La dynastie des Arsacides (Aršakouni) d'Arménie régna sur ce royaume de 12 à 428 de notre ère. Branche de la dynastie des Arsacides de Parthie, les princes arméniens jouèrent également un rôle d'équilibriste prolongé en restant amicaux envers l'autre grande puissance de l'époque dans la région: Rome. Comme souvent auparavant, l'Arménie restait un territoire âprement disputé entre la Perse et Rome, les deux parties intervenant directement dans les affaires de l'État et envoyant parfois leurs armées pour appuyer leurs revendications. Cette période fut également marquée par de grands changements sociaux en Arménie, notamment l'adoption officielle du christianisme au début du IVe siècle de notre ère et l'invention de l'alphabet arménien. La dynastie, ainsi que le système monarchique arménien vieux de 1000 ans, prit fin avec l'implantation de vice-rois perses dans un système qui allait durer jusqu'aux invasions arabes du VIIe siècle.
La période de l'histoire de l'Arménie et de la région sous le règne des Arsacides est complexe et le royaume était, comme il l'avait été pendant des siècles, une pièce convoitée dans le jeu stratégique des empires joué par les deux superpuissances d'Europe et d'Asie: Rome et la Perse. Le professeur d'histoire arménienne et proche-orientale R. G. Hovannisian résume bien cette situation:
Notre connaissance des événements ou même de la chronologie de l'Arménie pendant cette période compliquée reste fragmentaire à l'extrême, confuse et encore très discutée. (63)
Heureusement, malgré ces difficultés, il est possible d'obtenir une vue d'ensemble en recoupant les travaux de divers auteurs romains et paléochrétiens, les inscriptions, la monnaie et l'archéologie. Il faut cependant toujours garder à l'esprit que les questions telles que "qui a soutenu qui", "quand" et "pourquoi" ont des réponses très souvent rendues opaques par des informations manquantes et des préjugés nationaux - tant anciens que modernes.
Rome et les Parthes
La réalité politique instable de l'Arménie dans la seconde moitié du Ier siècle avant notre ère se reflète dans la brièveté des règnes et les fréquents changements de monarques de la dynastie des Artaxiades (Artašesian) au pouvoir: neuf souverains de 30 avant notre ère à la première décennie du Ier siècle de notre ère. Le déclin des Artaxiades fut en partie dû aux factions internes créées par la noblesse qui se divisa en factions pro-romaines ou pro-parthes lorsque le royaume fut pris dans une politique de pouvoir régionale. Dans des circonstances peu claires, la dynastie suivante à dominer les affaires arméniennes, la dynastie des Arsacides, succéda aux Artaxiades lorsque leur fondateur, Vononès, monta sur le trône en 12 de notre ère avec l'appui des Romains. Cependant, la tendance des monarques à courte durée de règne se poursuivrait jusqu'à l'arrivée de Tiridate Ier (Trad), considéré par certains comme le véritable fondateur de la dynastie des Arsacides.
Tiridate Ier
Tiridate Ier d'Arménie (règne de 63 à 75 ou 88 de notre ère) était le frère du roi parthe Vologèse Ier (règne vers 51-78 de notre ère) qui envahit l'Arménie en 52 de notre ère dans le but précis de placer Tiridate sur le trône. Les Romains ne se réjouirent guère de voir les Parthes pénétrer dans ce qu'ils considéraient comme une zone tampon entre les deux puissances et, en 54 de notre ère, l'empereur Néron (règne de 54 à 68 de notre ère) envoya une armée sous les ordres de son meilleur général, Gnaeus Domitius Corbulo. Vologèse fut alors été contraint de se retirer pour faire face à des troubles internes en Parthie, mais Tiridate Ier resta à Artaxate, soutenu par la plupart des Arméniens.
Corbulo se révéla être un commandant de campagne très compétent et, en 60 de notre ère, il s'empara des deux plus importantes villes arméniennes - Artaxate et Tigranocerte - et put prétendre régner sur l'ensemble du royaume d'Arménie. Les Parthes réagirent en envoyant une armée qui remporta une victoire contre les Romains (qui n'étaient peut-être plus commandés par Corbulo). En 63 de notre ère, les Romains et Corbulo revinrent et leur menace fut suffisante pour que le traité de Rhandeia soit rédigé. Il fut alors convenu que les Parthes auraient le droit de nommer les rois arméniens, mais que Rome aurait le droit de les couronner. Néron eut donc le privilège de couronner Tiridate Ier à Rome, lors d'un spectacle somptueux qui démontra la puissance et l'étendue de l'Empire romain. Par prudence, les Romains placèrent alors quelques garnisons dans la région. Vespasien (règne de 69 à 79 de notre ère) s'assura qu'aucun autre territoire ne tomberait aux mains de la dynastie parthe en annexant les royaumes voisins de Commagène et de Petite Arménie en 72 de notre ère. Une période de paix s'ensuivit et Tiridate put construire une nouvelle résidence d'été à Garni, dotée de thermes romains, d'un temple et de jardins typiques du monde classique.
