Legio XXI Rapax

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Définition

Donald L. Wasson
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 28 septembre 2021
Disponible dans ces autres langues: anglais
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Legio XXI Rapax Soldiers (by Tomasz Przywecki, CC BY-NC-ND)
Soldats de la Legio XXI Rapax
Tomasz Przywecki (CC BY-NC-ND)

La Legio XXI Rapax était une légion de l'armée romaine dont le nom "Rapax" signifie "rapace" ou "avide". On ne sait pas exactement quand la légion prit ce nom; il peut s'agir ou non de la 21e légion que Jules César (100-44 av. J.-C.) avait formée avant sa guerre des Gaules ou de la 21e commandée par Marc-Antoine (83-30 av. J.-C.). L'empereur romain Auguste (27 av. J.-C. - 14 ap. J.-C.) forma également la 21e légion.

Dans ses Histoires, l'historien romain Tacite (c. 56 - c. 118 de notre ère), qui aurait commandé la legio Rapax de 89 à 92 de notre ère, la qualifia de "corps de renommée ancienne et distinguée" (II. 43). (II. 43) Hormis sa participation à une mutinerie en 14 de notre ère, la Legio XXI Rapax servit avec distinction à la première bataille de Bedriacum, à la bataille de Rigodulum pendant la révolte des Bataves et à Vetera (vieux camp) avant d'être massacrée par les Sarmates en Dacie en 92 de notre ère.

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Formation de la légion

Les premières légions étaient identifiées par un numéro et non par un nom. Ainsi, la légion de César et d'Octave peut ou non avoir été la légion qui fut plus tard connue sous le nom de XXI Rapax. Certains éléments indiquent qu'Octave maintint en poste une 21e légion qui servit avec lui lors de la bataille d'Actium contre Antoine et Cléopâtre en 31 avant notre ère, et il existe des preuves qu'il forma ensuite une 21e légion pour sa conquête des Alpes et les campagnes cantabriques en Hispanie (27-19 avant notre ère).

Avant que la XXIe Rapax ne serve sous les ordres de Germanicus, elle a été l'instigatrice d'une mutinerie.

Après 15 avant notre ère, la 21e fut stationnée en Rhétie, sur le Danube. En l'an 6 de notre ère, elle se préparait à participer à la campagne du commandant romain et futur empereur Tibère (r. de 14 à 37 de notre ère) contre les Marcomans à laquelle il renonça. Après que Publius Quinctilius Varus eut perdu trois légions lors de la bataille de Teutoburg en 9 de notre ère, la Legio XXI Rapax fut transférée sur le Rhin inférieur à Vetera (aujourd'hui Xanten), partageant la forteresse avec la Legio V Alaudae. Après avoir participé à la répression de la révolte pannonienne, la 21e prit part à la campagne de Germanicus contre les Chattes en 14 de notre ère.

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Mutinerie

Cependant, plus tôt en 14 de notre ère, avant que la XXIe Rapax ne serve sous les ordres de Germanicus, elle fut l'instigatrice d'une mutinerie, invoquant de mauvaises conditions, surtout en ce qui concernait la solde et les conditions de service. Comme les autres légions de la frontière rhénane, la XXIe Rapax était mécontente de voir Tibère succéder à Auguste et soutenait plutôt Germanicus qui se trouvait alors en Gaule. Les légions avaient prêté serment d'allégeance à Auguste, et non à l'État romain; un nouvel empereur était donc le moment idéal pour une augmentation de la solde. Lorsque Drusus, le fils de Tibère, ne parvint pas à pacifier les légions, il fit appel à son fils adoptif, Germanicus. Dans ses Annales , Tacite décrit les préoccupations initiales des légions lors de la mutinerie:

... Presque dans le même temps et pour les mêmes raisons, les légions de Germanie s'agitèrent plus violemment encore, étant en plus grand nombre. Elles espéraient d'ailleurs que Germanicus ne pourrait souffrir un maître, et qu'il se donnerait à des légions assez fortes pour entraîner tout l'empire. (Annales I. 31)

