Science et Technologie en Égypte ancienne

Article

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 09 novembre 2016
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Disponible dans ces autres langues: anglais

Les grands temples et monuments de l'Égypte ancienne continuent de fasciner et d'émerveiller les gens de nos jours. La taille et l'ampleur de structures telles que la grande pyramide de Gizeh, le temple d'Amon à Karnak ou les colosses de Memnon sont littéralement impressionnantes et suscitent naturellement des questions sur la façon dont elles furent construites. Dans tout le paysage égyptien s'élèvent d'immenses structures, vieilles de plusieurs milliers d'années, qui ont donné lieu à de nombreuses théories quant à leur construction. Bien qu'un certain nombre de questions très importantes restent sans réponse, l'explication la plus simple se trouve dans les inscriptions, les textes, les peintures murales, les inscriptions dans les tombes, l'art et les objets de l'Égypte ancienne : les Égyptiens anciens avaient une maîtrise extraordinaire de la science et de la technologie.

Outre les monuments antiques et les grands temples, les Égyptiens de l'antiqué inventèrent un certain nombre d'objets que l'on considère comme allant de soi de nos jours. Le papier et l'encre, les cosmétiques, la brosse à dents et le dentifrice, et même l'ancêtre de la menthe moderne; tous furent inventés par les Égyptiens. En outre, ils firent également des progrès dans presque tous les domaines du savoir, de la fabrication de simples articles ménagers au brassage de la bière, en passant par l'ingénierie et la construction, l'agriculture et l'architecture, la médecine, l'astronomie, l'art et la littérature. Bien qu'ils n'aient pas maîtrisé la roue avant l'arrivée des Hyksos au cours de la deuxième période intermédiaire de l'Égypte (c. 1782 - c. 1570 avant J.-C.), leurs compétences technologiques sont évidentes dès la période prédynastique (c. 6000 - c. 3150 av. J.-C.) dans la construction des tombes mastaba, des œuvres d'art et des outils. Au fur et à mesure que la civilisation progressait, ses connaissances et ses compétences augmentaient, jusqu'à ce que, à l'époque de la dynastie ptolémaïque (323-30 av. J.-C.), la dernière à régner sur l'Égypte avant son annexion par Rome, elle ait créé l'une des cultures les plus impressionnantes du monde antique.

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Articles ménagers

Le simple miroir à main que l'on trouve si couramment de nos jours a été créé par les Égyptiens. Ils étaient souvent décorés d'inscriptions et de figures, comme celle du dieu protecteur Bès, et étaient possédés par les hommes comme par les femmes. Les miroirs muraux plus ornés faisaient également partie des maisons des classes moyennes et supérieures et étaient également décorés. Les Égyptiens de l'Antiquité étaient très conscients de l'image qu'ils donnaient d'eux-mêmes et l'hygiène et l'apparence personnelles étaient une valeur importante.

Les brosses à dents et le dentifrice ont été inventés à cause des gravillons et du sable qui se retrouvaient dans le pain et les légumes des repas quotidiens. L'image présentée de nos jours par l'art et les films d'Égyptiens aux dents exceptionnellement blanches est trompeuse ; les problèmes dentaires étaient courants dans l'Égypte ancienne, et rares étaient ceux qui avaient un sourire entièrement blanc. La dentisterie se développa pour faire face à ces difficultés mais ne semble pas avoir progressé au même rythme que les autres domaines de la médecine. S'il semble que les médecins étaient assez performants dans leurs techniques, les dentistes l'étaient moins. Pour ne citer qu'un exemple, la reine Hatchepsout (1479-1458 av. J.-C.) mourut d'un abcès après une extraction dentaire.

