Légions Romaines de Norique, de Rhétie et de Dacie

Donald L. Wasson
de , traduit par François Anastacio
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Les provinces de Norique, de Rhétie et de Dacie servaient de zone tampon qui protégeait l'Empire romain contre une éventuelle menace extérieure. Cependant, la région posait plusieurs problèmes internes à Rome: la Pannonie et son alliée, la Dalmatie, se rebellèrent contre l'occupation romaine, provoquant une guerre de trois ans, et la Mésie fut envahie par les Daces sous les règnes de Domitien (81-96 ap. J.-C.) et de Trajan (98-117 ap. J.-C.).

Enfin, au cours des IIe et IIIe siècles de notre ère, la région fut envahie à plusieurs reprises par les Goths, les Alamans et les Marcomans. Si le Norique, la Rhétie et la Dacie constituaient une zone tampon entre Rome et les tribus germaniques du nord, elles finirent par succomber aux envahisseurs qu'elles étaient censées repousser.

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Roman Officer from Legio XIII Gemina
Officier romain de la Legio XIII Gemina Mary Harrsch (CC BY-NC-SA)

La province de Norique

Située dans les Alpes orientales, entre la Rhétie et la Pannonie, sa position idéale au sud du Danube avec ses riches gisements de minerai de fer et d'or, faisaient du Norique un atout précieux pour les coffres de l'Empire romain. La découverte d'or au IIe siècle avant J.-C. avait attiré des colons romains dans la région, mais ceux-ci furent rapidement chassés par les Taurisques, le peuple autochtone. Les marchands romains continuèrent toutefois à faire des affaires grâce à de petites colonies commerciales. Toujours considérée comme une alliée, la région fut finalement conquise en 16 avant J.-C. sous le règne de l'empereur romain Auguste (r. de 27 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.). Cependant, contrairement à d'autres provinces, elle ne reçut pas sa propre légion, la Legio Italica II, avant le règne de Marc Aurèle (161-180 ap. J.-C.). La province fut ensuite divisée en deux – Noricum Ripensis et Noricum Mediterraneum – par Dioclétien (284-305 ap. J.-C.). Elle fut envahie par les tribus germaniques du nord et abandonnée au Ve siècle après J.-C.

Legio II Italica

La fonction principale de la légion était de protéger la route reliant la Pannonie à Aquilée contre les menaces des envahisseurs germaniques.

La Legio II Italica (litt. la Deuxième Légion d'Italie), à l'emblème du loup et au signe astrologique du Capricorne, fut créée par Marc Aurèle en Italie, en même temps que la Legio III Italica, pour sa campagne contre les Marcomans en 164-165 après J.-C., ce qui lui valut le nom d'Italica. Il existe une certaine confusion quant à son premier quartier général. Certains historiens affirment qu'il s'agissait de Ločica (Lotschitz) en Dalmatie, tandis que d'autres prétendent qu'il s'agissait d'Aquilée, dans le nord-est de l'Italie. Quoi qu'il en soit, la fonction principale de la légion était de protéger la route reliant la Pannonie à Aquilée contre les menaces des envahisseurs germaniques. On pense que les deux légions auraient servi sous Pertinax (r. 193 ap. J.-C.) dans sa guerre contre les Marcomans. Stationnée brièvement à Albing (aujourd'hui en Autriche), la Legio II Italica trouva finalement une base permanente à Lauriacum (aujourd'hui Enns, en Autriche), siège du gouverneur du Norique.

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La légion soutint Septime Sévère (193-211 apr. J.-C.) dans sa revendication du trône romain et dans sa guerre contre les prétendants Pescennius Niger et Clodius Albinus. Bien que les sources ne soient pas certaines, la Legio II Italica aurait servi sous l'empereur Maximin Thrace (r. de 235 à 238 ap. J.-C.) lors de ses guerres daciques de 235-236 ap. J.-C.. La légion soutint plus tard Gallien (r. de 253 à 268 ap. J.-C.) contre le prétendant Postume, qui s'était autoproclamé empereur de l'Empire gaulois, recevant le titre de Pia V Fidelis ("Cinq fois dévouée et loyale"). Certaines preuves indiquent qu'une unité de la légion était aux côtés de Constantin Ier (r. de 306 à 337 ap. J.-C.) lors de la bataille du pont Milvius en 312 ap. J.-C.. Selon l'historien Stephen Dando-Collins, lors d'une réorganisation de l'armée romaine, la légion fut intégrée aux comitatenses sous le commandement du duc de Pannonie et de Noricum Ripensis. À l'instar de sa province, elle finit par succomber aux envahisseurs goths.

Legio II Italica
La Legio II Italica Panairjdde (CC BY-SA)

La province de Rhétie

La province de Rhétie fut annexée à l'Empire romain en 15 avant J.-C. par le commandant romain et futur empereur Tibère (r. de 14 à 37 ap. J.-C.). Comme sa voisine la province de Norique, elle ne reçut pas de légion permanente qui lui soit propre – la Legio III Italica – avant le règne de Marc Aurèle. En 233, la province fut envahie et ravagée par les Alamans venus du sud-ouest de l'Allemagne. Plus tard, pendant la crise du IIIe siècle, les Francs et les Alamans envahirent la Gaule romaine, la Rhétie et le nord de l'Italie en 259. Cela aboutit à la formation de l'Empire gaulois sous Postume.

