L'Affaire Cadoudal

Définition

Harrison W. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 03 juillet 2023
Disponible dans ces autres langues: anglais
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Cadoudal is Arrested (by Bibliothèque nationale de France, Public Domain)
Cadoudal est arrêté
Bibliothèque nationale de France (Public Domain)

L'affaire Cadoudal, ou conspiration de Pichegru, fut une tentative royaliste manquée de tuer ou d'enlever Napoléon Bonaparte (1769-1821), alors premier consul de la République française, et de restaurer la maison de Bourbon sur le trône de France. La découverte de la conspiration conduisit à l'exécution controversée du duc d'Enghien et contribua à faciliter l'établissement du premier empire français.

Le complot, soutenu par les Britanniques, débuta en août 1803, lorsque le chef chouan Georges Cadoudal débarqua en Normandie avec un groupe de conspirateurs royalistes. Au cours des mois suivants, d'autres conspirateurs arrivèrent en France, dont le général Jean-Charles Pichegru, mais avant que les royalistes ne puissent mettre leur plan à exécution, le complot fut découvert et les conspirateurs, arrêtés. Dans l'espoir de donner l'exemple à d'autres assassins potentiels, Bonaparte fit enlever le duc d'Enghien, membre de la dynastie royale des Bourbons, de son domaine dans l'Électorat de Bade. Enghien fut soumis à un simulacre de procès et fusillé; l'exécution provoqua une onde de choc dans toute l'Europe, entacha la réputation de Bonaparte et servit de catalyseur à la guerre de la Troisième Coalition (1805-1806). Le complot pour attenter à ses jours convainquit également Bonaparte d'accélérer ses projets d'établissement d'un empire héréditaire; il fut proclamé empereur des Français le 2 mai 1804 et le couronnement de Napoléon Ier eut lieu sept mois plus tard.

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Tuer un consul

Cadoudal et ses compagnons retournèrent en France pour tuer ou enlever le Premier Consul de la République française, Napoléon Bonaparte.

Tôt dans la matinée du 23 août 1803, une frégate britannique solitaire s'approcha des falaises rocheuses de Normandie, près de la commune de Biville. Dissimulée dans l'obscurité de l'aube, la frégate déposa discrètement un petit groupe de huit hommes au pied des falaises avant de retraverser la Manche. Ces hommes étaient des émigrés royalistes français, des ennemis convaincus de la Révolution française qui souhaitaient le retour de la maison royale des Bourbons sur le trône. Parmi eux se trouvait Georges Cadoudal, un Breton grand et costaud qui dirigeait depuis dix ans les rebelles royalistes surnommés les Chouans. Cadoudal et ses compagnons étaient rentrés en France pour accomplir une mission audacieuse: tuer ou enlever le premier consul de la République française, un général corse nommé Napoléon Bonaparte.

Bonaparte avait initialement pris le pouvoir lors du coup d'État du 18 Brumaire en novembre 1799. Pour consolider son nouveau gouvernement, appelé le Consulat de France, Bonaparte mit en place des politiques destinées à guérir certaines des divisions laissées par la Révolution. Il invita les émigrés contre-révolutionnaires à revenir en France et à retrouver leur statut de citoyens, réprima le brigandage dans les campagnes et gracia même les Chouans qui déposaient les armes. Au cours de son mandat de Premier Consul, Bonaparte rétablit également certains aspects de l'Ancien Régime afin de renforcer la position de la France aux yeux de l'Europe; une nouvelle hiérarchie sociale fut mise en place, le pouvoir devint plus centralisé et la France se réconcilia avec l'Église catholique avec le Concordat de 1801.