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Ancient Egyptian Mirror
Miroir égyptien ancien
The Trustees of the British Museum (Copyright)

Le dentifrice était composé de sel gemme, de menthe, de pétales d'iris séchés et de poivre, selon une recette datant du IVe siècle de notre ère, que les dentistes de 2003 ont essayée et trouvée assez efficace (même si elle faisait saigner leurs gencives). Une autre recette plus ancienne proposait des sabots de bœuf broyés et des cendres qui, mélangés à la salive, formaient une pâte nettoyante pour les dents. Comme cette recette, dépourvue de menthe, n'avait aucun effet sur l'haleine, des comprimés furent créés à partir d'épices comme la cannelle et l'encens, chauffés dans un mélange de miel, qui devinrent les premières pastilles pour l'haleine au monde.

L'ornementation des meubles, bien qu'apparue d'abord en Mésopotamie, edevint plus élaborée en Égypte et plus raffinée au fil du temps. Les Égyptiens mirent également au point différentes couleurs d'encre et différents grammages de papier en inventant la peinture solide et en transformant la plante de papyrus. Les petits tapis que l'on trouve dans les maisons du monde entier furent également inventés ou perfectionnés en Égypte (fabriqués à partir de la même plante de papyrus), tout comme les bibelots en forme de chats, de chiens, de personnes et de dieux. De petites statues de dieux tels qu'Isis, Bès, Horus, Hathor, entre autres, ont été trouvées dans des sanctuaires domestiques, car les gens adoraient leurs dieux à la maison plus souvent que lors des fêtes dans les temples. Ces statues étaient faites de matériaux allant de la boue séchée au soleil à l'or, selon la richesse personnelle de chacun.

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Ingénierie et construction

Les grands temples de l'Égypte ancienne sont nés de la même compétence technologique que celle que l'on observe à la petite échelle des articles ménagers. La valeur centrale observée dans la création de n'importe lequel de ces biens ou structures était une attention particulière aux détails. Les Égyptiens sont connus dans de nombreux aspects de leur culture comme une société très conservatrice, et cette adhésion à une certaine façon d'accomplir les tâches est clairement visible dans la construction des pyramides et d'autres monuments. La création d'un obélisque, par exemple, semble avoir toujours impliqué la même procédure exécutée exactement de la même manière. L'extraction et le transport des obélisques sont bien documentés (alors que la façon dont les immenses monuments étaient élevés ne l'est pas) et montrent un respect strict d'une procédure standard.

Egyptian Obelisks, Karnak
Obélisques égyptiens, Karnak
Dennis Jarvis (CC BY-SA)

La pyramide à degrés de Djéser fut construite selon les préceptes du vizir Imhotep (c. 2667-2600 av. J.-C.), et lorsque Snéfrou s'écarta de ses plans pendant l'Ancien Empire (vers 2613- vers 2181 av. J.-C.), le résultat fut la pyramide dite "effondrée" de Meïdoum. Snéfrou revint aux plans d'ingénierie originaux d'Imhotep pour ses projets suivants et put créer sa pyramide rhomboïdale et sa pyramide rouge à Dahchour, faisant progresser l'art de la construction des pyramides incarné par la Grande Pyramide de Gizeh.

L'habileté technologique requise pour construire la Grande Pyramide mystifie encore aujourd'hui les chercheurs. Les égyptologues Bob Brier et Hoyt Hobbs s'expriment à ce sujet :

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En raison de leur taille immense, la construction des pyramides posait des problèmes particuliers d'organisation et d'ingénierie. La construction de la Grande Pyramide du pharaon Khéops, par exemple, exigea que plus de deux millions de blocs pesant de deux à plus de soixante tonnes soient façonnés en une structure couvrant deux terrains de football et s'élevant en une forme pyramidale parfaite de 480 pieds dans le ciel. Sa construction nécessita l'intervention d'un très grand nombre d'ouvriers, ce qui posa des problèmes logistiques complexes en matière de nourriture, de logement et d'organisation. Des millions de blocs de pierre lourds devaient non seulement être extraits et élevés à de grandes hauteurs, mais aussi être assemblés avec précision afin de créer la forme désirée. (217)

