Les légions romaines de Syrie servaient de tampon, protégeant l'Empire romain non seulement contre des menaces extérieures telles que la Parthie et l'Empire sassanide, mais aussi contre des menaces intérieures pendant la grande révolte juive de 66 après J.-C. et la révolte de Bar-Kochba (132-135 ap. J.-C.). Située au sud de la Cappadoce et à l'ouest de la Mésopotamie, la Syrie devint une province romaine en 64 avant J.-C. Au cours des Ier et IIe siècles de notre ère, elle formait une province unifiée où une seule légion était stationnée la plupart du temps. Cependant, l'empereur romain Septime Sévère (r. de 193 à 211 de notre ère) la divisa en deux: la Cœlé-Syrie avec la Legio IV Scythica et la Legio XVI Flavia Firma, et la Syrie-Phénicie avec la Legio III Gallica.
Legio III Gallica
La Legio III Gallica (emblème: trois taureaux; signe astrologique: Capricorne) était la troisième légion levée par Jules César (100-44 av. J.-C.) vers 49 avant J.-C. et qui servit avec lui en Gaule. Comme les légions de cette époque étaient connues par un numéro et non par un nom, il existe une certaine confusion quant aux activités d'une légion. Outre la troisième légion de César, il existait également une troisième légion qui combattit aux côtés de Pompée le Grand (106-48 av. J.-C.) contre César lors de la bataille de Pharsale en 48 av. J.-C. Certains historiens pensent que la légion de César reçut le nom de Gallica parce que la plupart de ses légionnaires étaient recrutés en Gaule, et afin de la distinguer de la légion de Pompée.
Après sa mort, la 3e légion de César fut réformée par Marc Antoine (83-30 av. J.-C.) et fut l'une des 16 légions qui servirent avec lui en Orient. Composée de recrues venues de Syrie, la légion participa à l'attaque infructueuse du commandant contre la capitale parthe de Phraaspa en 36 av. J.-C. Bien que la campagne ait initialement été couronnée de succès, les tactiques de guerre de siège romaine n'étaient pas à la hauteur de la guerre parthe, ce qui obligea les Romains à battre en retraite. Harcelée par la cavalerie et l'infanterie parthes, la 3e légion, dans une contre-attaque menée par Antoine, empêcha la destruction de la ligne de marche romaine. Malgré cela, Marc Antoine perdit un tiers de l'armée romaine pendant la retraite. Restée aux côtés d'Antoine, la légion participa peut-être à la bataille d'Actium en 31 av. J.-C. En 30 av. J.-C., la légion fut intégrée à l'armée permanente d'Octave et fut ensuite stationnée en Syrie.
Des années plus tard, alors que la IIIe Gallica affrontait les forces de Vitellius (r. 69 apr. J.-C.) avant la deuxième bataille de Bedriacum, le commandant romain Marcus Primus s'adressa aux légions rassemblées et rappela à la 3e, en particulier, le temps qu'elle avait passé sous les ordres d'Antoine. Tacite écrivit à propos du discours du commandant:
Il en dit davantage à la troisième légion, lui rappelant ses exploits anciens et nouveaux, "comment elle avait repoussé les Parthes sous Marc-Antoine, les Arméniens sous Corbulon, et tout récemment les Sarmates. Et vous, disait-il aux prétoriens avec indignation, paysans que vous êtes, à moins de vaincre aujourd'hui, quel autre empereur voudra de vous? quel autre camp vous recevra? C'est là que sont vos étendards et vos armes, et la mort si vous ôtes vaincus ; car la honte, vous l'avez épuisée tout entière." Un cri s'éleva de toute part. Le soleil parut alors, et la troisième légion, comme c'est l'usage en Syrie, salua son lever.
