Hyppolite (Pièce)

Donald L. Wasson
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Hippolytus & Phaedra (by Peter Roan, CC BY-NC-SA)
Hyppolite et Phèdre Peter Roan (CC BY-NC-SA)

Hippolyte est une tragédie écrite par Euripide (c. 484-407 av. J.-C.), l'un des grands dramaturges grecs du début du Ve siècle avant J.-C. Comme beaucoup de tragédies de l'époque, Hippolyte est centrée sur la relation entre les hommes et les dieux. Hippolyte choisit de ne pas rendre hommage à Aphrodite, la déesse de l'amour, et consacre plutôt sa vie et son amour à Artémis, la déesse de la chasse. Pour le punir de son affront, sa belle-mère, Phèdre, est poussée à tomber amoureuse de lui, mais cet amour ne sera jamais réciproque. Innocemment, Hippolyte rejette l'amour de Phèdre et jure de rester loin du palais jusqu'au retour de son père, Thésée. Elle devient si désespérée qu'elle se suicide, laissant une note accusant Hippolyte de viol. Lorsque Thésée revient, il bannit Hippolyte sans procès et prie Poséidon de le tuer. Plus tard, lorsque Artémis révèle la vérité, Thésée, rongé par le remords, se retrouve face au corps de son fils mourant. À la fin, Hippolyte pardonne à son père, ce qui peut sembler difficile à accepter en dehors d'une pièce de théâtre.

Euripide

On sait peu de choses sur la jeunesse d'Euripide. Il vit le jour sur l'île de Salamine, près d'Athènes, dans une famille de prêtres héréditaires. Bien qu'il n'ait pas connu le même succès que ses collègues tragédiens Sophocle et Eschyle, il participa à plusieurs concours dramatiques aux Dionysies à partir de 455 avant J.-C., mais ne remporta que quatre victoires, dont la première en 441 avant J.-C. Hippolyte fut l'une de ses pièces les plus réussies et lui offrit l'une de ses rares victoires. Sur plus de 90 pièces, 19 ont survécu, ce qui est le plus grand nombre parmi tous les auteurs.

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Euripides
Euripide Jastrow (Public Domain)

Athènes était un endroit déprimant à cette époque. C'était une période de guerre entre Sparte et Athènes, ce qui pesa peut-être lourdement sur l'auteur. Bien qu'il ait généralement évité de s'impliquer dans la vie politique et militaire d'Athènes, il participa à une mission diplomatique à Syracuse. Dans son ouvrage The Greek Way, la classiciste Edith Hamilton cite l'opinion d'Aristote selon laquelle Euripide était le plus tragique des poètes. Elle ajoute qu'il ressentait "la misère de la condition humaine" et qu'aucun poète n'était "aussi sensible que lui à la musique calme et triste de l'humanité, une mélodie peu écoutée par le monde d'autrefois" (205). Cette tristesse est peut-être la raison pour laquelle il quitta Athènes en 408 avant J.-C. pour passer le reste de sa vie à la cour du roi Archélaos de Macédoine.

Le contexte

Les pièces grecques se terminaient souvent sans aucune solution, ne laissant que souffrance, agitation et mort.

Selon l'ouvrage Ancient Greece de Thomas Martin, les pièces grecques se terminaient souvent sans aucune résolution, ne laissant que souffrance, agitation et mort. Et, comme pour les autres tragédies, le public connaissait déjà bien le mythe et les personnages entourant la pièce. Dans la version d'Euripide, Hippolyte est le fils illégitime du héros et roi athénien Thésée et d'une reine amazone. Malheureusement pour le personnage central de la pièce, Hippolyte, la déesse de l'amour Aphrodite souhaitait que le jeune homme la vénère, mais celui-ci en avait décidé autrement. Comme le souligne Moses Hadas dans son ouvrage Greek Drama, l'illégitimité d'Hippolyte était un terrible stigmate à l'époque, et il reprochait à Aphrodite ses malheurs et la détestait. Au lieu de rendre hommage à Aphrodite, Hippolyte se consacra donc à Artémis, la déesse vierge de la chasse.

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Personnages

La distribution des personnages d'Hippolyte est plutôt réduite:

  • Thésée
  • Hippolyte
  • Phèdre
  • un serviteur
  • un messager
  • la nourrice
  • un chœur de femmes
  • un chœur de bergers
  • Aphrodite
  • Artémis

Intrigue

Devant la maison de Thésée à Trézène se dressent deux grandes statues, l'une représentant Aphrodite et l'autre Artémis. La déesse de l'amour Aphrodite s'exprime: "Je suis renommée entre les déesses, et souvent invoquée par les mortels" (Trad. M. Artaud, Remacle). Elle ajoute qu'elle honorera ceux qui la vénèrent avec humilité, mais elle les avertit que s'ils ne l'honorent pas, elle les mettra à genoux. Elle remarque que le fils de Thésée, Hippolyte, a blasphémé contre elle et vénère Artémis à sa place. Ce déshonneur met Aphrodite en colère et elle jure de le punir. Son plan est simple. Elle sait que sa belle-mère, Phèdre, l'aime et est "éprise d'un violent amour". (ibid). Elle utilisera cet amour pour se venger d'Hippolyte. Pour atteindre son but, la reine doit mourir. Thésée apprendra la nouvelle et la cause tragique de sa mort, et il tuera Hippolyte avec des malédictions.