Pour ce faire, le vizir déléguait des responsabilités à des subordonnés qui, à leur tour, déléguaient des tâches à d'autres. La bureaucratie de l'Ancien Empire d'Égypte établit un modèle pour le reste de l'histoire du pays en rendant compte de chaque aspect d'un projet de construction et en s'assurant que chaque étape se déroule conformément au plan. Plus tard dans l'Ancien Empire, Ouni, connu sous le nom de gouverneur du Sud, laissa une inscription détaillant comment il se rendit à Éléphantine pour trouver du granit pour une fausse porte de pyramide et creusa cinq canaux pour les remorqueurs afin d'apporter des fournitures pour la poursuite de la construction (Lewis, 33). Des documents tels que celui de Ouni montrent l'immense quantité d'efforts nécessaires à la construction des monuments que l'on trouve en Égypte aujourd'hui. Il existe de nombreuses inscriptions relatives aux fournitures et aux difficultés de construction des pyramides de Gizeh, mais aucune explication définitive des moyens pratiques par lesquels elles furent construites.

La théorie la plus populaire implique des rampes qui furent construites au fur et à mesure de l'élévation de la pyramide, mais cette théorie est en fait indéfendable, comme le notent Brier et Hobbs :

Le problème est d'ordre physique. Plus l'angle d'une pente est prononcé, plus l'effort nécessaire pour déplacer un objet sur cette pente est important. Ainsi, pour qu'un nombre relativement restreint d'hommes, disons une dizaine, puisse traîner une charge de deux tonnes sur une rampe, l'angle de celle-ci ne peut être supérieur à environ huit pour cent. La géométrie nous dit que pour atteindre une hauteur de 480 pieds, un plan incliné dont l'angle serait de 8 % devrait commencer à près d'un mile de son arrivée. Il a été calculé que la construction d'une rampe d'un kilomètre de long aussi haute que la Grande Pyramide nécessiterait autant de matériaux que la pyramide elle-même - les ouvriers auraient dû construire l'équivalent de deux pyramides en vingt ans. (221)

Une modification de la théorie de la rampe a été proposée par l'architecte français Jean-Pierre Houdin qui affirme que des rampes étaient utilisées mais à l'intérieur de la pyramide, et non à l'extérieur. Les rampes peuvent avoir été utilisées à l'extérieur dans les premières étapes de la construction, mais furent ensuite déplacées à l'intérieur. Les pierres extraites des carrières furent ensuite amenées par l'entrée et déplacées le long des rampes jusqu'à leur position. Selon Houdin, cela expliquerait les puits que l'on trouve à l'intérieur de la pyramide. Cette théorie, cependant, ne tient pas compte du poids des pierres ni du nombre d'ouvriers sur la rampe nécessaire pour les déplacer sur un angle à l'intérieur de la pyramide.

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The Pyramids, Giza, Egypt
Les Pyramides de Gizeh
Shellapic76 (CC BY)

Une théorie beaucoup plus convaincante a été proposée par l'ingénieur Robert Carson qui suggère l'utilisation de l'énergie hydraulique. Il a été clairement démontré que les nappes phréatiques du plateau de Gizeh sont assez élevées et qu'elles l'étaient encore plus à l'époque de la construction de la Grande Pyramide. L'eau aurait pu être captée et une pression exercée par une pompe, comme le prétend Carson, pour aider à soulever les pierres sur une rampe jusqu'à leur position prévue. Les égyptologues débattent toujours de l'utilité des puits à l'intérieur de la Grande Pyramide, certains affirmant qu'ils avaient un but spirituel (pour que l'âme du roi puisse s'élever vers les cieux) et d'autres qu'il s'agissait d'un vestige pratique de la construction. L'égyptologue Miroslav Verner affirme qu'il est impossible de répondre définitivement à ces questions, car nous ne disposons d'aucun texte définitif ni d'aucune preuve archéologique permettant d'aller dans une direction ou une autre.

