Jeux Romains, Courses de Chars et Spectacle

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Article

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 04 décembre 2013
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Texte original en Anglais : Roman Games, Chariot Races & Spectacle

S'il y a bien une chose dont le peuple romain raffolait, c'était le divertissement et la possibilité de s'évader grâce à d'étranges et incroyables spectacles publics qui agressaient les sens et suscitaient de vives émotions. Les dirigeants romains le savaient bien et, pour accroître leur popularité et leur prestige auprès du peuple, ils organisaient des somptueux spectacles prodigieux dans des lieux construits à cet effet dans tout l'empire. Des lieux aussi célèbres que le Colisée et le Cirque Maxime de Rome accueillaient des événements impliquant de magnifiques processions, des animaux exotiques, des combats de gladiateurs, des courses de chars, des exécutions et même des batailles navales simulées.

Dionysos, Roman Mosaic
Dionysos, mosaïque romaine
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Sites

Il est significatif que la plupart des bâtiments les mieux préservés de la période romaine soient ceux qui étaient dédiés au divertissement. Des amphithéâtres et des cirques furent construits dans tout l'empire et même les camps militaires avaient leur propre arène. Le plus grand amphithéâtre était le Colisée, qui pouvait accueillir au moins 50 000 personnes (probablement plus, si l'on tient compte du physique moins imposant des personnes et du besoin différent en espace personnel par rapport aux normes modernes), tandis que le Cirque Maxime pouvait contenir 250 000 spectateurs selon Pline l'Ancien. Avec autant d'événements à si grande échelle, les spectacles devinrent une énorme source d'emplois, des dresseurs de chevaux aux trappeurs d'animaux, des musiciens aux ratisseurs de sable.

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À partir de la fin de la république, les places dans les théâtres, les arènes et les cirques étaient divisées par classe. Auguste établit d'autres règles afin que les esclaves et les personnes libres, les enfants et les adultes, les riches et les pauvres, les soldats et les civils, les célibataires et les mariés soient tous assis séparément, de même que les hommes et les femmes. Naturellement, le premier rang et les sièges les plus confortables étaient réservés à la classe sénatoriale locale. Les billets étaient probablement gratuits pour la plupart des spectacles car les organisateurs, qu'il s'agisse des magistrats de la ville chargés d'organiser des événements civiques publics, des citoyens super riches ou des empereurs qui allaient plus tard monopoliser le contrôle des spectacles, étaient tous désireux d'afficher leur générosité plutôt que d'utiliser les événements comme source de revenus.

Circus Maximus Reconstruction
Reconstruction du Cirque Maxime
B. Fletcher (Public Domain)

Courses de chars

Les courses de chars les plus prestigieuses se déroulaient au Circque Maxime de Rome, mais au IIIe siècle de notre ère, d'autres grandes villes comme Antioche, Alexandrie et Constantinople disposaient également de cirques pour accueillir ces événements spectaculaires, qui devinrent encore plus populaires à la fin de l'empire. Les courses du Cirque Maxime impliquaient probablement un maximum de douze chars organisés en quatre factions ou écuries - les Bleus, les Verts, les Rouges et les Blancs - que les gens suivaient avec une passion semblable à celle des fans de sport d'aujourd'hui. On retrouve même la haine familière des équipes adverses, comme l'indiquent les tablettes de malédiction en plomb écrites à l'encontre de certains chars, et il est certain que des paris, petits et grands, étaient placés sur les courses.

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NÉRON en personne COURUt AVEC UN ATTELAGE DE DIX CHEVAUX, MAIS IL se cassa la figure ET fut JETÉ hors DE SON CHAR.

Différents types de courses de chars pouvaient exiger une plus grande habileté technique de la part des charretiers, comme les courses avec des équipes de six ou sept chevaux ou l'utilisation de chevaux non attelés. Néron en personne participa à une course avec un attelage de dix chevaux, mais il fut désarçonné et jeté hors de son char. Il y avait des courses où les chars couraient en équipe et les courses les plus attendues de toutes étaient celles réservées aux champions. Les compétiteurs victorieux pouvaient devenir millionnaires et l'un des plus célèbres était Gaius Appuleius Diocles, qui remporta 1463 courses au IIe siècle de notre ère.

