Ur

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Jerome Couturier
publié le 28 avril 2011
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Texte original en Anglais : Ur

Ruins of Ur (by M.Lubinski, CC BY-SA)
Ruines d'Ur
M.Lubinski (CC BY-SA)

Ur était une ville de la région de Sumer, dans le sud de la Mésopotamie, dans ce qui est l'Irak aujourd'hui. Selon la tradition biblique, la ville porte le nom de l'homme qui y fonda le premier établissement, Ur, bien que cela ait été contesté. L'autre lien biblique de la ville est avec le patriarche Abraham qui quitta Ur pour s'installer au pays de Canaan. Cette affirmation a été également contestée par des chercheurs, qui pensent que la maison d'Abraham était plus au nord en Mésopotamie, à un endroit appelé Ura, près de la ville de Harran, et que les auteurs du récit biblique du Livre de la Genèse ont confondu les deux.

Quels que soient ses liens bibliques, Ur était une ville portuaire importante sur le golfe Persique. Elle commença très probablement comme un petit village dans la Période d'Obeïd de l'histoire mésopotamienne (5000-4100 AEC) et fut une ville établie en 3800 AEC, continuellement habitée jusqu'en 450 AEC. Ses associations avec la Bible l'ont rendu célèbre de nos jours, mais c'était un centre urbain important et hautement respecté bien avant que les récits bibliques ne soient écrits.

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La Première Période & les Fouilles

Le site est devenu célèbre en 1922 EC lorsque Sir Leonard Wooley en fouilla les ruines et découvrit ce qu'il appelait 'The Great Death Pit' ('La Grande Fosse de la Mort', un complexe funéraire élaboré), les Tombes Royales et, plus important encore pour lui, ce qu'il décrivit comme des preuves du Déluge du Livre de la Genèse (cette affirmation a ensuite été discréditée mais a toujours des partisans). Dans l'antiquité, Ur était une ville d'une taille, d'une envergure et d'une opulence impressionnantes qui tirait sa vaste richesse de sa position sur le Golfe Persique et du commerce que cela permettait avec des pays aussi éloignés que l'Inde. Le site actuel des ruines d'Ur est beaucoup plus à l'intérieur des terres que la ville ne l'était à l'époque où la ville prospérait, en raison de l'ensablement de l'estuaire du Tigre et de l'Euphrate.

DÈS LE DÉBUT, UR ÉTAIT UN IMPORTANT CENTRE DE COMMERCE EN RAISON DE SA SITUATION À UN POINT-CLÉ OU LE TIGRE ET L'EUPHRATE SE JETTENT DANS LE GOLFE PERSIQUE.

Depuis le début, Ur était un important centre de commerce en raison de sa situation à un point-clé où le Tigre et l'Euphrate se jettent dans le golfe Persique. Les fouilles archéologiques ont montré que Ur posséda très tôt une grande richesse et que les citoyens y jouissaient d'un niveau de confort inconnu dans les autres villes mésopotamiennes.

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Comme pour d'autres grands complexes urbains de la région, Ur commença comme un petit village, très probablement dirigé par un prêtre ou un prêtre-roi. Le roi de la Première Dynastie, Mesannepadda, n'est connu que par la Liste Royale Sumérienne et par des inscriptions sur des objets trouvés dans les tombes.

La Deuxième Dynastie est connue pour avoir eu quatre rois, mais on ne sait rien sur eux, sur leurs réalisations ou sur l'histoire de cette époque. Les premiers scribes mésopotamiens ne jugeaient pas utile d'enregistrer les actes des mortels et préféraient lier les réalisations humaines au travail et à la volonté des dieux. Les histoires des anciens héros-rois tels que Gilgamesh ou de ceux qui accomplirent des exploits extraordinaires tels qu'Etana, roi de Kish, méritaient d'être enregistrées, mais on ne se préoccupait pas autant de celles des rois mortels.

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Les Héros-Rois d'Akkad

Cela changea avec l'arrivée de Sargon d'Akkad (ou Sargon le Grand, règne 2334-2279 AEC) et de son Empire Akkadien qui régna sur les diverses régions de la Mésopotamie entre 2334 et 2083 AEC. Sargon prétendait être né d'une prêtresse et d'un dieu, avoir descendu le fleuve dans un panier de joncs, avoir été finalement trouvé par le serviteur du roi de Lagash, et être sorti de l'ombre par la volonté de la déesse Inanna, pour gouverner la Mésopotamie. Les inscriptions qu'il a laissées engagent ceux qui le suivent à réaliser les actes qu'il accomplit s'ils espèrent se dire roi un jour. Sa vie a mérité la peine des scribes de la région pendant des siècles après sa mort.