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Malgré ces politiques de réconciliation apparentes, les royalistes naïfs qui pensaient que Bonaparte était sensible à leur situation se rendirent vite compte qu'ils se trompaient. Le 5 mars 1800, une tentative de rencontre entre Bonaparte et Cadoudal au palais des Tuileries fut houleuse et provoqua la fuite du chef chouan. La même année, le roi autoproclamé Louis XVIII écrivit à Bonaparte depuis son exil, lui offrant le choix des postes ministériels en échange du trône de France. Le Premier Consul mit plus de six mois à répondre avant de refuser catégoriquement la demande du roi, invitant Louis à "sacrifier vos intérêts à la paix et au bonheur de la France" (Roberts, 249). En effet, Bonaparte n'avait pas besoin du soutien des royalistes; le 14 juin 1800, il battit les Autrichiens à la bataille de Marengo et, deux ans plus tard, il mit fin aux guerres révolutionnaires françaises qui duraient depuis dix ans. Ces succès renforcèrent considérablement la popularité et la légitimité du nouveau régime, ce qui permit à Bonaparte de prolonger son mandat de dix ans à un mandat à vie. Il était désormais dictateur.

Georges Cadoudal
Georges Cadoudal
Amable-Paul Coutan (Public Domain)

Cette évolution vers l'autoritarisme ne passa pas inaperçue: de nombreux jacobins pro-républicains, notamment au sein de l'armée, étaient préoccupés par cette apparente trahison de la Révolution. Bonaparte s'était fait des ennemis dans tout l'éventail politique, comme le remarqua Anne-Jean-Marie-René Savary, commandant des gendarmes de la Garde consulaire, qui signala des groupes " d'envieux, de malfaiteurs et pour la plupart d'hommes bornés " qui étaient " occupés à soulever le peuple " contre le Consulat (Mikaberidze, 188). L'un de ces groupes frappa la veille de Noël 1800; sur le chemin que Bonaparte empruntait pour se rendre à l'opéra, une "machine infernale", une voiture remplie de poudre, explosa, tuant huit personnes et en blessant 26. Bien que Bonaparte en soit sorti indemne, il s'agissait de la première tentative d'assassinat d'envergure.

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Alors que la tentative d'assassinat avait probablement été perpétrée par des royalistes, Bonaparte choisit de blâmer les Jacobins qu'il considérait comme une plus grande menace politique, et 130 Jacobins furent par la suite rassemblés et déportés. Mais il ne laissa pas les royalistes impunis: une colonne de soldats dirigée par le général Jean Bernadotte déferla sur la Bretagne, balayant la résistance latente des Chouans. Parmi les Chouans tués figurait le colonel Julien Cadoudal, frère de Georges. Georges Cadoudal fut contraint de fuir en Angleterre à cette époque; il nourrirait désormais une rancune personnelle à l'égard de Bonaparte.

La conspiration

Pendant son exil à Londres, Cadoudal élabora un complot audacieux visant à assassiner le Premier Consul et à restaurer la monarchie des Bourbons. Il recruta Jean-Charles Pichegru, un compagnon royaliste et un général français en disgrâce qui avait été exilé lors du coup d'État du 18 Fructidor en 1797. La tâche de Pichegru était de prendre le contrôle de l'armée une fois Bonaparte neutralisé; pour avoir plus de chances de gagner le soutien des militaires, Pichegru fut également chargé de convaincre le général Jean Victor Moreau de se joindre au complot. Moreau était le deuxième général le plus populaire de France après Bonaparte. Bien qu'il ait été un ardent républicain, Moreau avait perdu ses illusions sur le régime de Bonaparte et fut facilement persuadé de se joindre au complot.

Les conspirateurs furent également aidés par le gouvernement britannique. En mai 1803, après une brève période de paix, la France et le Royaume-Uni étaient de nouveau en guerre. Bonaparte étant occupé à préparer une invasion de l'Angleterre, il était dans l'intérêt de la Grande-Bretagne de neutraliser celui qu'elle considérait un dictateur indésirable. Des lettres échangées entre des membres de la surveillance navale britannique et des ministres du gouvernement suggèrent que les Britanniques finançaient la conspiration; à tout le moins, ils firent traverser la Manche aux conspirateurs. Dans les mois qui suivirent le débarquement de Cadoudal en Normandie en août 1803, d'autres petits groupes de royalistes furent déposés dans la même région, Pichegru débarquant le 16 janvier 1804. Après leur arrivée, les conspirateurs durent se mettre en position et attendre le signal pour frapper. Malheureusement pour eux, ils étaient loin d'être aussi clandestins qu'ils le croyaient.

