Lokasenna

Irina-Maria Manea
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Le poème Lokasenna appartient à l'Edda poétique, un recueil de poésie nordique ancienne rédigé en Islande dans les années 1200, mais dont les caractéristiques linguistiques remontent aux années 900. Dans cette source inestimable pour la mythologie nordique, Lokasenna se distingue comme l'un des poèmes les plus vigoureux du recueil, composé des railleries de Loki à l'assemblée des dieux et de leurs tentatives infructueuses pour se venger de lui.

Loki Taunting Bragi
Loki invective Bragi W.G. Collingwood (Public Domain)

Loki, fils du géant Fárbauti et de la déesse Laufey, est peut-être l'un des personnages les plus controversés et les plus complexes de la mythologie nordique, difficile à définir de manière simple. Dans les sources, il est appelé le dieu rusé, qui semble toujours se mêler à des méfaits, calomnier les autres dieux ou agir comme un grand trompeur. Cependant, certaines histoires le présentent comme un assistant très rusé et utile aux dieux.

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Le poème

Lokasenna est l'un des poèmes les moins populaires de l'Edda poétique, conservé dans le manuscrit Codex Regius, que nous devons néanmoins apprécier pour son esprit, qui aspire à nous présenter les dieux d'une manière moins solennelle et glorifiée, avec des accents plus divertissants, audacieux et même scandaleux. Le concept d'un dialogue où les interlocuteurs tentent de se défier à coups d'insultes éhontées aurait certainement trouvé son public parmi les Scandinaves. Le poème fait allusion à certaines histoires qui n'ont malheureusement pas survécu.

Loki utilise abondamment des insultes concernant des relations problématiques ou la sexualité.

Le titre signifie "La querelle de Loki" et le poème comprend l'échange d'insultes entre Loki et douze dieux et deux serviteurs. Il est très probable que cet échange ait été joué de manière théâtrale. Le manuscrit comporte des marques correspondant à la première lettre des noms des dieux, et les ajouts en prose pourraient suggérer l'existence de quelque chose de similaire dans des manuscrits antérieurs. Cela devait avoir un effet comique si l'on tient compte du langage grossier souvent utilisé dans le poème. L'une des insultes les plus graves est argr ou ragr, qui signifie en gros efféminé, peu viril, lâche, voire homosexuel, ce qui était totalement inacceptable dans une société extrêmement masculine comme celle des Scandinaves. Tout au long du poème, Loki utilise abondamment des insultes liées à des relations problématiques ou à la sexualité. Si le vocabulaire concernant les hommes semble un peu plus varié, les femmes sont généralement blâmées pour leur comportement lubrique, y compris leurs relations avec Loki. Cela indique des rôles de genre plus stricts que ceux imaginés dans la culture populaire.

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Loki entre en scène

Le poème commence par une introduction en prose où l'on découvre un rassemblement de nombreux dieux, déesses et elfes dans la salle d'Aegir, une personnification de la mer, située selon l'Edda en prose sur l'île de Hlesey (Læsø en danois). Thor est toutefois absent, car il a voyagé vers l'est, dans le royaume des géants. Celui-ci est présenté comme un lieu majestueux et paisible, où l'or scintille et où la bière coule à flots. Jaloux des louanges reçues par les deux serviteurs d'Aegir, Loki tue celui qui s'appelle Fimafeng. Les dieux secouent alors leurs boucliers et le chassent. Après un moment, il revient pour parler à l'autre serviteur, Eldir, et lui demande de quoi ils parlent. Eldir lui répond qu'ils parlent de leurs exploits guerriers et l'avertit qu'il ne trouvera pas d'amis ici. Loki se réjouit malicieusement de pouvoir se joindre à leur conversation, prêt à y semer la calomnie et la haine. Eldir le met une nouvelle fois en garde, mais Loki entre dans la salle, se faisant passer pour un vagabond sans ressources qui a besoin d'un verre, et exige qu'on lui donne une place ou qu'on le chasse. Le dieu Bragi lui répond sèchement qu'ils ne lui prépareront pas de place, car ils savent très bien avec qui ils veulent partager leur festin.

Codex Regius of the Poetic Edda
Codex Regius de l'Edda poétique Unknown (Public Domain)

Dans une traduction approximative, Loki répond:

Souviens-toi, Odin,
qu'il y a longtemps
nous avons mélangé notre sang,
puis tu as promis
de ne plus jamais servir de bière
à moins que ce ne soit pour nous deux. (strophe 9)

Le mélange du sang lorsque les hommes juraient une fraternité de sang était littéralement mis en pratique, et les promesses qui accompagnaient la cérémonie apparaissent également dans les sagas. L'importance de cet acte est confirmée par la décision d'Odin d'appeler Vidar, son fils, pour qu'il cède sa place au père du loup, une référence à Fenrir, le fils de Loki, le loup qui dévorera Odin lors du Ragnarök et sera ensuite tué par Vidar.

