Deuxième Période Intermédiaire

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Caroline Martin
publié le 05 octobre 2016
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Disponible dans ces autres langues: anglais, grec, espagnol
Statue of King Sobekemsaf I or II (by Osama Shukir Muhammed Amin, Copyright)
Statue du Roi Sobekemsaf I ou II
Osama Shukir Muhammed Amin (Copyright)

La deuxième période intermédiaire (1782 - 1570 environ av. J.-C.) est l'ère qui suivit le Moyen Empire d'Égypte (2040-1782 av. J.-C.) et qui précéda le Nouvel Empire (1570-1069 av. J.-C.). Comme pour toutes les désignations historiques des époques de l'histoire égyptienne, le nom fut inventé par des égyptologues du 19e siècle pour délimiter les périodes de l'histoire de l'Égypte; ce nom n'était pas utilisé par les Égyptiens de l’Égypte ancienne.

Cette époque est marquée par la division de l'Égypte: le peuple connu sous le nom de Hyksôs détenant le pouvoir dans le nord, les Égyptiens gouvernant à Thèbes dans le centre du pays et les Nubiens régnant dans le sud. Tout comme la première période intermédiaire, cette époque est traditionnellement caractérisée comme chaotique, dépourvue d'avancées culturelles et anarchique, mais comme pour la période précédente, cette affirmation a été depuis discréditée. La deuxième période intermédiaire fut une période de désunion et les archives de l'époque sont confuses ou manquantes, mais elle ne fut pas aussi sombre que l'ont prétendu les écrivains égyptiens ultérieurs.

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Cette période commença lorsque les souverains égyptiens de la 13e dynastie déplacèrent la capitale d'Itj-Taouy (en Basse-Égypte, près de Licht, au sud de Memphis) à Thèbes, l'ancienne capitale de la fin de la 11e dynastie en Haute-Égypte, relâchant ainsi leur contrôle sur le nord. Au début de la 12e dynastie, le roi Amenemhat Ier (1991-1962 av. J.-C.) fonda la petite ville de Hout Ouaret (mieux connue sous le nom grec d'Avaris) dans l'extrême nord, qui devint un centre commercial avec un accès facile à la mer et relié par des routes terrestres au Sinaï et à la région de la Palestine.

Au cours de la 13e dynastie, le succès du commerce et de l'immigration entraîna un afflux des peuples sémites à Avaris, qui finirent par acquérir suffisamment de richesse et de pouvoir pour exercer une influence politique dans le pays. Ces peuples étaient connus des Égyptiens (et d'eux-mêmes) sous le nom de Heka Khasout («dirigeants des terres étrangères»), mais les auteurs grecs les appelèrent «Hyksôs», nom sous lequel ils sont connus dans l'histoire.

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Les auteurs égyptiens postérieurs décrivent les Hyksôs comme des conquérants brutaux qui détruisirent l'Égypte, saccagèrent les temples et opprimèrent le pays jusqu'à ce qu'il ne soit libéré et unifié sous le règne d' Ahmôsis Ier de Thèbes (c. 1570-1544 av. J.-C.). Les preuves archéologiques et les archives de l'époque suggèrent cependant une histoire bien différente. Les Hyksôs, loin d'être les conquérants cruels des histoires ultérieures, admiraient beaucoup la culture égyptienne et l'adoptèrent comme la leur. Ils vivaient cordialement, voire pacifiquement, avec le gouvernement de Thèbes jusqu'à ce que le sentiment d'avoir été insulté ne pousse les rois thébains à leur déclarer la guerre et qu'ils ne soient chassés. La victoire d'Ahmôsis Ier marque la fin de la deuxième période intermédiaire et le début du Nouvel Empire.

