La province de Mésie était essentielle à la protection des Balkans par l'armée romaine. Soumise par le commandant romain Marcus Licinius Crassus en 29 avant J.-C., elle faisait initialement partie de la Macédoine. En raison de sa situation géographique le long du Danube, elle devint essentielle pendant les guerres daciques des empereurs Domitien (r. de 81 à 96 ap. J.-C.) et Trajan (r. de 98 à 117 ap. J.-C.).
Les Daces envahissent la Mésie
À l'exception de brèves incursions en Mésie, le territoire de la Dacie n'avait jamais été un lieu de conflit pour Rome. Cependant, dans les années qui suivirent la mort de l'empereur romain Néron (r. de 54 à 68 ap. J.-C.), l'Empire romain était en proie à des troubles. Selon les mots de l'historien Tacite (vers 56 - vers 118 ap. J.-C.), il était divisé contre lui-même. Parmi les tribus germaniques qui saisirent l'occasion de défier l'autorité romaine pendant cette période difficile figuraient les Daces. Dans ses Histoires, Tacite écrit: "De leur côté s'émurent les Daces, nation toujours sans foi, alors sans crainte, la Mésie n'ayant plus d'armée." (3.46). Ce changement brusque dans l'attitude des Daces était dû à l'arrivée d'un nouveau roi, Décébale (r. d'environ 87 à 106 ap. J.-C.), qui envahit la Mésie en 85 ap. J.-C.
Le gouverneur de Mésie, Oppius Sabinus, et sa Legio V Macedonica réagirent rapidement. Finalement, le gouverneur fut tué et la légion presque décimée. Envoyée rapidement, la Legio IV Flavia arriva trop tard. L'empereur Domitien organisa sa riposte et marcha sur la Mésie en 86 après J.-C. Alors qu'il attendait en sécurité ailleurs, le préfet de la garde prétorienne Cornelius Fuscus conduisit une armée romaine à travers le Danube et affronta Décébale. Malheureusement, le préfet connut le même sort que Sabinus, et la Legio V Alaudae fut anéantie. Cependant, la chance de Rome allait bientôt tourner. En 88 après J.-C., le commandant romain Tettius Julianus conduisit ses légions (VII Claudia, I Italica, IV Flavia Felix et II Adiutrix) à travers le Danube, marcha sur le centre de la Dacie et vainquit les forces daciques à Tapae, où il campa pour l'hiver.
En 89 après J.-C., les Sarmates, pensant que les légions romaines se concentraient sur la révolte de Saturninus le long du Rhin, marchèrent sur la Mésie, pillant villes et fermes. Toujours campé dans le centre de la Dacie, où il se préparait à marcher sur la capitale Sarmizegetusa, Julianus apprit que Décébale et son armée étaient en route pour défendre leur capitale. Craignant que son armée et lui ne soient encerclés par les forces daciques et sarmates, Julianus retourna en Mésie et rejoignit Domitien. Ne voulant pas affronter les deux armées, les Sarmates traversèrent le Danube et se retirèrent de Mésie. Lorsque Domitien se vit proposer un traité de paix, il l'accepta.
Bien que Décébale ait accepté de retirer son armée de Mésie, les conditions, qui comprenaient le paiement annuel d'une somme d'or aux Daces, furent jugées inacceptables par le Sénat romain. La guerre était terminée, du moins pour le moment. Par la suite, Domitien divisa la province en deux: la Mésie inférieure et la Mésie supérieure. Quatre légions furent stationnées en Mésie, et quatre autres en Pannonie. Dans son ouvrage Les Douze Césars, l'historien Suétone (c. 69 - c. 130/140 ap. J.-C.) raconte comment l'empereur célébra un double triomphe pour ses victoires sur les Chattes (83 ap. J.-C.) et les Daces, sans faire aucune mention de la légion perdue.
Les guerres daciques de Trajan
Une décennie plus tard, Trajan et ses légions retournèrent en Mésie lorsque Décébale reprit la guerre et attaqua la Mésie. La plupart des informations dont nous disposons sur le séjour de l'empereur en Dacie proviennent de la colonne Trajane, un relief en spirale composé de 155 scènes situé dans le Forum romain. Déjà mécontent des termes du traité de Domitien, Trajan prépara ses légions à riposter. Une fois de plus, la Mésie servit de champ de bataille pour une guerre contre les Daces.
En 101 après J.-C., les quatre légions de Mésie - I Italica, IV Flavia Felix, V Macedonica et VII Claudia - se préparaient à traverser le Danube, et des légions venues de toute l'Europe marchaient vers la Mésie. Les légions des guerres daciques remportèrent la victoire lors de la deuxième bataille de Tapae et de la bataille des chars. Les Sarmates succombèrent à la défaite face aux légions de Mésie lors de la bataille d'Adamclisi. Une attaque contre la capitale dace amena Décébale en personne à discuter des conditions de la reddition. Trajan célébra son triomphe romain sur les Daces et, en signe de reconnaissance, le Sénat lui décerna le titre de Dacius. Réalisant qu'une deuxième guerre était inévitable, Trajan ordonna la construction d'un pont permanent sur le Danube.