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Cadoudal and the Royalist Conspirators Land Beneath the Cliffs of Biville
Cadoudal et les conspirateurs royalistes débarquent sous les falaises de Biville
Armand de Polignac (Public Domain)

Le complot prend forme

Joseph Fouché, ministre de la Police de la République française, était un homme astucieux et rusé. Même pendant les tumultueuses années révolutionnaires, il n'avait jamais été du côté des perdants d'un coup d'État, ce qui témoigne de son vaste réseau d'espions. En effet, ses agents avaient infiltré les cercles anti-bonapartistes à Paris, et Fouché avait même des yeux et des oreilles à Londres. À peine Cadoudal avait-il débarqué sous les falaises de Biville que Fouché en eut connaissance. Surveillant la Normandie, ses hommes capturèrent un royaliste nommé Danouville peu après le débarquement; la décision de Danouville de se pendre dans sa cellule plutôt que de se soumettre à un interrogatoire alerta Fouché sur le fait que les royalistes préparaient quelque chose d'important.

Selon Picot et Lozier, le complot aurait été déclenché par l'arrivée d'un prince bourbon sur le sol français.

En septembre 1803, une lettre écrite par l'un des compagnons de Cadoudal, le docteur Querelle, fut interceptée par les agents de Fouché. Cette lettre, que Querelle avait imprudemment envoyée à son beau-frère à Vannes, confirmait l'implication de Cadoudal et révélait l'endroit où se trouvait Querelle. Querelle fut arrêté en octobre; menacé de la guillotine, il révéla les noms des principaux conspirateurs, dont Cadoudal, Pichegru et Moreau, et donna l'emplacement de plusieurs planques à Paris où les comploteurs pourraient se cacher. Les hommes de Fouché perquisitionnèrent les planques en février 1804 et arrêtèrent deux autres conspirateurs, Louis Picot et Bouvet de Lozier. Soumis à la torture, les deux hommes craquèrent et révélèrent les détails du complot. Selon eux, le complot aurait été déclenché par l'arrivée d'un prince Bourbon sur le sol français, bien qu'ils aient affirmé ne pas connaître l'identité de ce prince.

Entre-temps, le 28 janvier 1804, Pichegru rencontra le général Moreau à son domicile en France. Moreau semble avoir envisagé un instant de se joindre au complot, mais décida finalement de ne pas le faire une fois qu'il fut révélé que Cadoudal était impliqué; même s'il détestait Bonaparte, Moreau n'avait aucun désir de voir une restauration des Bourbons. Il promit néanmoins à Pichegru de ne pas alerter les autorités, devenant ainsi complice. A la même époque, Fouché disposait enfin de suffisamment d'informations pour présenter à Bonaparte les grandes lignes du complot. Lorsque Fouché lui parla de l'implication présumée de Moreau, le Premier Consul fut véritablement surpris et s'exclama : "Quoi ! Moreau dans un tel complot !". (Roberts, 334). Bonaparte réagit d'abord en renforçant la sécurité à Paris. Le nombre de gendarmes patrouillant dans les rues fut augmenté et on leur demanda d'être à l'affût de Cadoudal. Les maisons des royalistes connus furent fouillées, le système des jurés fut suspendu et les mots de passe du palais des Tuileries et de la Malmaison furent changés.