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Le grand duel d'insultes

Après la strophe 10, la dispute commence véritablement, lorsque Loki salue les dieux et les déesses et leur groupe très saint. Bragi est prêt à lui donner son cheval et son épée et il serait même prêt à le payer avec un bracelet pour l'empêcher de susciter la colère des dieux. Loki lui répond qu'il perdrait à la fois son cheval et son bracelet et l'accuse de lâcheté. Loki n'est guère impressionné par les menaces de Bragi de le faire payer de sa tête, le traitant d'ornement de banc, une expression offensive qui fait allusion à sa féminité. La femme de Bragi, la déesse Idunn, responsable des pommes de l'immortalité, intervient; elle demande à son mari de ne pas insulter Loki. La strophe 17 commence par le refrain qui revient tout au long du poème: "Silence !" Idunn est impitoyablement qualifiée de plus lubrique d'entre toutes les femmes, mais elle calme son mari, enivré par la bière, car elle ne souhaite pas qu'il se batte dans un accès de rage.

Bragi Playing the Harp, Idunn Standing Behind Him
Bragi jouant de la harpe, Idunn debout derrière lui Nils Blommér (Public Domain)

La strophe suivante met en scène Gefjun, une déesse mystérieuse qui n'est mentionnée nulle part ailleurs dans les poèmes; elle les exhorte à ne pas échanger de paroles blessantes. Loki répond qu'un beau garçon a séduit son esprit en lui offrant un cadeau précieux, qui l'a convaincue de poser sa cuisse à côté de lui. On peut supposer que Gefjun est en réalité Frigg, la femme d'Odin, compte tenu de la réponse d'Odin:

Loki, tu es fou
et tu as perdu la raison
d'attiser la colère de Gefjun,
car elle connaît tout
le destin de cette époque
tout comme moi. (strophe 21)

Frigg semble partager la connaissance du destin d'Odin. Odin est accusé de souvent donner la victoire aux plus lents, ce qui correspond à sa nature opportuniste, car il choisit les meilleurs pour le Ragnarök. Odin utilise la sexualité douteuse de Loki, le traitant de vache à lait et de femme qui porte des enfants, ce qui est vraiment contraire à la nature masculine. En fait, Loki a bel et bien eu des enfants; il s'est transformé en jument pour distraire le cheval du géant chargé de construire une forteresse pour les dieux. On pouvait bien se moquer d'un homme en lui reprochant d'avoir eu des enfants dans un tel concours d'insultes.

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Les propos grossiers abondent lorsque Loki fait référence à l'origine de Njord, issu d'une autre famille de dieux, les Vanes, considérés comme inférieurs.

La strophe suivante mentionne les activités d'Odin dans le domaine de la magie noire sur l'île de Samsey, particulièrement associée au mysticisme. C'est également une allusion à l'ambivalence, voire à l'étrangeté, d'Odin, signe d'une transgression des limites, car ce sont les femmes qui pratiquaient la magie (noire). "Tu t'es déguisé en sorcière parmi les hommes", dit Loki, "et tu as frappé un tambour comme une voyante". Frigg répond que tout ce qu'ils ont fait doit être considéré comme des événements anciens et qu'il ne faut jamais révéler son destin aux autres. Impressionné, Loki se contente de répéter le refrain "Silence !" et accuse Frigg de luxure. Il cite comme preuve de cette calomnie un épisode où Frigg aurait couché avec les frères d'Odin, Vili et Vé. La saga Ynglinga, première histoire – et première tentative de présenter les dieux comme des personnages historiques – du cycle Heimskringla (Le Globe) de Snorri Sturluson, érudit islandais du XIIIe siècle, mentionne cet épisode.

Frigg le menace en vain que si son fils Baldr avait été présent dans la salle, Loki n'aurait pas échappé à la colère des dieux. Cela permet à Loki de lui rappeler qu'il est responsable de la mort de Baldr, dont il est très fier. L'histoire est racontée en détail par Snorri: Frigg avait exigé de toutes les créatures qu'elles jurent de ne pas faire de mal à son fils, un être de lumière, à l'exception du gui, jugé trop jeune. Loki, le fauteur de troubles, guida une branche de gui dans la main de Hodr, le frère aveugle de Baldr, et il le tua accidentellement. Dans la strophe 28, on peut lire:

Alors, Frigg, tu veux
que je continue à compter
mes mauvaises actions,
Je suis responsable
que tu ne vois plus Baldr
rentrer chez lui à cheval.