Lors de la deuxième guerre dacique (105-106 ap. J.-C.), Trajan entra en Dacie avec douze légions. Décébale fut à nouveau vaincu et, pour éviter d'être capturé, le roi dace se suicida. Sa tête fut ramenée à Rome et exposée. La Dacie devint une province romaine et cinq légions furent affectées à la Mésie: la XIII Gemina, la I Italica, la V Macedonica, la VII Claudia et la XI Claudia. Plus tard, la XIII Gemina et la V Macedonica furent réaffectées à la Dacie. Selon Nigel Pollard dans The Complete Roman Legions, quatre légions s'installèrent en Mésie: la VII Claudia, la XI Claudia, la I Italica et la IV Flavia Felix.
Legio VII Claudia Pia Fidelis
La Legio VII Claudia (emblème: taureau; signe astrologique: Lion) fut créée par Jules César (100-44 av. J.-C.) pour sa campagne en Gaule. Cependant, certains historiens affirment qu'une 7e légion fut fondée par Pompée en 55 av. J.-C. Quoi qu'il en soit, une 7e légion combattit aux côtés de César contre les Helvètes lors des guerres gauloises en 58 av. J.-C., capturant à elle seule l'Aquitaine. Considérée comme l'une de ses meilleures, la légion accompagna César lors de son invasion de la Grande-Bretagne et combattit à ses côtés contre Pompée lors des guerres civiles. En 52 av. J.-C., la 7e légion, sous le commandement de Titus Labienus, vainquit une armée gauloise menée par Camulogène à Grenelle.
En 45 avant J.-C., la 7e légion fut envoyée en Italie, vraisemblablement pour être dissoute, mais elle fut appelée par Octave, avec la 8e légion, pour combattre Marc Antoine lors de la bataille de Mutina en 43 avant J.-C., lors de la bataille de Philippes en 42 avant J.-C. et lors du siège de Pérouse en 41 avant J.-C. Bien que les sources soient incertaines, elle aurait peut-être combattu aux côtés d'Octave lors de la bataille d'Actium en 31 avant J.-C. En 6 après J.-C., la légion fut l'une des cinq légions appelées en Pannonie lors du déclenchement de la révolte pannonienne. À la fin de la guerre, en 9 après J.-C., la 7e légion était stationnée en Dalmatie.
En 42 après J.-C., sous le règne de l'empereur Claude (r. de 41 à 54 ap. J.-C.), la VII Claudia et la XII Claudia reçurent l'ordre du gouverneur de Dalmatie, Furius Scribonianus, de marcher sur Rome et d'aider à destituer l'empereur, mais les deux légions revinrent rapidement sur leur décision et se retournèrent contre le gouverneur, le tuant ainsi que ses partisans. Claudius récompensa les deux légions en leur accordant le titre de Claudia Pia Fidelis (loyales et fidèles à Claudius). Par la suite, la 7e légion fut transférée en Mésie, où elle remplaça la IV Scythica.
Pendant l'année des quatre empereurs (69 ap. J.-C.), la légion se rangea du côté de l'empereur Othon contre le prétendant Vitellius. Malheureusement, la légion arriva trop tard pour apporter son aide lors de la première bataille de Bedriacum. De retour en Mésie, la 7e légion se rangea du côté du futur empereur Vespasien (r. de 69 à 79 ap. J.-C.), aidant son armée à vaincre Vitellius lors de la deuxième bataille de Bedriacum et de Crémone. Par la suite, la 7e légion retourna à sa base en Mésie. Lors de la guerre de Domitien contre les Daces, la légion contribua à la défaite de Décébale à Tapae. Pendant la guerre de Trajan contre Décébale, la base de la légion à Viminacium servit de quartier général à l'empereur.
Plus tard, la légion accompagna Trajan dans sa campagne contre les Parthes, puis l'empereur Hadrien (r. de 117 à 138 ap. J.-C.) pendant la révolte de Bar-Kochba. Des preuves indiquent qu'elle servit sous Verus (r. de 161 à 169 ap. J.-C.) dans sa campagne contre les Parthes et sous Marc Aurèle (161-180 ap. J.-C.) contre les Marcomans. La légion soutint la revendication du trône de Septime Sévère (r. de 193 à 211 ap. J.-C.) et combattit Pescennius Niger et Clodius Albinus. La légion resta à sa base de Viminacium tout au long du IVe siècle ap. J.-C.
