Legio V Alaudae

Définition

Donald L. Wasson
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 14 juin 2021
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Roman Legion (by The Creative Assembly, Copyright)
Légion romaine
The Creative Assembly (Copyright)

La Legio V Alaudae, désignée dans les premiers récits comme la "Cinquième", était l'une des nombreuses légions de l'armée romaine qui aida Jules César (100-44 av. J.-C.) à remporter des succès en tant que commandant militaire en Gaule, en Espagne et en Afrique. Plus tard stationnée le long du Rhin, elle participa à de nombreuses campagnes germaniques jusqu'à ce qu'elle ne soit prétendument anéantie lors de la campagne de Domitien en Dacie.

Origine

À l'époque de César et de Pompée (106-48 av. J.-C.), les légions de la République romaine n'étaient connues que par un numéro, et non par un nom. Au fil du temps, pour éviter toute confusion, cette situation changea. Les débuts de la Legio Quinta Alaudae sont flous. Dando-Collins affirme qu'une légion connue sous le nom de "Cinquième" et commandée par Pompée pourrait avoir fait partie de celles qui se rendirent à César en Espagne en 49 avant notre ère. L'année suivante, César ordonna au gouverneur de l'Hispania Ulterior (Espagne ultérieure), Quintus Cassius Longinus, de créer une nouvelle légion, la Cinquième, à partir des restes de l'ancienne légion dissoute de Pompée.

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La V Alaudae était la seule légion de césar dont l'emblème n'était pas le taureau.

Cependant, l'historien Nigel Pollard, dans son ouvrage The Complete Roman Legions, écrit que la V Alaudae (désignée sous le nom de V) aurait été formée en 52 avant notre ère, en même temps que la VI, pour participer à la guerre des Gaules menée par César. C'était l'une des douze légions qu'il utilisa lors de sa conquête de la Gaule. Dans ses Douze Césars, l'historien Suétone (c. 69 - c. 130/140 de notre ère) décrit le désir de César de conserver sa position de commandant militaire et de gouverneur de la Gaule transalpine. Le fait qu'il ait réussi à conserver son poste de gouverneur "a encouragé César à agrandir son armée régulière avec des légions levées à ses frais - une légion même recrutée en Gaule transalpine et appelée par le mot gaulois "Alauda" - qu'il entraîna et équipa à la manière romaine. Plus tard, il fit de chaque légionnaire Alauda un citoyen à part entière" (11). Le mot Alauda signifie "alouette" et fait référence à la crête des plumes de l'oiseau. Il est probable que la Cinquième légion et la légion Alauda aient fini par fusionner pour devenir la Legio V Alaudae. Qu'elle ait été formée en 48 avant notre ère ou en 52 avant notre ère, dans le feu de la guerre civile, la légion financée par la bourse privée de César fut envoyée en Afrique du Nord pour participer à la campagne africaine de César.

En avril 46 avant notre ère, lors de la bataille de Thapsus, César et ses légions - dont les II, V, VIII, IX et X - affrontèrent les 60 éléphants du roi Juba Ier de Numidie (r. de 60 à 46 av. J.-C.). La bataille se déroula en grande partie entre César et Quintus Scipion, chef des forces optimes, les ennemis républicains de César, dans l'un des derniers affrontements de la guerre civile. À la fin, l'armée de Scipion paniqua et fut détruite. César lui fut victorieux. Bien que certains parlent de suicide après la bataille perdue, Scipion se noya en rentrant en Espagne tandis que le roi Juba fut banni par son propre peuple. À la suite de cette guerre, Caton le Jeune (95-46 av. J.-C.), l'ennemi juré de César, se suicida. C'est à Thapsus que les légionnaires de V Alaudae gagnèrent l'emblème qu'ils porteraient sur leurs boucliers, l'éléphant.

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Les éléphants semblent terrifiants au combat, mais ils sont difficiles à contrôler. Selon Philip Freeman dans son Jules César, un éléphant fou coinça un suiveur du camp et l'un des légionnaires vétérans de la Legio Quinta Alaudae aurait tenté de l'aider, mais il aurait été saisi par l'éléphant et soulevé dans les airs. Le légionnaire s'acharnèrent sur l'éléphant jusqu'à ce qu'il ne soit enfin libéré. V Alaudae était la seule légion de César dont l'emblème n'était pas le taureau.

Caesar in Gaul
César en Gaule
The Creative Assembly / SEGA (Copyright)

Sous César, la Cinquième légion continua à prendre part à de nombreuses actions. En mars 45 avant notre ère, César et ses légions affrontèrent les frères Pompée, Gnaeus et Sextus, ainsi que l'ancien commandant romain Titus Labienus à la bataille de Munda en Espagne. Selon Barry Strauss dans son ouvrage Masters of Command, César disposait de huit légions, dont les vétérans de la Cinquième et de la Dixième, ainsi que de 8 000 cavaliers, pour s'opposer aux 13 légions des forces de Pompée. La Cinquième couvrait le flanc gauche avec la Troisième. Finalement, la bataille se transforma en déroute, tuant 53 000 soldats pompéiens. La victoire de César à Munda marqua la fin de la campagne d'Espagne et de la guerre civile.

