À la Rencontre des Esprits de Chichen Itza

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Joshua J. Mark part en quête d'aventure lors de sa visite du site maya de Chichen Itza au Mexique et trouve des lutins, des esprits et des iguanes parmi les ruines. Il raconte son voyage vers ce site antique magique qui est devenu un symbole de la civilisation maya.

Le petit bus cahotait sur les routes accidentées de Tinum, dans le Yucatan, au Mexique. J'étais assis à côté de mon guide, Isidro, en route vers une cité antique dont j'avais entendu parler depuis des années mais que je n'avais jamais vue: Chichen Itza. Isidro et moi avons passé le temps à bavarder tandis que le petit bus roulait sous les palmiers en surplomb et alternait entre soleil et ombre.

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Staircase, Pyramid of Kukulcan, Chichen Itza
Escalier, pyramide de Kukulcan, Chichen Itza Alberto di Colloredo Mels (CC BY-NC-ND)

"Au fait, tu as une lampe de poche sur toi?" lui ai-je demandé.

"Pour quoi faire?"

"Eh bien, ai-je répondu, j'aimerais bien entrer dans l'Akab Dzib et je pense que j'aurai besoin d'une lampe."

Isidro secoua la tête en regardant la route. Il dit: "Tu ne veux pas y aller. Il est protégé par les Ushmals." J'ai haussé les épaules.

"Les Ushmals, a-t-il dit, ils sont comme vos fées ou vos lutins. Ce sont de petits êtres espiègles. Ils considèrent l'Akab Dzib comme leur maison."

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Il a continué ensuite à décrire les Ushmals (également connus sous le nom d'Aluxoob ou Duende), expliquant qu'ils apparaissaient souvent sous la forme de personnes miniatures et qu'ils avaient des pouvoirs puissants sur les êtres humains. Il a ajouté qu'il ne fallait jamais prononcer leur nom à voix haute dans un espace ouvert ni attirer leur attention, sinon ils pouvaient suivre quelqu'un jusqu'à son domicile et même habiter l'esprit d'une personne. Il ne parlait pas de cela comme s'il s'agissait d'une superstition ou d'une fable. Ils ne semblaient pas très sympathiques. Malgré son avertissement, j'étais toujours déterminé à entrer dans l'Akab Dzib et j'ai demandé s'il était possible d'y accéder.

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"Il est fermé au public. On peut voir l'extérieur", m'a-t-il répondu, avant d'ajouter: "Pourquoi n'as-tu pas apporté de lampe de poche si tu avais l'intention de te faufiler dans l'Akab Dzib?"

"J'en avais quatre", ai-je répondu. "Mais j'ai comme pour habitude de ramper dans les vieilles ruines et ce matin, Betsy, ma femme, a retiré mes lampes de poche de mon sac à dos. Elle pensait que je réfléchirais peut-être à deux fois avant de faire cette excursion sans lampes." Isidro a souri en disant:

"Je vois. Ta Betsy est très sage. Je vais devoir garder un œil sur toi."

Nous avons repris la route. Le trajet entre Playa del Carmen et Chichen Itza dure environ deux heures. Une fois que vous quittez la zone touristique, vous empruntez les routes principales qui serpentent à travers le pays, avec des voitures qui filent à toute allure, des klaxons, des champs défraîchis et des arbres lointains de chaque côté de l'autoroute poussiéreuse. Cependant, les routes principales commencent lentement à se transformer en routes plus petites et plus étroites, et bientôt, vous roulez sous des arbres épais et imposants et passez devant de petits villages et des maisons blanchies à la chaux où, selon Isidro, les gens vivent comme leurs ancêtres il y a mille ans. Isidro est maya, tout comme les habitants des maisons devant lesquelles nous sommes passés, et il m'a dit à quel point il trouvait amusant de lire dans des magazines ou des livres américains des articles sur les "mystérieux Mayas" et leur disparition. Il m'a dit: "Comme tu peux le constater, personne n'est parti. Nous sommes tous encore là, comme nous l'avons toujours été."

