Ancienne Argos

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 28 octobre 2019
Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol
X
Theatre of Argos (by Mark Cartwright, CC BY-NC-SA)
Théâtre d'Argos
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

L'ancienne Argos, située dans le Péloponnèse en Grèce, était une importante colonie mycénienne à la fin de l'âge du bronze (1700-1100 av. J.-C.) et resta importante pendant les périodes grecque, hellénistique et romaine jusqu'à sa destruction par les Wisigoths en 395 de notre ère. L'exemple le mieux préservé de l'architecture antique du site est le théâtre, autrefois le plus grand de Grèce, et les vestiges des thermes romains du IIe siècle de notre ère.

Période de l'âge du bronze

Argos est située à l'ouest de la plaine fertile de l'Argolide, dans l'est du Péloponnèse, en Grèce. Cette plaine, d'une superficie d'environ 250 kilomètres carrés, était bien arrosée grâce aux rivières qui descendaient des montagnes occidentales voisines. Le fleuve Charadros (aujourd'hui appelé Xerias) longeait Argos de part et d'autre. Le site a été habité depuis la préhistoire (3000 avant notre ère) jusqu'à nos jours. L'ancienne Argos fut construite à la fin de l'âge du bronze sur deux collines: Aspis et Larissa, respectivement de 80 m et 289 m de hauteur. Elle prospéra en tant que centre mycénien, mais était à l'époque plus petite que ses voisines Mycènes et Tiryns. Un cimetière, qui comprend des tholos (tombes à chambre), date de cette période, et la ville semble avoir été à son apogée à l'âge du bronze aux 14e et 13e siècles avant notre ère.

Supprimer la pub
Publicité

La ville atteignit peut-être son apogée au VIIe siècle avant notre ère, sous le règne du roi Phéidon d'Argos.

Période archaïque

Dans la mythologie grecque antique, la ville tire son nom d'Argos (alias Argus), le fils de Zeus et de Niobé qui régnait en tant que roi de la ville et qui était célèbre pour ses yeux qui recouvraient sa tête (ou son corps selon certains) auxquels rien ne pouvait échapper. L'Iliade d'Homère raconte qu'Argos est la ville qui envoya des hommes combattre dans la guerre de Troie, qu'elle était gouvernée par Diomède, vassal du roi Agamemnon de Mycènes, et qu'elle était célèbre pour son élevage de chevaux. La ville est également décrite par Homère comme étant particulièrement chère à la déesse Héra, et elle finit par avoir un sanctuaire protecteur à environ 10 km de la ville, sanctuaire qui accueillait un festival annuel très important, les Héraïa, à partir du 7e siècle avant notre ère.

Map of Classical Greece
Carte de la Grèce classique
US Military Academy (Public Domain)

La ville déclina après la chute de la civilisation mycénienne vers 1100 avant notre ère, mais elle resta installée sur la colline de Larissa et dans ses environs pendant ce que l'on appelle l'âge des ténèbres, du 10e au 8e siècle avant notre ère. Argos atteignit peut-être son apogée au VIIe siècle avant notre ère sous le règne de Phéidon d'Argos (alias Phidon), à qui certains auteurs anciens attribuent la conception d'un système standard de mesures et de poids, l'introduction en Grèce continentale d'innovations militaires telles que les tactiques hoplites et les boucliers à double poignée, et le fait d'avoir été le premier souverain à frapper des pièces d'argent (bien que les spécialistes estiment que cette dernière innovation ne fut introduite qu'au VIe siècle avant notre ère). Phéidon est décrié par d'autres, notamment Aristote, pour être devenu un tyran, mais Argos devint la ville la plus puissante de Grèce losrque Phéidon fut victorieux contre Sparte, une position qu'il célébra en présidant les Jeux olympiques. C'est la contribution des hoplites aux armées grecques - environ 7 500, y compris les chevaliers - qui donne une idée de la taille de la population de la ville à cette époque, peut-être environ 12 500 citoyens adultes de sexe masculin. Le gouvernement de la ville passerait par différentes étapes au cours des siècles suivants: démocratie, oligarchie, monarchie et tyrannie à un moment ou à un autre.

