Tsar

Définition

Liana Miate
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 29 novembre 2023
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Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol
Ivory Throne of Ivan IV of Russia (by Stan Shebs, CC BY-SA)
Trône en ivoire d'Ivan IV de Russie
Stan Shebs (CC BY-SA)

Tsar (ou autrefois Czar) est un terme slave dérivé du latin caesar. Ivan III (alias Ivan le Grand, r. de 1462 à 1505) fut le premier souverain russe à utiliser le titre de tsar pendant son règne au lieu du titre de Grand Prince de Moscou. Son petit-fils, Ivan IV (Ivan le Terrible) (r. de 1547 à 1584), fut le premier souverain russe à être officiellement couronné tsar.

À l'époque, ce titre ne signifiait pas un pouvoir absolu, mais désignait un souverain qui ne devait pas prêter allégeance à un souverain étranger. Les premiers tsars russes affirmèrent qu'ils descendaient des empereurs romains et byzantins pour justifier leur droit à régner. Le patriarche de Constantinople confirma le titre de tsar dans un document officiel en 1561. Il compare Ivan IV à un empereur byzantin et déclare qu'il est le souverain de tous les chrétiens orthodoxes d'Orient et d'Occident. Le titre de "tsar" fut utilisé en Russie de 1547 à 1721, lorsque la Russie devint un empire et que Pierre le Grand (r. de 1682 à 1725) fut couronné empereur.

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Origine du titre

Les premiers tsars de Russie adoptèrent des généalogies mythologiques pour tenter de se rattacher à la Rome impériale.

Le titre de tsar fut d'abord utilisé pour les khans de la Horde d'or et les empereurs de l'Empire byzantin. Tsar fut utilisé pour faire la distinction entre les empereurs romains païens du passé et les empereurs chrétiens de l'époque moderne. L'équivalent féminin de tsar est tsarine (également appelée tzarine).

Ivan III (Ivan le Grand) adopta le titre de tsar pendant son règne, bien qu'il n'ait jamais été officiellement couronné comme tel. À l'époque, le tsar ne symbolisait pas un souverain au pouvoir absolu, mais un souverain indépendant qui régnait sur les terres énumérées dans son titre complet. Le petit-fils d'Ivan III, Ivan IV, proclamerait plus tard que le titre de tsar était donné par Dieu et que toute opposition était un sacrilège.

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Les premiers tsars de Russie adoptèrent des généalogies mythologiques pour tenter de se rattacher à la Rome impériale. Dans un traité intitulé Le Dit des princes de Vladimir, Prus, un frère d'Auguste, fut inclus dans l'histoire. Prus était censé être un descendant direct de Riourik, le légendaire chef viking de la Rous de kiev. Ivan IV se référait souvent à Auguste en tant qu'ancêtre pour justifier sa souveraineté. Le Grand Livre d'État était un recueil de biographies de princes et de tsars russes, dans lequel figuraient également Auguste et Riourik, afin de montrer le lien entre ces deux grands souverains et les monarques russes.

Portrait of Ivan IV
Portrait d'Ivan IV
Viktor Vasnetsov (Public Domain)

Les tsars finirent par être considérés comme des souverains séculiers capables de réaliser des miracles, presque comme un dieu sur terre. Siméon de Polotsk (1629-1680), un moine de Kiev (Kyïv), écrivit un livre intitulé Jezl pravlenia (Le bâton de commandement) dans lequel il ajouta des caractéristiques individuelles au titre de tsar ("le plus pieux"). Ces qualités étaient utilisées à l'église et à la cour, bien qu'elles n'ait pas fait partie du titre officiel du tsar.

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La troisième Rome

La deuxième épouse d'Ivan III était Sophie Paléologue (c. 1449-1503), la nièce du dernier empereur byzantin, Constantin XI (r. de 1449 à 1453). Ivan III l'avait choisie comme épouse afin d'introduire la grandeur byzantine à la cour de Russie. L'influence de Sophie sur son mari entraînerait des changements importants en Russie au cours des 400 années suivantes. Ivan III incorpora l'aigle bicéphale byzantin dans les armoiries russes à la suggestion de Sophie. Il intégra également certaines traditions byzantines dans les cérémonies russes, notamment en adoptant des couronnements plus solennels, fondés sur l'église. C'est à cette époque qu'il commença à signer ses documents du mot "tsar".

