Principat d'Auguste

Article

Donald L. Wasson
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 23 janvier 2024
X
translations icon
Disponible dans ces autres langues: anglais, portugais

Fils adoptif et héritier de Jules César (100-44 av. J.-C.), Auguste (r. de 27 av. J.-C. à 14 av. J.-C.) mit fin à la République romaine et devint le premier empereur romain le 16 janvier 27 av. J.-C. Cependant, on ne s'adressait pas à lui comme à un roi, mais comme à un princeps, le premier citoyen.

Augustus (Composite Facial Reconstruction)
Auguste (Reconstruction faciale)
Daniel Voshart (CC BY-NC-SA)

Le Principat

Politicien naturel, Auguste était perçu comme étant à la fois intelligent et communicatif, mais aussi tenace et rusé, et il se rendit vite compte qu'il devrait faire preuve de ruse et de sagesse pour éviter ses propres Ides de mars. Il avait tiré les leçons de l'assassinat de Jules César et était suffisamment intelligent pour éviter les erreurs commises par ses prédécesseurs. Après avoir vaincu Marc-Antoine et Cléopâtre à la bataille d'Actium en 31 avant notre ère, Auguste fut confronté à un autre défi majeur: il devait stabiliser le gouvernement romain, et ce d'une manière "qui lui permette de rester aux commandes sans s'exposer aux poignards qui avaient fait tomber César" (Strauss, 25).

Supprimer la pub
Advertisement
Le contrôle de l'armée par Auguste lui permit de prendre des décisions essentielles sans le consentement du Sénat ou des assemblées.

Barry Strauss, dans ses Dix Césars, qualifie Auguste de machiavélique. De 42 à 30 avant notre ère, "il s'est battu, a menti, a triché et a piétiné les lois" (28). Une fois devenu empereur, Auguste trouva le moyen d'adapter les pratiques traditionnelles de la constitution romaine à de nouvelles situations, tout en changeant complètement leur signification. Il s'agissait d'une "résolution pragmatique" des problèmes posés par le règne d'un seul homme. De 31 à 23 avant notre ère, il conserva som poste de consul de manière continue. À sa demande, le Sénat lui conféra les pouvoirs d'un tribun à vie, ce qui lui permit non seulement de proposer des lois, mais aussi d'exercer son droit de veto. En outre, il se vit accorder l'imperium maius, c'est-à-dire un pouvoir supérieur à celui de n'importe quel magistrat ou proconsul. Outre l'autorité juridique, l'empereur disposait également de ce que les Romains appelaient l'auctoritas: le prestige, le respect et la capacité d'impressionner les autres. Ces deux éléments étaient essentiels au maintien de son pouvoir.

Suétone (c. 69 à c. 130/140 de notre ère), dans ses Douze Césars, note qu'outre la puissance tribunitienne accordée à Auguste, celui-ci se vit également confier la surveillance des mœurs, l'examen des lois et l'organisation d'un recensement public. Il ajoute que l'empereur avait envisagé de restaurer la république, mais qu'il avait décidé que "répartir les responsabilités du gouvernement entre plusieurs mains reviendrait à mettre en péril sa propre vie, mais aussi la sécurité nationale, et qu'il n'avait donc rien fait" (58). Strauss affirme qu'en théorie, Rome était restée une république, mais qu'en pratique, Auguste était un monarque. Il géra les changements "non pas dans le langage de la révolution, mais dans celui de la réforme et du renouveau" (32). Il parlait d'une manière qui laissait entendre qu'il restaurait la république, mais pas de la manière dont beaucoup à Rome l'avaient espéré.

Supprimer la pub
Advertisement

Government of the Roman Republic
Gouvernement de la République romaine
Simeon Netchev (CC BY-NC-SA)

Adrian Goldsworthy, dans son ouvrage Pax Romana, soutient que le pouvoir constitutionnel d'Auguste se développa au fil du temps, par tâtonnements, au fur et à mesure que des fonctions, des honneurs et des privilèges lui étaient accordés. Selon lui, le règne d'Auguste, connu sous le nom de Principat, était en fait une monarchie. Le pouvoir d'Auguste reposait sur son contrôle de l'armée romaine et, grâce à ce contrôle, il démontrait son insouciance et son désir d'étendre l'Empire romain. Son contrôle de l'armée lui permit de prendre des décisions essentielles sans l'accord du Sénat romain ou des assemblées. Il justifia ses décisions arbitraires non seulement par ses loyaux services à la République, mais aussi par ses victoires dans les guerres étrangères. Goldsworthy n'est pas le seul à évaluer l'empereur. Dans son article The Emergence of the Monarchy 44 BCE - 96 CE, Greg Rowe écrit qu'au fil du temps, le principat "en est venu à être considéré comme une monarchie dans laquelle l'empereur était plus que la somme des pouvoirs qui lui étaient délégués".(Companion, 114)