Ziggurat of Ur (Artist's Impression)
Ziggurat d'Ur (Impression d'artiste)
Mohawk Games (Copyright)

Son petit-fils, Naram-Sin d'Akkad (règne 2261-2224 AEC), ayant bien appris les leçons de l'importance de la propagande personnelle, disait qu'il était allé plus loin que son grand-père et s'était lui-même déifié pendant son règne. Faisant cela, il fournit un modèle aux rois qui devaient le suivre. Sargon le Grand et Naram-Sin furent les souverains les plus puissants de l'Empire Akkadien et après sa chute, leurs noms sont devenus légendes et leurs actes, des modèles.

À Ur, les héros d'Akkad furent très imités par les dirigeants de la Troisième Dynastie. Cette période de l'histoire de Sumer est connue sous le nom de Période Ur III (2047-1750 AEC), c'est l'époque à laquelle la ville atteignit son apogée. La grande ziggourat, que l'on a pu encore visiter à l'époque moderne, date de cette période, comme la plupart des ruines de la ville et les tablettes cunéiformes qui y furent découvertes.

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Les deux plus grands rois de la Troisième Dynastie étaient Ur-Nammu (règne 2047-2030 AEC) et son fils Shulgi (règne 2029-1982 AEC) qui créèrent une communauté urbaine consacrée au progrès culturel et à l'excellence et qui, faisant cela , donnèrent naissance à ce que l'on appelle la Renaissance Sumérienne.

Babylon at the time of the Kassites
Babylone à l'époque des Kassites
MapMaster (CC BY-SA)

Ur-Nammu & Shulgi: la Renaissance Sumérienne

Ur-Nammu écrivit le premier système de lois codifié du pays, quelque 300 ans avant que Hammurabi de Babylone écrive le sien. Il gouvernait son royaume selon une hiérarchie patriarcale dans laquelle il était comme le père guidant ses enfants vers la prospérité et la santé. Sous Ur-Nammu, la grande ziggourat fut construite, les arts et la technologie, pour lesquels les Sumériens sont connus, furent encouragés, et le commerce prospéra pendant cette période.

L'historien Paul Kriwaczek observe que, pour qu'un tel système de gouvernement patriarcal réussisse, il faut que le peuple croie que son dirigeant est plus grand et plus puissant qu'il ne l'est en réalité, comme les enfants regardent leur père. A cette fin, Ur-Nammu s'est semble-t-il présenté à ses sujets dans la lignée des héros-rois Sargon et Naram-Sin, afin d'encourager la population à le suivre dans la poursuite de l'excellence.

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Son fils Shulgi est allé encore plus loin, pour tenter de surpasser les réalisations de son père. Un exemple de cela est la célèbre course de Shulgi où, pour impressionner son peuple et se distinguer de son père, il courut 161 km entre le centre religieux de Nippur et la capitale d'Ur et retour, en un jour, afin d'officier aux fêtes des deux villes. Shulgi poursuivit la politique de son père, l'améliorant quand il le jugeait bon. Il est considéré comme le plus grand roi de la Troisième Dynastie d'Ur pour le niveau de civilisation atteint sous son règne.

Parmi ses nombreux projets de construction, il y avait un mur de 250 kilomètres le long de la frontière de la région de Sumer pour éloigner les tribus barbares du nord-ouest, les Martu (ou Tidnum), plus connus sous leur désignation biblique d'Amorrites. Le mur de Shulgi fut maintenu par son fils, son petit-fils et son arrière-petit-fils, mais ne put finalement retenir les tribus aux frontières.

Le mur était trop long pour être correctement surveillé, et comme il n'était ancré à aucune des extrémités, les envahisseurs pouvaient le franchir simplement en le contournant. En 1750 AEC, le royaume voisin d'Élam ouvrit une brèche dans le mur, pilla Ur, et fit prisonnier le dernier roi. Les Amorrites, qui avaient déjà contourné le mur, se fondirent avec la population sumérienne, et la culture sumérienne prit fin ainsi avec la chute d'Ur.

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Cow's Head Detail, Silver Lyre, Ur
Détail de la tête de vache, lyre argentée, Ur
Osama Shukir Muhammed Amin (CC BY-NC-SA)

Le Déclin d'Ur et les Fouilles

Pendant la Période Paléo-Babylonienne (vers 2000-1600 AEC), Ur resta une ville d'importance et était considérée comme un centre d'éducation et de culture. Selon l'historienne Gwendolyn Leick, "les 'héritiers' d'Ur, les rois d'Isin et de Larsa, tinrent à montrer leur respect aux dieux d'Ur en restaurant les temples dévastés» (180). Les rois kassites, qui conquirent la région plus tard, firent de même, ainsi que les dirigeants assyriens qui les suivirent.