Facial Reconstruction of Sophia Palaiologina (Palaeologus)
Reconstruction faciale de Sophie Paléologue
Sergey Nikitin (CC BY-SA)

Ivan III se considérait l'héritier du trône de l'Empire romain d'Orient. Il pensait que Moscou était la "troisième Rome", le successeur de Rome et de Constantinople en tant que capitale du monde chrétien. Trois légendes soutiennent la revendication de Moscou en tant que "troisième Rome". La première est la croyance que Saint-André (mort vers 60) aurait apporté le christianisme en Russie; la deuxième est le lien de parenté des tsars avec les empereurs romains et byzantins. La troisième légende établissait l'Église orthodoxe russe comme successeur de l'Église orthodoxe grecque. Elle tourne autour de l'histoire selon laquelle le grand-père du Grand Prince Vladimir II Monomaque (r. de 1113 à 1125), l'empereur byzantin Constantin IX Monomaque (r. de 1042 à 1055), avait offert au Prince Vladimir de gouverner conjointement l'Empire byzantin et l'Église orthodoxe. Ce que la légende ne mentionne pas, cependant, c'est que Constantin IX mourut avant même que Vladimir ne devienne prince, et qu'il n'y a donc rien de vrai dans cette histoire.

Couronnement des tsars

Cette légende explique également la splendeur du couronnement impérial russe et de ses costumes. Selon la légende, Vladimir Monomaque aurait reçu les insignes impériaux de son grand-père. Macaire, le métropolite (archevêque) de Moscou (1482-1563), conçut le premier rite de couronnement impérial russe pour le couronnement d'Ivan IV, âgé de 17 ans, en 1547. Contrairement aux couronnements royaux français et anglais qui reposaient sur des traditions médiévales telles que les pairs du royaume et les rites de chevalerie, la cérémonie russe était celle de l'absolutisme, inspirée des rites byzantins du XIVe siècle. Les costumes, qui comprenaient le bonnet de Monomaque (couronne), le sceptre, la croix et les épaulettes, témoignaient d'un lien avec Byzance.

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Dans les couronnements russes, l'onction avait lieu après l'investiture.

Le couronnement commença par le fait qu'Ivan IV demande à Macaire de consacrer ses liens héréditaires au titre de tsar. Macaire confirma le droit d'Ivan IV au trône, puis il plaça la croix autour du cou d'Ivan IV, posa les mains sur sa tête et lut la bénédiction. L'acte de consécration fut ainsi achevé. Ivan IV fut couronné et tint l'orbe et le sceptre. Pour la dernière partie du couronnement, Macaire lut le précepte: les obligations du tsar envers l'Église et ses sujets. La mort future du tsar et son règne au ciel aux côtés de Dieu et des saints étaient reconnus comme une récompense pour sa piété envers Dieu.

L'onction fut ajoutée à la cérémonie du couronnement dans les années 1550, et elle devint partie intégrante de la tradition des couronnements impériaux russes à partir de ce moment-là. Dans les couronnements russes, l'onction avait lieu après l'investiture. Elle avait pour but de signifier que le tsar était le plus saint de tous les hommes et l'égal de tous les souverains occidentaux. Elle n'était cependant pas significative de la consécration du pouvoir séculier du tsar.

Pendant son règne, le tsar Alexis de Russie (r. de 1645 à 1676) introduisit deux nouvelles traditions dans la cérémonie du couronnement: la communion et la récitation du Credo. Ces deux ajouts firent en sorte que la cérémonie ait encore plus de points communs avec les couronnements des souverains byzantins et européens. Les couronnements se terminaient généralement par un somptueux banquet qui renforçait la solidarité entre l'Église et l'État. Le patriarche, ou chef de l'église, accueillait le tsar dans l'espace sacré, religieux, tandis que lors du banquet, le tsar accueillait le patriarche dans le Palais à Facettes, un espace séculier.