Trajan et la domination romaine
La région connut une nouvelle flambée lorsque les fils de Pacorus II de Parthie (règne de 78 à 105 de notre ère), Axidarès et Khosrô Ier de Parthie, se disputèrent le trône d'Arménie, Khosrô Ier destituant Axidarès et faisant de son autre frère Parthamasiris le roi d'Arménie (règne possible 113-115 de notre ère). L'équilibre déjà précaire de la politique régionale fut alors complètement bouleversé lorsque l'empereur Trajan (règne de 98 à 117 de notre ère), prétextant ne pas avoir été consulté sur ce changement, saisit l'occasion et annexa l'Arménie au profit de Rome. Il déclara ensuite la guerre aux Parthes en 114 de notre ère. Parthamasiris avait cédé à l'empereur romain lorsqu'il était arrivé avec son armée, mais Trajan rejeta sa soumission et l'Arménie devint une province de l'Empire romain et fut administrée au même titre que la Cappadoce.
Le pauvre Parthamasiris eut l'honneur d'être escorté par des chevaliers romains pour retourner en Parthie, mais il fut assassiné en chemin, probablement par les chevaliers qui étaient sous les ordres de Trajan. Trajan n'avait pas non plus pris de risques avec les couches inférieures de la population et il avait laissé deux divisions d'armée et construit un fort à Artaxate pour s'assurer que l'Arménie resterait une province romaine. Pourtant, à la mort de l'empereur, en 117 de notre ère, des rébellions éclatèrent et son successeur Hadrien (règne de 117 à 138 de notre ère), beaucoup moins enthousiaste à l'idée de conserver cette province gênante, lui permit de devenir indépendante. En réalité, il ne fit que la céder aux Parthes, mais l'Arménie resta un territoire disputé jusqu'au IVe siècle de notre ère.
En 117 de notre ère, le nouveau souverain arsacide Vologèse Ier fut couronné roi d'Arménie. Il régnerait jusqu'en 140 de notre ère, date à laquelle il déplaça la résidence royale officielle à Vagharchapat, tandis qu'Artachat (Artaxate) resta la capitale. La surveillance romaine ne disparut pas pour autant, comme le confirme le choix de Sohaemus comme nouveau roi par Antonin Pie (règne de 138 à 161 de notre ère) en 140 de notre ère. Lorsque le roi fut déposé en 160 de notre ère, Marc Aurèle (règne de 161 à 169 de notre ère) envoya une armée pour rétablir le monarque (163 de notre ère), qui régnerait ensuite jusqu'en 180 ou 185 de notre ère. Les relations avec Rome ne furent cependant pas toujours aussi cordiales et Artaxate fut mise à sac en 166 de notre ère avant que Rome et la Perse ne conviennent que la ville deviendrait l'un des points d'échange officiels entre les deux empires. En conséquence, la ville prospéra par la suite.
Structures politiques et sociales
Les guerres incessantes de cette période eurent des répercussions politiques en Arménie sous la dynastie des Arsacides. Une classe d'aristocrates terriens se constitua, dont la capacité à lever des corps d'hommes armés pour soutenir la famille royale leur permit de gagner en influence - le roi avait besoin de leurs armées et pouvait leur offrir des terres et des titres en échange. Ces princes locaux, ou nakharars, s'inspiraient des clans héréditaires de l'ancienne Arménie et gouvernaient leurs propres terres étendues en tant que fiefs autonomes. Au-dessous de ces seigneurs féodaux, comme l'indique l'Histoire de l'Arménie du Ve siècle de notre ère, se trouvaient une classe de chevaliers, les azats, puis les citoyens ordinaires ou ramiks, les paysans ou shinakans, et enfin les esclaves ou struks.
Le roi régnait en monarque absolu, mais sa dépendance à l'égard des nakharars signifiait en pratique qu'il devait au moins les consulter sur les questions politiques importantes. La population en général était gouvernée par des administrateurs locaux contrôlés par plusieurs ministères qui étaient chargés de tâches essentielles telles que la collecte des impôts, la justice et les projets de travaux publics comme la construction de routes, de forteresses et de systèmes d'irrigation. Il a été avancé que les invasions constantes et la mise à l'épreuve de la loyauté des nakharars, ainsi que la nécessité générale de s'unir sous peine d'être conquis, contribuèrent à créer un esprit national et que, pour la première fois, l'ancienne Arménie commença à se sentir et à agir en tant que pays unifié.