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Une fois la capitale sécurisée, Bonaparte se mit à la poursuite des conspirateurs. Le 15 février à 8 heures du matin, Moreau fut arrêté et envoyé à la prison du Temple à Paris. Ses proches amis, les généraux Liebert et Souham, furent également arrêtés mais furent rapidement relâchés. Pichegru fut retrouvé onze jours plus tard, caché dans une maison de la rue Chabanais à Paris; le général parvint à repousser trois gendarmes à coups de poing avant que la rixe ne s'achève par "une violente pression sur la partie la plus tendre de son corps, qui lui fait perdre connaissance" (Roberts, 335). Cadoudal lui-même ne fut arrêté qu'à 19 heures le 9 mars, après une dramatique course-poursuite en calèche dans les rues de Paris. Au point culminant de la poursuite, Cadoudal tua un gendarme qui avait sauté sur sa voiture et en blessa un autre; il fallut une nuée de policiers pour le retenir et l'emmener en prison. L'arrestation de Cadoudal mit fin à la principale menace qui pesait sur la vie de Bonaparte.

L'affaire du duc d'Enghien

Après l'arrestation des principaux conspirateurs, une question demeurait: qui était le prince Bourbon dont l'arrivée en France était le signal du début de la conspiration ? Bonaparte et ses ministres soupçonnèrent d'abord le comte d'Artois, le frère cadet de Louis XVIII qui tirait habituellement les ficelles d'activités pro-bourboniennes similaires (Artois était aussi le futur roi Charles X de France). Cependant, lorsque Savary fut envoyé en Normandie pour enquêter, il ne trouva aucun signe de l'implication d'Artois. Peu après l'arrestation de Pichegru, les ministres de Bonaparte proposèrent un autre candidat: Louis Antoine de Bourbon-Condé, duc d'Enghien.

Louis Antoine de Bourbon-Condé, Duke of Enghien
Louis Antoine de Bourbon-Condé, duc d'Enghien
Jean-Michael Moreau (Public Domain)

Décrit par l'historien Duff Cooper comme "jeune, beau et chevaleresque", le duc d'Enghien, âgé de 31 ans, était membre de la maison de Condé, branche cadette de la dynastie des Bourbons. Son grand-père avait dirigé l'armée royaliste française lors de la bataille de Valmy en 1792, et Enghien lui-même avait exprimé le désir de mener une invasion de l'Alsace et de restaurer l'Ancien Régime. Bien qu'aucune preuve ne permette de relier Enghien au complot de Cadoudal, Bonaparte voulait donner l'exemple en arrêtant le jeune duc. Mais il y avait un problème de taille: Enghien n'était pas en France. Il vivait en tant qu'émigré dans l'Électorat de Bade, un Etat souverain faisant partie du Saint Empire romain germanique.

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Cela ne dissuada pas Bonaparte, encouragé par Fouché et par son ministre des Affaires étrangères Charles-Maurice de Talleyrand à arrêter le duc. Dans la nuit du 14 au 15 mars, le général Michel Ordener et 200 dragons franchirent la frontière du pays de Bade et arrivèrent à Ettenheim, le domaine du duc, à 5 heures du matin. Ordener enleva Enghien et s'empara du chien du duc, de ses documents et des 2,3 millions de francs qui se trouvaient dans son coffre-fort. Les documents ne révélèrent rien sur le complot de Cadoudal, mais prouvèrent qu'Enghien avait proposé de servir dans l'armée britannique et qu'il avait accepté de l'argent de Londres. Enghien fut emmené à la forteresse de Vincennes, où il fut soumis à un interrogatoire. Bien qu'il ait nié avoir été en contact avec Pichegru, Enghien ne cacha pas sa haine pour le gouvernement de Bonaparte et admit volontiers son désir d'aider les ennemis de la République française. Le 21 mars à 2 heures du matin, un bref tribunal militaire déclara Enghien coupable de trahison. Le duc fut alors conduit dans les douves du château où il fut fusillé et enterré dans une fosse déjà creusée, la question de sa culpabilité n'ayant jamais fait de doute.