Toutefois, contrairement à d'autres monarchies, le Principat préserva les institutions de l'ancienne République romaine: le Sénat, les assemblées populaires, les magistrats et la prêtrise. Rowe ajoute que les relations de travail de l'empereur avec ces institutions semblent avoir donné au Principat romain son "caractère distinctif". Rowe estime qu'après l'accession d'Auguste au pouvoir unique, "il n'était pas question qu'il dissolve la République"(ibid.); cependant, il tint sa promesse de mettre de l'ordre dans la République et de maintenir une relation de travail avec elle. Comme pour les assemblées, l'autorité du Sénat fut fortement réduite: il ne contrôlait plus la politique étrangère, les finances et la guerre romaine. Son nombre fut également ramené de 1 000 à 800.

Supprimer la pub
Advertisement

Transformation de Rome

Pour augmenter l'approvisionnement en eau de la ville, deux nouveaux aqueducs - Aqua Virgo et Aqua Julia - furent construits.

Carlos Gomez, dans son Encyclopédie de l'Empire romain, explique que l'accroissement des pouvoirs d'Auguste s'accompagna d'une augmentation de la grandeur de la ville: "La création d'une image grandiose de la capitale et la croissance du reste de l'empire étaient un objectif fondamental des réformes augustéennes" (36). Lorsqu'Auguste prit la tête de Rome, il trouva une ville négligée depuis des décennies, qui tombait en ruine. Il entreprit les réformes nécessaires en commençant par revoir toutes les pratiques de l'État et les coutumes publiques. Avant Auguste, les édiles contrôlaient les travaux publics et la sécurité de la ville, mais cela devait cesser. Plusieurs changements nécessaires furent effectués sous l'empereur. Pour augmenter l'approvisionnement en eau de la ville, deux nouveaux aqueducs - Aqua Virgo et Aqua Julia - furent construits sous la supervision d'Agrippa. La distribution de céréales aux pauvres fut rendue plus efficace. Auguste prit également des mesures pour protéger la ville contre le crime et les incendies: les vigiles, un corps de pompiers composé de sept cohortes d'affranchis, furent créés pour assurer la protection contre les incendies ainsi que la police de la ville. Pour protéger l'empereur, il créa la garde prétorienne, composée de neuf cohortes de 500 hommes chacune.

Il s'efforça également d'embellir Rome, en reconstruisant les temples et les monuments en ruine. Outre trois nouveaux théâtres et un amphithéâtre, il fit construire le Panthéon vers 27 avant notre ère, restaura le temple de Pompée, la Via Flaminia et fit nettoyer les rives du Tibre. Gomez écrit que "la transformation de la ville donna à Auguste l'occasion de faire sa propre promotion" (55). Sur le champ de Mars, Auguste fit construisire son propre mausolée. Au sud-est du tombeau se trouvait l'Ara Pacis (autel de la paix ou autel d'Auguste), inauguré le 30 janvier 9 avant notre ère.

Ara Pacis Augustae
Ara Pacis Augustae
Manfred Heyde (CC BY-SA)

Religion, morale, arts

Auguste était bien conscient de l'état de la religion à Rome et de la décadence morale de la ville - ce dont s'était plaint l'orateur romain Cicéron (106-43 av. J.-C.) des années plus tôt. Auguste espérait résoudre ces problèmes en encourageant le mariage et la natalité et en lançant un certain nombre de réformes religieuses. Parmi les lois promulguées par l'empereur figurent la Lex Julia de adulteriis coercendis, qui fit de l'adultère un acte criminel, et la Lex Papia Poppaea, qui pénalisait les hommes non mariés et les couples sans enfants.

Supprimer la pub
Advertisement

Auguste espérait que le rétablissement des anciennes coutumes et croyances religieuses redonnerait confiance aux dieux traditionnels et contribuerait à restaurer la confiance du peuple. Il construisit un certain nombre de nouveaux temples: un pour Apollon sur le Palatin, un pour Jupiter sur le Capitole, et d'autres pour Minerve, Junon et Jupiter sur l'Aventin. L'empereur devint pontifex, augure, l'un des decemviri et, en 12 avant notre ère, il devint pontifex maximus, procédant ainsi à toutes les nominations de prêtres.