Bien qu'il en soit ainsi, l'affirmation de Carson concernant l'utilisation de l'énergie hydraulique dans la construction est plus logique que beaucoup d'autres (comme l'utilisation d'un palan pour transporter les pierres alors qu'il n'y a clairement aucune preuve de l'utilisation ou de la connaissance d'une grue par les Égyptiens) et on sait que les Égyptiens connaissaient le concept de la pompe. Le roi Senousert (c. 1971-1926 av. J.-C.) de du Moyen Empire draina le lac au centre du district du Fayoum pendant son règne grâce à l'utilisation de canaux et des pompes furent utilisées pour détourner les ressources du Nil à d'autres périodes. L'ingénieur ukrainien Mikhail Volgin cite également l'eau comme élément central de la construction de la Grande Pyramide et affirme que les pyramides n'étaient pas du tout conçues comme des tombes mais comme d'immenses dépôts d'eau. Il invoque l'absence de momies dans les pyramides, leur forme et la nappe phréatique élevée du plateau de Gizeh pour étayer ses dires.

Agriculture et architecture

Quoi que l'on fasse de la théorie de l'eau de Volgin concernant les pyramides, la société égyptienne dépendait d'un approvisionnement fiable en eau propre pour ses cultures et son bétail. L'Egypte ancienne était une société agricole et donc tout naturellement développa des innovations pour aider à cultiver la terre. Parmi les nombreuses inventions ou innovations des Égyptiens antiques figurent la charrue tirée par des bœufs et les améliorations apportées à l'irrigation. La charrue tirée par des bœufs était conçue en deux calibres : lourd et léger. La charrue lourde passait en premier et creusait les sillons tandis que la charrue légère passait derrière et retournait la terre. Une fois le champ labouré, les ouvriers, à l'aide de houes, brisaient les mottes de terre et semaient les rangées. Pour enfoncer les semences dans les sillons, on conduisait du bétail à travers le champ et on refermait les sillons. Cependant, tout ce travail n'aurait servi à rien si les graines n'avaient pas reçu suffisamment d'eau, d'où l'importance de l'irrigation régulière des terres.

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Wooden model of a man ploughing with oxen
Modèle en bois d'un homme labourant avec des bœufs
Trustees of the British Museum (Copyright)

Les techniques d'irrigation égyptiennes étaient si efficaces qu'elles furent mises en œuvre par les cultures de la Grèce et de Rome. Il a été noté que le philosophe grec Thalès de Milet (c. 585 av. J.-C.) avait étudié en Égypte et qu'il rapporta peut-être ces innovations en Grèce (bien qu'il ait également étudié à Babylone et ait pu y apprendre les techniques d'irrigation). De nouvelles techniques d'irrigation furent introduites au cours de la deuxième période intermédiaire par le peuple connu sous le nom de Hyksôs qui s'installa à Avaris en Basse-Égypte, et les Égyptiens les améliorèrent, notamment en développant l'utilisation du canal. L'inondation annuelle du Nil, qui déborde de ses rives et dépose un sol riche dans toute la vallée, était essentielle à la vie des Égyptiens, mais les canaux d'irrigation étaient nécessaires pour acheminer l'eau jusqu'aux fermes et villages périphériques, ainsi que pour maintenir une saturation uniforme des cultures près du fleuve. L'historienne Margaret Bunson écrit:

Les premiers agriculteurs creusèrent des tranchées depuis les rives du Nil jusqu'aux terres agricoles, en utilisant des puits de tirage puis le chadouf, une machine primitive qui leur permettait d'élever les niveaux d'eau du Nil dans les canaux...Les champs ainsi irrigués produisaient d'abondantes récoltes annuelles. Dès l'époque prédynastique, l'agriculture était le pilier de l'économie égyptienne. La plupart des Égyptiens étaient employés à des travaux agricoles, soit sur leurs propres terres, soit sur les domaines des temples ou des nobles. Le contrôle de l'irrigation devint une préoccupation majeure et les fonctionnaires provinciaux étaient tenus responsables de la régulation de l'eau. (4)