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Tsar de toutes les Russies

Au fur et à mesure que de nouveaux territoires passaient sous contrôle russe, Ivan IV commença à appeler la Russie "Rossiia" au lieu de "Rous", qui ne désignait que les territoires de la Principauté moscovite. Sous le règne du tsar Alexis, dans les années 1650 et 1660, le tsar utilisa le titre de "tsar de toutes les Russies" après que la Russie se fut emparée de nouvelles terres, dont Kiev, Smolensk et la Russie blanche (l'actuelle Biélorussie). Un nouveau sceau d'État fut créé par Lavrenti Khurulevich, un maître héraldique autrichien. Le nouveau sceau présente un aigle aux ailes déployées, imitant le sceau du Saint Empire romain germanique. L'aigle tient dans ses serres un orbe et un sceptre, qui représentent "le très gracieux Souverain, Sa Majesté Impériale, Autocrate et Possesseur". Trois couronnes au-dessus de l'aigle représentaient la Sibérie, Kazan et Astrakhan, et trois colonnes sur les bordures symbolisent la Grande, la Blanche et la Petite Russie.

Ivan IV, the Terrible and the Tsardom of Russia, c. 1598
Ivan IV, le Terrible et le tsarat de Russie, vers 1598
Simeon Netchev (CC BY-NC-SA)

Les tsars et l'Église orthodoxe russe

L'Église orthodoxe russe jouait un rôle considérable dans la vie de tous les Russes, et les tsars ne faisaient pas exception. Le pouvoir d'un tsar dépendait de sa piété et de sa moralité personnelles. Ils étaient considérés comme les défenseurs de l'Église orthodoxe. Plus important encore, l'Église était un élément fondamental de l'État autocratique et les ministres de l'Église obéissaient au tsar. En retour, la plupart des tsars respectaient la hiérarchie de l'Église et la protégeaient.

En 1589, sous le règne de Fédor Ier de Russie (r. de 1584 à 1598), un patriarche fut élu. En plaçant un patriarche à la tête de l'Église orthodoxe, il la libéra de la suprématie étrangère. À l'époque, l'Empire russe était le seul État orthodoxe à ne pas subir d'ingérence étrangère. Il était donc naturel que l'Église orthodoxe russe veuille suivre les traces de la Russie. Le patriarche était chargé de la justice ecclésiastique. Il était soutenu financièrement par les grandes propriétés des riches et par les revenus des monastères. Tout comme le tsar, il disposait de ses propres cours de justice et de ses propres bureaux comptables et administratifs. Un patriarche était, à toutes fins utiles, un tsar de l'Église.

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Le tsar Alexis s'efforça de transformer l'Église orthodoxe russe en une Église et une forme d'orthodoxie universelles. L'Église subit diverses réformes au cours du XVIIe siècle, notamment le remplacement de la liturgie et des livres par des versions grecques et ukrainiennes, la modification de la liturgie, la révision des livres et le remplacement des icônes religieuses par de nouvelles icônes représentant le signe de croix à trois doigts. Le tsar Alexis nomma le patriarche Nikon (1605-1681) pour superviser ces réformes. Le patriarche Nikon se considérait comme un co-tsar et persuada Alexis de prendre part à des routines liturgiques strictes, au cours desquelles Alexis portait de riches robes dorées qui ressemblaient aux robes des empereurs byzantins et portait un orbe et un sceptre fabriqués à Istanbul. Pendant les services religieux, on s'adressait à lui en l'appelant "sacré" (sviatoi), ce qui conférait à Alexis les qualités d'un demi-dieu et allait à l'encontre des croyances religieuses de l'Église orthodoxe russe. Alexis était présenté comme le monarque absolu qui jouissait d'une prééminence à la fois séculière et ecclésiastique.

