La Pentécontaétie (Pentekontætia, πεντηκονταετία) ou "le récit des cinquante ans" est un terme utilisé pour la première fois par Thucydide pour décrire, dans le livre 1, sections 89 à 117 de son Histoire de la guerre du Péloponnèse, la période comprise entre la bataille de Platées en 479 avant J.-C. et le début de la guerre du Péloponnèse en 432 avant J.-C. L'historien cherchait à décrire comment les Athéniens "étaient devenus si puissants" (1.89.1) et à mettre en évidence les événements clés qui, selon lui, avaient le plus alarmé les Spartiates et conduit à la guerre du Péloponnèse. Cette période est largement considérée comme "l'âge d'or d'Athènes", durant lequel bon nombre des plus grandes œuvres de la Grèce antique furent produites dans les domaines de l'architecture, de l'ingénierie, des arts, de l'histoire, de l'astronomie et de la philosophie.
Thucydide explique en outre qu'il avait également "écrit à ce sujet et fait cette digression" afin de corriger la chronologie "très brève et inexacte" de Hellanicos de Lesbos (1.97.2), son contemporain, qui rédigea le premier Atthis ou "histoire locale de l'Attique". Thucydide souhaitait également établir une distinction claire entre les "raisons invoquées" (littéralement "accusations ou plaintes") pour justifier la guerre et ce qu'il considérait comme les "causes réelles" (littéralement "explication ou motif véritable").
La plupart des spécialistes s'accordent à dire que cette partie du récit de Thucydide était incomplète et non peaufinée au moment de sa mort. Le seul autre récit de cette période qui nous soit parvenu aujourd'hui est celui de Diodore de Sicile, du livre 11, section 39, au livre 12, section 28 (11.39-12.28).
Datation de la Pentécontaétie
Thucydide commence par le siège de Sestos (479 av. J.-C.) et termine par la capitulation de Samos (439 av. J.-C.), couvrant ainsi seulement 40 ans. Il avait cependant également évoqué d'autres événements avant cette digression, tels que l'affaire d'Épidamne, le conflit entre Corinthe et Corcyre (435 av. J.-C.) ainsi que la révolte et le siège de Potidée (433/2 av. J.-C.). Il décrit ensuite toute la série d'événements qui se sont déroulés pendant "environ 50 ans" (1.118.2).
La Pentécontaétie commença après les guerres médiques, avec une alliance offensive-défensive des cités grecques contre la Perse - la Ligue de Délos - mais, en l'espace de 30 ans, elle se transforma en une hégémonie athénienne, puis en une domination athénienne, où les ressources de la Ligue furent davantage consacrées à la promotion des intérêts athéniens dans le pays et à l'étranger qu'à l'arrêt ou au contrôle de la puissance perse. Les chercheurs divisent généralement cette période en trois phases: les 15 premières années (479/8-465/4 av. J.-C.), les 20 années intermédiaires (465/4 – 445/4 av. J.-C.), puis les 15 dernières années (445/4 – 431/0 av. J.-C.). Ils définissent ces phases à partir de "points fixes" connus, c'est-à-dire des événements clés que nous pouvons dater avec certitude et précision, par opposition à des changements clairs dans l'orientation des événements historiques.
Nous marquons la fin de la première phase avec Pausanias (4.24.5) et Diodore (11.70.1). Ils datent tous deux la révolte des hilotes du Péloponnèse à la première année de la 79ème olympiade, sous l'archontat d'Archidème. Cette datation correspond plus ou moins à celle de Thucydide: 465/4 avant J.-C.
Nous marquons la fin de la deuxième phase par la paix de trente ans entre Athènes et Sparte qui, selon Thucydide (1.87.6 ; 2.2.1, 21.1), eut lieu pendant les mois d'hiver sous l'archontat de Callimaque, ce que confirme Diodore (12.7). Pausanias confirme cette date, indiquant que la paix fut conclue au cours de la troisième année de la 83ème olympiade, soit en 445/4 avant J.-C.
La troisième et dernière phase se termine par la première invasion de l'Attique par Sparte, qui, selon Thucydide (2.2.1), commença la 15ème année de la paix de trente ans, au cours des deux derniers mois de l'archontat de Pythodoros: 431/0 avant J.-C.
Les chercheurs débattent toutefois encore des dates et/ou de l'ordre chronologique de nombreux événements au sein de chaque phase, car Thucydide ne fournit en fait aucun indicateur pour la plupart d'entre eux. Dans certains cas, il ne date les événements que par rapport à d'autres événements. Par exemple, nous pouvons dater la guerre de Samos de 441/0 avant notre ère, puisque Thucydide nous dit qu'elle se déroula pendant la sixième année de la paix de trente ans (1.115.2).
