Hérôon de Trysa: réapparition d'une tombe lycienne

Duncan JD Smith
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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L'Hérôon de Trysa était la tombe d'un puissant dynaste lycien entourée d'un mur d'enceinte recouvert de remarquables frises mythologiques. Il fut découvert en 1841 lorsqu'un enseignant polonais-prussien et philologue classique, Julius August Schönborn (1801-1857), entreprit d'explorer la péninsule de Teke, dans le sud-ouest de la Turquie. Plus de 2 000 ans auparavant, cette région montagneuse à l'est de Rhodes était le royaume de Lycie. Schönborn reconnut les sarcophages ogivaux en pierre et les tombes à piliers caractéristiques des Lyciens. Cependant, ce qu'il découvrit le 20 décembre était tout à fait différent, et le sort réservé à ces frises allait sublimer une histoire archéologique déjà surprenante.

Model of the Heroon of Trysa
Maquette de l'Hérôon de Trysa Duncan JD Smith (Copyright)

Les héros d'Homère

Un mystère considérable entoure Trysa et les Lyciens. En raison de la rareté des vestiges préhistoriques sur la péninsule, les archéologues ont suggéré que les Lyciens étaient des colons nomades. Des poteries mises au jour dans les années 1950 sur le site lycien plus connu de Xanthos suggèrent qu'ils seraient arrivés dans la région au VIIIe siècle avant J.-C. Si cela s'avère exact, leur apparition serait contemporaine de celle d'Homère, l'auteur semi-légendaire de l'Iliade et de l'Odyssée. En effet, la première mention littéraire de la Lycie se trouve dans l'Iliade, où Homère écrit: "Et l'irréprochable Sarpèdôn commandait les Lykiens, avec l'irréprochable Glaukos. Et ils étaient venus de la lointaine Lykiè et du Xanthos plein de tourbillons." pour combattre dans la guerre de Troie (Iliade, livre II, ligne 875, trad Leconte de Lisle). Hérodote émit ensuite l'hypothèse que Sarpédon avait conduit les Lyciens de Crète en Turquie (Anatolie).

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Quant au nom "Lycie", selon la mythologie grecque, il dérive d'un marchand athénien exilé, Lycus, qui s'installa dans la région au cours du Ve siècle avant J.-C. À cette époque, la Lycie subit une influence économique et culturelle grecque considérable, et les divinités lyciennes trouvèrent leurs équivalents dans le panthéon grec. Cependant, après la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.), la Lycie tomba progressivement sous la domination perse. Les artisans grecs, notamment ceux basés à Athènes, ravagée par la guerre, cherchèrent du travail en Anatolie, et c'est à cette époque que fut construit le Herôon de Trysa.

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Un hérôon est défini comme un sanctuaire situé au-dessus et autour de la tombe d'un souverain respecté et utilisé pour sa vénération et le culte des héros.

Trysa est situé à 792 m d'altitude sur une longue crête de la chaîne montagneuse du Taurus, surplombant les gorges de Demre, entre les villes lyciennes de Myra et Cyaneae (son voisin moderne le plus proche est le village de Gölbaşi). À l'époque lycienne, il faisait partie d'un ensemble disparate de cités-États qui couvraient la péninsule de Teke. Le nom "Trysa" n'apparaît toutefois pas dans la littérature antique et n'est connu que par des inscriptions, ainsi que par des pièces de monnaie de l'époque portant l'inscription "TR".

À l'exception d'un petit temple en ruines et de quelques citernes, les monuments de Trysa sont tous funéraires. Composés de sarcophages ogivaux simples et décorés, ainsi que d'une tombe à piliers en ruines, ils parsèment la crête partiellement en terrasses, qui était à l'origine entourée d'un mur d'enceinte construit en moellons dont seules les parties nord et ouest subsistent. Outre ces structures, le grand trésor de Trysa est son hérôon.

