Cunéiforme

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Jerome Couturier
publié le 15 mars 2018
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Texte original en Anglais : Cuneiform

Neo-Assyrian Cuneiform Lexical List (by The Trustees of the British Museum, Copyright)
Liste lexicale cunéiforme néo-assyrienne
The Trustees of the British Museum (Copyright)

Le cunéiforme est un système d'écriture développé pour la première fois par les anciens Sumériens de Mésopotamie vers 3500-3000 AEC. Il est considéré comme la plus significative des nombreuses contributions culturelles des Sumériens, et de la ville d'Uruk en particulier, qui fit progresser l'écriture cunéiforme vers 3200 avant notre ère.

Le nom vient du mot latin cuneus pour 'coin', en raison des signes en forme de coin. Un instrument d'écriture soigneusement taillé, le stylet ou le calame, était pressé dans l'argile molle de tablettes pour produire des impressions en forme de coin qui représentent des signes-mots (pictogrammes) et, plus tard, des phonogrammes ou des 'signes-concepts' (plus proche de la compréhension moderne d'un 'mot'). Toutes les grandes civilisations mésopotamiennes utilisaient le cunéiforme jusqu'à ce qu'il soit abandonné au profit de l'écriture alphabétique après 100 AEC:

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  • Sumériens
  • Akkadiens
  • Babyloniens
  • Élamites
  • Hattis
  • Hittites
  • Assyriens
  • Hourrites

Lorsque les anciennes tablettes cunéiformes de Mésopotamie furent découvertes et déchiffrées à la fin du 19e siècle EC, elles transformèrent littéralement la compréhension de l'histoire. Avant leur découverte, la Bible était considérée comme le livre le plus ancien et le plus fiable au monde. Le brillant assyriologue et traducteur britannique George Smith (1840-1876 EC) changea la compréhension de l'histoire avec sa traduction de l'Épopée de Gilgamesh en 1872 EC. Ce travail permit d'interpréter d'autres tablettes en cunéiforme, ce qui renversa la compréhension traditionnelle de la version biblique de l'histoire et ouvrit la voie à des recherches savantes et objectives.

Cuneiform Writing
Écriture cunéiforme
Jan van der Crabben (CC BY-NC-SA)

Cunéiforme Primitif

Les premières écritures cunéiformes, le proto-cunéiforme, étaient pictographiques, car les sujets qu'elles traitaient étaient concrets et visibles (un roi, une bataille, une inondation), puis elles se développèrent en complexité à mesure que le sujet devenait plus abstrait (la volonté des dieux, la quête de l'immortalité). En 3000 AEC, les représentations étaient simples et les traits du stylet véhiculaient des signes-concepts (honneur) plutôt que des signes-mots (un homme honorable). La langue écrite s'affina davantage à travers le rébus, qui isolait la valeur phonétique d'un certain signe afin d'exprimer les relations grammaticales et la syntaxe pour déterminer le sens. En clarification, le chercheur Ira Spar écrit:

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Cette nouvelle façon d'interpréter les signes s'appelle le principe du rébus. On dispose seulement de quelques exemples de son utilisation dans les premiers stades du cunéiforme, entre 3200 et 3000 av. JC. L'utilisation constante de ce type d'écriture phonétique ne devient apparente qu'après 2600 av. JC. Elle constitue le début d'un véritable système d'écriture caractérisé par une combinaison complexe de signes-mots et de phonogrammes - signes pour voyelles et syllabes - qui permettait au scribe d'exprimer des idées. Au milieu du troisième millénaire av. JC, le cunéiforme, initialement écrit sur des tablettes d'argile, fut utilisé pour une vaste gamme de documents économiques, religieux, politiques, littéraires et savants. (1)

LES GRANDES OEUVRES LITTÉRAIRES DE MÉSOPOTAMIE TELLES QUE LA CÉLÈBRE ÉPOPÉE DE GILGAMESH ÉTAIENT TOUTES ÉCRITES EN CUNÉIFORME.