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Temple of the Pillars Chichen Itza
Temple des piliers de Chichen Itza Joshua J. Mark (CC BY-NC-SA)

Les Mayas sont le peuple autochtone de la région qui vivait dans de magnifiques cités et villages périphériques au Mexique et en Amérique centrale et qui continue à vivre dans les mêmes régions que ses ancêtres: l'actuel Yucatan, Quintana Roo, Campeche, Tabasco et Chiapas au Mexique, et plus au sud, le Guatemala, le Belize, le Salvador et le Honduras. Leur nom, Maya, vient de l'ancienne ville de Mayapan, dans le Yucatan, dernière capitale d'un royaume maya de la période postclassique.

On savait peu de choses sur les Mayas jusqu'au milieu du XIXe siècle, lorsque John Lloyd Stephens et Frederic Catherwood explorèrent la région et rapportèrent des récits de villes fantastiques d'une hauteur et d'une ampleur immenses, enfouies dans les jungles du Mexique et de l'Amérique centrale. Le livre de Stephens, Incidents of Travel in Central America, Chiapas, and Yucatan, publié en 1841, suscita un intérêt mondial pour les Mayas, à tel point que de nombreux Américains fortunés partirent en quête d'œuvres d'art ou d'éléments architecturaux mayas pour leurs propriétés. Un homme, John C. Cruger, fit transporter des fragments de ruines mayas sur son île située sur le fleuve Hudson, à New York, et, lorsqu'il constata qu'il n'en avait pas assez, il engagea des artisans pour en créer de faux.

Au début, les prêtres espagnols ne croyaient pas que les gens qu'ils avaient trouvés dans des huttes en pleine jungle étaient responsables de ces immenses villes désertes qui s'élevaient au milieu de la végétation luxuriante.

Entre environ 200 et 950 après J.-C. (période connue sous le nom de période El-Tajin et période classique maya), les Mayas vivaient dans leurs grandes villes, construisaient leurs monuments énigmatiques et se livraient à des guerres et au commerce entre eux, puis, en un laps de temps relativement court, les villes furent abandonnées. Personne ne sait pourquoi. Au moment de la conquête espagnole au XVIe siècle, des villes comme Chichen Itza, Uxmal, Tikal et Bonampak n'étaient déjà plus que des ruines désertes.

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Au début, les prêtres espagnols ne croyaient pas que les gens qu'ils avaient trouvés dans des huttes en pleine jungle étaient responsables de ces immenses villes désertes qui s'élevaient au milieu de la végétation luxuriante. Il est fort probable que les villes furent abandonnées en raison de la surexploitation des terres et de l'épuisement des réserves d'eau. La ville de Copán, pour ne citer qu'un exemple, fut abandonnée lorsque la population dépassa les ressources de la ville. Cependant, cette explication n'était pas accessible aux Espagnols du XVIe siècle, et les villes leur apparaissaient comme la preuve d'une grande civilisation disparue.

Les nouveaux arrivants ne firent guère d'efforts pour comprendre les peuples ou les bâtiments qu'ils découvrirent. Ils étaient plus intéressés par la conversion des peuples autochtones au christianisme et par le transport vers l'Europe de tout ce qu'ils trouvaient de valeur. Les Espagnols ne pouvaient pas déchiffrer les glyphes mayas et ne furent en rien aidés par l'un de leurs prêtres, l'évêque Diego de Landa, qui brûla les livres mayas et des milliers de statues dans la nuit du 12 juillet 1562, dans le but de rompre le lien entre les Mayas et leurs croyances "sataniques".

De Landa occupe une place intéressante dans l'histoire maya car, bien qu'il ait détruit une grande partie des artefacts culturels qui auraient aidé à comprendre l'histoire maya, il laissa également un compte rendu écrit complet de la culture telle qu'il l'avait trouvée, qui s'avéra précieux pour les chercheurs et les historiens ultérieurs. Néanmoins, sa répression et sa persécution de la culture maya conduisirent le peuple à se méfier des chrétiens qui étaient si déterminés à les sauver, et ils ne partagèrent plus aucun détail de leur culture avec les conquérants.

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Cela est clairement démontré dans le livre sacré maya, le Popol Vuh, qui indique que les récits furent consignés à une époque de persécution par les chrétiens et que le livre doit être gardé secret. Dans leur zèle à exploiter la terre et le peuple à leur propre profit, les conquérants européens ne prirent pas le temps de comprendre le but de l'art, de la littérature ou des bâtiments qu'ils avaient découverts.