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Reconstruction of the Entrance to the Heroon of Trysa
Reconstruction de l'entrée de l'Hérôon de Trysa Duncan JD Smith (Copyright)

Frise unique

Un hérôon est défini comme un sanctuaire construit dans le monde classique au-dessus et autour de la tombe d'un souverain respecté et utilisé pour sa vénération et le culte des héros. L'hérôon de Trysa se trouvait à l'extrémité nord-est du site, où il consistait en une tombe à plusieurs étages d'un souverain anonyme et de sa famille, située au milieu d'une enceinte sacrée d'environ 21 m (70 pieds) carrés. Le mur d'enceinte, d'une hauteur d'environ 3 m (9-10 pieds), était recouvert sur ses quatre côtés intérieurs, ainsi que sur la face extérieure du côté de l'entrée, d'une frise en calcaire polychrome d'origine, composée de deux bandes horizontales superposées. Le culte funéraire était célébré dans une structure en bois adjacente.

Ce sont ces reliefs qui rendent l'Hérôon de Trysa si particulier. Probablement sculptés vers 380 avant J.-C. par des artisans grecs émigrés, ils entremêlent de manière unique les exploits héroïques de la mythologie lycienne avec des épisodes grecs similaires, qui étaient utilisés pour souligner le statut héroïque du souverain inhumé. Il s'agit notamment de scènes de l'Iliade et de l'Odyssée, des exploits de Thésée, des Sept contre Thèbes sur le thème d'Œdipe, ainsi que des batailles entre Grecs et Amazones, Centaures et Lapithes. La scène homérique qui flanque l'entrée dans le mur sud est typique: elle représente le héros corinthien Bellérophon sur son cheval ailé Pégase aux prises avec la Chimère cracheuse de feu.

Battle Scene from the Heroon of Trysa
Scène de bataille de l'Hérôon de Trysa Duncan JD Smith (Copyright)

Il convient également de noter les représentations magistrales des draperies fluides, les allusions à la perspective linéaire et les nouveaux filets d'encadrement utilisés pour diviser les scènes sur chaque pierre (il s'agit notamment d'un arbre, dont le tronc et les branches sont partagés par deux pierres adjacentes, et des gouvernails de navires échoués qui plongent dans la pierre en dessous). Tous ces éléments sont déployés sur le mur ouest dans la scène animée d'une bataille en mer suivie du siège d'une ville, qui cède à son tour la place à une amazonomachie (un affrontement avec les légendaires guerrières). Il est difficile de ne pas supposer que la scène s'inspire du siège de Troie.

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Archéologues autrichiens

Malheureusement, lorsqu'on décrit aujourd'hui l'Herôon de Trysa, il faut utiliser le passé. Si l'on visite le site aujourd'hui, le cadre reste indéniablement spectaculaire, mais l'Herôon a en grande partie disparu. Son découvreur, Julius August Schönborn, est mort en 1857 sans laisser de carte. Cela n'a toutefois pas empêché une équipe d'archéologues autrichiens de se lancer en 1881 pour redécouvrir le site. Ils étaient dirigés par Otto Berndorf (1838-1907), professeur d'archéologie classique à l'université de Vienne et premier directeur des fouilles à Éphèse.

Berndorf se distinguait de Schönborn par le fait qu'il disposait des ressources financières et de l'influence politique nécessaires pour acquérir l'Hérôon pour l'Autriche. Une fois le financement en place et l'autorisation des autorités ottomanes obtenue, Berndorf n'avait plus besoin que de la main-d'œuvre nécessaire pour démanteler le monument. Son équipe construisit une route menant au site, apportant les outils et les provisions nécessaires au travail. Ils se mirent alors à démonter la frise, ainsi que la porte monumentale et certaines parties de la tombe. Ces éléments furent ensuite chargés sur des charrettes et transportés jusqu'à la mer.