Empire sassanide
En 224 de notre ère, la dynastie des Arsacides en Parthie fut renversée par Ardachir Ier, fondateur de la dynastie des Sassanides qui régnerait jusqu'en 651. Ce changement marqua une politique étrangère plus agressive de la Perse à l'égard de l'Arménie, qui culmina avec une invasion à grande échelle par les Sassanides en 252 de notre ère. Les rois arméniens arsacides, qui avaient des liens de sang très étroits avec les Arsacides vaincus en Perse, représentaient une menace de légitimité pour le nouvel ordre sassanide. Les Sassanides remportèrent plusieurs victoires majeures contre Rome au cours de cette période, notamment la capture de l'empereur Valérien (règne de 253 à 260 de notre ère), qui mit fin à son règne. Rome se redressa toutefois à partir du règne d'Aurélien (270-275 de notre ère), après une période de règne chaotique et plusieurs empereurs de courte durée qui préoccupèrent les Romains avec des affaires internes. Lorsque la poussière retomba, le royaume d'Arménie se retrouva divisé entre Rome et la Perse, les Arsacides continuant à ne régner que sur l'Arménie occidentale. En 298, sous les auspices de Dioclétien (règne de 284 à 305 de notre ère), l'Arménie fut unifiée avec Tiridate IV en tant que roi (r. d'environ 298 à c. 330) - l'un des grands souverains de la dynastie des Arsacides.
Tiridate le Grand
Tiridate IV (ou III), ou Tiridate le Grand comme il serait connu, entreprit de centraliser son royaume et de réorganiser les provinces et leurs gouverneurs. Le roi était déterminé à redonner à l'Arménie sa grandeur et à retrouver un certain éclat qu'elle n'avait plus connu depuis l'époque de Tigrane le Grand, dans la première moitié du Ier siècle avant notre ère.
Il s'ensuivit un changement de politique capital. L'Arménie adopta officiellement le christianisme vers 314 de notre ère, si ce n'est plus tôt, puisque la tradition rapporte que Tiridate IV aurait été converti en 301 de notre ère par saint Grégoire l'Illuminateur. Bien qu'elle ait rapproché l'Arménie de la culture religieuse romaine, la persécution de la religion par la Perse contribua à créer un État plus farouchement indépendant. Saint Grégoire, alors connu sous le nom de Grigor Lusavorich, devint le premier évêque d'Arménie en 314 de notre ère. Tiridate IV adopta peut-être également le christianisme pour des raisons de politique intérieure: la fin de la religion païenne (avec son mélange capiteux de dieux grecs, perses, sémites et locaux) était un bon prétexte pour confisquer les anciens trésors des temples, jalousement gardés par une classe héréditaire de prêtres. En outre, une religion monothéiste dans laquelle le monarque est le représentant de Dieu sur terre pourrait bien susciter une plus grande loyauté de la part de ses nobles et du peuple en général.
Dans les années 330 de notre ère, le successeur de Tiridate, Khosrov III (règne d'environ 330 à 338 de notre ère), fonda notamment la ville de Dvin. Au cours de la même période, les Sassanides nourrirent de nouveau l'ambition de régner directement sur l'Arménie, en particulier sous le règne du roi sassanide Chapour III (règne de 383 à 388 de notre ère). Les Sassanides déposèrent d'abord Tiran en 338 de notre ère, puis Arshak II en 350 de notre ère (les dates de règne de ces deux rois sont contestées). Plusieurs villes arméniennes furent attaquées par les forces sassanides en 368 et 369 de notre ère et la question de savoir qui gouvernerait l'Arménie ne serait résolue que vers 387 de notre ère. C'est alors que l'empereur Théodose Ier (règne de 379 à 395 de notre ère) et Chapour III convinrent de diviser officiellement l'Arménie entre l'Empire romain d'Orient (Byzance) et la Perse sassanide.
Chute des Arsacides
Sous le règne du dernier grand monarque arsacide, Vram Châhpouh (règne de 389 ou 401 à 415 ou 417 de notre ère), l'Arménie connut d'importants développements culturels. En 405, l'alphabet arménien fut inventé par Mesrop Mashtots et la Bible fut traduite dans cette langue, ce qui contribua à la diffusion et à l'enracinement du christianisme en Arménie. Sur le plan politique, cependant, l'heure du changement avait sonné. Le dernier souverain arsacide fut Artaxias IV (règne de 422 à 428 de notre ère) après que la couronne arménienne, incapable de réprimer les factions pro-persanes et anti-chrétiennes à la cour, fut abolie par la Perse et que des vice-rois, les marzpans, furent installés, dans une situation qui ne changerait pas jusqu'au milieu du VIIe siècle.
This article was made possible with generous support from the National Association for Armenian Studies and Research and the Knights of Vartan Fund for Armenian Studies.