Maya Warrior
Guerrier maya James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

Parmi ces bâtiments figurait la mystérieuse structure connue sous le nom d'Akab Dzib, qui déconcerte encore aujourd'hui les archéologues. Le nom Akab Dzib signifie "Maison de l'écriture mystérieuse" et tire son nom des glyphes (écritures) trouvés à l'intérieur, que personne ne parvient à traduire, et des empreintes de mains rouges (similaires à celles de Tulum) qui devraient symboliser le Dieu descendant des Mayas, mais qui ne correspondent pas au modèle habituel. Ce bâtiment, qui est le plus ancien de Chichen Itza, m'intriguait depuis que j'avais lu des articles à son sujet il y a des années. J'avais lu qu'il était habité par des esprits, mais je n'y avais pas prêté attention jusqu'à ce qu'Isidro ne me parle des Ushmals. Je n'étais pas particulièrement intéressé par la rencontre avec ces fameux Ushmals, mais je voulais absolument voir les écritures mystérieuses.

Nous sommes arrivés à Chichen Itza avec la grande pyramide d'El Castillo (le château) qui s'élevait sur notre gauche et nous nous sommes garés devant une boutique de souvenirs et un café très modernes sur notre droite. Je n'étais pas intéressé par les souvenirs ni les toilettes et nous sommes allés directement vers El Castillo où Isidro a commencé sa visite. Il nous a expliqué que le nom Chichen Itza est souvent traduit par "La bouche du puits des Itza", mais qu'il signifie en réalité "La ville du puits des sorciers de l'eau" en raison de l'énorme cenote (une grande piscine naturelle) qui était le centre des rites religieux et parce que les Itza (les sorciers) avaient un grand talent pour recueillir et conserver l'eau, un don très prisé par les Mayas.

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The Temple of Kukulcan (El Castillo) at Chichen Itza
Le temple de Kukulcan (El Castillo) à Chichen Itza Joshua J. Mark (CC BY)

El Castillo est une structure extrêmement impressionnante, une pyramide à degrés qui s'élève haut dans le ciel, soigneusement alignée avec les cieux de sorte qu'aux équinoxes de printemps et d'automne, une ombre est projetée sur les marches, tel le grand dieu serpent à plumes Kukulkan qui descendrait pour toucher son peuple. Les marches sont courtes et étroites, même si elles sont longues, et difficiles à monter, surtout si l'on a le vertige. Une fine corde était tendue au centre des marches pour servir de rampe, mais elle n'était pas d'une grande utilité.

Cependant, l'illusion de stabilité qu'elle procurait s'avérait de plus en plus précieuse à mesure que l'on montait. Du sommet d'El Castillo, la vue est absolument époustouflante, la jungle s'étendant à perte de vue sous vos pieds. À l'époque où la ville était habitée, aucun des arbres que l'on aperçoit aujourd'hui n'existait et toute la ville, et bien au-delà, s'étendait clairement aux pieds des anciens prêtres et dirigeants qui se tenaient là où je me trouvais.

Monter les marches d'El Castillo, même si cela m'avait angoissé, était en fait infiniment plus facile que de les descendre. En montant, on peut garder les yeux fixés sur chaque marche; en descendant, il est impossible d'ignorer la hauteur à laquelle on se trouve ou l'étroitesse de chaque marche, et cette fragile rampe en corde semblait aussi utile qu'un parapluie dans un ouragan. Lorsque je suis arrivé en bas, j'étais prêt à boire un verre et à m'asseoir à l'ombre, mais il y avait trop de choses à explorer dans la ville et nous avons continué notre chemin.

Steps of El Castillo Chichen Itza
Étapes d'El Castillo Chichen Itza Joshua J. Mark (CC BY-NC-SA)

Le Grand Terrain de Jeu de Balle situé à proximité est si parfaitement construit que lorsque Isidro m'a chuchoté "Où es-tu?" depuis l'autre bout, à 150 mètres de moi, je l'ai entendu clairement, comme s'il se tenait à côté de moi. Personne, m'a-t-il dit, n'a jamais pu expliquer ce phénomène. Divers experts ont étudié l'architecture du terrain de jeu afin d'essayer de reproduire cette acoustique ailleurs, mais aucun n'y est parvenu. Le terrain de jeu était autrefois le lieu où les Mayas pratiquaient leur jeu de Poc-a-Toc, un jeu de balle à forte résonance spirituelle. Les deux équipes de sept hommes s'affrontaient sur le terrain et tentaient de marquer des points en faisant passer une petite balle en caoutchouc dur à travers un cerceau vertical en pierre situé à environ six mètres (ou plus) au-dessus du sol, en utilisant uniquement leurs hanches, leurs épaules, leur tête et leurs genoux; il était interdit d'utiliser les pieds ou les mains.