Développement du Cunéiforme

On n'avait plus à se battre avec la signification d'un pictogramme; on lisait maintenant un signe-concept qui exprimait plus clairement l'idée du rédacteur. Le nombre de caractères utilisés dans l'écriture fut également réduit, de plus de 1 000 à 600, afin de simplifier et de clarifier le mot écrit. Le meilleur exemple en est donné par l'historien Paul Kriwaczek qui note à propos du proto-cunéiforme:

Tout ce qui avait été conçu jusqu'à présent était une technique pour noter des choses, des articles et des objets, mais n'était pas un système d'écriture. Une inscription "Deux Moutons Temple Dieu Inanna" ne nous dit rien sur la question de savoir si les moutons sont livrés ou reçus du temple, s'il s'agit de carcasses, de bêtes sur pied ou de quoi que ce soit d'autre à leur sujet. (63)

Le cunéiforme se développa au point qu'il put être plus précis, pour utiliser l'exemple de Kriwaczek, si les moutons allaient au temple ou en venaient, pour quelle raison, et s'ils étaient vivants ou morts. À l'époque de la prêtresse-poète Enheduanna (2285-2250 AEC), qui écrivit ses célèbres hymnes à Inanna dans la ville sumérienne d'Ur, le cunéiforme était suffisamment sophistiqué pour transmettre des états émotionnels tels que l'amour et l'adoration, la trahison et la peur, le désir et l'espoir, ainsi que les raisons précises chez l'écrivain qui vivait de tels sentiments.

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Inscribed Stand Head of Entemena
Tête de stand d'Entemena Runique
Osama Shukir Muhammed Amin (CC BY-NC-SA)

Littérature cunéiforme

Les grandes œuvres littéraires de la Mésopotamie telles que l'Épopée d'Atrahasis, La Descente d'Inanna aux Enfers, Le Mythe d'Etana, l'Enuma Elish et la célèbre Épopée de Gilgamesh ont toutes été écrites en cunéiforme, et étaient complètement inconnues jusqu'au milieu du 19e siècle EC, lorsque des hommes comme George Smith, le pasteur Edward Hincks (1792-1866 EC), Jules Oppert (1825-1905 EC) et Henry Creswicke Rawlinson (1810-1895 EC) déchiffrèrent l'écriture et la traduisirent en anglais.

Les traductions de textes mésopotamiens par Rawlinson furent présentées pour la première fois à la Royal Asiatic Society de Londres en 1837 EC, et à nouveau en 1839 EC. Rawlinson travailla avec l'archéologue Austen Henry Layard à ses fouilles de Ninive, et il fut responsable des premières traductions des tablettes de la bibliothèque d'Assurbanipal découvertes sur le site. Edward Hincks se consacra au cunéiforme persan, établissant ses signes et identifiant les voyelles, parmi ses contributions. Jules Oppert identifia les origines du cunéiforme et établit la grammaire du cunéiforme assyrien. George Smith fut responsable du déchiffrement de l'Épopée de Gilgamesh, et en 1872 EC, de la fameuse version mésopotamienne de l'histoire du Déluge, qui jusque-là était considérée comme originale dans le Livre de la Genèse.

DE NOMBREUX TEXTES BIBLIQUES ÉTAIENT CONSIDÉRÉS COMME ÉTANT DES ŒUVRES ORIGINALES JUSQU'À CE QUE LE CUNÉIFORME SOIT DÉCHIFFRÉ.

De nombreux textes bibliques étaient considérés comme originaux jusqu'à ce que le cunéiforme ne soit déchiffré. La Chute de l'Homme et le Déluge, compris comme des événements littéraux de l'histoire humaine dictés par Dieu à l'auteur (ou aux auteurs) de la Genèse, devenaient maintenant reconnus comme des mythes mésopotamiens que les scribes hébreux avaient embellis à partir du Mythe d'Etana et de l'Atrahasis. L'histoire biblique du Jardin d'Eden pouvait maintenant être comprise comme dérivée de l'Enuma Elish et d'autres œuvres mésopotamiennes. Le Livre de Job, loin d'être un véritable récit historique de la souffrance injuste du personnage, pouvait maintenant être reconnu comme une pièce littéraire appartenant à une tradition mésopotamienne, suite à la découverte du texte antérieur Ludlul bel nemeqi qui raconte une histoire similaire.