Head of Germanicus
Tête de Germanicus
Carole Raddato (CC BY-SA)

Les légions du Rhin inférieur, qui comprenaient V Alaudae et XXI Rapax, servaient sous le commandement d'Aulus Caecina. Ces deux légions furent les principaux responsables de la mutinerie. Tacite note que les légions du Rhin supérieur, "l'esprit en suspens", observèrent la mutinerie depuis l'extérieur, mais "...Celles de l'armée inférieure s'y jetèrent avec rage. Le mal commença par la vingt et unième et la cinquième, qui entraînèrent la vingtième et la première." (Annales I. 31). Dès son arrivée, Germanicus parvint à apaiser les revendications de plusieurs légions mutinées. Tacite raconte que les instigateurs rejetèrent toutes les concessions :

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Le calme rétabli de ce côté, restait un autre péril, aussi grand que le premier, dans l'obstination de la cinquième et de la vingt et unième légions, en quartier d'hiver à soixante milles de distance, au lieu nommé Vétéra. C'était par elles qu'avait commencé la révolte, par leurs mains qu'avaient été commis les plus coupables excès. Ni l'effrayante punition ni le mémorable repentir de leurs compagnons ne désarmaient leur colère. (Annales I. 45)

Bien que les légions mutinées aient écouté Germanicus et compris que ces concessions avaient été improvisées à la hâte, elles exigèrent tout de même leur mise en œuvre immédiate. Les paiements en espèces furent toutefois retardés jusqu'à ce que les troupes n'atteignent leurs quartiers d'hiver. Si la plupart des légions comprirent, ce n'était pas le cas des légionnaires de la cinquième et de la vingt-et-unième qui refusèrent de quitter leurs quartiers tant que la totalité de la somme n'avait pas été versée. Finalement, Germanicus lança un ultimatum à Caecina: exécuter les principaux mutins ou recourir à un massacre. Caecina s'exécuta. Avec une force de légionnaires fidèles, Caecina pénétra dans les tentes des mutins et tua les contrevenants. Germanicus qualifia la solution du commandant de catastrophe et ordonna l'incinération des corps.

Campagne de Germanicus

Les XXIe Rapax et V Alaudae PURENT se racheter auprès de Germanicus lors de sa campagne de Germanie. Les Germains avaient profité des dissensions entre les légions, mais le commandant romain réveilla ses légions, traversa le Rhin et marcha contre eux. Il organisa ses légions avec les 21e et 5e au centre et à droite:

Une partie de la cavalerie et les cohortes auxiliaires formaient l'avant-garde ; venait ensuite la première légion ; au centre étaient les bagages ; la vingt et unième légion occupait le flanc gauche, la cinquième le flanc droit ; la vingtième protégeait les derrières, suivie du reste des alliés. (Annales I. 51)

Les Germains ne firent pas le poids face à l'efficacité de l'armée romaine. "Les courages s'enflamment : l'ennemi, enfoncé d'un choc, est rejeté dans la plaine et taillé en pièces.". (I. 51)

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Bataille de Pontes Longi

À la fin de la campagne victorieuse de Germanicus, alors que le commandant revenait avec la flotte, Caecina reçut l'ordre de retourner au Rhin en empruntant une route étroite au milieu d'un vaste marécage, une région occupée par des tribus germaniques. À la tête de quatre légions, Legio I Germanica, Legio V Alaudae, Legio XX Valeria Victrix et Legio XXI Rapax, Caecina les entraîna très vite dans une bataille presque fatale. À la bataille de Pontes Longi, ils firent face aux Chérusques sous le commandement d'Arminius qui avait dirigé les forces germaniques contre les Romains à Teutoburg. Selon Tacite, Caecina était intrépide et avait préparé ses légions à toute éventualité. Il écrit : "Il choisit la cinquième légion pour former la droite ; il donne la gauche à la vingt et unième ; la première devait conduire la marche, et la vingtième la protéger par derrière. " (Annales I. 64). Ayant été construits des décennies plus tôt, les ponts qu'ils devaient emprunter étaient vieux et en mauvais état. Alors que les légions établissaient leur camp et se préparaient à les reconstruire, les Allemands profitèrent de l'occasion pour attaquer. Les légions furent obligées de défendre leur camp de façon inattendue.