Pendant la période impériale, le cirque devint également l'endroit le plus probable pour qu'un Romain puisse entrer en contact avec son empereur et, par conséquent, les dirigeants ne pas tardèrent pas à profiter de ces occasions pour renforcer leur emprise émotionnelle et politique sur le peuple en organisant des spectacles inoubliables.

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The Colosseum or Flavian Amphitheatre
Le Colisée ou amphithéâtre Flavien
Dennis Jarvis (CC BY-NC-SA)

Concours de gladiateurs

Tout comme le public du cinéma moderne espère échapper à la banalité de la vie quotidienne, la foule dans l'arène pouvait assister à des spectacles étranges, spectaculaires et souvent sanglants et s'immerger, voire se perdre, dans l'émotion apparemment incontrôlable de l'arène. Des qualités telles que le courage, la peur, l'habileté technique, la célébrité, le passé revisité et, bien sûr, la vie et la mort elles-mêmes, attiraient le public comme aucun autre divertissement et il ne fait aucun doute que l'un des grands attraits des combats de gladiateurs, comme du sport professionnel moderne, était le potentiel de surprise et de victoire des outsiders.

Les premiers combats de gladiateurs (munera) remontent au IVe siècle av.JC, dans la région de Paestum, dans le sud de l'Italie, tandis que les premiers combats à Rome même sont traditionnellement datés de 264 av. JC, organisés en l'honneur des funérailles de Lucius Junius Brutus Pera. Par la suite, les arènes se répandirent dans tout l'empire, d'Antioche à la Gaule, les souverains étant de plus en plus enclins à faire étalage de leur richesse et de leur sollicitude pour le plaisir du public. À Rome, les magistrats de la ville devaient organiser un spectacle de gladiateurs pour obtenir leur poste et les villes de l'empire proposaient d'accueillir des concours locaux pour montrer leur solidarité avec les coutumes de Rome et pour célébrer des événements notables comme une visite impériale ou l'anniversaire d'un empereur.

IL Y AVAIT DES GLADIATEURS ESCLAVES AINSI QUE DES HOMMES AFFRANCHIS ET DES PROFESSIONNELS, ET POUR DES OCCASIONS TRÈS SPÉCIALES, MÊME DES FEMMES GLADIATEURS.

Au 1er siècle av. JC, des écoles furent créées pour former des gladiateurs professionnels, notamment à Capoue (70 av. JC), et les amphithéâtres furent également transformés en structures plus permanentes et plus imposantes en utilisant la pierre. Ces manifestations devinrent si populaires et grandioses que des limites furent fixées quant au nombre de couples de combattants pouvant participer à un spectacle et aux sommes d'argent qui pouvaient y être investies. En raison de ces dépenses et du risque supplémentaire d'amendes pour avoir engagé un gladiateur et ne pas l'avoir rendu en bon état, de nombreux combats de gladiateurs devinrent moins mortels pour les participants et cette stratégie servit également à ajouter plus d'effet dramatique aux événements d'exécution publique où la mort était absolument certaine.

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Il y avait des gladiateurs esclaves ainsi que des hommes affranchis et des professionnels, et pour des occasions très spéciales, même des gladiatrices. Certains gladiateurs devinrent de vrais héros, notamment les champions ou primus palus, et les chouchous de la foule; certains avaient même leur propre fan club. Les gladiateurs semblent également avoir été considérés comme un bon investissement financier, puisque même des personnages aussi célèbres que Jules César et Cicéron en possédaient un nombre important, qu'ils louaient à ceux qui souhaitaient parrainer des jeux de gladiateurs.