Freyja, fille de Njord et sœur de Freyr, divinités associées à la fertilité, réitère la puissance de Frigg et ses capacités divinatoires, mais se fait elle-même critiquer par Loki. Sans se laisser démonter par la réponse de Freyja, Loki poursuit la dispute en lui disant qu'elle est une sorcière mêlée à de nombreuses malédictions, qu'elle les invoque ou qu'elle y est soumise. Njord vient à la rescousse et traite Loki de dieu homosexuel qui a des enfants. Les insultes fusent lorsque Loki fait référence à l'origine de Njord, issu d'une autre famille de dieux, les Vanes, considérés comme inférieurs. Njord était otage de la famille des Ases, et les filles de Hymnir, un géant des glaces, l'utilisaient comme urinoir. Il n'y a pas grand-chose à opposer à une insulte aussi offensive, car Njord ne mentionne que sa plus grande fierté, son fils Freyr, un chef que personne ne déteste. Loki minimise sa vantardise en lui rappelant qu'il est en fait le fruit de sa relation avec sa sœur, un détail corroboré par la saga Ynglinga.

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Freyr
Freyr Jacques Reich (Public Domain)

Tyr, un autre dieu de la guerre, défend Freyr en tant qu'homme honorable, ce qui est une bonne occasion pour Loki d'utiliser l'épisode avec son fils, le loup Fenrir, enchaîné par un lien magique. Tyr s'était vu confier la dangereuse tâche de tromper le loup pour qu'il accepte le lien, et il s'était engagé, en mettant sa main dans la gueule du loup, que le lien se briserait, sacrifiant ainsi son bras. Loki se moque de son handicap, et dans un rare élan de compassion envers Loki, Tyr reconnaît qu'ils ont tous deux subi une perte, l'un perdant un bras, l'autre un fils. La strophe suivante reprend les insultes à caractère sexuel, Loki se vantant d'avoir eu une liaison et même un fils avec la femme de Tyr.

Freyr avertit alors Loki qu'il sera bientôt sur la voie de la destruction s'il ne s'arrête pas. Parmi les secrets honteux de Freyr, on trouve l'achat de Gerd, la fille du géant Gymir, et la vente de son épée, ce qui le laissera sans défense lors du Ragnarök. Loki a pitié de lui, mais Byggvir, le serviteur de Freyr, intervient de manière agressive. Loki ne prend pas le serviteur au sérieux et lui lance une multitude d'insultes qui tournent autour de la lâcheté.

Les deux strophes suivantes traitent de l'échange entre Loki et Heimdall, la divinité qui agit à la fois comme gardien des dieux et forgeur des classes sociales, dont la relation antagoniste avec Loki aboutira à un duel lors du Ragnarök, selon Snorri. Heimdall partage un peu de sa sagesse didactique dans la strophe 47, traitant Loki d'ivrogne et donc de ne pas avoir toute sa tête, car l'abus d'alcool fait oublier à tout homme ses paroles, faisant écho à un conseil similaire donné par Odin dans Hávamál. Loki se moque de Heimdall qui doit endurer un destin cruel, car il doit toujours se tenir droit comme un gardien.

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Heimdall in the Edda Oblongata
Heimdall dans l'Edda Oblongata S.babylonica (Public Domain)

La strophe 49 sert de présage à l'épilogue où Loki défie les dieux. Skadi, l'épouse de Njord et fille du géant Thjazi, l'avertit que sa langue bien pendue se taira lorsque les dieux l'attacheront à une épée (Snorri parle d'un rocher) avec les entrailles de son fils mort. Selon la note en prose à la fin du poème, les dieux ligotent Loki avec les entrailles de son fils Váli, transformant son autre fils, Narfi, en loup. Dans la version de Snorri, Váli est le loup qui déchiquette son frère, et les dieux utilisent ensuite ses entrailles pour ligoter Loki.

Bien qu'il sache qu'il ne peut échapper à son destin, Loki mentionne qu'il a été témoin du combat mortel où Thjazi a été capturé (raconté dans le Skáldskparmál de Snorri et brièvement évoqué dans l'Edda poétique – la fille de Thjazi, Skadi, avait épousé Njord en compensation). Avec une nuance légèrement inquiétante, elle dit que dans ce cas, seuls des conseils froids lui parviendront de ses lieux sacrés, un leitmotiv lié aux conseils impitoyables des femmes dans les sagas. Si ils commencent à compter leurs défauts, elle serait toutefois perdante, compte tenu de sa liaison avec Loki. Remarquant que toutes les déesses doivent subir ses insultes incessantes, Sif, la femme de Thor, verse de la bière à Loki et lui demande de lui épargner ses propos grossiers, car elle est irréprochable. Loki, cependant, prétend qu'elle a été sa maîtresse par tromperie.