Supprimer la pub
Publicité

Du VIIe au Ve siècle avant notre ère, la polis ou cité-État dominait la vallée environnante et devint une rivale de longue date de Sparte pour la domination de l'Argolide. Argos prospéra en grande partie grâce à l'agriculture et à l'élevage. L'essor de la ville s'explique également par un système ancien de location des terres, dont les revenus permettaient de financer les défenses de la ville et les édifices publics, tels que le temple d'Apollon, divinité principale de la ville, et les sanctuaires dédiés à Zeus et à Athéna, entre autres. Néanmoins, Sparte garda toujours le dessus dans la région, acquérant Thyréa vers 545 avant notre ère et remportant une victoire décisive à la bataille de Sépéia vers 494 avant notre ère.

Heraion of Argos, Greece
Héraion d'Argos, Grèce
Carole Raddato (CC BY-SA)

Période classique

Le rôle d'Argos pendant les guerres perses du Ve siècle avant notre ère est ambigu, la ville ayant refusé une invitation à rejoindre la Ligue hellénique des États grecs en 481 avant notre ère et, par la suite, étant restée neutre ou ayant même affiché un sentiment pro-persan. Néanmoins, c'est au cours de cette période, et peut-être en raison des troubles qui agiteaient la Grèce, qu'Argos commença à assimiler les petits États environnants tels que Tiryns, Mycènes et Némée. En 451 avant notre ère, un traité de paix fut signé entre Argos et Sparte; il durerait pendant les 30 années suivantes. La position plus importante d'Argos parmi les cités-États grecques en faisait un candidat idéal pour accueillir les jeux panhelléniques bisannuels, qui se tenaient à l'origine à Némée, d'abord de 415 à 330 avant notre ère, puis définitivement à partir de 271 avant notre ère.

Supprimer la pub
Publicité
L'héritage mythique de la ville conférait à Argos un certain prestige, même à l'époque romaine.

Au Ve siècle avant notre ère, la poétesse Télésille d'Argos, considérée comme l'une des plus grandes poétesses lyriques de la Grèce antique, était une figure célèbre d'Argos. L'historien grec du IIe siècle de notre ère Pausanias attribue même à Télésille le mérite d'avoir armé un groupe de femmes et de les avoir conduites à affronter une force spartiate qui attaquait la ville vers 494 avant notre ère, mais il n'y a aucune preuve de ce fait dans des sources plus contemporaines. Certaines de ses œuvres avaient peut-être un thème martial (seuls de maigres fragments subsistent), et il est possible qu'elles aient inspiré d'autres Argives dans la bataille plutôt que de penser que Télésille n'ait été personnellement impliquée.

Période romaine

Argos resta neutre pendant les guerres de Philippe II de Macédoine (r. de 359 à 336 av. J.-C.), la ville profitant à nouveau des bouleversements politiques pour récupérer Thyréa. Cependant, en 272 avant notre ère, la ville tomba sous la domination de tyrans pro-macédoniens. Argos abandonna alors sa politique isolationniste et devint membre de la Ligue achéenne (vers 281-146 avant notre ère), une confédération de cités-États du nord et du centre du Péloponnèse. La Ligue permettait à ses membres d'utiliser un système judiciaire et une monnaie communs, et de se regrouper en cas de menace militaire. Cela n'empêcha toutefois pas Philippe V de Macédoine (r. de 221 à 179 av. J.-C.) de livrer Argos à Nabis (r. de 207 à 192 av. J.-C.), le tyran spartiate, au cours de la deuxième guerre de Macédoine qui opposa la Macédoine à Rome. Heureusement, les Romains furent victorieux et insistèrent pour que Sparte rende à Argos son statut de membre indépendant de la Ligue achéenne en 196 avant notre ère. Un demi-siècle plus tard, cette indépendance prit fin lorsque Rome prit le contrôle de la Grèce à partir de 146 avant notre ère. Argos passa sous la juridiction du gouverneur de Macédoine et finit par faire partie de la province romaine d'Achaïe. L'héritage mythique de la ville lui conférait toutefois un certain prestige, même à l'époque romaine. L'empereur romain Hadrien (r. de 117 à 138 de notre ère), tout particulièrement, se montra généreux envers la ville, construisant notamment un aqueduc et des thermes.