Réactions à l'exécution d'Enghien

Nombreux furent ceux qui furent horrifiés par le fait que le duc ait été enlevé et tué sur la base d'accusations aussi peu convaincantes, tandis que les Parisiens craignaient que cette exécution ne marque le début d'un second règne de la Terreur. Les aristocrates pleurèrent la perte du dernier prince de l'illustre maison de Condé, tandis que les libéraux commencèrent à remettre en question leur soutien à Bonaparte, dont les actions ressemblaient davantage à celles d'un tyran oppresseur qu'à celles d'un héros révolutionnaire.

Même les plus proches partisans de Bonaparte remirent en question la nécessité de l'exécution; la propre épouse de Bonaparte, Joséphine de Beauharnais, aurait supplié son mari d'épargner la vie d'Enghien, tandis que le lieutenant de confiance de Bonaparte, Joachim Murat, aurait hésité à mettre en place le tribunal. Bonaparte défendit son action en déclarant qu'Enghien avait voulu "semer le désordre en France et tuer la Révolution en me tuant; je devais la défendre et la venger. Je devais montrer de quoi j'étais capable" (Furet, 238). Bonaparte y réussit en tout cas: aucun autre complot royaliste le visant ne fut fomenté. Il montra au monde, selon ses propres termes, que ses "veines coulaient de sang et non d'eau" (Mikaberidze, 190).

Execution of the Duke of Enghien
Exécution du duc d'Enghien
Jean-Paul Laurens (Public Domain)

Toutes les nations européennes ne protestèrent pas à l'annonce de la mort d'Enghien: la Prusse et l'Autriche restèrent silencieuses sur le sujet, tandis que l'Espagne exprima même son approbation. Mais pour certains monarques, l'exécution était un pas de trop. Le roi Gustave IV de Suède rompit les négociations d'une alliance franco-suédoise dès qu'il apprit la nouvelle; Gustave adopterait plus tard le chien d'Enghien en lui confectionnant un collier sur lequel on pouvait lire "J'appartiens au malheureux duc d'Enghien" (Roberts, 339). Le tsar Alexandre Ier de Russie fut également très insulté, moins à cause du meurtre à proprement parler que parce que Bonaparte avait violé la souveraineté de Baden, dont le duc était le beau-père d'Alexandre. Ce n'était que la dernière d'une longue série d'actions françaises qui semblaient remettre en cause le statut de la Russie en Europe et qui ne pouvaient être tolérées.

La cour russe entama une période de deuil pour Enghien et envoya des lettres de protestation à Paris et à la Diète impériale du Saint Empire romain germanique. Les États allemands se trouvèrent alors dans une situation délicate: s'ils ne voulaient pas risquer de contrarier la France en approuvant la protestation du tsar, ils ne pouvaient pas non plus se permettre de l'ignorer et de risquer d'offenser la Russie. Finalement, le duc de Bade annonça que Bonaparte avait donné une explication satisfaisante à la violation de la souveraineté de Bade, mettant ainsi un terme à l'affaire. En avril 1804, la Russie commença à comploter contre la France et conclut une alliance secrète avec l'Autriche. L'exécution d'Enghien contribua donc à jeter les bases de la guerre de la Troisième Coalition qui éclaterait l'année suivante. Pour cette raison, et en raison de la tache sur la réputation de Bonaparte, Fouché remarquerait plus tard que l'exécution était "plus qu'un crime, c'était une faute" (Buttery, 15).

Retombées de l'affaire

Alors que l'Europe réagissait à la mort d'Enghien, les conspirateurs de l'affaire Cadoudal faisaient face à leur sort. Le matin du 6 avril, le général Pichegru fut retrouvé mort dans sa cellule, apparemment étranglé par sa propre cravate. Bien que sa mort ait été considérée comme un suicide, beaucoup se demandèrent si Bonaparte ou l'un de ses ministres n'y était pas pour quelque chose (il est peu probable que Bonaparte ait donné l'ordre lui-même à un moment où il était si critiqué pour la mort d'Enghien). Moreau fut jugé en juin 1804, mais les preuves contre lui étaient minces et il jouissait toujours de la sympathie du public. Au grand dam de Bonaparte, Moreau fut condamné à la peine la plus légère possible, deux ans d'emprisonnement; cette peine serait plus tard transformée en exil et Moreau partirait pour les États-Unis. Parmi les autres conspirateurs présumés, 21 ofurent acquittés, quatre furent condamnés à la prison et 19 furent condamnés à mort. Bien que certaines de ces condamnations aient été commuées par la suite, 12 conspirateurs - dont Cadoudal - furent guillotinés sur la place de Grève le 25 juin 1804, la seule exécution de masse à avoir eu lieu sous le règne de Bonaparte.