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Legio III Italica

La Legio III Italica (litt. la Troisième Légion d'Italie), à l'emblème de la cigogne et au signe astrologique du Capricorne, fut levée par Marc Aurèle en Italie pour sa guerre contre les Marcomans. Son premier campement est inconnu, peut-être Aquilée, mais elle servit dans une réserve mobile commandée par Quintus Adventus pendant la campagne de Marc Aurèle. Basée temporairement à Eining en Norique vers 172 après J.-C., la légion fut transférée à Castra Regina (aujourd'hui Ratisbonne) en Rhétie en 179 après J.-C., où elle resta jusqu'au Ve siècle après J.-C.. Tout comme sa légion sœur, elle participa aux guerres marcomanes aux côtés de Pertinax. Après la mort de Pertinax, la légion soutint Septime Sévère dans sa revendication du trône. Plus tard, la légion accompagna Caracalla (r. de 198 à 217 ap. J.-C.) dans sa campagne contre les Parthes. Certaines preuves indiquent que la Legio III Italica accompagna Gordien III (r. de 238 à 244 apr. J.-C.) contre l'Empire sassanide en 244 ap. J.-C.. Comme la Legio II Italica, elle fut plus tard réduite au rang de comitatenses.

Legio III Italica
La Legio III Italica Panairjdde (CC BY-SA)

La province de Dacie

Jusqu'en 85 après J.-C., le territoire de la Dacie n'avait jamais représenté une menace sérieuse pour ses voisins. Cela changea lorsque Décébale accéda au trône. Cette année-là, lui et son armée traversèrent le Danube et entrèrent sans provocation aucune dans la province romaine de Mésie. Les légions des guerres daciques finirent par être intégrées la région à l'Empire romain en 106 après J.-C., et l'or des Daciens finança le Forum de Trajan. Deux légions furent stationnées en permanence en Dacie: la Legio V Macedonica et la Legio XIII Gemina. La frontière de la Dacie était difficile à défendre contre les envahisseurs germaniques, c'est pourquoi l'empereur Aurélien (r. de 270 à 275 ap. J.-C.) réinstalla les citoyens romains et redessina ses frontières. En prenant des terres à la Mésie et au Norique, il créa la Dacia Ripensis et la Dacia Mediterranea.

Legio V Macedonica

Stationnée à Troesmis, la légion gardait la côte nord-ouest de la mer Noire et les villes grecques de Crimée.

L'origine de la Legio V Macedonica (litt. la Cinquième Légion de Macédoine), à l'emblème du taureau et au signe astrologique inconnu, n'est pas claire. Elle aurait servi sous Octave lors de la bataille de Mutina en 43 avant J.-C.. De 30 avant J.-C. à 6 après J.-C., elle était basée en Macédoine, d'où son nom Macedonica. En 6 après J.-C., elle fut transférée à Oescus en Mésie (dans l'actuelle Bulgarie). Elle aurait participé à l'annexion de la Thrace par l'empereur Claude (r. de 41 à 54 ap. J.-C.). En 62 après J.-C., la légion fut transférée dans l'armée de Caesennius Paetus en Cappadoce pour sa guerre en Arménie, mais elle fut laissée dans le Pont alors que Paetus, trop confiant, n'emmena que deux légions avec lui. Par la suite, la Legio V Macedonica suivit Domitius Corbulo (Corbulon) dans sa campagne arménienne couronnée de succès. Dans ses Annales, l'historien Tacite écrivit à propos de la guerre d'Arménie:

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... et les troupes furent ainsi divisées: la quatrième et la douzième légion, avec la cinquième, appelée récemment de Mésie, ainsi que les auxiliaires du Pont, de la Galatie et de la Cappadoce, obéirent à Paetus. (Annales, livre 15,6)

La Legio V Macedonica combattit aux côtés de Titus (r. de 79 à 81 ap. J.-C.), fils de Vespasien, lors de la première guerre juive qui suivit la grande révolte juive de 66 apr. J.-C. et lors du siège de Jérusalem en 70 apr. J.-C.. De retour en Mésie, la légion participa aux guerres daciques aux côtés de Domitien et de Trajan. Le futur empereur Hadrien (r. de 117 à 138 ap. J.-C.) servit comme officier dans la Legio V Macedonica et la Legio II Adiutrix. Plus tard, stationnée à Troesmis en Mésie inférieure (actuelle Roumanie), la légion gardait la côte nord-ouest de la mer Noire et les villes grecques de Crimée.