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Phèdre, malgré l'éclat qui l'environne, n'en doit pas moins périr: car je ne puis préférer son intérêt au plaisir de tirer vengeance de mes ennemis. (ibid)

Hippolyte arrive de l'intérieur de la maison et dépose une couronne au pied de la statue d'Artémis:

Salut, ô Diane, la plus belle des vierges qui habitent l'Olympe! O ma souveraine, je t'offre cette couronne, tressée par mes mains dans une fraîche prairie que jamais le pied des troupeaux, ni le tranchant du fer, n'ont osé violer, et où l'abeille seule voltige au printemps. (ibid)

Son serviteur l'avertit de ne pas négliger Aphrodite, mais le jeune prince répond qu'elle n'est pas sa divinité; certains hommes choisissent un dieu, d'autres en choisissent un autre. Le vieux serviteur s'exclame: "Mon fils, il faut rendre aux dieux les honneurs qui leur sont dus" (ibid) Alors qu'Hippolyte s'en va, le serviteur prie Aphrodite d'être indulgente, car les jeunes hommes parlent souvent à tort et à travers.

Artemis
Artémis Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Peu après, une nourrice et la reine Phèdre entrent. La reine est visiblement affaiblie et demande à la nourrice de lui retirer sa coiffe, car elle est trop lourde. L'épouse découragée de Thésée est agitée et veut partir dans les montagnes, boire à une source, s'allonger sous les arbres dans une prairie, trouver le repos. La nourrice est inquiète et demande à Phèdre ce qui la tourmente. Elle répond:

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Malheureuse, qu'ai-je fait? où ai-je laissé égarer ma raison ? je suis en proie au délire, un dieu malveillant m'y a plongée. (ibid)

Le chef du chœur voit que la reine souffre et demande à la nourrice la cause de son mal, mais celle-ci élude la question et se contente de dire qu'elle a des soucis. La nourrice continue d'insister pour que la reine lui confie ses maux. Cherchant désespérément à trouver la raison, la nourrice finit par suggérer que si elle meurt, les enfants de la reine n'hériteront de rien; tout ira à Hippolyte, l'enfant illégitime. Imperturbable, la reine reste silencieuse, mais avertit la nourrice qu'elle ne doit plus jamais prononcer le nom d'Hippolyte. La reine finit par céder et avoue que quelqu'un qu'elle aime est en train de la détruire. Intriguée, la nourrice continue d'interroger la reine pour obtenir des informations. Phèdre finit par avouer qu'elle est amoureuse, contre toute attente, de son beau-fils Hippolyte:

… Ensuite je résolus de résister au délire de ma passion, et de la vaincre par la chasteté. Mais enfin, ne pouvant, par ce moyens, triompher de Vénus, mourir me parut être le meilleur parti... (ibid)

La nourrice conseille à la reine de raconter son histoire, mais celle-ci la réprimande. La nourrice doit tenir sa langue et surtout ne rien dire à Hippolyte, mais bien sûr, elle n'en fait rien. Réalisant que la nourrice a désobéi à ses ordres, la reine dit:

Elle m'a perdue, en racontant ma misère, à bonne intention, pour guérir mon mal, mais en blessant l'honneur. (ibid)

Pensant avoir fait ce qu'il fallait, la nourrice supplie Hippolyte de garder cette information pour lui. Il répond: "Non, après les choses indignes que j'ai entendues, je ne saurais me taire." (ibid). Il s'engage à quitter la maison et à ne pas revenir avant le retour de Thésée. Phèdre, furieuse, supplie Zeus de faire disparaître la nourrice de la surface de la terre. Elle sait qu'Hippolyte va tout raconter à Thésée. Le chef du chœur demande à Phèdre ce qu'elle compte faire; elle répond qu'elle doit mourir. Elle rentre dans la maison.

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Phaedra & Hippolytus Mosaic
Mosaïque de Phèdre et Hippolyte martin_vmorris (CC BY-SA)

Peu après, la nourrice revient et annonce que la reine s'est pendue. Le chœur se demande ce qu'il doit faire, s'il doit la décrocher. Thésée arrive et se demande pourquoi tout le monde pleure. On lui annonce la mort de sa femme. Il apprend rapidement que la reine a laissé une lettre affirmant qu'Hippolyte l'avait violée.

