Bataille de Salamine

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Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 05 mai 2013
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Texte original en Anglais : Battle of Salamis

Battle of Salamis, 480 BCE (by Dept. of History, US Military Academy, CC BY-SA)
Bataille de Salamine, 480 av. JC
Dept. of History, US Military Academy (CC BY-SA)

La bataille de Salamine fut une bataille navale entre les forces grecques et perses dans le golfe Saronique, en Grèce, en septembre 480 av. JC. Les Grecs venaient de perdre la bataille des Thermopyles et de faire match nul à la bataille navale du cap Artémision, toutes deux en août 480 av. JC, alors que le roi Xerxès Ier (r. 486-465 av. JC) et son armée perse saccageaient tout sur leur passage. Les Grecs remportèrent la bataille de Salamine, l'une des plus grandes et des plus importantes victoires militaires de l'Antiquité. En surmontant la supériorité numérique grâce à des tactiques audacieuses et à une détermination sans faille, les forces grecques alliées gagnèrent une liberté qui permit une période d'effort artistique et culturel sans précédent qui constitua les fondements de la culture occidentale pendant des millénaires.

Contexte: Les guerres perses

UNE TRENTAINE DE POLEIS GRECqueS SE PRÉPARèrENT À RIPOSTER et LA BATAILLE DE SALAMINE ALLAIT MONTRER À XERXÈS QUE LA GRèCE ÉTAIT LOIN D'ÊTRE CONQUISE.

Dès les premières années du Ve siècle avant JC, l'empire perse achéménide, sous le règne de Darius Ier (r. 522-486 av. JC), s'étendait déjà en Europe continentale et avait soumis la Thrace et la Macédoine. L'objectif suivant était d'étouffer une fois pour toutes l'ensemble des États rebelles potentiellement gênants situés à la frontière occidentale de l'empire. En 490 av. JC, les forces grecques dirigées par Athènes firent face aux Perses à la bataille de Marathon et vainquirent les envahisseurs. Cette bataille acquit un statut mythique chez les Grecs, mais elle n'était en réalité que l'ouverture d'une longue guerre dont les principaux actes étaient constitués de plusieurs autres batailles. En 486 av. JC, Xerxès, devenu roi, envahit d'abord les Cyclades, puis la Grèce continentale après sa victoire aux Thermopyles en août 480 av. JC contre une force grecque symbolique. Lors de la bataille navale indécise du cap Artémision (également en août 480 av. JC), les Grecs résistèrent à la supériorité numérique de la flotte perse mais durent se regrouper à Salamine.

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La Grèce était alors ouverte aux envahisseurs et les forces perses se déchaînèrent sur les poleis ou cités-états grecques, saccageant même Athènes. Cependant, une trentaine de poleis grecques se préparèrent à riposter et la bataille de Salamine allait montrer à Xerxès que la Grèce, ou du moins une grande partie de celle-ci, était loin d'être conquise.

La flotte perse

Le vaste empire perse s'étendait du Danube à l'Égypte et de l'Ionie à la Bactriane, et Xerxès put puiser dans une énorme réserve de ressources pour amasser une énorme force d'invasion. Ariabignès, le fils de Darius, commandait les flottes ionienne, carienne et égyptienne. Kybernis, le roi de Xanthos, dirigeait la flotte lycienne composée de 50 navires. Artémise, le tyran d'Halicarnasse, dirigeait la flotte dorienne de 30 navires et d'autres commandants connus comprenaient Préxaspe, Megabazus et Achaiménès. Techniquement, les Perses, et surtout les Phéniciens, étaient de meilleurs marins, mais comme la flotte provenait de toutes les parties de l'Empire, la motivation et les niveaux de communication étaient peut-être moindres que ceux de leurs adversaires qui parlaient tous la même langue et qui se battaient non seulement pour leur propre survie mais aussi pour celle de leurs familles et de leur mode de vie.