Arrivée des Hyksôs en Égypte

Cette période est principalement caractérisée par la domination des Hyksôs dans le nord de l'Égypte et, dans une moindre mesure mais de manière significative, par le pouvoir des Nubiens dans le sud. La seule raison pour laquelle les Nubiens ne jouent pas un rôle plus important dans la définition de cette période est que les documents égyptiens montrent une continuité dans les relations avec les terres du sud, alors que les Hyksôs étaient sans précédent et étaient censés avoir introduit de nouveaux concepts et modes de vie.

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L'IDENTITÉ DES HYKSôS RESTE INCONNUE. ILS seraient arrivés À AVARIS PAR LES ROUTES COMMERCIALES TERRESTRES DE LA SYRIE ET DE LA PALESTINE, S'Y ÉPANOUIRENT ET Y ÉTABLIRENT LEur POUVOIR UNE FOIS DOTÉS DE LA RICHESSE ET DES CAPACITÉS NÉCESSAIRES.

L'identité des Hyksôs reste inconnue. De nombreuses théories ont été avancées, notamment celle selon laquelle il s'agissait de réfugiés fuyant l'invasion aryenne en Asie. La théorie de l'invasion aryenne elle-même a été discréditée, tout comme cette allégation. Les Égyptiens les appelaient les «Asiatiques», mais ce terme désignait tous ceux qui se trouvaient au-delà de la frontière orientale du pays, du Levant à la Mésopotamie.

Le nom le plus couramment utilisé se traduit par «dirigeants de terres étrangères», et non par «peuple de terres étrangères». Certains chercheurs ont donc avancé l'idée qu'il s'agissait d'envahisseurs qui avaient débarqué à Avaris, établi un centre de pouvoir solide, puis conquis le pays jusqu'à Abydos, au sud.

Cette affirmation est presque entièrement basée sur les écrits de l'historien égyptien du 3e siècle av. J.-C., Manéthon. L'œuvre de Manéthon a été perdue, mais elle a été abondamment citée par des historiens ultérieurs, dont l'écrivain juif-romain Flavius Josèphe. La version de Manéthon sur l'arrivée des Hyksôs les caractérise comme des envahisseurs destructeurs qui ont détruit le pays:

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Ils s'emparèrent du pays simplement sans coup férir et, après avoir maîtrisé les chefs du territoire, ils brûlèrent nos villes sans pitié, ils rasèrent les temples des dieux... Enfin, ils nommèrent roi l'un d'entre eux qui s'appelait Salitis. Il avait son siège à Memphis, il prélevait un tribut de la Haute et de la Basse-Égypte et il laissait toujours des garnisons derrière lui dans les positions les plus avantageuses. (Shaw, 183)

Le rapport de Manéthon, tel qu'il est rapporté par Josèphe, a été considéré comme un fait historique par les érudits et les profanes pendant des siècles, jusqu'à ce que les preuves archéologiques n'en démontrent l'inexactitude. Les fouilles d'Avaris ont révélé une ville portuaire autrefois florissante dont la conception n'est pas égyptienne et elle est étroitement liée à l'architecture et à la conception de la région de la Syrie et de la Palestine. Aucune forteresse hyksôs n'a été trouvée à Memphis et il n'existe aucune trace de destruction généralisée du pays à l'époque des Hyksôs.

La théorie la plus largement acceptée par les chercheurs et les égyptologues aujourd'hui est que les Hyksôs seraient arrivés à Avaris par les routes commerciales terrestres de Syrie et de Palestine, qu'ils s'y épanouirent au cours de la 12e et du début de la 13e dynastie, et qu'ils y établirent leur pouvoir une fois dotés de la richesse et des capacités nécessaires. Rien ne prouve que les Hyksôs aient supprimé la religion et la culture égyptiennes; en fait, ils les admiraient et les adoptèrent.