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De Landa écrivit que regarder les Mayas jouer au Poc-a-Toc était comme voir des éclairs, tant ils se déplaçaient rapidement. Le jeu symbolisait le cercle harmonieux de la vie et reproduisait le jeu pratiqué par les jumeaux héros de la religion maya, Hun-Hunapu et Xbalanque, qui vainquirent les seigneurs de Xibalba et créèrent le monde ordonné. Les historiens occidentaux ont longtemps soutenu que l'équipe perdante était sacrifiée aux dieux, mais Isidro - et d'autres personnes avec lesquelles j'ai discuté par la suite - affirment que c'était l'équipe gagnante qui était sacrifiée et uniquement dans certaines circonstances.

Comme l'a souligné Isidro, "les dieux ne seraient pas intéressés par le fait que les perdants jouent pour eux; ils ne veulent que les meilleurs. Et les équipes auraient été reconnaissantes, qu'elles aient gagné ou perdu. Nous devrions toujours être reconnaissants, en toutes choses, toujours." C'est une phrase qu'il a répétée, avec certaines variations, pendant que nous marchions dans les ruines de la ville. La gratitude, disait-il, était une valeur très importante pour son peuple, tout comme l'hospitalité.

Partout où nous allions, partout où je regardais, tout autour de la ville, il y avait des Mayas qui vendaient des marchandises étalées sur des couvertures colorées ou simplement assis sur l'herbe, entourés de petites statues ou de bijoux à vendre. J'ai entendu certains touristes se plaindre qu'on ne devrait pas laisser ces gens entrer dans l'enceinte pour importuner les visiteurs; ils ne semblaient pas tenir compte du fait que Chichen Itza avait été construite par les ancêtres de ces personnes à qui ils manquaient de respect et qui se contentaient de leur sourire et de les accueillir. Ceux qui vendaient leurs marchandises étaient tous très polis, pas du tout intrusifs ou gênants. Ils semblaient simplement proposer des souvenirs à vendre sur un marché en plein air, comme l'auraient fait leurs ancêtres, et les visiteurs pouvaient acheter ou pas à leur guise.

Ball Court Wall & Goal, Chichen Itza
Terrain de jeu de balle et "panier", Chichen Itza Luis Miguel Bugallo Sánchez (CC BY-SA)

Nous avons quitté le centre-ville et avons visité le cénote sacré, ce qui fut pour moi une expérience très émouvante, car j'avais lu que des personnes étaient volontairement sacrifiées à cet endroit afin d'assurer la santé de la communauté grâce à des pluies continues et à une récolte abondante. Isidro a confirmé cette information en expliquant que les offrandes aux dieux n'étaient probablement pas des captifs provenant d'autres villes, qui auraient été sacrifiés d'une manière différente, mais des personnes de la communauté qui donnaient leur vie pour le bien-être de la ville.

Le cénote n'est pas à deux pas d'El Castillo et, lorsque nous y sommes retournés, après nous être arrêtés devant le fascinant Tzompantli (une plate-forme épaisse ornée de crânes), nous étions tous les deux épuisés et en sueur. Isidro a suggéré de faire une pause et de boire une boisson fraîche, mais j'avais d'autres projets: l'Akab Dzib. Il m'a dit qu'il allait se reposer un moment et parler avec des amis qu'il avait vus près de la boutique de souvenirs, mais que je pouvais y aller si je le souhaitais. Alors que je m'éloignais, il m'a crié: "Souviens-toi de ce que j'ai dit à propos de cet endroit. N'entre pas à l'intérieur. Si tu vois une corde en travers de la porte, reste dehors."

Il faisait plus chaud que la veille, mais c'était une chaleur sèche. J'ai traversé une forêt clairsemée, je me suis arrêtée à l'étonnant Caracol, l'ancien observatoire, puis j'ai continué, les feuilles et les cailloux craquant doucement sous mes sandales. Plus je m'éloignais du centre du site, plus tout devenait calme, jusqu'à ce que je n'entende plus que le chant des oiseaux dans les arbres autour de moi et le petit bruit des iguanes qui couraient dans la terre et l'herbe, parfois devant moi, à la recherche d'un endroit ombragé. Et puis, là, dans une clairière devant moi, se dressait l'Akab Dzib.