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Ancient Naval Battle
Bataille navale antique
The Creative Assembly (Copyright)

Le nombre exact de navires de la flotte perse n'est pas connu. Hérodote, dans ses Histoires (440-430 av. JC), dresse des listes précises, mais celles-ci sont généralement considérées comme exagérées et peu fiables. De plus, sa liste concerne la flotte perse qui naviguait à l'origine dans les eaux grecques et, à l'époque de Salamine, de nombreux navires avaient dû être laissés pour surveiller les ports et les voies d'approvisionnement ou avaient été perdus dans des tempêtes (notamment à Magnésie) et dans la bataille du cap Artémision un mois plus tôt. Néanmoins, voici ses chiffres pour les trières - navires de guerre à trois rangées de rames (notez les contributions des cités grecques conquises ou pro-perses) :

  • Phénicie 300
  • Égypte 200
  • Chypre 150
  • Cilicie 100
  • Ionie 100
  • Phrygie Hellespontique 100
  • Carie 70
  • Éolides 60
  • Lycie 50
  • Pamphylie 30
  • Doriens 30
  • Cyclades 17

Une autre source, l'auteur de la tragédie grecque Eschyle, semble soutenir Hérodote dans son œuvre Les Perses (472 av. JC), où il affirme que la flotte perse comptait 1 207 navires, contre 310 seulement pour la force grecque. En tenant compte des pertes subies de la manière décrite ci-dessus, on estime qu'environ 500 trières affrontèrent les Grecs à Salamine, mais il n'y a pas de consensus scientifique sur un chiffre même approximatif. Il y aurait également eu de nombreux navires plus petits, tels que des pentécontères (50 rames) et des triacontères (30 rames), mais le chiffre de 3000 d'Hérodote semble vraiment exagéré.

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La flotte grecque

LA TACTIQUE ET LA STRATÉGIE GRECQUES ÉTAIENT DÉCIDÉES PAR UN CONSEIL COMPOSÉ DE 17 COMMANDANTS DE CHACUN DES CONTINGENTS PARTICIPANTS.

La flotte grecque alliée était commandée par le Spartiate Eurybiade, un choix surprenant si l'on considère qu'Athènes était la grande puissance navale et fournissait de loin le plus grand nombre de navires. Les deux autres commandants principaux étaient Thémistocle d'Athènes et Adimante de Corinthe. En fait, la tactique et la stratégie étaient décidées par un conseil composé de 17 commandants de chacun des contingents participants. Cependant, c'est Thémistocle, le brillant commandant de la marine, fort de ses 20 ans d'expérience et du succès du cap Artémision contre des effectifs bien supérieurs, qui aurait eu le mérite d'avoir décidé de tenir sa position à Salamine au lieu de battre en retraite vers l'isthme de Corinthe et d'avoir été à l'origine de la victoire grecque.

Les chiffres d'Hérodote sont une fois de plus incohérents, son grand total de 380 trières composant la flotte grecque est de 15 de plus que la somme des contributions individuelles des États :

  • Athènes 200
  • Corinthe 40
  • Égine 30
  • Mégare 20
  • Sparte 16
  • Sicyone 15
  • Epidaure 10
  • Erétrie 7
  • Ambracie 7
  • Trézène 5
  • Naxos 4
  • Hermione 3
  • Leucade 3
  • Styra 2
  • Kea 2
  • Kythnos 1

Les chiffres pour certains États sont étrangement similaires à ceux donnés avant la bataille d'Artémision, ce qui suggère de manière peu plausible soit qu'ils ne subirent pratiquement aucune perte lors de ce conflit, soit qu'ils furent rapidement remplacé leurs navires. Eschyle donne un chiffre total de 310 et Thucydide de 400. En résumé, nous pouvons seulement dire que la flotte perse semble avoir été nettement supérieure en nombre à la flotte grecque.

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La trière

Les deux camps disposaient de navires très similaires - les trières (ou trirèmes, triērēis en grec) - qui étaient des navires de guerre en bois de 40 à 50 tonnes, mesurant jusqu'à 40 m de long. Légers, aérodynamiques et maniables, ils étaient propulsés au combat par 170 rameurs répartis sur trois rangs de chaque côté du navire. Capables d'accélérer rapidement, de freiner, de zigzaguer et de tourner à 360 degrés en seulement deux longueurs de navire, les bons marins pouvaient placer le navire de manière optimale et utiliser la principale stratégie de guerre navale de l'époque, qui consistait à éperonner l'ennemi, en faisant pleinement usage du bélier en bronze fixé à la proue du navire. Les trières transportaient également un petit nombre de soldats, au moins dix hoplites et quatre archers. Les Perses en transportaient généralement davantage: 14 combattants et 30 Mèdes armés d'un arc, d'une lance et d'une épée. Ces troupes supplémentaires s'avéraient très utiles lors des combats rapprochés avec l'ennemi et en cas d'abordage d'un navire ennemi.