Certains écrivains de l'élite, comme Plutarque et Dion Chrysostome, protestèrent contre le fait que les combats de gladiateurs étaient inconvenants et contraires aux idéaux culturels "classiques". Même certains empereurs manifestaient peu d'enthousiasme pour l'arène, le cas le plus célèbre étant celui de Marc Aurèle, qui emmenait sa paperasserie aux épreuves. Quels qu'aient été leurs goûts personnels, les spectacles étaient trop populaires pour qu'on y mette fin et ce n'est que plus tard que les concours de gladiateurs, en désaccord avec le nouvel Empire à tendance chrétienne, déclinèrent sous les empereurs chrétiens et prirent finalement fin en 404 de notre ère.

Panther, Roman Mosaic
Panthère, mosaïque romaine
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Chasse aux animaux sauvages

Outre les concours de gladiateurs, les arènes romaines accueillaient également des événements mettant en scène des animaux exotiques (venationes) capturés dans les régions éloignées de l'empire. Les animaux pouvaient être amenés à se battre entre eux ou à se battre contre des humains. Les animaux étaient souvent enchaînés ensemble, souvent un duo carnivore / herbivore, et poussés à se battre les uns contre les autres par les dresseurs (bestiarii). Parmi les célèbres "chasseurs" (venatores), on trouve les empereurs Commode et Caracalla, même si le risque pour leur personne était très certainement minime. Le fait que des animaux comme les panthères, les lions, les rhinocéros, les hippopotames et les girafes n'avaient jamais été vus auparavant ne faisait qu'ajouter au prestige des organisateurs de ces spectacles d'un autre monde.

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Triomphes, processions et batailles navales

Les triomphes célébraient les victoires militaires et impliquaient généralement un défilé militaire à travers Rome qui commençait à la Porta Triumphalis et, suivant un itinéraire tortueux, se terminait au temple de Jupiter Optimus Maximus au Capitole. Le général victorieux et un groupe restreint de ses troupes étaient accompagnés de porte-drapeaux, de trompettes, de porteurs de torches, de musiciens et de tous les magistrats et sénateurs. Le général ou l'empereur, habillé en Jupiter, chevauchait un char à quatre chevaux accompagné d'un esclave qui tenait au-dessus de la tête de son maître une couronne de laurier de la victoire et qui lui chuchotait à l'oreille de ne pas s'emballer et laisser son orgueil entraîner sa chute. Au cours de la procession, les captifs, le butin, la flore et la faune du territoire conquis étaient exposés à la population et le tout se terminait par l'exécution du chef ennemi capturé. L'un des plus somptueux fut le triomphe célébrant la victoire de Vespasien et Titus sur la Judée, au cours duquel le butin de Jérusalem fut exhibé et l'événement fut commémoré par l'arc de triomphe de Titus, qui se dresse toujours sur le Forum romain. Bien que les empereurs aient revendiqué le monopole de l'événement, Orosius nous informe qu'à l'époque de Vespasien, Rome avait connu 320 triomphes.

Les triomphes et les processions de moindre importance, comme l'ovatio, s'accompagnaient souvent de spectacles de gladiateurs, d'événements sportifs et de théâtre, ainsi que d'ambitieux projets de construction. Jules César commémora la guerre d'Alexandrie en organisant un gigantesque simulacre de bataille navale (naumachiae) entre des navires égyptiens et phéniciens, l'action se déroulant dans un immense bassin construit à cet effet. Auguste simula une bataille en mer pour célébrer sa victoire sur Marc-Antoine et une autre dans un bassin artificiel pour reconstituer la célèbre bataille navale grecque de Salamine. Néron fit encore mieux en inondant un amphithéâtre entier pour accueillir son spectacle de bataille navale. Ces événements devinrent si populaires que des empereurs tels que Titus et Domitien n'avaient pas besoin de l'excuse d'une victoire militaire pour émerveiller le public avec des batailles navales épiques sur des thèmes mythologiques. Les manœuvres et la chorégraphie de ces événements étaient inventées mais les combats étaient réels et de nombreux condamnés et prisonniers de guerre donnèrent leur vie pour atteindre le réalisme ultime.