Thor à la rescousse

Beyla, la femme du serviteur Byggvir, prédit dans la strophe 55 l'arrivée de Thor, qui fera taire le calomniateur. Thor fait bientôt irruption et menace Loki avec son marteau. Il utilise également le motif de la lâcheté, traitant Loki de mauviette, et il menace de lui couper la tête. Loki continue de jouer sur le thème de la lâcheté, reprochant à Thor de ne pas avoir su défendre Odin contre Fenrir. Selon le poème Völuspá – qui traite du commencement et de la fin du monde – et Snorri, Thor combattra Jörmungandr, le serpent du monde, un autre fils de Loki. Thor, furieux, tonne:

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Cesse, créature efféminée,
ou le puissant marteau
Mjollnir te fera taire
Je te propulserai en l'air
et vers l'Est
Où personne ne te reverra jamais.

L'"Est" fait référence au pays des géants. Loki se moque de Thor en lui disant qu'il s'est caché dans le pouce de Skrymir, un géant qui l'a trompé. Le même thème est utilisé dans le combat entre Odin et Thor dans le poème Hárbarðsljóð (le Lai de Barbe-Grise). Loki fait une dernière tentative après que Thor a menacé de lui briser tous les os, une référence à la même aventure. Il finit par abandonner face à la puissance de Thor, se vantant d'avoir dit ce qu'il pensait. Dans la dernière strophe, il dit à Aegir, l'hôte, qu'il ne fera plus jamais un tel festin, souhaitant que le feu brûle tout ce qu'il possède, probablement une référence au feu qui consume le monde entier à la fin, selon la Völuspá.

L'épilogue en prose décrit le ligotage de Loki, au-dessus duquel Skadi attache un serpent qui dégouline de poison. Sigyn, la femme de Loki, tient un pot pour recueillir le poison, mais lorsqu'elle le vide, le poison tombe sur le visage de Loki, et ses mouvements provoquent des tremblements de terre. Snorri fournit une autre explication, peut-être plus plausible, à cette punition, à savoir la mort de Baldr, même si le fait d'ajouter l'insulte à la blessure avait des conséquences désastreuses dans la société nordique.

Loki's Punishment
Le châtiment de Loki Christoffer Wilhelm Eckersberg (scanned by Gudrun) (Public Domain)

Conclusion

Bon nombre des accusations portées contre Loki sont connues par d'autres sources, tandis que d'autres, principalement celles qui font référence à diverses relations sexuelles, mais aussi d'autres petits détails, ne se trouvent qu'ici. Il n'est pas si étrange d'imaginer que les Scandinaves aient apprécié ce genre de récits comiques sur leurs dieux, car la littérature classique regorge d'exemples similaires. La conclusion du poème souligne également le rôle majeur joué par Thor pour le peuple, en tant que gardien et défenseur de l'ordre, ce qui correspond à de nombreux autres poèmes.

Le poème reflète certains aspects essentiels de la société nordique: l'hospitalité, la culture de la virilité, la peur de la déviance sexuelle, la pratique de la magie, les règles de conduite acceptable limitant le comportement sexuel, en particulier pour les femmes, et l'importance de savoir composer habilement des vers pour s'engager dans des joutes verbales. Quant à Loki, le poème met clairement l'accent sur son image de filou. Il est probablement toléré en raison de son serment commun avec Odin, et il révèle avec désinvolture des vérités dérangeantes sur tout le monde. Le fait qu'il s'incruste à la fête ainsi que sa vulgarité ont cependant un charme indéniable.

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Bibliographie

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Irina-Maria Manea
Dotée d'un esprit curieux et ouvert, elle est fascinée par les choses du passé. Historienne ayant un intérêt marqué pour les mythes scandinaves et l'âge des Vikings, elle est également enseignante d'histoire et formatrice en langues. Elle est Originaire de Bucarest, en Roumanie et réside actuellement à Hesse, en Allemagne.

Citer cette ressource

Style APA

Manea, I. (2025, juillet 31). Lokasenna. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1938/lokasenna/

Style Chicago

Manea, Irina-Maria. "Lokasenna." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, juillet 31, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1938/lokasenna/.

Style MLA

Manea, Irina-Maria. "Lokasenna." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 31 juil. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1938/lokasenna/.

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