Seashore Battle, Heroon of Trysa
Bataille en bord de mer, Hérôon de Trysa Duncan JD Smith (Copyright)

Compte tenu de la tâche à accomplir, le travail s'est déroulé relativement bien. Seul bémol: la magnifique porte s'est renversée pendant le transport et s'est écrasée sur les rochers en contrebas. Malgré cela, la précieuse cargaison a fini par être chargée sur un navire et transportée à Trieste. Elle a ensuite été acheminée par voie terrestre jusqu'à la capitale autrichienne, Vienne, où elle est arrivée en 1884.

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Retour héroïque

Les éléments constitutifs de l'Hérôon de Trysa furent déposés au Kunsthistorisches Museum, alors en cours d'achèvement, sur la célèbre Ringstrasse de Vienne. Cependant, la construction était trop avancée pour intégrer ce qui allait devenir une exposition gigantesque une fois reconstruit. Ainsi, malgré tous les efforts déployés pour les acquérir, les frises furent entreposées à l'abri des regards dans les sous-sols du musée.

Pendant les cent années qui suivirent, la frise de Trysa resta cachée. Ce n'est qu'en 1984, et seulement pendant quelques jours, que la frise démontée fut accessible au public lors d'une journée portes ouvertes. La présence de quelque 6 500 visiteurs témoignait de la curiosité du public pour ce trésor classique unique. Cependant, une fois l'événement terminé, le dépôt referma ses portes sur les frises.

Heroon of Trysa - Detail
Hérôon de Trysa, détail Duncan JD Smith (Copyright)

Par la suite, diverses idées ont été proposées pour exposer les frises, notamment la construction d'une nouvelle galerie souterraine sous le parvis du musée. Aucune n'a toutefois abouti, faute de fonds. Ce n'est qu'à la fin de l'année 2018 qu'une solution partielle a été trouvée lorsque certains des reliefs ont été exposés au musée d'Éphèse, qui occupait depuis 1978 des salles du Neue Burg des Habsbourg, de l'autre côté de la Ringstrasse. L'espace étant limité et le poids de la frise étant un sujet de préoccupation, il ne s'agit que d'une reconstruction partielle, la porte principale, par exemple, n'étant qu'une représentation artistique.

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Cependant, la possibilité de voir de près une partie de la frise après tant d'années vaut bien ce compromis, et l'expérience est agréablement complétée par une maquette à l'échelle de l'hérôon tel qu'il devait être à l'origine. Trois panneaux en relief sont également exposés actuellement dans la collection d'antiquités grecques et romaines du Kunsthistorisches Museum. À plus long terme, il est prévu que l'ensemble de la frise soit exposé dans sa propre galerie au rez-de-chaussée.

Cet article a été initialement publié dans le magazine Timeless Travels. Le rédacteur de voyage Duncan J. D. Smith est l'auteur et l'éditeur de Only In Guides, une série de guides touristiques destinés aux voyageurs culturels indépendants. Vous pouvez en savoir plus sur son travail sur www.onlyinguides.com et www.duncanjdsmith.com.

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Bibliographie

World History Encyclopedia est un associé d'Amazon et perçoit une commission sur les achats de livres sélectionnés.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Duncan JD Smith
Travel writer Duncan J. D. Smith FRGS is the author and publisher of the Only In Guides, a series of city guidebooks aimed at independent cultural travellers. You can find out more about his work at www.onlyinguides.com and www.duncanjdsmith.com.

Citer cette ressource

Style APA

Smith, D. J. (2026, janvier 25). Hérôon de Trysa: réapparition d'une tombe lycienne. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1584/heroon-de-trysa-reapparition-dune-tombe-lycienne/

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Smith, Duncan JD. "Hérôon de Trysa: réapparition d'une tombe lycienne." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, janvier 25, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1584/heroon-de-trysa-reapparition-dune-tombe-lycienne/.

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Smith, Duncan JD. "Hérôon de Trysa: réapparition d'une tombe lycienne." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 25 janv. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1584/heroon-de-trysa-reapparition-dune-tombe-lycienne/.

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