Hippolyte a osé souiller mon lit par la violence, au mépris des regards augustes de Jupiter. Mais, ô Neptune, mon père, des trois vœux que jadis tu m'as promis d'accomplir, exauce-s-en un contre mon fils ! que ce jour ne se passe pas sans qu'il soit puni, si les promesses que tu m'as faites sont efficaces. (ibid)

Le chef du chœur le supplie de reconsidérer sa décision. Refusant de revenir sur sa malédiction, Thésée choisit de bannir Hippolyte. Poséidon honorera sa malédiction ou Hippolyte errera comme un mendiant. Hippolyte entre avec ses amis et demande à son père pourquoi il pleure. On lui annonce la mort de Phèdre. Thésée s'exclame:

Voyez ce monstre, né de mon sang, qui a souillé ma couche, à qui ce corps inanimé reproche trop clairement sa scélératesse ! Souillé d'un tel crime, ose regarder ton père en face. (ibid)

Hippolyte nie tout, mais Thésée refuse de l'écouter et le bannit sans procès, car la lettre est une preuve suffisante. Hippolyte est contraint de partir, et alors qu'il s'en va, il touche la statue d'Artémis et lui fait ses adieux.

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Un messager arrive avec une tragique nouvelle: Hippolyte est mort, ou presque.

Thésée, j'apporte une nouvelle affligeante pour toi, pour les citoyens d'Athènes, et pour les habitants de la terre de Trézène... Hippolyte n'est plus; ou du moins il n'a plus que peu d'instants à voir encore la lumière. (240)

Thésée invoque Poséidon et le remercie. Alors qu'Hippolyte et ses compagnons peignaient leurs chevaux le long du rivage, les vagues se sont abattues sur eux. Maintenant, la question reste: que faire du corps? Soudain, la déesse Artémis apparaît. Elle dit à Thésée que la mort de sa femme est due à la faute d'Aphrodite et aux stratagèmes de la nourrice. Phèdre avait essayé de résister, mais avait échoué. Elle dit:

... Pour Phèdre, craignant de se voir trahie , elle a écrit ces lettres calomnieuses qui ont perdu ton fils, et auxquelles tu as ajouté foi. (ibid)

Thésée demande à voir le corps de son fils. Moribond, Hippolyte est amené devant son père. Artémis regarde le prince déchu et lui dit: "... toi qui m'es si cher, tu péris." (ibid). Elle lui dit qu'Aphrodite le détestait pour sa tempérance et son manque de respect, mais qu'elle sera tenue responsable de ses actes. Thésée parle à son fils, souhaitant pouvoir mourir à sa place. Hippolyte libère son père de toute culpabilité avant de rendre son dernier souffle.

Interprétation et héritage

Selon Hadas, Hippolyte est un magnifique poème, à la fois poignant et compatissant. Curieusement, Hippolyte est rarement présent tout au long de la pièce, ne faisant que de très brèves apparitions. La plupart des premiers dialogues de la pièce se déroulent entre la reine et sa nourrice. Connaissant la fin de la pièce, il est difficile d'éprouver de la compassion pour la reine. Cependant, on ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine sympathie pour le jeune prince. Sans le savoir, en rejetant sa belle-mère, il a scellé son destin. Tout en le considérant comme une victime, Hadas prend soin de ne pas le qualifier de martyr.

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Dans son livre Antiquity, l'historien Norman Cantor affirme qu'Hippolyte présente la personnalité déséquilibrée d'un héros tragique. Il ajoute que tous les personnages principaux ont péché contre les dieux: Phèdre par son suicide, Hippolyte par son excès de pureté et Thésée par sa colère. C'est une histoire tragique d'amour, de mensonges et de malheur qui sera lue longtemps après la mort d'Euripide, influençant des poètes et des dramaturges tels que le Romain Ovide et Sénèque.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Donald L. Wasson
Donald a enseigné l’histoire antique et médiévale ainsi que l’histoire des États-Unis à Lincoln College (Illinois). Éternel étudiant en Histoire depuis qu’il a découvert Alexandre le Grand, il met toute son énergie à transmettre son savoir à ses étudiants.

Citer cette ressource

Style APA

Wasson, D. L. (2025, octobre 28). Hyppolite (Pièce). (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17143/hyppolite-piece/

Style Chicago

Wasson, Donald L.. "Hyppolite (Pièce)." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, octobre 28, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17143/hyppolite-piece/.

Style MLA

Wasson, Donald L.. "Hyppolite (Pièce)." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 28 oct. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17143/hyppolite-piece/.

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