Événements clés de la Pentécontaétie
Les chercheurs doutent parfois de l'historicité de certains événements, notamment la "paix de Callias". Ils évaluent également en permanence l'importance d'autres événements, ainsi que la signification de plusieurs omissions dans le récit de Thucydide, telles que la trêve de trente ans entre Argos et Sparte. Les historiens et les classicistes doivent reconstituer un récit plus complet de la Pentécontaétie à l'aide de preuves épigraphiques (par exemple, les listes de tributs) et de références sporadiques à cette période dans d'autres auteurs tels que Plutarque et Pausanias ou dans les notes de divers commentateurs anciens.
Les chercheurs analysent généralement les événements de cette période par thème: la politique étrangère et les actions d'Athènes, l'organisation et les mécanismes de la Ligue de Délos, l'histoire interne d'Athènes, les récits biographiques et, enfin, l'histoire culturelle.
La première phase (479/8-465/4 av. J.-C.) comprend les opérations militaires grecques unifiées – ou coopératives – visant à récupérer les cités dominées par les Perses et à libérer les régions du nord de la Grèce et de l'Asie Mineure, ce qui inclut la réduction de la piraterie dans la mer Égée. Elle mentionne également la formation de la Ligue de Délos elle-même jusqu'à la sécession de Thasos. Cette phase concerne également la reconstruction des remparts d'Athènes et le début de la construction des remparts autour du Pirée. Thucydide mentionne également le rappel du Spartiate Pausanias et l'ostracisme de l'Athénien Thémistocle.
La deuxième phase (465/4 - 445/4 av. J.-C.) comprend la reddition de Thasos, les opérations menées par Athènes à Ithome, Tanagra et ailleurs, ainsi que l'expédition en Égypte. Elle mentionne également l'expansion de la Ligue, le transfert du trésor de Délos à Athènes, la "paix de Callias" et la "première guerre du Péloponnèse". Cette phase concerne également la construction des Longs Murs d'Athènes jusqu'au Pirée, la restriction du droit de citoyenneté, la création de diverses colonies athéniennes et la construction du Parthénon. Thucydide mentionne également l'ostracisme et le rappel ultérieur de l'Athénien Cimon, ainsi que l'ascension au pouvoir de l'Athénien Périclès.
La troisième phase (445/4 - 431/0 av. J.-C.) comprend les opérations athéniennes contre Samos, Pontos, Lefkimmi, Sybota et Potidée. Elle mentionne également la tentative d'Athènes d'instaurer une monnaie unique et un système commun de poids et mesures, la fondation de colonies athéniennes à Thurii, Amphipolis et ailleurs, et l'installation de magistrats athéniens dans les cités membres de la Ligue de Délos. Cette phase concerne également la dédicace d'Athéna Parthénos et la construction des Propylées. Thucydide mentionne également l'ostracisme de son homonyme, l'Athénien Thucydide, fils de Mélésias, et la domination de Périclès dans les affaires athéniennes.
L'orientation générale des actions athéniennes pendant toute la Pentécontaétie semblait viser à établir une forme d'unité politique et de paix pour l'essentiel du monde hellénique. Les Athéniens utilisèrent divers moyens et outils pour atteindre cet objectif: encouragements et incitations, pressions politiques, traités, force, garnisons, colonisation, répression des révoltes, élimination des monnaies locales et unification des lois.
De nombreuses polis grecques en vinrent à considérer les actions athéniennes comme une atteinte croissante à leur autonomie et à leur liberté, et donc comme une métamorphose d'une ligue synodique de polis membres égales en une hégémonie athénienne, puis finalement en un ensemble de simples tributaires sous la domination athénienne.
Omissions de Thucydide
Thucydide reste toutefois silencieux sur les grands programmes de construction à Athènes et à Éleusis, ainsi que sur le développement et l'expansion des festivals athéniens, en particulier les Panathénées. Il ne mentionne pas non plus le transfert du trésor de la Ligue à Athènes, autant d'éléments qui illustrent clairement comment les Athéniens utilisaient de plus en plus les ressources de la Ligue pour glorifier Athènes et faire avancer les causes athéniennes.
Thucydide omet également plusieurs opérations militaires (apparemment importantes) dans la mer Égée, sans rien dire non plus sur la création des clérouquies (colonies athéniennes sur le territoire des polis membres), ni sur les événements politiques internes à Athènes entre la guerre médique et la guerre du Péloponnèse. Au moment où la guerre avec Sparte commença, par exemple, Thucydide note ailleurs que les Athéniens en étaient venus à considérer qu'ils dirigeaient en fait la Ligue en tant que tyrans (2.63.3).
La Pentécontaétie marque l'apogée de la domination et de la culture athéniennes, que de nombreux chercheurs qualifient d'"âge d'or d'Athènes". En effet, bon nombre des plus grandes œuvres de l'Antiquité grecque dans les domaines de l'architecture, de l'ingénierie, de l'art, de la tragédie, de la comédie, de l'histoire, de l'astronomie et de la philosophie, ainsi que bon nombre des personnalités grecques antiques les plus remarquables étaient originaires d'Athènes à cette époque.