Déclin du Moyen Empire et montée des Hyksôs

La 12e dynastie égyptienne du Moyen Empire est considérée comme un âge d'or dans l'histoire du pays. La littérature et les arts s'épanouirent, le commerce et les conquêtes militaires faisaientt la richesse de l'Égypte, les frontières fortifiées assuraient la sécurité, les rois de l'époque maintenaient une stabilité et ils encourageaient la créativité et la diversité. C'est au début de cette période que fut fondée la ville d'Avaris, et ceux qui arrivaient pour y commercer devaient être dûment impressionnés par la société égyptienne de l'époque. Quelle qu'ait été la manière dont les Hyksôs arrivèrent en Égypte à l'origine, et quel qu'ait été leur nombre, ils durent trouver l'Égypte très attrayante.

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Au moment où leur pouvoir s’accrut à Avaris, les rois de la 13e dynastie déclinèrent. Après le premier roi de la 13e dynastie, Sobekhotep Ier (c. 1802-1800 av. J.-C.), la chronologie de la 13e dynastie devient confuse, moins de monuments furent construits, moins d'inscriptions furent faites. La cause précise de la dissolution de la 13e dynastie n'est pas claire. Il peut s'agir simplement de la qualité des rois qui n'étaient pas aussi efficaces que ceux de la 12e dynastie, ou de toute autre raison. Bien que plusieurs auteurs aient avancé des théories, l'absence de documents de l'époque indiquant une cause spécifique rend toute affirmation spéculative.

Statue of Sobekhotep
Statue de Sobekhotep
Osama Shukir Muhammed Amin (Copyright)

Pour une raison ou une autre, la capitale égyptienne d'Itj-Taouy s'effondra et le gouvernement quitta la ville pour retourner à Thèbes. Cette décision laissa le nord de l'Égypte, la Basse-Égypte, à la disposition des puissances politiques qui avaient la force de s'y développer. Lorsque la capitale se trouvait à Thèbes vers la fin de la 11e dynastie, elle était dirigée par un roi puissant qui inspirait le respect, ce qui n'était plus le cas vers 1782-1760 av. J.-C., lorsque la 13e dynastie perdait régulièrement du pouvoir. Lorsque Manéthon affirme que les Hyksôs prirent le pays «sans frapper un seul coup», il s'agit peut-être de la seule partie de son rapport qui soit exacte. Les Hyksôs n'auraient pas eu besoin d'envahir le pays ou d'incendier des villes pour prendre le pouvoir. Le nord de l'Égypte leur avait plus ou moins été livré pour qu'ils en fassent ce qu'ils voulaient.

Le Royaume Nubien du Sud

Le roi Sésostris III (c. 1878-1860 av. J.-C.), le plus puissant souverain égyptien du Moyen Empire, mena de nombreuses expéditions dans le sud vers la Nubie, sécurisant les terres et fortifiant les frontières entre les deux pays. Il établit des garnisons dans ces forts avec des soldats égyptiens, ce qui permit de sceller la frontière et de réguler l'immigration. Les relations entre la Nubie et l'Égypte à cette époque semblent avoir été mutuellement bénéfiques, si l'on en croit les documents commerciaux datant de ces fortifications. Les Nubiens admiraient la culture égyptienne et ils adoptèrent nombre de leurs dieux et des aspects de leur culture.

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Head of Senusret III
Tête de Sésostris III
Osama Shukir Muhammed Amin (Copyright)

Au cours de la dernière partie de la 13e dynastie, les rois égyptiens cessèrent d'approvisionner les fortifications à la frontière et aucune nouvelle troupe n'y fut stationnée. Les soldats déjà déployés dans les forts ne furent jamais rappelés en Égypte et les anciennes garnisons devinrent leurs résidences. Ces soldats maintenaient le contact avec la capitale égyptienne de Thèbes et le royaume de Koush et servaient d'intermédiaires dans les échanges commerciaux. L'historien Marc van de Mieroop note:

Ils entretenaient des contrats commerciaux avec l'Égypte. Dans certains forts, on a trouvé des milliers de sceaux - des morceaux d'argile marqués par un scarabée - portant les noms de rois de la 13e dynastie, et même de rois plus récents, dont certains Hyksôs. Ces sceaux étaient à l'origine attachés à des sacs et des jarres contenant des marchandises importées d'Égypte et le commerce semble avoir été intense au moins au début de la deuxième période intermédiaire. (136)