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Le concept d'un dieu qui meurt et ressuscite, descend aux enfers puis revient, présenté comme nouveau dans les évangiles du Nouveau Testament, pouvait être maintenant compris comme un ancien paradigme exprimé pour la première fois dans la littérature mésopotamienne dans le poème La descente d'Inanna aux Enfers. Le modèle même de nombreux récits de la Bible, y compris des évangiles, pouvait maintenant être lu à la lumière de la découverte de la littérature mésopotamienne naru, qui prenait une figure de l'histoire en embellissant ses réalisations afin de relayer un message moral et culturel important.

Flood Tablet of the Epic of Gilgamesh
Tablette d'inondation de l'épopée de Gilgamesh
Osama Shukir Muhammed Amin (CC BY-NC-SA)

Avant cette époque, comme indiqué plus haut, la Bible était considérée comme le plus ancien livre du monde, et le Cantique des Cantiques comme le plus ancien poème d'amour, mais tout cela changea avec la découverte et le déchiffrement du cunéiforme. Le plus ancien poème d'amour du monde est maintenant reconnu comme étant le poème d'amour au roi Shu-Sin d'Ur daté de 2000 AEC, bien avant l'écriture du Cantique des Cantiques. Ces progrès dans la compréhension ont tous été réalisés par les archéologues et les chercheurs du 19ème siècle EC envoyés en Mésopotamie pour étayer les histoires bibliques par des preuves physiques.

Avec d'autres assyriologues (parmi eux, TG Pinches et Edwin Norris), Rawlinson mena le développement des études des langues mésopotamiennes, et son Cuneiform Inscriptions of Ancient Babylon and Assyria, ainsi que ses autres ouvrages, sont devenus la référence standard sur le sujet après leur publication dans les années 1860 EC, et ils restent des œuvres savantes respectées jusqu'à nos jours.

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George Smith, considéré comme un esprit de premier ordre, mourut lors d'une expédition sur le terrain à Ninive en 1876 EC à l'âge de 36 ans. Smith, un traducteur autodidacte de cunéiforme, fit ses premières contributions au déchiffrement de l'écriture ancienne alors qu'il n'avait qu'une vingtaine d'années, sa mort fut longtemps considérée comme une perte importante pour l'avancement des traductions de cunéiforme au 19ème siècle EC.

La littérature de Mésopotamie inspira tous les travaux écrits qui suivirent. Des thèmes mésopotamiens peuvent être décelés dans des œuvres égyptiennes, grecques et romaines, et ils résonnent encore aujourd'hui dans les récits bibliques qu'ils ont inspiré. Lorsque George Smith déchiffra le cunéiforme, il changea radicalement la façon dont l'homme comprendrait son histoire.

La version classique de la création du monde, le péché originel et de nombreux préceptes selon lesquels les gens vivaient furent tous remis en question par la révélation de la littérature mésopotamienne, pour l'essentiel, sumérienne. Depuis la découverte et le déchiffrement du cunéiforme, l'histoire de la civilisation n'a plus jamais été la même.

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Traducteur

Jerome Couturier
Je suis médecin, spécialisé en Génétique. J'aime l'Histoire et l'Antiquité depuis mon plus jeune âge. J'ai toujours eu un interêt pour la recherche dans divers domaines scientifiques, dont l'archéologie.

Auteur

Joshua J. Mark
Écrivain indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2018, mars 15). Cunéiforme [Cuneiform]. (J. Couturier, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-105/cuneiforme/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Cunéiforme." Traduit par Jerome Couturier. World History Encyclopedia. modifié le mars 15, 2018. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-105/cuneiforme/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Cunéiforme." Traduit par Jerome Couturier. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 15 mars 2018. Web. 19 oct. 2021.