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Akab Dzib
L'Akab Dzib Wikipedia (CC BY-NC-SA)

C'était un petit bâtiment, d'environ six mètres de haut, construit avec des briques de calcaire courtes et solides, et long de plus de trente mètres. De l'herbe et de petits arbres poussaient sur son toit et autour de ses fondations, et toute la structure semblait complètement organique, comme si elle avait poussé à partir du sol avec les plantes et les arbres qui l'entouraient et la surplombaient. Il y avait une seule porte dans le bâtiment devant moi, barrée par une corde jaune pâle placée assez bas. J'avais lu qu'il y avait sept portes dans l'Akab Dzib, mais que la pièce avec les étranges inscriptions se trouvait à l'extrémité sud. J'avais perdu tout sens de l'orientation, j'espérais donc être au bon endroit. Je suis passé facilement par-dessus la corde, qui pendait à environ deux centimètres du sol et qui n'avait certainement pas été placée là pour empêcher quiconque d'entrer, et ai pénétré dans l'obscurité du bâtiment.

Je m'attendais à ce qu'il fasse plus frais à l'abri du soleil, mais il faisait chaud et l'air était vicié à l'intérieur; l'air était épais et me desséchait la bouche et la langue. Je n'avais peut-être pas ma lampe de poche, mais j'avais un petit briquet Bic, et en l'allumant, j'ai vu que je me trouvais dans un ancien couloir, avec une porte devant moi. La lumière provenait de la porte derrière moi et j'ai avancé, mes sandales dispersant la terre sèche et l'air épais semblant s'accrocher à moi alors que je progressais lentement dans le couloir - losque j'ai entendu un bruit. Quelque chose bougeait dans l'obscurité devant moi... bougeait lentement.

J'ai entendu le gravier bouger et quelque chose s'agiter dans le sol sablonneux. J'ai fait un pas en avant et le bruit s'est reproduit, mais cette fois-ci, il semblait plus proche. Soudain, je ne pensais plus qu'aux avertissements d'Isidro au sujet des Ushmals: comment ils protégeaient leurs abris, comment ils pouvaient changer de forme à volonté, à quel point ils pouvaient être effrayants. J'avais mon briquet à la main et la lumière du soleil provenant de la porte derrière moi, mais il faisait encore sombre et obscur devant moi, et j'ai fait un pas en arrière. Puis, la "chose" devant moi a bougé rapidement. Elle semblait grande. Elle semblait énorme. Les petits cailloux et la terre sous elle glissaient contre les pierres du mur. Je me suis retourné et j'ai commencé à courir dans la direction d'où j'étais venu, j'ai trébuché en sortant de la porte, j'ai senti mon pied se prendre dans quelque chose, puis j'ai été projeté dans les airs avant d'atterrir lourdement sur le gravier à l'extérieur.

Je me suis rapidement relevé, puis je me suis mis à regarder fixement la porte et cette stupide corde sur laquelle je venais de trébucher. Et là se tenait mon agresseur: un iguane. Ce n'était même pas un très gros iguane. J'avais rampé dans des ruines où vivaient des serpents plus gros que cette créature. J'ai remarqué que je m'étais écorché les genoux en tombant et que je m'étais éraflé les paumes des mains sur le gravier. J'ai sorti ma montre et ai constaté que j'avais passé plus de temps que prévu au Caracol et plus de temps que je ne le pensais à ramper dans le couloir, et que je devais retourner auprès d'Isidro.

The Caracol, Chichen Itza
Le Caracol, Chichen Itza Daniel Shwen (CC BY-SA)

Je n'avais vu aucune inscription mystérieuse au-dessus de la porte lorsque j'étais entré, je savais donc que je m'étais trompé de côté. J'ai contourné rapidement l'Akab Dzib et me suis placé devant la porte sud, mais je n'avais tout simplement pas envie d'entrer. Oui, un iguane m'avait fait abandonner ma quête. Je me suis dit que si ce petit bonhomme était là, quelqu'un d'autre l'était probablement aussi, et je n'étais pas équipé de la meilleure tenue pour affronter un serpent comme le fer-de-lance (également connu sous le nom de Terciopelo) ou peut-être un esprit tel qu'un Ushmal, avec pour toute protection un t-shirt, un short et des sandales. J'ai regardé la corde suspendue au-travers de la porte, celle à hauteur de genou, et je suis parti.