Acropolis of Argos
Acropole d'Argos
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Argos fut mise à sac par les Wisigoths qui sévissaient dans la région en 395 de notre ère, mais elle continua à être habitée dans l'Antiquité tardive et jusqu'à la période médiévale, avec des ajouts notables, notamment un château au Xe siècle et des murs de fortification doubles construits sur la colline de Larissa, au-dessus de la ville. Le château, d'abord construit par les Francs, fut ensuite complété par les Vénitiens, puis par les Turcs ottomans. L'occupation continue d'Argos et la tendance à détruire et reconstruire au même endroit ont rendu les fouilles archéologiques beaucoup plus problématiques que sur d'autres sites tels que Mycènes et Tiryns, qui avaient été abandonnés.

Supprimer la pub
Publicité

Vestiges archéologiques

Argos a été fouillée principalement par l'École française d'archéologie et les vestiges archéologiques visibles aujourd'hui comprennent des structures mycéniennes, grecques et romaines. On y trouve des tombes mycéniennes (du XIVe au XIIIe siècle av. J.-C.), un odéon pour des représentations théâtrales et musicales (Ve siècle av. J.-C.), le sanctuaire d'Aphrodite (430-420 av. J.-C.), les fondations et les murs de l'agora (Ve siècle av. J.-C.) ainsi qu'une grande stoa ou enceinte à colonnades. L'impressionnant théâtre date du 4e-3e siècle avant notre ère, mais comporte des modifications du 2e-4e siècle de notre ère. Particulièrement bien conservé, il comprend 81 rangées de sièges, ce qui lui aurait donné une capacité de 20 000 spectateurs, la plus grande de tous les théâtres grecs. On trouve également des ruines de thermes romains (IIe siècle de notre ère) et, autour de la ville, des parties de l'ancienne citadelle cyclopéenne (intégrée aux fortifications médiévales de la colline de Larissa).

Kouroi by Polymedes
Kouros de Polymédès
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Plusieurs objets importants ont été trouvés sur le site, notamment des figurines en terre cuite (XIIIe siècle av. J.-C.), de nombreux exemples superbes de poterie de style géométrique (IXe-VIIIe siècle av. J.-C.) trouvés dans des tombes, plusieurs figures en marbre de la sculpture romaine et deux sols en mosaïque du IVe-Ve siècle de notre ère représentant Dionysos sur l'un et les mois de l'année sur l'autre. Cette dernière mosaïque présente des personnages tenant des objets représentant un mois particulier, comme un agneau pour le mois d'avril et du blé pour le mois de juin. Une découverte exceptionnelle a été faite dans une tombe de la fin du VIIIe ou du début du VIIe siècle av. J.-C.: un plastron en bronze et un casque à crête avec des plaques pour les joues. La plupart de ces objets sont aujourd'hui conservés au musée archéologique d'Argos.

On trouve des exemples de la production artistique d'Argos dans toute la Méditerranée. Argos était le lieu de résidence de l'un des plus célèbres sculpteurs de la Grèce antique, Polyclète, actif dans la seconde moitié du Ve siècle av. J.-C. Outre la création de grandes sculptures en bronze telles que le Doryphore (porte-lance), qui fut largement copié à l'époque hellénistique et romaine (au moins 50 copies subsistent aujourd'hui, la plus belle se trouvant peut-être à Naples), il fut également l'auteur d'un traité, le Kanon, sur les techniques de sculpture, dans lequel il souligne l'importance de proportions correctes. Un autre sculpteur célèbre d'Argos, Polymédès, créa les deux kouroi (kouros) grandeur nature de Cléobis et Biton. Exemples remarquables de la sculpture grecque archaïque, ils furent créés vers 580 avant notre ère et dédiés à Delphes, où ils sont toujours conservés dans le musée du site archéologique.

Supprimer la pub
Publicité

Supprimer la pub
Publicité

Bibliographie

World History Encyclopedia est un associé d'Amazon et perçoit une commission sur les achats de livres sélectionnés.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2019, octobre 28). Ancienne Argos [Ancient Argos]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-694/ancienne-argos/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Ancienne Argos." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le octobre 28, 2019. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-694/ancienne-argos/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Ancienne Argos." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 28 oct. 2019. Web. 12 juin 2024.

Adhésion