Legio XI Claudia Pia Fidelis
La Legio XI Claudia (emblème: Neptune; signe astrologique: Gémeaux) fut formée par Jules César en 58 av. J.-C. et combattit à ses côtés contre les Helvètes lors des guerres gauloises et contre Pompée lors des guerres civiles. Comme la 7e, elle fut temporairement dissoute en 45 av. J.-C., mais reconstituée par Octave en 42 av. J.-C., qui la fit combattre à Philippes, Pérouse et Actium. Après la bataille de la forêt de Teutoburg, où Publius Quinctilius Varus perdit trois légions en 9 après J.-C., la légion fut transférée en Dalmatie, à Burnum. Tout comme la 7e, la 11e obéit initialement aux ordres du gouverneur dalmate Scribonien de renverser l'empereur Claude; cependant, elle revint rapidement sur sa décision et se retourna contre le gouverneur, recevant le titre de Claudia Pia Fidelis pour avoir mis fin à la révolte.
Tout comme sa légion sœur, la 11e soutint Othon, mais arriva trop tard pour apporter son aide lors de la première bataille de Bedriacum. De retour en Dalmatie, la légion soutint Vespasien, mais ne participa pas à la deuxième bataille de Bedriacum. Bien que cela fasse l'objet d'un débat, la légion aurait hésité et ce n'est qu'après le succès des forces de Vespasien à Bedriacum et Crémone que la XI Claudia marcha sur Rome. Peu après, la légion fut envoyée pour aider le commandant romain Petillius Cerialis à combattre Civilis et la révolte des Bataves.
En 83 après J.-C., la Legio XI participa à la campagne victorieuse de Domitien contre les Chattes. En 101 après J.-C., elle servit sous Trajan lors de ses guerres daciques. Elle fut ensuite transférée en Mésie inférieure, à Durosturum (aujourd'hui en Bulgarie). Les années suivantes sont floues. Elle aurait peut-être combattu aux côtés de Marc Aurèle contre les Marcomans. Il existe des preuves qu'elle soutint la revendication du trône de Septime Sévère et combattit contre le prétendant Pescennius Niger, participant au siège de Byzance et à la bataille d'Issos. La légion resta à Durosturum jusqu'à la fin de son existence.
Legio I Italica
La Legio I Italica (emblème: l'ours; signe astrologique: le Capricorne) fut formée par l'empereur Néron vers 66 après J.-C. pour sa campagne avortée en Parthie. Comme la légion devait être équipée à la manière d'une phalange macédonienne, il la surnommait la "phalange d'Alexandre". En 67 après J.-C., il l'envoya à Lugdunum (aujourd'hui Lyon) en Gaule pour faire face à la rébellion manquée du gouverneur Gaius Vindex, mais elle arriva trop tard pour être d'une quelconque utilité. En 69 après J.-C., la légion participa à la première bataille de Bedriacum et rejoignit la Legio XXI Rapax, la V Alaudae et la XXII Primigenia dans la marche de Vitellius sur Rome. Lors de la deuxième bataille de Bedriacum, la I Italica soutint à nouveau Vitellius contre les forces de Vespasien, mais fut vaincue. Tacite évoqua la marche des légions sur Crémone pour occuper la ville: "A leur suite marchèrent les vexillaires de la quatorzième et de la seizième légion, puis la cinquième et la dix-huitième, enfin la vingt et unième Rapax, et la première italique... » (Histoires, 2.100).
Par la suite, la I Italica fut envoyée en Mésie avec la V Alaudae, la VII Claudia et la V Macedonica, où elles combattirent les Sarmates et leur invasion de la Mésie. La légion établit sa base à Novae. Comme les autres légions de Mésie, la I Italica combattit dans les guerres daciques de Domitien et de Trajan. Après avoir rejoint Trajan dans sa campagne contre les Parthes, elle passa le reste de son existence à Novae.
Legio IV Flavia Felix
La Legio Flavia Felix (emblème: lion; signe astrologique: Capricorne) fut fondée par Vespasien à partir de soldats de la Legio IV Macedonica qui avaient été déshonorés lors de la révolte des Bataves. Elle fut stationnée dans la capitale Burnum en Dalmatie, où elle remplaça la XI Claudia. En 88 après J.-C., la légion participa à la victoire romaine à Tapae. Après la campagne de Domitien en Dacie, la légion fut transférée en Mésie supérieure à Singidunum (aujourd'hui Belgrade). La légion participa à la campagne de Trajan en Dacie. Après un bref séjour à Sarmizegetusa, la 4e légion retourna à sa base de Singidunum où elle resta jusqu'à la fin de son existence. On ignore quelles furent ses activités après les guerres daciques, mais elle aurait peut-être soutenu Septime Sévère dans sa revendication du trône et aurait participé à sa campagne contre les Parthes.