Quand je suis revenu vers Isidro, il a regardé mes genoux écorchés, mon t-shirt et mes bras poussiéreux, et m'a dit: "Tu y es quand même allé, hein?"

J'ai répondu: "Pas loin. J'ai été chassé par un iguane."

"Cet iguane, a-t-il dit, t'a rendu un grand service." J'ai simplement hoché la tête et haussé les épaules.

Nous avons continué à visiter Chichen Itza et chaque bâtiment, chaque stèle gravée, semblait plus magnifique que le précédent. Le Temple des Guerriers et le Groupe des Mille Colonnes étaient incroyablement passionnants à découvrir, et le récit d'Isidro sur l'histoire de la ville et de ses habitants a donné vie à tout cela de manière saisissante.

L'esprit du lieu était si présent que je pouvais presque sentir le passé collectif de plusieurs siècles au bout de mes doigts pendant le trajet du retour.

Nous avons quitté Chichen Itza alors que les bus touristiques commençaient à arriver et que la foule affluait. À Piste, non loin de là, nous nous sommes arrêtés pour déjeuner dans un café appartenant à des amis d'Isidro. Cette bière Sol bien fraîche était l'une des meilleures que j'aie jamais goûtées et la nourriture était excellente: riz espagnol chaud, tamales (papillotes), gorditas (galettes de maïs fourrées) et Menudo Rojo (soupe).

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Après le repas, nous sommes repartis vers Carmen del Playa, tout en discutant de notre journée pendant le trajet. Je n'ai jamais pu voir les étranges inscriptions à l'intérieur de l'Akab Dzib, mais d'une certaine manière, cela n'avait plus d'importance pour moi. En parcourant les ruines avec Isidro, j'avais l'impression d'avoir voyagé dans le temps, à l'époque des sorciers de l'eau, lorsque la ville était animée par ses ancêtres et que les bâtiments et les colonnes brillaient de mille feux sous le soleil.

L'esprit du lieu était si présent que je pouvais presque sentir le passé collectif de plusieurs siècles au bout de mes doigts pendant le trajet du retour. Lorsque nous sommes arrivés à Playa del Carmen, le souvenir de la lumière du soleil et de l'ombre des bois autour d'Akab Dzib et des marches raides d'El Castillo était encore vif dans mon esprit. J'ai remercié Isidro pour cette journée et je suis retourné raconter mon aventure à Betsy.

Temple of the Warriors, Chichen Itza
Temple des guerriers, Chichen Itza Wikipedia User: Pomakis (CC BY-SA)

Je recommande vivement une visite à Chichen Itza et, si vous y allez, je vous encourage à engager un guide. Sans lui, vous passerez à côté de trop de choses. Vous pouvez engager des guides dans les complexes hôteliers de Playa del Carmen. Il existe également des bus touristiques guidés qui partent tôt le matin de la zone près de la plage, et vous pouvez également engager des guides sur place.

Je vous recommande également de faire attention aux iguanes. Je pense que je pourrais supporter d'être chassé d'Akab Dzib par un Ushmal en colère, sans problème, mais un petit iguane? C'est tout simplement humiliant. Bien sûr, selon Isidro, cet iguane ne faisait que me protéger de moi-même et, comme pour tout, je devrais seulement être reconnaissant pour cette expérience.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Joshua J. Mark
Joshua J. Mark est cofondateur et Directeur de Contenu de la World History Encyclopedia. Il était auparavant professeur au Marist College (NY) où il a enseigné l'histoire, la philosophie, la littérature et l'écriture. Il a beaucoup voyagé et a vécu en Grèce et en Allemagne.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2025, novembre 15). À la Rencontre des Esprits de Chichen Itza. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1394/a-la-rencontre-des-esprits-de-chichen-itza/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "À la Rencontre des Esprits de Chichen Itza." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, novembre 15, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1394/a-la-rencontre-des-esprits-de-chichen-itza/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "À la Rencontre des Esprits de Chichen Itza." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 15 nov. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1394/a-la-rencontre-des-esprits-de-chichen-itza/.

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