(Histoires, 3.24, trad. J. L. Burnouf)
En 4 avant J.-C., la IIIe légion gauloise contribua à réprimer les troubles en Judée après la mort d'Hérode le Grand (vers 75 à 4 av. J.-C.). Plus tard, sous le règne de l'empereur Néron (54-68 ap. J.-C.), la légion contribua à la défaite d'une autre rébellion des Parthes. Sous le commandement de son préfet de camp Capito, six cohortes de la troisième légion marchèrent vers le nord en 59 après J.-C. jusqu'en Cappadoce et firent partie de l'armée de Cnaeus Corbulo (Corbulon) qui s'empara d'Artaxate (Artashat) et de Tigranocerte en Arménie. La légion était également aux côtés de Corbulon en 62 après J.-C. lorsque son armée vint en aide à Caesennius Paetus après sa désastreuse bataille contre les Parthes. Alors que Paetus commandait les quatrième, douzième et cinquième légions, "les troisième, sixième et dixième légions ainsi que les anciens soldats de Syrie restèrent avec Corbulon" (Tacite, Annales, 15.6).
Lors de la révolte juive de 66 après J.-C., la légion fournit des cohortes pour aider à la prise de Jérusalem et subit de lourdes pertes au combat. La légion fut attaquée alors qu'elle gardait la forteresse Antonia. 250 légionnaires furent submergés et exterminés. Plus tard, dans une forteresse à Cypros, près de Jéricho, les légionnaires de la 3e légion furent pris au dépourvu et tués. Au final, 1 500 hommes de la 3e légion périrent. On ne sait pas avec certitude si la légion resta en Judée et accompagna Vespasien (r. de 69 à 79 apr. J.-C.) en Galilée. Ses effectifs étant décimés, Rome transféra la légion en Mésie.
En 68, la ville de Rome était en plein chaos. Néron s'était suicidé et quatre commandants romains se disputaient le trône. Pendant cette période mouvementée, les Roxolans, des nomades sarmates, profitèrent de la situation et traversèrent le Danube pour pénétrer en territoire romain. Après quelques succès initiaux, les nomades se concentrèrent davantage sur le pillage que sur les combats. Malgré ses effectifs réduits, la Legio III profita de la situation et passa à l'offensive. Selon Tacite:
... Pendant qu'ils erraient sans prévoyance, la troisième légion, soutenue des auxiliaires, les assaillit tout à coup. Du côté des Romains, tout était disposé pour l'action; les Sarmates, dispersés par l'ardeur de piller ou surchargés de bagages, et ne pouvant tirer parti de la vitesse de leurs chevaux dans des chemins glissants, se laissaient égorger comme des hommes enchaînés... (Histoires, 1.79).
Titus Flavius Vespasianus (Vespasien) fut proclamé empereur par ses troupes, parmi lesquelles se trouvait la III Gallica, qui contribua à obtenir le soutien des légions de Mésie. La IIIe légion faisait partie de l'armée de Marcus Primus qui envahit l'Italie et combattit les forces de Vitellius à Bedriacum et Crémone. Tacite écrit que:
L'assaut le plus terrible était livré par la septième et la troisième légion, et Antonins s'était jeté sur le même point avec l'élite des auxiliaires... Pendant que la septième monte à la brèche par colonnes pointues, la troisième brise la porte à coups de haches et d'épées. Le premier qui força le passage fut, au rapport unanime de tous les auteurs; C. Volusius, soldat de la troisième légion.
(Histoires, 3.29)
Après avoir hiverné à Capoue, la légion retourna en Syrie, remplaçant la XII Fulminata à Raphana sur l'Oronte. Les années qui suivirent virent la légion engagée dans une guerre constante contre la révolte juive et contre les incursions des Parthes.
En 218, la légion soutint le prétendant Élagabal (alias Héliogabale, r. de 218 à 222) au trône romain après l'assassinat de Macrin (r. de 217 à 218). Le 16 mai 218, Élagabal, âgé de 14 ans, fut introduit en secret dans le camp de la légion et proclamé empereur. Cependant, le règne du jeune empereur fut marqué par des soulèvements et des rébellions. Les 3e et 7e légions qui l'avaient soutenu se retournèrent contre lui, mais leurs tentatives pour le renverser échouèrent. Le 13 mars 222, alors qu'ils se trouvaient dans le camp de la garde prétorienne, Élagabal et sa mère furent exécutés, décapités, traînés dans les rues de Rome et jetés dans le Tibre. Il fut remplacé par Sévère Alexandre (222-235 ap. J.-C.). Pendant la période connue sous le nom de crise du IIIe siècle, la Legio III combattit aux côtés de l'empereur Aurélien (r. de 270 à 275 ap. J.-C.) contre la reine Zénobie de l'empire palmyrénien. Par la suite, les activités de la 3e légion restent floues. La légion resta en Syrie jusqu'à la fin de son existence.