Greek Trireme [Illustration]
Trière grecque
MatthiasKabel & Sting (GNU FDL)

Les trières avaient une faiblesse: elles ne pouvaient fonctionner efficacement que sur une mer relativement calme, avec des vagues de moins d'un mètre de haut, sinon l'eau entrait par les parexeiresiai sur lesquels s'appuyaient rames et inondait le navire. De plus, elles devaient rester près de la côte car, chaque nuit, elles devaient être échouées pour éviter que le bois léger ne s'imbibe d'eau, ce qui réduisait considérablement les performances de vitesse du navire. En outre, il y avait très peu d'espace à bord pour les provisions et pas de place pour dormir, de sorte que les équipages n'avaient d'autre choix que de débarquer chaque nuit. Avant la bataille, les navires grecs étaient échoués dans plusieurs baies de l'île de Salamine, de Kynosoura à Paloukia. Là aussi se trouvait une grande partie de la population évacuée d'Athènes et de l'Attique. Les Perses, quant à eux, étaient stationnés dans la baie de Phalère, à moins de 10 km de là, de l'autre côté du golfe Saronique et près du Pirée qui avait été capturé.

Stratégies

LES COMMANDANTS MENAIENT DE FRONT ET CHACUN SE TROUVAIT SUR SON PROPRE NAVIRE AU CŒUR DE LA BATAILLE.

Les commandants menaient de front et chacun se trouvait sur son propre navire au cœur de la bataille. De là, les manœuvres pouvaient être signalées aux autres navires de la flotte à l'aide de drapeaux et de trompettes. Cependant, une fois la bataille pleinement engagée, les conflits navals se résumaient à un seul navire contre un seul adversaire plutôt qu'à des manœuvres coordonnées avec précision.

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Avant l'engagement total entre les flottes adverses, deux stratégies principales étaient employées par les commandants les plus habiles. La première consistait à contourner la ligne ennemie (periplous) et la seconde à percer les brèches dans la ligne ennemie et à attaquer par l'arrière (diekplous). Toutes deux visaient à placer le navire en position d'éperonner le point le plus faible de l'ennemi, à savoir la côté ou la poupe. L'objectif était de percer un trou dans le navire ennemi ou de briser un nombre suffisant de ses rames pour le mettre hors d'état de nuire. Pour éviter d'endommager leurs propres rames, les équipages étaient entraînés à les retirer en quelques secondes (généralement d'un seul côté du navire tandis que l'autre côté maintenait l'élan du navire). Pour se défendre contre ces deux tactiques, un commandant compétent s'assurait que l'un de ses côtés était protégé par des hauts-fonds ou la côte et que ses équipages étaient suffisamment entraînés pour maintenir un ordre serré. En eau libre, les navires pouvaient être organisés en cercle ou en arc de cercle défensif (plus pratique pour les grandes flottes), les proues pointant vers l'extérieur (kyklos).

La bataille

Les détails réels de la bataille sont sommaires et souvent contradictoires entre les sources anciennes. Néanmoins, en présentant les éléments les plus communément admis, la première action de la bataille fut la défection de deux navires ioniens au profit de la flotte grecque alliée. Thémistocle, qui envoya peut-être des messages aux flottes d'État grecques pro-perses, avait espéré d'autres défections de ce type, mais aucune autre ne se produisit. Un navire de Ténos informa les Grecs que les Perses se rassemblaient dans le détroit et bloquaient la flotte grecque. Les Perses s'étaient mis en position pendant la nuit, espérant surprendre l'ennemi, mais cette stratégie avait peu de chances de réussir compte tenu des courtes distances à parcourir et du bruit fait par les rameurs. Il est également possible que Thémistocle ait envoyé des messages à Xerxès indiquant que la fragile alliance grecque était en train de se briser et que la flotte était sur le point de battre en retraite.

