui fut choisi par les troupes de Mayence, très probablement parce qu'il avait mené l'opposition au commandement de Postume d'épargner la ville. Il ne resta que peu de temps au pouvoir avant d'être assassiné. Victorinus, un tribun prétorien, devint ensuite empereur et, bien qu'il fût un chef militaire compétent, il ne put contrôler sa soif de femmes. Il fut assassiné après avoir tenté de séduire la femme d'un de ses commandants. L'usurpateur Domitianus s'empara alors du pouvoir, mais il fut renversé par Tétricus Ier. Tétricus Ier est considéré comme le seul véritable successeur de Postume en raison de son caractère personnel et de ses grandes compétences militaires et administratives.

Après l'assassinat de Postume, l'Hispanie quitta l'Empire gaulois et déclara son allégeance à Rome. À la même époque, d'autres tribus germaniques se rebellèrent contre la domination gauloise à partir de Trèves. Victorinus avait tenté de contrôler ces révoltes avec plus ou moins de succès, mais n'avait pas réussi à rétablir la stabilité dans la région. C'est de cette situation instable que Tétricus Ier hérita lorsqu'il devint empereur. Il fit de son fils (également nommé Tétricus) son co-empereur afin de partager le fardeau de la responsabilité de l'administration militaire et gouvernementale, puis se mit au travail pour restaurer l'empire. Il réprima les rébellions et stabilisa la Germanie et la Gaule, mais toute nouvelle initiative fut interrompue lorsqu'on apprit qu'Aurélien avait vaincu Zénobie et qu'il se péparait à s'attaquer à l'Empire gaulois.

Tetricus I
Tétricus Ier
The Creative Assembly (Copyright)

Lorsque Tétricus Ier apprit qu'Aurélien marchait contre lui, il lui aurait envoyé une lettre demandant à l'empereur de le sauver, lui et son fils, et lui proposant de se rendre. Cette allégation a fait l'objet de nombreux débats et certains spécialistes pensent qu'il s'agit d'une invention ultérieure d'Aurélien visant à discréditer Tétricus Ier en l'accusant d'avoir trahi ses troupes pour sauver sa peau. Il est clair que Tétricus Ier était un chef compétent et populaire parmi ses troupes; il semble peu probable qu'il ait négocié un accord de reddition avant la bataille tout en engageant son armée sur le terrain.

Que Tetricus Ier ait ou non conclu un tel accord avec Aurélien, les forces romaines massacrèrent celles de l'Empire gaulois lors de la bataille de Chalons en 274 de notre ère, et Tétricus Ier ainsi que son fils furent faits prisonniers. Ils furent épargnés, ainsi que d'autres fonctionnaires du gouvernement gaulois, ce qui fit naître la rumeur selon laquelle il aurait trahi ses troupes. Tétricus Ier reçut un poste administratif dans une province romaine (tout comme son fils) et, tout comme Zénobie, vécut confortablement jusqu'à la fin de sa vie. Aurélien avait maintenant restauré l'empire, mais il ne vivrait plus très longtemps pour profiter de ses réalisations.

Aurélien avait vaincu les Goths ainsi qu'un certain nombre d'autres tribus d'envahisseurs, tenu les Perses en échec, ramené les empires gaulois et palmyrénien dans le giron romain, et réformé les abus de la Monnaie de Rome, stabilisant ainsi la monnaie. Le règne d'Aurélien montre tous les signes d'une poursuite de cette trajectoire vers un temps de réforme et de restauration, mais il fut interrompu par ceux en qui il croyait, à tort, pouvoir avoir confiance. Conformément à l'esprit de l'époque, même un grand empereur comme Aurélien ne put triompher de son propre peuple, et il fut tué par ses commandants qui croyaient à tort qu'il avait l'intention de les exécuter.

Le plus grand ennemi de Rome

Bien que Rome ait eu de nombreux ennemis tout au long du IIIe siècle de notre ère, la plus grande menace pour sa survie était elle-même. Les problèmes auxquels Rome était confrontée à cette époque, comme nous l'avons vu plus haut, n'étaient pas nouveaux - il y avait eu des invasions et des difficultés internes des décennies et même des siècles auparavant - ce qui était nouveau, c'était l'incapacité de Rome à faire face à ces problèmes. Le manque de patience et de politique caractérise la période de la Rome du IIIe siècle de notre ère, et de nombreuses décisions furent prises sur la base de la peur plutôt que de l'espoir.

Ce climat favorisa l'apparition de problèmes d'origine extérieure, comme les Goths, les Perses sassanides et d'autres, et encouragea des dirigeants comme Zénobie et Postume à créer leurs propres empires, mais ce type de situation aurait autrefois été traité de manière décisive et rapide. Au IIIe siècle de notre ère, elles furent traitées de manière inefficace, voire pas du tout, jusqu'au règne d'Aurélien.

C'est ainsi que Rome fut en fait le pire ennemi de soi-même pendant cette période. Au IIIe siècle de notre ère, la corruption de l'État, le déclin d'un paradigme moral et social autrefois fourni par la religion païenne et la migration d'autres peuples à travers et autour des frontières de l'empire conduisirent tous à des décisions impériales prises dans l'intérêt de résultats immédiats et populaires. Les ennemis extérieurs de Rome constituaient certainement une menace très réelle, mais à un certain niveau, leurs victoires n'étaient que des manifestations de la décadence de ce qui avait autrefois été l'Empire romain.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2017, novembre 20). Ennemis de Rome au IIIe Siècle ap. J.-C. [Enemies of Rome in the 3rd Century CE]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1145/ennemis-de-rome-au-iiie-siecle-ap-j-c/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Ennemis de Rome au IIIe Siècle ap. J.-C.." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le novembre 20, 2017. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1145/ennemis-de-rome-au-iiie-siecle-ap-j-c/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Ennemis de Rome au IIIe Siècle ap. J.-C.." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 20 nov. 2017. Web. 18 juin 2024.

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