Alors que la 13e dynastie négligeait les affaires au sud, tout comme elle le faisait au nord, le royaume de Koush devint un pouvoir centralisé avec sa capitale à Kerma. L'origine du nom de ce royaume est inconnue, mais il est clair que les habitants se désignaient eux-mêmes sous le nom de «Koushites», tandis que les documents égyptiens les appelaient «Nubiens», du mot égyptien nub (or), car ils associaient la région à l'or. Les premiers temples et villes des Koushites montrent une forte influence égyptienne, qui diminue progressivement pour être remplacée par une combinaison de styles nubiens (koushites) et égyptiens.

Van de Mieroop observe que «les dirigeants de cette communauté cherchaient à se présenter comme de véritables rois, des reines et des nobles et ils s'inspiraient de l'Égypte» (139). Ils adoptèrent des vêtements et des manières égyptiennes, et ils vénérèrent des dieux égyptiens. À un moment donné, certaines des anciennes fortifications égyptiennes le long de la frontière furent détruites, peut-être lors d'une attaque, bien que cela ne soit pas certain. Ce qui est clair, c'est que le gouvernement égyptien de Thèbes ayant ignoré le pouvoir de Koush au sud, ce pouvoir s'accrut et la frontière devint plus fluide. Les soldats qui avaient été laissés en arrière ne considéraient plus qu'il était de leur responsabilité de se prémunir contre les incursions et, à cette époque, ils étaient plus habitués au rôle de marchands qu'à celui de militaires.

Relations entre Égyptiens, Hyksôs et Nubiens

La situation de l'Égypte à cette époque (c. 1700-1600 av. J.-C.) était celle d'une nation divisée entre trois pouvoirs centraux, mais contrairement à ce qu'affirment les spécialistes du 19e et du début du 20e siècle, ce n'était pas une période de chaos ou d'agitation. Comme nous l'avons vu, les échanges commerciaux se poursuivaient entre le royaume de Koush et Thèbes, entre Koush et les Hyksôs, et entre Thèbes et les Hyksôs. Les Hyksôs passaient devant Thèbes pour se rendre à Koush et les Thébains empruntaient le Nil pour commercer avec les Hyksôs. Il semble qu'il y ait eu une sorte de trêve entre Thèbes et Avaris, ce qui indique que les deux parties n'étaient pas vraiment en bons termes, mais qu'elles étaient loin d'être hostiles l'une à l'autre.

Les Hyksôs se considéraient comme des citoyens légitimes de l'Égypte, dignes d'exercer le pouvoir et de diriger la destinée du peuple. Les rois répertoriés pour la dernière partie de la 13e à la 16e dynastie ne sont pas égyptiens ou, du moins, ils ne portent pas de noms égyptiens et ils sont considérés comme des souverains hyksôs. Leur chronologie est confuse et certains noms ne sont connus que par des objets cérémoniels, tandis que d'autres ne sont connus que par des fragments de listes de rois, ce qui rend leur datation difficile.

Ce qui est clair, c'est que quels que soient les sentiments des «vrais Égyptiens» de Thèbes et des «rois étrangers» d'Avaris les uns envers les autres, les deux villes entretenaient des relations pacifiques et il y avait une interaction à long terme par le biais du commerce. En outre, aucune des deux villes n'interrompit les relations de l'autre avec les Koushites dans le sud, et rien ne prouve qu'elles aient interféré dans le commerce ou les affaires de l'autre dans d'autres régions. Tout cela changea peu avant ou à-peu-près au moment où la 17e dynastie arriva au pouvoir à Thèbes.