La ville continua d'être habitée au début de la Période Perse Achéménide (550-330 AEC), mais en raison du changement climatique et d'une surexploitation de la terre, de plus en plus d'habitants migrèrent vers les régions du nord de la Mésopotamie, ou vers la terre de Canaan (le patriarche Abraham parmi eux selon certains, comme indiqué précédemment). Ur diminua lentement en importance, avec le recul du Golfe Persique de plus en plus vers le sud, et tomba finalement en ruine vers 450 AEC.

La zone fut ensevelie sous les sables jusqu'à ce qu'elle soit visitée par Pietro della Valle en 1625 EC, qui nota d'étranges inscriptions sur des briques (identifiées plus tard comme de l'écriture cunéiforme) et des figures sur des objets qui furent ensuite reconnus comme des sceaux cylindriques utilisés pour identifier les propriétés ou signer les lettres. En 1853-1854 EC, la première fouille du site a été effectuée pour le British Museum par John George Taylor, qui nota plusieurs complexes funéraires et conclut que le site était peut-être une nécropole babylonienne.

Les fouilles définitives des ruines d'Ur ont été menées par Sir Leonard Wooley pour le compte du British Museum et de l'Université de Pennsylvanie, entre 1922 et 1934 EC. Le fameux tombeau de Toutankhamon avait été découvert par Howard Carter en 1922 EC et Wooley espérait une découverte aussi impressionnante. À Ur, il découvrit les tombes de 16 rois et reines, dont celle de la reine Puabi (appelée également Shub-ad) et ses trésors. La 'Grande Fosse de la Mort', comme Wooley l'a nommée, était la plus grande de celles découvertes, et à l'intérieur, "Wooley trouva 6 gardes armés et 68 servantes. Elles portaient des rubans d'or et d'argent dans leurs cheveux, excepté une femme qui tenait toujours dans sa main le ruban d'argent enroulé qu'elle n'avait pas pu fixer avant que la potion somnifère ne l'emporte tranquillement dans l'au-delà avec son maître" (Bertman, 36).

Wooley découvrit également l'Étendard Royal d'Ur qui célébrait à la fois le triomphe de la ville sur ses ennemis en temps de guerre et les festivités dont le peuple jouissait dans la paix. Dans une tentative pour surpasser le triomphe de Carter avec Toutankhamon, Wooley annonça qu'il avait trouvé à Ur des preuves du Déluge, mais des notes prises par son assistant, Max Mallowan, montrèrent plus tard que les traces des inondations sur le site n'appuyaient en aucune façon un déluge à l'échelle mondiale, et étaient plus en accord avec des inondations régulières du Tigre et de l'Euphrate.

D'autres fouilles à Ur depuis l'époque de Wooley ont corroboré les notes de Mallowan et aucune preuve soutenant l'histoire du Déluge de la Bible n'a été trouvée à Ur ni nulle part ailleurs en Mésopotamie, malgré des croyances persistantes du contraire. Pourtant, comme le note Bertman:

Même dépouillée de ses prétentions bibliques à la renommée, la Ur de Wooley demeure un exemple étincelant de l'âge d'or de Sumer. Bien que ses lyres d'origine ne sonnent plus, dans le profond de notre oreille, nous pouvons toujours entendre leurs mélodies. (36)

Les ruines d'Ur aujourd'hui sont un riche site archéologique qui continue de produire d'importantes découvertes lorsque la situation dans la région le permet. La grande ziggourat s'élève des plaines au-dessus des ruines en briques crues de la grande ville d'autrefois et, comme Bertman l'évoque, en se promenant parmi elles, on revit le passé, quand Ur était un centre de commerce et d'échanges florissant au milieu de champs fertiles, protégé par les dieux.

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Traducteur

Jerome Couturier
Je suis médecin, spécialisé en Génétique. J'aime l'Histoire et l'Antiquité depuis mon plus jeune âge. J'ai toujours eu un interêt pour la recherche dans divers domaines scientifiques, dont l'archéologie.

Auteur

Joshua J. Mark
Écrivain indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2011, avril 28). Ur [Ur]. (J. Couturier, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-128/ur/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Ur." Traduit par Jerome Couturier. World History Encyclopedia. modifié le avril 28, 2011. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-128/ur/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Ur." Traduit par Jerome Couturier. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 28 avril 2011. Web. 16 sept. 2021.