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Bien qu'elle ait combattu sous les ordres de Marc Antoine comme l'une de ses 23 légions à la bataille d'Actium, la Legio V Alaudae servirait plus tard aux côtés d'Auguste (r. de 27 av. J.-C. à 14 av. J.-C.) dans ses guerres cantabriques en Espagne. En 19 avant notre ère, à la fin des guerres, la V Alaudae fut transférée et devint l'une des légions de la frontière rhénane, aux côtés de la Legio VIII Augusta, de la Legio XXII Primigenia et de la Legio XXI Rapax.

L'aigle perdu

En 16 avant notre ère, la V Alaudae combattit sous les ordres du gouverneur de Germanie inférieure Marcus Lollius les tribus germaniques envahissantes des Sicambres, des Usipètes et des Tenctères. Un raid germanique avait capturé des Romains qui traversaient leur territoire et les avait crucifiés. Sachant que les Romains allaient riposter, les tribus traversèrent le Rhin pour entrer en territoire romain où elles repoussèrent une cavalerie romaine envoyée par le gouverneur pour intercepter les envahisseurs. La cavalerie tomba dans une embuscade et fut forcée de battre en retraite, ce qui conduisit les Germains à l'emplacement de l'infanterie romaine.

Au cours de l'escarmouche qui s'ensuivit, les soldats de la V Alaudae se battirent courageusement mais perdirent leur aigle et furent contraints de se retirer. L'aigle serait découvert pendant les guerres daciennes de Trajan (r. de 98 à 117 de notre ère). Lollius battit en retraite et tenta de constituer une force plus importante. Cependant, lorsque les envahisseurs germains apprirent que l'armée romaine d'Auguste battait en retraite, ils se retirèrent de l'autre côté du Rhin avec le butin qu'ils avaient accumulé. Un accord de paix fut bientôt conclu. La carrière militaire de Lollius fut ruinée en raison de sa mauvaise conduite. Suétone relate l'incident:

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Il [Auguste] ne subit que deux lourdes défaites, toutes deux en Allemagne, les généraux concernés étant Lollius et Varus. La défaite de Lollius fut plus ignominieuse que stratégique, mais celle de Varus faillit anéantir l'empire... (54)

La défaite et la déroute de l'infanterie de Lollius ne restèrent pas sans commentaire de la part de l'historien Tacite (c. 56 - c. 118 de notre ère). Dans ses Annales de la Rome impériale, il décrit la période qui suivit la mort des assassins de César. "Après cela, il y eut certes une paix, mais une paix tachée de sang. En effet, les désastres de Marcus Lollius et de Publius Quinctilius Varus ont suivi..." (38) Le désastre de Lollius était une indication des problèmes potentiels sur la frontière rhénane.

Reenactors of Legio V Alaudae
reconstitution historique de la Legio V Alaudae
Legiunea V Alaudae (Copyright)

La mutinerie

Malgré la perte de son aigle et la honte qui en découla, la légion resta active. En 6 de notre ère, elle participa, aux côtés de onze autres légions, à la force de Tibère (r. de 14 à 37 de notre ère) rassemblée pour combattre les Marcomans, mais l'assaut fut interrompu en raison de la révolte pannonienne. La prochaine rencontre de la légion ne se fit pas contre un ennemi de l'empire, mais contre le gouvernement romain. En 14 de notre ère, après la mort d'Auguste, la V Alaudae, la XXI Rapax et la I Germanica se mutinèrent, invoquant de mauvaises conditions de service, en particulier la solde. Agissant au nom de Rome, Germanicus, beau-fils de l'empereur romain Tibère, négocia avec les mutins et parvint à satisfaire certaines de leurs exigences. Tacite écrit:

Les soldats virent que ces concessions avaient été improvisées à la hâte et exigèrent leur mise en œuvre immédiate. ...] Les paiements en espèces furent toutefois retardés jusqu'à ce que les troupes n'atteignent leurs quartiers d'hiver. Deux brigades, la cinquième et la vingt-et-unième, refusèrent de quitter leurs quartiers d'été tant que la totalité de la somme n'aurait pas été payée. (54)

Les légions V Alaudae et XXI Rapax ne purent être apaisées. Tacite ajoute:

Ce [paiement] soulagea la crise immédiate. Mais l'attitude truculente des cinquième et vingt-et-unième brigades qui hivernaient à Vetera, à soixante milles de là, posait encore un problème tout aussi grave. Ce sont elles qui ont déclenché la mutinerie et commis les pires atrocités. Aujourd'hui, elles sont plus furieuses que jamais, sans se laisser décourager par le châtiment et la contrition de leurs compagnons d'armes... (58)

Germanicus attendait avec des contre-mesures contre les mutins et menaça même d'exécuter les mutins si le commandant Aulus Caecina ne les punissait pas. Avec une force de légionnaires loyaux, Caecina entra dans les tentes des mutins et tua les contrevenants. Germanicus qualifia la solution du commandant de catastrophe et ordonna l'incinération des corps. Plus tard, en 15 de notre ère, la légion put se racheter en se joignant aux I Germanica, XX et XXI Rapax sous le commandement de Caecina lors de la bataille des Longs Ponts contre les Germains. "La cinquième brigade fut choisie pour le flanc droit, et la vingt-et-unième pour le flanc gauche; la première devait être l'avant-garde, et la vingtième devait retenir les poursuivants" (Tacite, 69). C'est à la suite de cette bataille que l'I Germanica prit son nom.