Thèbes contre Avaris

Le roi égyptien Seqenenrê Tâa II (également connu simplement sous le nom de Tâa II, c. 1580 av. J.-C.) de la 17e dynastie mena une expédition contre les Hyksôs vers 1560 av. J.-C., selon des auteurs plus tardifs. Sa momie, découverte dans le cimetière près de la Vallée des Rois à Thèbes, montre qu'il fut probablement tué au combat. Il «connut une mort violente à un âge compris entre 30 et 40 ans. Il reçut plusieurs coups de hache sur la tête et son visage fut coupé et fracassé» (van de Mieroop, 142). Ce conflit semble avoir été déclenché en réponse à une insulte, ou au sentiment d'avoir été insulté, de Seqenenrê Tâa II par le roi Hyksôs Apophis Ier (ou Apopi Ier).

Les détails de cet épisode ne sont pas clairs, mais il semble qu'Apophis d'Avaris ait envoyé un messager à Seqenenrê Tâa II de Thèbes pour lui faire part d'une demande qui fut prise comme un défi: « Supprimez la mare aux hippopotames qui se trouve à l'est de la ville, car ils m'empêchent de dormir jour et nuit.» Au lieu d'accéder à cette demande, Seqenenrê Tâa II fit marcher une armée vers Avaris et l'attaqua. On ne sait pas si ses forces furent victorieuses, mais c'est à ce moment-là qu'il aurait probablement été tué dans la bataille, et le fait que les Hyksôs aient continué à Avaris après cela suggère que les Thébains auraient été vaincus. Les hostilités entre les deux villes et leurs habitants n'avaient cependant fait que commencer.

Kamosis de Thèbes

Après la mort de Seqenenrê Tâa II, son fils Kamosis (également Kamose ou Ouadjkheperrê Kames) (c. 1575 av. J.-C.) régna sur Thèbes. Il poursuivit la guerre contre les Hyksôs en se justifiant par le fait qu'il était un véritable Égyptien, qui ne devait pas partager son pays avec des puissances étrangères. Une inscription de Kamosis se lit comme suit:

Dans quel but est ce que je connais ma propre force ? Un chef est à Avaris, un autre à Koush, et je suis assis ici, associé à un Asiatique et à un Nubien! Chaque homme a sa part dans cette Égypte, et c'est ainsi que la terre est partagée avec moi ! Voyez, il a même Hermopolis! Nul ne peut être à l'aise quand on est saigné par les impôts des Asiatiques. Je me battrai avec lui pour lui écraser le ventre, car mon désir est de sauver l'Égypte que les Asiatiques ont détruite. (van de Mieroop, 143)

Stela of Kamose
Stèle de Kamosis
Rüdiger Stehn (CC BY-SA)

Les conseillers de Kamosis s’opposèrent à une action militaire de grande envergure contre les Hyksôs, mais ils furent ignorés. Kamosis marcha sur Avaris, transportant son armée dans des bateaux sur le Nil, puis la lâchant sur la ville, et il la détruisit. Kamosis écrivit:

J'aperçus ses femmes sur son toit, regardant par leurs fenêtres vers la rive du fleuve, le corps glacé à ma vue. Elles regardaient dehors, le nez collé au mur, comme de jeunes souris dans leur trou, en criant: « C'est une attaque!». (Watterson, 59)

Kamosis affirma en outre que son attaque avait été si rapide et impitoyable que les femmes survivantes en devinrent stériles. Il affirma également avoir rasé Avaris, puis avoir regagné Thèbes en navire avec son butin. Les Hyksôs d'Avaris avaient été détruits, mais ils tenaient toujours le nord de l'Égypte au-dessus de Memphis. Kamosis régna encore environ trois ans, pendant lesquels il poursuivit sa guerre contre les rois étrangers et il semble qu’il leur ait pris Memphis. À sa mort, son frère Ahmôsis (également Amosis ou Amasis), fondateur de la 18e dynastie et du Nouvel Empire d'Égypte, lui succéda.