Augustus as Pontifex Maximus (Detail)
Auguste en tant que Pontifex Maximus (détail)
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Il modifia le calendrier des fêtes, ajoutant 30 nouveaux spectacles, dont certains célébraient les événements de sa vie et de l'histoire romaine récente (son anniversaire devint une fête d'État). Auguste établit une nouvelle série de jeux profanes, les Ludi Seculares, avec des sacrifices d'animaux et des représentations théâtrales. Le poète Horace (65-8 av. J.-C.) écrivit un hymne profane, le Carmen Seculares, à la demande de l'empereur. Homme de lettres lui-même - auteur des Res Gestae (récit à la première personne de sa vie et de ses exploits) - il encouragea d'autres auteurs, tels que Virgile, Horace, Ovide et l'historien Tite-Live, favorisant ainsi l'âge d'or de la littérature romaine.

Pax Romana

L'une des plus grandes réalisations d'Auguste fut la Pax Romana (paix romaine): 200 ans de paix relative (de 27 avant notre ère à 180 de notre ère), qui s'achevèrent après les "cinq bons empereurs" et le début du règne de Commode (r. de 177 à 192 de notre ère). Ce fut l'âge d'or de la stabilité, de la prospérité économique et de l'impérialisme romain. Preuve de cette puissance, il ferma les portes du temple de Janus, ouvertes depuis la première guerre punique. Selon Goldsworthy, cette paix "provenait de la victoire et de la force, et les privilèges étaient si écrasants qu'à l'avenir aucun agresseur n'oserait prendre le risque d'entrer en guerre" (169).

Supprimer la pub
Advertisement

The Provinces of the Roman Empire under Augustus
Les provinces de l'Empire romain sous Auguste
Simeon Netchev (CC BY-NC-SA)

Bien qu'Auguste ait obtenu les pouvoirs militaires suprêmes, tant à Rome que dans les provinces, il se rendit compte que des changements devaient être apportés à ses légions. La capture des ressources financières de Cléopâtre avait permis de financer l'armée. L'empereur réduisit le nombre de légions de 60 à 28. Cette armée romaine réorganisée était désormais une armée permanente et professionnelle, et chaque légionnaire romain devait prêter serment, non pas à l'État, mais à Auguste.

Conclusion

Auguste changea presque tout à Rome, faisant d'elle, comme il le déclara si bien, une ville de marbre. Selon Gomez, il se considérait comme un nouveau Romulus, fondateur d'une nouvelle Rome. Pour les citoyens de Rome, il était devenu le pater patriae, le père de la patrie. Pour reprendre les termes de Matthew Dennison dans son ouvrage The Twelve Caesars, "l'histoire du règne d'Auguste est celle d'un réalignement politique constant du transfert de pouvoir associé à des fonctions autrefois élues à un chef d'État non élu" (48).

Supprimer la pub
Publicité

Questions & Réponses

Auguste était-il un monarque ?

Le règne d'Auguste est connu sous le nom de Principat romain, un système unique dans lequel les institutions de l'ancienne République romaine - le Sénat, les assemblées populaires, les magistrats et la prêtrise - étaient préservées, mais en assumant plusieurs fonctions, Auguste avait l'autorité suprême et gouvernait essentiellement comme un monarque.

Quelles furent les plus grandes réalisations d'Auguste ?

Auguste changea presque tout à Rome. Il transforma la République romaine en Empire romain, lança un programme de construction dans la ville, créa les vigiles et la garde prétorienne, réforma les coutumes et la religion romaines et, grâce à ses succès militaires, instaura une longue période de paix relative, la Pax Romana.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Donald L. Wasson
Donald a enseigné l’histoire antique et médiévale ainsi que l’histoire des États-Unis à Lincoln College (Illinois). Éternel étudiant d’histoire depuis qu’il a découvert Alexandre le Grand, il met toute son énergie à transmettre son savoir à ses étudiants.

Citer cette ressource

Style APA

Wasson, D. L. (2024, janvier 23). Principat d'Auguste [The Principate of Augustus]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2363/principat-dauguste/

Style Chicago

Wasson, Donald L.. "Principat d'Auguste." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le janvier 23, 2024. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2363/principat-dauguste/.

Style MLA

Wasson, Donald L.. "Principat d'Auguste." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 23 janv. 2024. Web. 12 avril 2024.

Adhésion