Legio V Macedonica
La Legio V Macedonica Panairjdde (CC BY-SA)

En 135 après J.-C., la légion se trouvait en Palestine où elle contribua à réprimer la révolte de Bar-Kochba et participa au siège de Bethar. Après la campagne de Lucius Verus (r. de 161 à 169 ap. J.-C.) contre l'Empire Parthe, la légion prit part à la guerre de Marc Aurèle contre les Marcomans. Plus tard, la Legio V Macedonica fut stationnée à Potaissa en Dacie. Elle soutint Septime Sévère, une cohorte de la légion l'accompagnant dans sa marche sur Rome. En 274 après J.-C., lorsque la Dacie fut encerclée par des envahisseurs barbares, la légion se retira à Oescus.

Legio XIII Gemina

La Legio XIII Gemina (litt. la Treizième Légion jumelle), à l'emblème du lion et au signe astrologique du Capricorne, fut formée par Jules César (100-44 av. J.-C.) pour sa campagne contre les Belges en 57 avant J.-C.. Elle le suivit pendant le reste des guerres gauloises, traversant le Rubicon avec lui en 49 avant J.-C.. Dans la préface de son livre Rubicon, l'auteur Tom Holland écrit à propos de la 13e légion:

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Alignés en ordre de marche, les soldats de la 13e légion se tenaient massés dans l'obscurité. ... Pendant huit ans, ils avaient suivi le gouverneur de Gaule dans des campagnes sanglantes, à travers la neige, la chaleur estivale, jusqu'aux confins du monde. (xiii)

La légion fut dissoute, puis reconstituée par Octave en 41 av. J.-C., qui l'utilisa pour combattre Sextus Pompée en Sicile. On ignore si la Legio XIII Gemina accompagna le futur empereur lors de la bataille d'Actium en 31 av. J.-C.; cependant, elle fut plus tard fusionnée avec des légions disgraciées en 30 av. J.-C., obtenant le nom de Gemina. Elle accompagna Drusus dans sa campagne en Germanie de 20 à 15 avant J.-C. Après avoir servi sous Tibère dans sa campagne en Rhétie en 15 avant J.-C., elle fut transférée à Ljubljana en Pannonie jusqu'en 6 après J.-C., date à laquelle elle accompagna Tibère dans la répression de la révolte de Pannonie.

Romans Fighting Dacian & Germanic Warrriors
Les Romains se battent contre les guerriers daces et germains Ancient Warfare Magazine / Karwansaray Publishers (Copyright)

Après la bataille de la forêt de Teutoburg, où Publius Quinctilius Varus perdit trois légions en 9 après J.-C., la Legio XIII Gemina fut transférée à Moguntiacum (aujourd'hui Mayence, en Allemagne) avant de s'installer à Vindobona (aujourd'hui Vienne, en Autriche) pour servir sous les ordres de Germanicus. Au cours de l'année des quatre empereurs en 69 après J.-C., la légion soutint Othon et servit à ses côtés lors de la première bataille de Bedriacum contre Vitellius, où elle fut vaincue par la Legio V Alaudae et accusée par la suite de lâcheté. Par la suite, la légion rejoignit l'armée de Vespasien lors de la deuxième bataille de Bedriacum et de la bataille de Crémone. Après la défaite de Vitellius, la légion fut à nouveau stationnée à Vindobona, où elle servit sous Domitien lors de ses guerres daciques et lors de la victoire romaine à la bataille de Tapae. La légion accompagna Trajan dans sa campagne dacique et suivit Hadrien contre les Sarmates. Stationnée brièvement à Apulum (dans l'actuelle Roumanie), la Legio XIII Gemina se trouvait en Palestine lors de la répression de la deuxième révolte juive de 132-135 après J.-C..

La légion participa aux guerres marcomanes sous Marc Aurèle et combattit les Daces sous Commode (r. de 180 à 192 ap. J.-C.). Elle soutint Septime Sévère en 193 apr. J.-C. et s'allia à lui contre le prétendant Pescennius Niger. On sait peu de choses sur la légion par la suite, si ce n'est qu'elle resta en Dacie jusqu'à l'abandon de la province par les Romains.

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Traducteur

François Anastacio
Passionné par l'Histoire, surtout de ce que les sciences historiques permettent, le questionnement, la remise en question, l'esprit critique. Je suis friand de la réflexion sur soi. L'Histoire du monde permet d'apprendre sur soi et sur les autres

Auteur

Donald L. Wasson
Donald a enseigné l’histoire antique et médiévale ainsi que l’histoire des États-Unis à Lincoln College (Illinois). Éternel étudiant en Histoire depuis qu’il a découvert Alexandre le Grand, il met toute son énergie à transmettre son savoir à ses étudiants.

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Wasson, D. L. (2026, janvier 04). Légions Romaines de Norique, de Rhétie et de Dacie. (F. Anastacio, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1878/legions-romaines-de-norique-de-rhetie-et-de-dacie/

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Wasson, Donald L.. "Légions Romaines de Norique, de Rhétie et de Dacie." Traduit par François Anastacio. World History Encyclopedia, janvier 04, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1878/legions-romaines-de-norique-de-rhetie-et-de-dacie/.

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Wasson, Donald L.. "Légions Romaines de Norique, de Rhétie et de Dacie." Traduit par François Anastacio. World History Encyclopedia, 04 janv. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1878/legions-romaines-de-norique-de-rhetie-et-de-dacie/.

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