Trireme Hull with Bronze Ram
Coque de trière avec bélier en bronze
Magnus Manske (CC BY-SA)

Les deux flottes s'alignèrent probablement le long d'un axe est-ouest oblique, les Perses étant proches de la côte continentale et les deux flottes ayant une côte amie derrière elles. En effet, la proximité de la côte continentale opposée aurait été évitée par les navires grecs en raison du positionnement par Xerxès d'un contingent de ses archers à cet endroit. Sur l'aile ouest (droite), les Phéniciens affrontèrent les Athéniens et les Ioniens les Spartiates. Sur le flanc gauche des Perses trouvèrent les Cariens et les Doriens. Derrière la ligne principale grecque, le contingent d'Égine et certains des navires athéniens attendaient en réserve. Les Corinthiens étaient postés à l'ouest des lignes de combat, protégeant le passage vers Éleusis, tandis que les Chypriotes, les Ciliciens et les Hellespontins pro-perses se tenaient en retrait au sud, gardant la sortie vers le Pirée. Selon Diodore de Sicile, Xerxès envoya sa flotte égyptienne pour sceller le détroit entre Salamine et Mégare et engager les navires grecs qui se séparaient de la flotte principale.

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Depuis son poste de commandement, au petit matin, Xerxès n'aurait pas vu une flotte sur le point de battre en retraite, mais des Grecs positionnés à deux navires de profondeur le long d'une courbe de 3 km de long, présentant peut-être une ligne de 130 navires contre le front principal perse de 150 navires, à trois navires de profondeur. Les Perses avancèrent, se serrant de plus en plus les uns contre les autres en s'alignant sur le front plus étroit de l'ennemi. Les Grecs gardèrent leur position, attirant les Perses dans un périmètre de plus en plus étroit. Les navires commencèrent à s'éperonner, et dans l'espace restreint, ils auraient eu du mal à se dégager. Les soldats armés à bord auraient alors pris toute leur importance, les hoplites et les archers se battant sur les ponts comme dans une bataille terrestre. Avec d'autres navires perses arrivant par l'arrière et les Corinthiens les rejoignant par le côté, il dut y avoir un chaos de navires brisés et d'hommes noyés - en particulier parmi les Perses qui n'avaient pas de rivage où se replier et ne savaient probablement pas nager.

Disposant de plus d'espace pour manœuvrer, les navires grecs réussirent à s'emparer des navires perses serrés les uns contre les autres, qui ne pouvaient pas se replier car leurs lignes étaient maintenant profondes de plusieurs navires. Dans l'après-midi, la victoire grecque était assurée et les navires perses restants se retirèrent en Asie mineure. L'étape finale de la bataille fut le transfert de la force hoplite grecque de Salamine sur le continent, où les forces terrestres perses furent rapidement éliminées.

Une fois de plus, l'oracle énigmatique d'Apollon à Delphes s'avéra exact: "seule une muraille de bois peut vous protéger". Comme à Artémision, les navires en bois de la flotte grecque combinée avaient, pour la deuxième fois, repoussé l'avancée perse.

Battle of Salamis, 480 BCE
Bataille de Salamine, 480 av. JC
Ancient Warfare Magazine / Karwansaray Publishers (Copyright)

Les repercussions

Après la défaite, Xerxès rentra dans son palais de Suse et laissa le talentueux général Mardonius en charge de l'invasion. La position des Perses était encore forte malgré la défaite - ils contrôlaient toujours une grande partie de la Grèce et leur grande armée terrestre était intacte. Après une série de négociations politiques, il devint évident que les Perses ne parviendraient pas à remporter la victoire sur terre par la diplomatie et les deux armées opposées se rencontrèrent à la bataille de Platées en août 479 av. JC. Les Grecs, qui alignèrent la plus grande armée d'hoplites jamais vue, remportèrent la bataille et mirent définitivement fin aux ambitions de Xerxès en Grèce.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2013, mai 05). Bataille de Salamine [Battle of Salamis]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-337/bataille-de-salamine/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Bataille de Salamine." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le mai 05, 2013. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-337/bataille-de-salamine/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Bataille de Salamine." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 05 mai 2013. Web. 08 déc. 2021.

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