Battle of the Long Bridges
Bataille de Pontes Longi
Ferdinand Leeke (CC BY-NC-SA)

La nuit apporta un peu de paix aux Romains, mais à l'aube, les Germains renouvelèrent leur attaque sur le camp romain. Le chaos s'ensuivit, mais Caecina parvint à rallier ses hommes. Bien que les Germains se soient battus avec acharnement "... bientôt un cri part, on s'élance et l'on enveloppe les Germains par derrière, en leur demandant où sont à présent leurs marais et leurs bois ..." (Annales I. 68). Tandis que les chefs s'enfuyaient, leurs partisans étaient massacrés. L'historien Stephen Dando-Collins écrit dans son ouvrage Legions of Rome : "Lorsque les quatre légions de Caecina atteignirent finalement le Rhin, ensanglantées, sales, affamées et épuisées, elles arrivèrent sans leurs bagages et en portant des camarades gravement blessés sur des brancards improvisés à la hâte" (265).

L'année des quatre empereurs

Lors de la première bataille de Bedriacum, XXI Rapax et Legio I Adiutrix s'affrontèrent.

La légion resta à Vetera (Xanten, Allemagne) jusqu'en 43 de notre ère, date à laquelle elle fut transférée à Vindonissa (Windisch, Suisse). Là, avec V Alaudae, I Germanica et XX Valeria Victrix, elle réprima une rébellion menée par les Turones et les Trévires en Gaule. Avec l'invasion de la Grande-Bretagne prévue par l'empereur Claude (r. de 41 à 54 de notre ère), la 21e fut transférée en Germania Superior (Allemagne supérieure), remplaçant la Legio X Gemina. Elle ne participa finalement pas à l'invasion, mais elle fournit plus tard 2 000 légionnaires, remplaçant les hommes de la Legio IX Hispana perdus lors de la révolte de Bodicéa en 60-61 de notre ère.

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Bien qu'il lui manquât quatre cohortes, pendant l'année des quatre empereurs (69 de notre ère), la légion, avec les cohortes de I Germanica, IV Macedonica, V Alaudae et XV Primigenia, se rangea du côté du gouverneur de Germania Inferior (Germanie inférieure), Vitellius. Les légions marchèrent contre l'empereur Othon (r. 69 de notre ère) lors de la première bataille de Bedriacum. Au cours de la bataille, la XXIe Rapax et la Legio I Adiutrix s'affrontèrent. Tacite et l'historien grec Plutarque (v. 45-50 - v. 120-125 de notre ère) ont tous deux évoqué la rencontre entre les deux légions. Racontant la capture de l'aigle de la 21e légion par la 1re légion, Tacite parle de la 1re légion comme d'une légion pleine d'entrain et d'ardeur, et ajoute :

C'était du côté de Vitellius la vingt et unième appelée Rapax, dès longtemps signalée par ses exploits, et du côté d'Othon la première Adjutrix, n'ayant jamais paru en bataille rangée, mais pleine d'ardeur, et pour qui la gloire avait tout l'attrait de la nouveauté. Celle-ci culbute les premiers rangs de la vingt et unième et lui enlève son aigle. La vingt et unième, outrée de cet affront, repousse à son tour la première, tue Orphidius Bénignus son commandant, et lui prend beaucoup d'enseignes et de drapeaux. (Histoires II. 43)

Plusieurs décennies après la bataille, Plutarque relate la rencontre entre les deux légions dans sa biographie d'Othon. Critique à l'égard des Rapax, il considère que les hommes de la légion étaient vieux et n'avaient plus la force de se battre.