L'architecture entourant ces canaux était parfois très ornée, comme dans le cas du pharaon Ramsès (1279-1213 av. J.-C.) et de sa ville de Pi-Ramsès en Basse-Égypte. Ramsès fut l'un des bâtisseurs les plus prolifiques de l'histoire égyptienne, à tel point qu'il n'existe aucun site ancien en Égypte qui ne fasse pas mention de son règne et de ses réalisations. Pour créer ses grands monuments, les ingénieurs de Ramsès firent appel à une autre invention de l'Ancien Empire : l'arc en encorbellement. Sans le concept de l'arc en encorbellement, l'architecture du monde entier serait considérablement réduite et certaines structures, comme la Grande Pyramide, seraient impossibles. Les grandes salles des temples d'Égypte, les sanctuaires intérieurs, les temples eux-mêmes auraient tous été impossibles sans cette avancée dans l'ingénierie et la construction.

Abu Simbel Panorama
Panorama d'Abou Simbel
Dennis Jarvis (CC BY-SA)

L'un des monuments les plus impressionnants de Ramsès est son temple d'Abou Simbel qui fut précisément conçu pour que, deux fois par an, le 21 février et le 21 octobre, le soleil brille directement dans le sanctuaire du temple pour éclairer les statues de Ramsès et du dieu Amon. Ce type de précision dans la conception et la construction se retrouve dans les temples de toute l'Égypte, qui furent tous construits pour refléter l'au-delà. La cour du temple, avec son bassin réfléchissant, symbolisait le lac des fleurs dans l'autre monde et le temple lui-même représentait divers autres aspects de la vie après la mort et le paradis final du champ de roseaux. Les temples étaient régulièrement orientés vers les points cardinaux et certains, comme le temple d'Amon à Karnak, étaient utilisés comme observatoires astronomiques.

Mathématiques et astronomie

L'astronomie était importante pour les anciens Égyptiens à deux niveaux : spirituel et pratique. L'Égypte était considérée comme le reflet parfait du pays des dieux et l'au-delà comme le miroir de la vie sur terre. Cette dualité est apparente dans tous les aspects de la culture égyptienne et est incarnée par l'obélisque qui était toujours dressé par paires et qui était censé refléter une paire divine apparaissant au même moment dans les cieux. Les étoiles racontaient les exploits et les épreuves des dieux, mais indiquaient également le passage du temps et des saisons. L'égyptologue Rosalie David commente ce point :

Les Égyptiens étaient des astronomes réputés qui faisaient la distinction entre les "étoiles impérissables" (les étoiles circumpolaires) et les "étoiles infatigables" (les planètes et les étoiles qui ne sont pas visibles à toute heure de la nuit). Ils utilisaient les observations stellaires pour déterminer le vrai nord et étaient capables d'orienter les pyramides avec une grande précision... Chaque temple était probablement aligné sur une étoile qui avait une association particulière avec la divinité résidant dans ce bâtiment. (218)

D'un point de vue plus pratique, les étoiles pouvaient indiquer quand il allait pleuvoir, quand il était temps de planter ou de récolter, et même le meilleur moment pour prendre des décisions importantes comme la construction d'une maison ou d'un temple ou le lancement d'une entreprise commerciale. Les observations astronomiques ont conduit à des interprétations astrologiques qui ont pu être adoptées de sources mésopotamiennes par le biais du commerce. L'examen strictement astronomique du ciel nocturne, cependant, était interprété en termes de pragmatisme et enregistré dans des calculs mathématiques mesurant les semaines, les mois et les années. Bien que le calendrier ait été inventé par les anciens Sumériens, le concept fut adapté et amélioré par les Égyptiens.

Les mathématiques étaient utilisées pour la tenue des registres, le développement de schémas pour des machines telles que la pompe à eau, le calcul des taux d'imposition, la conception et le choix des emplacements pour les projets de construction.