Ahmôsis Ier et unification de l'Égypte

On attribue à Ahmôsis Ier le mérite d'avoir chassé les Hyksôs d'Égypte et d'avoir réunifié le pays sous le pouvoir central de Thèbes. L'historienne Margaret Bunson, s'appuyant sur les stèles de Karnak, écrit qu' Ahmôsis Ier «chassa les Asiatiques d'Égypte, les poursuivant jusqu'à Sharouhen puis en Syrie» (80). Cette action ne semble pas avoir été aussi facile à réaliser que certaines inscriptions et de nombreux historiens le laissent entendre.

L'inscription de la tombe d' Ahmôsis mentionne une deuxième et une troisième bataille à Avaris, ce qui indique que la vantardise de Kamosis d'avoir détruit complètement la ville était soit une exagération, soit que les Hyksôs avaient reconstruit Avaris. Les preuves archéologiques indiquent la première hypothèse et que c'est Ahmôsis Ier qui serait responsable de la destruction d'Avaris.

Dans une inscription tombale, un autre Ahmôsis (fils d'Ibana), soldat d'Ahmôsis Ier, mentionne des combats au corps à corps à Avaris lors d'une première bataille, puis de deux autres, tout aussi acharnées, avant que les Hyksôs survivants ne s'enfuient à Sharouhen, dans la région de Palestine. Selon l'inscription, Sharouhen dut être assiégée pendant six ans avant de tomber, et les survivants fuirent alors vers la Syrie, poursuivis par Ahmôsis Ier. Ce qu'il advint d'eux une fois arrivés en Syrie n'est pas relaté. Il est probable qu'après avoir vaincu son ennemi et l'avoir chassé du champ de bataille, Ahmôsis Ier fit demi-tour et retourna en Égypte.

Les inscriptions de l'époque et celles qui suivirent montrent que toute influence politique des Hyksôs prit fin en Égypte sous Ahmôsis Ier. Ahmôsis Ier tourna alors son attention vers le sud et fit campagne en Nubie au sud de la deuxième cataracte du Nil, récupérant les terres qui avaient été perdues. Il restaura les villes d'Égypte, fit reconstruire et réaménager les temples, et consolida son pouvoir à Thèbes, suivant l'exemple des grands rois du passé qui confiaient l'essentiel du pouvoir aux membres de leur famille les plus proches et les plus dignes de confiance.

Héritage de la Deuxième Période Intermédiaire

Comme les autres périodes intermédiaires de l'Égypte, la deuxième est caractérisée par une période de discorde. Les chercheurs Brier et Hoyt présentent la vision populaire de cette époque lorsqu'ils écrivent qu'après le Moyen Empire, «l'Égypte est entrée dans son deuxième âge des ténèbres» (25). Il est vrai qu'il y eut des pertes culturelles, comme la capacité d'écrire des hiéroglyphes. Au cours de la deuxième période intermédiaire, les scribes n'apprennaient plus l'écriture hiéroglyphique et l'écriture hiératique (cursive) se développa. La qualité des arts semble également avoir souffert. Pourtant, la culture perdura, se développa et progressa. La littérature était toujours écrite et les rites religieux observés. La deuxième période intermédiaire, bien qu'elle ne soit pas aussi bien documentée que le Moyen Empire ou le Nouvel Empire, est loin d'être un âge sombre.

L'affirmation des érudits selon laquelle cette période fut une dégénérescence culturelle chaotique est toutefois compréhensible dans la mesure où les historiens et les scribes égyptiens du Nouvel Empire l'ont dépeinte ainsi. Pour ces auteurs égyptiens, la deuxième période intermédiaire fut une période de faiblesse et de chaos où le principe sous-jacent de la vie en Égypte, l'harmonie (Maât), avait été mis de côté par des envahisseurs étrangers qui avaient bouleversé l'équilibre du pays et plongé tout le monde dans la tourmente. L'égyptologue Barbara Watterson commente ce fait:

La domination des Hyksôs en Égypte dura un peu plus de 100 ans, ce qui n'est pas le désastre total proclamé par les historiens autochtones des périodes ultérieures, mais le catalyseur qui propulsa l'Égypte dans son ère impériale, lui donnant la motivation pour l'expansion et, plus important encore, les moyens d'y parvenir. Le choc de l'invasion hyksôs eut un effet salutaire sur les Égyptiens, qui considéraient les autres nations avec mépris. Le mot égyptien pour «humanité» (rmt) ne désigne que les Égyptiens; ils parlent des autres ethnies en termes péjoratifs - «les vils Koushites», «les misérables Asiatiques». Les Hyksôs avaient détruit leur sentiment de sécurité séculaire, leur faisant comprendre pour la première fois qu'ils n'étaient pas inviolables. (60)

Lorsque Watterson mentionne «les moyens de réaliser» l'expansion du Nouvel Empire, elle fait référence non seulement au sens renouvelé du nationalisme qui se développa avec la défaite des Hyksôs par Ahmôsis Ier mais, plus important encore, aux innovations et aux inventions que les Hyksôs avaient introduites en Égypte. Dans le seul domaine militaire, les Hyksôs donnèrent aux Égyptiens le char de guerre tiré par des chevaux - une arme qu'ils n'avaient jamais eue auparavant - ainsi que l'arc composite, qui avait une force et une portée supérieures à celles de l'arc long égyptien, le poignard de bronze et l'épée courte.

En outre, ils présentèrent les Égyptiens à leurs voisins comme jamais auparavant. Avant l'avènement des Hyksôs, les Égyptiens considéraient les peuples du Levant, de Nubie ou de Pount comme des partenaires commerciaux acceptables, mais certainement pas comme des égaux des Égyptiens, et ils ne les considéraient guère comme une menace sérieuse pour la vie des Égyptiens. Les Hyksôs montrèrent qu'une autre nation pouvait exercer le même pouvoir, de la même manière, que l'Égypte et que les Égyptiens devaient revoir l'opinion qu'ils avaient de ces autres peuples. Watterson écrit:

L'invasion des Hyksôs fit prendre conscience que, pour empêcher une seconde invasion, il fallait créer un État tampon en Asie occidentale. C'est dans le cadre de cette politique que les premiers souverains de la 18e dynastie prirent les mesures qui permirent à l'Égypte d'entamer son ère impériale. (60)

L'héritage de la deuxième période intermédiaire est la gloire qui deviendrait le Nouvel Empire, une période de richesse et de prospérité sans précédent en Égypte. L'élan visant à protéger le pays d'une nouvelle invasion en élargissant les frontières de l'Égypte et en apportant plus de richesses matérielles au pays par la conquête conduisit à la période de l'histoire de l'Égypte qui est la plus connue et la plus admirée. La 18e dynastie d'Égypte, fondée par Ahmôsis Ier, créerait certains des monuments les plus célèbres et les plus mémorables depuis les pyramides de l'Ancien Empire et élargirait les frontières de l'Égypte pour en faire un empire.

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Traducteur

Caroline Martin
Française, ayant vécu au Royaume Uni pendant 20 ans, Caroline Martin est totalement bilingue. Lectrice passionnée depuis son plus jeune âge, elle a développé un amour de l'histoire qui remonte a ses années sur les bancs de l’école. Elle s'intéresse maintenant beaucoup à l'histoire en général et à la géopolitique.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2016, octobre 05). Deuxième Période Intermédiaire [Second Intermediate Period of Egypt]. (C. Martin, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15058/deuxieme-periode-intermediaire/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Deuxième Période Intermédiaire." Traduit par Caroline Martin. World History Encyclopedia. modifié le octobre 05, 2016. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15058/deuxieme-periode-intermediaire/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Deuxième Période Intermédiaire." Traduit par Caroline Martin. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 05 oct. 2016. Web. 12 avril 2024.

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