Tragedy Theatre Mask
Masque de théâtre de tragédie
John Ward (CC BY-NC-ND)

Théâtre

Les pièces de théâtre, les reconstitutions, les récitals, les mimes, les pantomimes, les tragédies et les comédies (en particulier les pièces de la Grèce classique) se déroulaient dans des théâtres construits à cet effet, dont certains, comme celui de Pompée à Rome, pouvaient accueillir 10 000 spectateurs. Les scènes les plus célèbres des productions classiques étaient également mises en scène et le théâtre romain, en général, devait beaucoup aux conventions établies par la tragédie et la comédie grecques antérieures. Le théâtre romain devait beaucoup aux conventions établies par les tragédies et les comédies grecques antérieures, mais les Romains ajoutèrent d'importants éléments au format établi, notamment l'utilisation d'acteurs parlant davantage et un fond de scène beaucoup plus élaboré. Le théâtre fut populaire tout au long de la période romaine et les riches parrainaient les productions pour les mêmes raisons qu'ils parrainaient d'autres spectacles. Le format théâtral le plus populaire était la pantomime, où l'acteur jouait et dansait sur un accompagnement musical simple, inspiré du théâtre classique ou dans un genre entièrement nouveau. Ces artistes solistes, parmi lesquels des femmes, devinrent des superstars du théâtre. En effet, dans un sens, les grandes vedettes du théâtre comme Bathyllus, Pylades et Apolaustus devinrent immortelles, car des générations successives d'acteurs réutilisèrent leur nom de scène.

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Les exécutions publiques

L'exécution des criminels pouvait se faire en lâchant des animaux sauvages sur les condamnés (damnatio ad bestias) ou en les faisant combattre des gladiateurs bien armés et bien entraînés, voire entre eux. D'autres méthodes plus théâtrales comprenaient le bûcher ou la crucifixion, souvent avec le prisonnier déguisé en personnage de la mythologie romaine. Le crime du condamné était annoncé avant l'exécution et, en un sens, la foule devenait une partie active de la sentence. En effet, l'exécution pouvait même être annulée si la foule l'exigeait.

Conclusion

Le manque d'intérêt de l'élite intellectuelle pour le spectacle donna lieu à peu de références littéraires systématiques à ce sujet, et son attitude dédaigneuse est résumée par le commentaire de Pline sur la popularité des attelages de chars au cirque: "Combien de popularité et d'influence il y a dans une tunique sans valeur !" Cependant, la myriade de références secondaires au spectacle dans la littérature romaine et les preuves qui subsistent, comme l'architecture et les représentations dans l'art, témoignent de la popularité et de la longévité des événements mentionnés ci-dessus.

Pour notre regard moderne, les spectacles sanglants présentés par les Romains suscitent souvent répulsion et dégoût, mais peut-être devrions-nous considérer que les événements parfois choquants des spectacles publics romains étaient une forme d'évasion plutôt que représentatifs des normes sociales et des baromètres des comportements acceptés dans le monde romain. Après tout, on peut se demander quel type de société un visiteur de notre monde moderne pourrait envisager en examinant simplement les mondes irréels et souvent violents du cinéma et des jeux vidéo. Peut-être que le monde radicalement différent du spectacle romain contribua en fait à renforcer les normes sociales plutôt que d'agir comme une subversion de celles-ci.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2013, décembre 04). Jeux Romains, Courses de Chars et Spectacle [Roman Games, Chariot Races & Spectacle]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-635/jeux-romains-courses-de-chars-et-spectacle/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Jeux Romains, Courses de Chars et Spectacle." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le décembre 04, 2013. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-635/jeux-romains-courses-de-chars-et-spectacle/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Jeux Romains, Courses de Chars et Spectacle." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 04 déc. 2013. Web. 07 déc. 2021.

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