Selon de nombreux égyptologues, les mathématiques en Égypte étaient entièrement pratiques. Rosalie David, par exemple, affirme que "les mathématiques servaient essentiellement des objectifs utilitaires en Égypte et ne semblent pas avoir été considérées comme une science théorique" (217). Les auteurs anciens tels qu'Hérodote et Pline, cependant, mentionnent systématiquement les Égyptiens comme la source des mathématiques théoriques, et ils ne sont pas les seules sources à ce sujet. De nombreux auteurs anciens, dont Diogène Laërce et ses sources, citent des philosophes tels que Pythagore et Platon, qui étudièrent tous deux en Égypte, et soulignent l'importance des connaissances mathématiques dans leurs systèmes de croyance. Platon considérait l'étude de la géométrie comme nécessaire à la clarté de l'esprit et l'on pense qu'il reprit ce concept de Pythagore, qui l'avait d'abord appris des prêtres égyptiens. Dans son livre Un héritage volé, l'expert George G.M. James affirme que les concepts philosophiques occidentaux sont faussement attribués aux Grecs qui n'ont fait que développer les idées égyptiennes, et ce même paradigme peut s'appliquer à l'étude des mathématiques.

Il ne fait aucun doute que les Égyptiens utilisaient les mathématiques au quotidien à des fins bien plus banales que la recherche de vérités ultimes. Les mathématiques étaient utilisées dans la tenue des registres, dans l'élaboration des schémas de machines telles que la pompe à eau, dans le calcul des taux d'imposition et dans l'élaboration des plans et des emplacements pour les projets de construction. Les mathématiques étaient également utilisées à un niveau très simple dans l'art médical pour rédiger les ordonnances des patients et mélanger les ingrédients des médicaments.

Médecine et dentisterie

Dans l'Égypte ancienne, la médecine était intimement liée à la magie. Les trois ouvrages les plus connus traitant de questions médicales sont le papyrus Ebers (vc. 1550 av. J.-C.), le papyrus Edwin Smith (c. 1600 av. J.-C.) et London medical papyrus (vers 1629 av. J.-C.) qui, à un degré ou à un autre, prescrivent l'utilisation de sorts pour traiter des maladies tout en faisant preuve d'un degré important de connaissances médicales.

Le papyrus Ebers est un texte de 110 pages traitant de maladies telles que les traumatismes, le cancer, les maladies cardiaques, la dépression, la dermatologie, les troubles gastro-intestinaux, et bien d'autres encore. Le papyrus Edwin Smith est le plus ancien ouvrage connu sur les techniques chirurgicales. On pense qu'il fut écrit pour les chirurgiens chargés du triage dans les hôpitaux de campagne. Cet ouvrage témoigne d'une connaissance détaillée de l'anatomie et de la physiologie. Le London medical papyrus combine des compétences médicales pratiques avec des sorts magiques pour le traitement d'affections allant des problèmes oculaires aux fausses couches.

The London Medical Papyrus
Le London Medical Papyrus
The Trustees of the British Museum (Copyright)

Les textes médicaux, autres que ceux-ci, donnent également des prescriptions pour des problèmes dentaires. Hérodote note que les médecins en Égypte étaient tous des spécialistes dans leur domaine particulier, et cela s'appliquait aux dentistes comme à tous les autres. Il existait un poste appelé "celui concerné par les dents", considéré comme un dentiste, et un autre appelé "celui qui traite les dents", qui était peut-être une sorte de pharmacien. Le dentiste était souvent appelé à arracher une dent, mais il semble que la chirurgie orale était rarement pratiquée. La plupart des textes médicaux traitant des questions dentaires sont préventifs ou liés à la gestion de la douleur.

D'après les témoignages des momies qui ont été examinées, ainsi que des lettres et autres documents, les Égyptiens de l'Antiquité semblent avoir connu des problèmes dentaires assez graves et répandus. La dentisterie ne semble pas avoir évolué au même rythme que les autres branches de la médecine, mais elle était tout de même plus avancée et témoignait d'une plus grande connaissance de la gestion de la douleur buccale que les remèdes pratiqués plus tard par d'autres cultures. La première procédure dentaire connue remonte à 14 000 ans en Italie, selon des preuves publiées en 2015, mais le premier dentiste au monde connu par son nom est l'Égyptien Hésirê (c. 2660 av. J.-C.) qui occupait le poste de chef des dentistes et de médecin du roi sous le règne de Djoser (c. 2670 av. J.-C.), ce qui montre que la dentisterie était considérée comme une pratique importante dès le règne de Djéser et probablement avant. Ceci étant, on ne sait pas pourquoi les pratiques dentaires n'ont pas évolué au même degré que les autres domaines médicaux.