Il n'y eut que deux légions, l'une de Vitellius, appelée la Rapax, l'autre d'Othon, nommée la Adjutrix, qui, se dégageant de ces défilés, et se déployant dans une plaine nue et découverte, livrèrent un véritable combat, et se battirent fort longtemps.Les soldats d'Othon étaient pleins de force et de courage; mais ils faisaient ce jour-là leur essai de la guerre : ceux de Vitellius, depuis longtemps aguerris, étaient affaiblis par l'âge et par les fatigues. Les troupes d'Othon les ayant donc chargés avec impétuosité, les enfoncèrent, leur enlevèrent l'aigle de la légion. (Vies, 1179-80)

Comme les autres légions, la Rapax n'eut pas la même chance lors de la deuxième bataille de Bedriacum, perdant face aux forces de Vespasien (r. de 69 à 79 de notre ère). Comme les autres légions du côté des perdants, la XXIe Rapax fut transférée en Illyricum, avant d'être rappelée pour aider à réprimer la révolte des Bataves de Julius Civilis en 69-70 de notre ère. XXI Rapax combattit avec succès contre Civilis et ses alliés à Rigodulum, Augusta Treverorum (Trier) et Vetera. La légion fut ensuite envoyée à Bonna (Bonn) en Germania Inferior (Basse Allemagne), remplaçant I Germanica. Là, les Rapax reçurent de nouvelles recrues, qui remplacèrent celles perdues au profit de la IX Hispana une dizaine d'années plus tôt. La légion retourna en Germanie supérieure pour participer à la campagne de l'empereur Domitien (r. de 81 à 96 de notre ère) contre les Chattes en 83 de notre ère. Basée à Moguntiacum (Mayence) avec la Legio XIV Gemina, XXI Rapax, ainsi que XIII Augusta et XI Claudia, soutint la rébellion ratée de Lucius Antonius Saturninus en 89 de notre ère contre l'empereur Domitien. Par la suite, l'empereur déclara que jamais plus deux légions n'occuperaient la même base.

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Legio XXI Rapax
Legio XXI Rapax
Haselburg-müller (CC BY-SA)

Le massacre

Peu après son arrivée au pouvoir, Domitien mena une campagne victorieuse contre les Chattes, ce qui lui valut le titre de Germanicus. Plus tard, la campagne de l'empereur en Dacie lui valut le mépris et non la gloire. C'est au cours de la campagne de Domitien contre les Sarmates, en 92 de notre ère, que la XXIe Rapax fut massacrée. Impopulaire et vaniteux, Domitien était toujours en quête de reconnaissance pour ses succès militaires, et la perte d'une légion n'aurait pas entravé sa quête de célébrité. Suétone, dans ses Douze Césars , écrit:

...Parmi ses expéditions militaires, il y en eut qu'il entreprit de son plein gré, par exemple, la guerre des Chattes. D'autres furent faites par nécessité, comme celle des Sarmates, qui avaient taillé en pièces une légion et un de ses lieutenants ... Après divers combats contre les Chattes et les Daces, l'empereur célébra un double triomphe. Mais, en commémoration de sa victoire sur les Sarmates, il se borna à déposer un laurier dans le temple de Jupiter Capitolin. (299)

Certains pensent que les Rapax ne furent pas massacrés, mais qu'ils se rendirent et furent enchaînés pour servir d'esclaves ou qu'ils furent dissous après la révolte de Saturninus. Quoi qu'il en soit, la légion connut une fin désastreuse après avoir servi l'Empire romain avec distinction.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Donald L. Wasson
Donald a enseigné l’histoire antique et médiévale ainsi que l’histoire des États-Unis à Lincoln College (Illinois). Éternel étudiant d’histoire depuis qu’il a découvert Alexandre le Grand, il met toute son énergie à transmettre son savoir à ses étudiants.

Citer cette ressource

Style APA

Wasson, D. L. (2021, septembre 28). Legio XXI Rapax [Legio XXI Rapax]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20085/legio-xxi-rapax/

Style Chicago

Wasson, Donald L.. "Legio XXI Rapax." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le septembre 28, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20085/legio-xxi-rapax/.

Style MLA

Wasson, Donald L.. "Legio XXI Rapax." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 28 sept. 2021. Web. 19 juil. 2024.

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