Young Tsar Alexis and Patriarch Nikon
Le jeune tsar Alexis et le patriarche Nikon
Alexander Litovchenko (Public Domain)

Les serviteurs (nobles qui participaient aux cérémonies militaires ou religieuses sous peine de punition) contribuaient à soutenir le rôle de souverain pieux du tsar en se joignant aux processions et aux services religieux en tant qu'esclaves du tsar. Ces processions religieuses devaient être un véritable spectacle, le tsar et ses serviteurs étant parés d'or, d'émeraudes et de perles. En 1658, Alexis se brouilla avec Nikon et l'exila de l'Église, mais il maintint ses réformes. Le bannissement de Nikon prouve qu'il était impossible pour l'Église de s'opposer au tsar. En revanche, l'État avait tout à fait le droit de s'immiscer dans les affaires de l'Église.

Le fils d'Alexis, Pierre le Grand, alla un peu plus loin en abolissant purement et simplement le rôle du patriarche, car il se méfiait du pouvoir de l'Église et était conscient des obstacles qui se dresseraient devant les multiples réformes qu'il souhaitait mettre en place. Inspiré par les différentes réformes religieuses en Europe occidentale, Pierre Ier créa en 1721 un Collège ecclésiastique (Saint-Synode), composé de plusieurs collèges dont l'objectif était d'innover davantage dans l'Église.

Un code ecclésiastique fut remis à chaque évêque, les mettant en garde contre l'orgueil et leur rappelant que leur rôle était celui d'un subordonné et non d'un tsar. Le Saint-Synode était considéré comme la main du tsar, un instrument dans un État autocratique. Cependant, le tsar ne devait pas être considéré comme le chef de l'Église orthodoxe - seul Dieu était reconnu dans ce rôle. Quel qu'ait été le pouvoir du tsar sur l'Église orthodoxe russe, il était externe et ne concernait que l'administration de l'Église, et non le dogme ou les enseignements religieux. Après avoir été couronné par l'Église, le tsar devenait le plus haut représentant de l'Église orthodoxe russe et un défenseur de l'Église. Il était désigné par Dieu lui-même pour gouverner les croyants de la foi chrétienne.

Portrait of Peter I of Russia
Portrait de Pierre Ier de Russie
Maria Giovanna Clementi (Public Domain)

Les tsars de Russie

Les tsars de Russie officiellement couronnés sont les suivants:

  • Ivan IV de Russie (Ivan le Terrible) (r. de 1547 à 1584)
  • Féodor Ier de Russie (r. de 1584 à 1598)
  • Boris Godounov (r. de 1598 à 1605)
  • Féodor II de Russie (r. de 1605 à 1605)
  • Faux Dimitri (r. de 1605 à 1606)
  • Vassili IV de Russie (r. de 1606 à 1610)
  • Michel Ier de Russie (r. de 1613 à 1645)
  • Alexis Ier de Russie (r. de 1645 à 1676)
  • Féodor III de Russie (r. de 1676 à 1682)
  • Ivan V de Russie (r. de 1682 à 1696)
  • Pierre Ier de Russie alias Pierre le Grand (r. de 1682 à 1721, en tant que tsar)

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Questions & Réponses

Que signifie tsar ?

Tsar (ou czar) est un terme slave dérivé du latin "caesar" et désigne un souverain de type empereur qui ne doit pas d'allégeance à d'autres souverains.

Est-ce que cela s'écrit tsar ou czar ?

Les termes tsar et czar sont tous deux corrects. Toutefois, lorsqu'il s'agit de la Russie, tsar est plus courant.

Le tsar était-il bon ou mauvais ?

Il y avait de bons et de mauvais tsars, en fonction de leur règne. Ivan IV était appelé Ivan le Terrible, par exemple, tandis que Pierre Ier était appelé Pierre le Grand.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Liana Miate
Liana est la responsable des réseaux sociaux pour World History Encyclopedia. Elle est titulaire d'une licence en arts avec une spécialisation en Grèce antique, Rome et Antiquité tardive. Elle est particulièrement passionnée par Rome et la Grèce, ainsi que par tout ce qui a trait à la mythologie et aux femmes.

Citer cette ressource

Style APA

Miate, L. (2023, novembre 29). Tsar [Tsar]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19765/tsar/

Style Chicago

Miate, Liana. "Tsar." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le novembre 29, 2023. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19765/tsar/.

Style MLA

Miate, Liana. "Tsar." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 29 nov. 2023. Web. 15 avril 2024.

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