Les œuvres d'art et de nombreux textes médicaux semblent ignorer les problèmes dentaires et les maux de dents, mais les textes non médicaux considèrent qu'ils sont très probablement causés par un ver dentaire qui doit être chassé par des sorts magiques, une extraction et l'application d'un onguent. Cette croyance vient très probablement de Mésopotamie, plus précisément de Sumer, car un texte ancien de cette région est antérieur au concept égyptien de ver dentaire. On a trouvé des outils médicaux qui auraient pu être utilisés par les dentistes, mais comme aucun n'est étiqueté ou mentionné clairement dans les textes, on ne peut en être certain. Il est clair, cependant, que les dentistes avaient la capacité de diagnostiquer les maladies buccales et la technologie nécessaire pour opérer les gencives et les dents.

Art et littérature

La technologie influença également l'art et la littérature égyptiens, non seulement dans la manière dont ils étaient produits, mais aussi dans leur contenu et leur forme. Il est évident que l'invention du papyrus et de l'encre facilita grandement l'écriture et que les outils en cuivre remplaçant le silex dans la sculpture améliorèrent la qualité de l'art ; mais le monde que les Égyptiens créèrent grâce à leur compréhension des mesures scientifiques et des avancées technologiques devint à la fois le sujet et la toile sur lesquels les artistes travaillèrent.

Le Poème de Pentaour, par exemple, qui raconte la victoire de Ramsès sur les Hittites à Cadès, n'est pas simplement écrit sur une feuille de papyrus ou une plaque, mais proclamé depuis les côtés des temples d'Abydos, de Karnak, d'Abou Simbel et de son Ramesséum. La forme dans laquelle l'artiste travailla la pierre du temple informe le contenu de l'œuvre elle-même : La grande victoire de Ramsès contre des forces écrasantes. L'histoire est encore plus impressionnante du fait du support dans lequel elle est racontée.

Tale of Sinuhe (Berlin 10499)
Conte de Sinouhé (Berlin 10499)
L. Baylis (Copyright)

Il en va de même pour les stèles, les obélisques et les autres monuments de toute l'Égypte. La littérature qui est inscrite sur ces pièces de pierre leur donne une vie propre tout en conférant à l'histoire elle-même une plus grande signification en tant qu'art littéraire et visuel. Dans les textes écrits, bien sûr, les progrès technologiques apparaissent constamment dans les histoires, qu'il s'agisse du Conte de Sinouhé, où le narrateur parle de ses voyages dans d'autres pays et de ce qu'il y trouve qui lui fait défaut, ou du Conte du naufragé, où la technologie de la construction navale rend l'histoire possible.

Les Égyptiens de l'Antiquité croyaient que l'équilibre, l'harmonie, dans tous les aspects de la vie, était la chose la plus importante et cette valeur se retrouve dans presque toutes leurs avancées dans le domaine des sciences et de la technologie : ce qui manquait dans la vie était compensé par ce qui était créé par l'ingéniosité individuelle. Même si l'on pensait que les dieux avaient fourni toutes les bonnes choses aux êtres humains, il était toujours de la responsabilité de l'individu de prendre soin de lui-même et de la communauté dans son ensemble. Grâce à leurs inventions et aux progrès de la connaissance, les Égyptiens pensaient qu'ils accomplissaient la volonté des dieux en améliorant la vie et le monde merveilleux qui leur avaient été donnés.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2016, novembre 09). Science et Technologie en Égypte ancienne [Ancient Egyptian Science & Technology]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-967/science-et-technologie-en-egypte-ancienne/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Science et Technologie en Égypte ancienne." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le novembre 09, 2016. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-967/science-et-technologie-en-egypte-ancienne/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Science et Technologie en Égypte ancienne." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 09 nov. 2016. Web. 07 déc. 2022.

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