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Campagnes germaniques

La légion participa aux campagnes de Germanicus en Allemagne ainsi qu'à la bataille de Lucius Apronius contre les Frisons en 28 de notre ère, alors que les forces romaines étaient battues et désorganisées. Le commandant de la cinquième légion, Cethegus Labeo, trouvait la position de sa légion critique. Dans ses Annales, Tacite décrit la bravoure de la Cinquième légion au combat: "Les soldats de la cinquième légion se sont élancés, ont repoussé l'ennemi dans un combat acharné et ont sauvé nos cohortes et notre cavalerie, qui étaient épuisées par leurs blessures". (73) Finalement, les légions romaines parvinrent à repousser les Germains.

Restées stationnées à Vetera (Xanten, Allemagne), on ne sait pas grand-chose des activités de la légion jusqu'en 69 de notre ère, l'année des quatre empereurs. De nombreux membres de la légion hésitèrent à prêter allégeance au nouvel empereur Lucius Galba (r. de 68 à 69 de notre ère), soutenant plutôt le gouverneur de Germanie inférieure, Vitellius. Une ou plusieurs cohortes de la légion rejoignirent Vitellius dans sa bataille contre le successeur de Galba, Marcus Othon, lors de la bataille de Bedriacum. Le reste de la légion, avec la XVe Primogénie, resta à Vetera sous les ordres de Munius Lupercus et combattit la cavalerie bavaroise rebelle sous la direction de Civilis. Les deux légions réussirent à résister à la révolte batave pendant plus d'un an.

Map of the Rhine frontier of the Roman empire, 70AD
Carte de la frontière rhénane de l'empire romain, 70 après J.-C.
Hans Erren (CC BY-SA)

Finalement, Civilis se lança dans un siège de famine. Après avoir épuisé leurs réserves et réalisé qu'ils étaient seuls dans la bataille, les 4 000 légionnaires se rendirent, laissant derrière eux leurs armures et leurs armes romaines. Après s'être éloignés de 8 km de la forteresse, les Germains encerclèrent les légionnaires désarmés et les massacrèrent. Seuls 1 000 légionnaires parvinrent à rentrer dans la forteresse. Civilis mit le feu à la forteresse et tous ceux qui s'y trouvaient périrent. Dando-Collins écrit que Civilis captura toutes les bases romaines sur le Rhin, accomplissant ainsi son vœu: délivrer son peuple de l'emprise romaine.

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Anéantissement

Après le désastre de Vetera, le sort de la V Alaudae n'est pas clair. Nigel Pollard affirme que la légion aurait pu être dissoute en même temps que la I Germanica et la XV Primigenia. Cependant, Dando-Collins écrit que la légion aurait été transférée dans les Balkans par l'empereur Vespasien (r. de 69 à 79 de notre ère). En 86 de notre ère, le nouveau roi de Dacie, Décébale, envahit la province romaine de Moésie. Le gouverneur de la province, Oppius Sabinus, accompagné du V Macedonica, marcha sans succès contre les Daces. Le gouverneur subit de lourdes pertes, ce qui obligea la légion à battre en retraite. En réaction à cette défaite, l'empereur Domitien (r. de 81 à 96 de notre ère) passa à l'offensive. Les légions des guerres daces, dirigées par le préfet de la garde prétorienne Cornelius Fuscus, traversèrent le Danube et furent immédiatement attaquées par Décébale. Bien que les sources divergent, la V Alaudae aurait été anéantie au cours de l'assaut et n'aurait jamais été reformée.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Donald L. Wasson
Donald a enseigné l’histoire antique et médiévale ainsi que l’histoire des États-Unis à Lincoln College (Illinois). Éternel étudiant d’histoire depuis qu’il a découvert Alexandre le Grand, il met toute son énergie à transmettre son savoir à ses étudiants.

Citer cette ressource

Style APA

Wasson, D. L. (2021, juin 14). Legio V Alaudae [Legio V Alaudae]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19772/legio-v-alaudae/

Style Chicago

Wasson, Donald L.. "Legio V Alaudae." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le juin 14, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19772/legio-v-alaudae/.

Style MLA

Wasson, Donald L.. "Legio V Alaudae." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 14 juin 2021. Web. 13 avril 2024.

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