Death of General Pichegru
Décès du général Pichegru
Georges Moreau de Tours (Public Domain)

Bonaparte caressait l'idée d'établir un empire héréditaire en France, et la découverte de la conspiration de Cadoudal lui donna une occasion en or de le faire. Bonaparte fit valoir qu'en tant que personnification supposée de la Révolution, il était la seule chose qui puisse empêcher la France de sombrer dans l'agitation politique. S'il était tué, la France serait déchirée par la guerre et les Bourbons seraient restaurés. Bonaparte affirmait qu'un empire héréditaire assurerait la stabilité à laquelle aspirait le peuple français et protégerait les acquis de la Révolution.

L'argument était peu convaincant, mais Bonaparte était suffisamment populaire pour que cela n'ait pas d'importance. Le 2 mai 1804, les assemblées législatives votèrent trois motions qui, faisant usage d'un oxymore, proclamèrent Bonaparte "empereur de la République française"; le 18, le Sénat proclama officiellement le Premier Empire français. Cadoudal avait donc raison lorsqu'il disait en plaisantant depuis sa cellule : "Nous avons fait plus que nous n'espérions faire. Nous voulions donner un roi à la France, nous lui avons donné un empereur" (Mikaberidze, 194).

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Questions & Réponses

Qu'est-ce que le coup essentiel de Cadoudal ?

Le coup essentiel Cadoudal est une conspiration royaliste visant à tuer ou à enlever Napoléon Bonaparte et à restaurer la Maison de Bourbon sur le trône de France. Les principaux conspirateurs étaient Georges Cadoudal et le général Jean-Charles Pichegru. Le complot fut découvert et la plupart des conspirateurs furent arrêtés en février-mars 1804.

Pourquoi le complot de Cadoudal était-il important ?

Le complot de Cadoudal fut le dernier complot royaliste d'importance contre la vie de Napoléon Bonaparte. Il accéléra surtout la décision de Napoléon de se proclamer empereur des Français.

Qui était le duc d'Enghien ?

Louis Antoine de Bourbon-Condé, duc d'Enghien, était le dernier prince de la maison de Condé, branche cadette de la dynastie des Bourbons. Enlevé et exécuté sur ordre de Napoléon Bonaparte en mars 1804, sa mort provoqua une onde de choc dans toute l'Europe et en révolta plus d'un contre le règne de Napoléon.

Comment les conspirateurs du coup de Cadoudal furent-ils arrêtés ?

Les conspirateurs de l'affaire Cadoudal furent arrêtés grâce au vaste réseau d'espionnage de Joseph Fouché, ministre de la police de Napoléon. Grâce à ses espions, Fouché eut connaissance du complot et de l'emplacement des conspirateurs, qui furent arrêtés en février et mars 1804.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Harrison W. Mark
Harrison Mark est diplômé de SUNY Oswego où il a étudié l'histoire et les sciences politiques.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, H. W. (2023, juillet 03). L'Affaire Cadoudal [Cadoudal Affair]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-21977/laffaire-cadoudal/

Style Chicago

Mark, Harrison W.. "L'Affaire Cadoudal." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le juillet 03, 2023. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-21977/laffaire-cadoudal/.

Style MLA

Mark, Harrison W.. "L'Affaire Cadoudal." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 03 juil. 2023. Web. 16 juin 2024.

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