Légion IV Scythica
L'origine de la Legio IV ou IIII Scythica (emblème: taureau; signe astrologique: Capricorne) n'est pas connue. Tout comme pour la III Gallica, il existe une certaine confusion car il y avait deux 4e légions: la IV Scythica et la IV Macedonica. Cette dernière était stationnée en Espagne et servit probablement sous Pompée, combattant César avant de se rendre à lui en 49 av. J.-C. La IV Scythica faisait partie de l'armée de Marc Antoine, réformée par Auguste (r. de 27 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.), et passa ses premières années en Macédoine. Certains soutiennent que la légion réformée provenait de la légion de Pompée et non de celle d'Antoine.
La IV Scythica servit sous Marcus Crassus (115-53 av. J.-C.) lors de sa conquête du territoire qui allait devenir la Mésie. La défaite des Bastarnes, une tribu des Scythes, donna son nom à la légion. Bien que les sources soient incertaines, elle aurait participé à la répression de la révolte de Pannonie de 6-9 apr. J.-C. La légion fut transférée en Syrie, peut-être pour aider Corbulon dans sa campagne en Arménie. Tacite mentionne l'arrivée d'une légion venue d'Allemagne avec des auxiliaires, de la cavalerie et de l'infanterie légère, et il fait référence à la 4e légion servant sous Caesennius Paetus:
J'ai dit en effet que ce général avait demandé pour l'Arménie un chef particulier, et l'on parlait de l'arrivée prochaine de Caesennius Paetus. Il parut bientôt, et les troupes furent ainsi divisées: la quatrième et la douzième légion, avec la cinquième, appelée récemment de Mésie, ainsi que les auxiliaires du Pont, de la Galatie et de la Cappadoce, obéirent à Paetus... (Annales, 15.6)
Si la légion ne joua qu'un rôle mineur dans la première révolte juive en 66 après J.-C., elle fournit des cohortes lors de l'attaque infructueuse contre Jérusalem. La légion fut transférée à Zeugma, en remplacement de la X Fretensis. Comme d'autres légions d'Orient, la Legio IV se déclara en faveur de Vespasien lorsqu'il fut proclamé empereur. En 70, la légion était avec Titus (r. de 79 à 81 de notre ère) à Jérusalem. Plus tard, la légion participa également à la répression de la deuxième révolte juive.
Bien que la quatrième légion ait soutenu Pescennius Niger, rival de Septime Sévère pour le trône romain en 193, la IV Scythica fut l'une des légions des guerres parthes sous Septime Sévère. Elle servit également dans la guerre parthique de Caracalla en 216-217 et dans la guerre perse de Sévère Alexandre contre les Sassanides en 231-233. La légion resta en Syrie, à Sura, jusqu'à la fin de son existence.
Legio XVI Flavia Firma
La Legio XVI Flavia Firma (emblème: lion; signe astrologique: inconnu) fut formée par Vespasien en 70 après J.-C. et reçut son nom de famille. L'emblème de la légion, le lion, est associé à la divinité préférée de l'empereur, Hercule. La 16e fut formée pour remplacer la XVI Gallica, tombée en disgrâce pour avoir soutenu Gaius Civilis lors de la révolte des Bataves en 69 après J.-C. La légion fut envoyée en Orient et stationnée en Cappadoce avec la XII Fulminata afin de se prémunir contre d'éventuelles incursions. Selon l'historien Suétone (c. 69 à vers 130/140 après J.-C.), Vespasien "garnit la Cappadoce de troupes afin de se prémunir contre les fréquentes incursions barbares..." (Les Douze Césars, 281).
Plus tard, la légion fut envoyée à Samosate en Commagène, sur l'Euphrate. Elle participa aux guerres perses tout au long des IIe et IIIe siècles, combattant aux côtés de Trajan lors de sa campagne contre les Parthes en 115-116 et dans la guerre romano-parthe sous Lucius Verus (r. de 161 à 169). Elle resta stationnée à Samosate jusqu'au règne de l'empereur Septime Sévère, date à laquelle certaines sources affirment qu'elle retourna en Syrie.
