Artachat

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 21 mars 2018
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Hills of Ancient Artashat (by James Blake Wiener, CC BY-NC-SA)
Collines de l'ancienne Artashat
James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

Artashat (alias Artaxate) fut la capitale de l'Arménie antique à partir de 176 avant notre ère et le resta pendant plus de 300 ans de l'histoire du royaume. Située juste au sud de la capitale moderne de l'Arménie, Erevan, selon l'historien antique Plutarque, les fortifications originales de la ville furent planifiées par le général carthaginois Hannibal. La ville eut besoin de toutes les défenses possibles car elle fut attaquée à plusieurs reprises par les armées romaines tout au long de son histoire, jusqu'à ce qu'elle ne soit remplacée par Vagharshapat puis Dvin comme première ville du pays.

Fondation par Artaxias Ier

Vers 200 av. J.-C., Artaxias Ier (alias Artašēs), soutenu par le souverain séleucide Antiochos III (r. de 222 à 187 av. J.-C.), fut nommé satrape de l'Empire séleucide en Arménie. Artaxias régnera jusqu'en 165 ou 160 av. J.-C. et fondera la dynastie des Artaxiades qui gouvernera l'Arménie jusqu'à la première décennie du 1er siècle de notre ère.

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Outre le prestige de la construction d'une nouvelle ville, Artaxias était motivé par la position de la ville pour exploiter le commerce régional.

En 176 avant J.-C., Artaxias fonda sa nouvelle capitale, Artachat, sur une péninsule de neuf collines le long de la rivière Aras (Araxes). Idéale pour la défense, elle était entourée d'eau sur trois côtés et protégée en outre par le promontoire voisin de Khor Virap (qui était le site d'une prison infâme puis d'un monastère du IIIe siècle de notre ère). Outre le prestige de la construction d'une toute nouvelle ville, Artaxias était également motivé par la position de la ville pour exploiter le commerce régional, bien mieux que les capitales précédentes d'Armavir et de Yervandashat. La proximité des forêts et des carrières locales fournit tous les matériaux de construction nécessaires à la nouvelle capitale.

Hannibal, le grand général carthaginois, qui fuyait alors les Romains après sa défaite à la bataille de Zama en 202 av. J.-C., qui mit fin à la deuxième guerre punique, aurait conçu les fortifications de la ville pour Artaxias, qui se servit ensuite des plans pour construire sa ville. L'historien grec Plutarque (vers 45 - vers 125 de notre ère) donne la version suivante des événements :

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On raconte qu'Hannibal le Carthaginois, après qu'Antiochos eut été conquis par les Romains, le quitta et se rendit chez Artaxias l'Arménien, à qui il donna de nombreuses et excellentes suggestions et instructions. Par exemple, observant qu'une partie du pays qui présentait les plus grands avantages et attraits naturels était inoccupée et négligée, il dessina le plan d'une ville à cet endroit, puis amena Artaxias sur place, lui montra les possibilités et l'exhorta à entreprendre la construction. Le roi fut ravi et pria Hannibal de superviser lui-même les travaux, ce qui donna naissance à une très grande et belle ville, qui fut nommée d'après le roi et proclamée capitale de l'Arménie.(Vie de Lucullus, Ch. 31)

Tigranes the Great's Armenian Empire
Empire arménien de Tigrane le Grand
Aivazovsky (CC BY-SA)

Artachat fut la première ville arménienne à être construite selon le plan hellénistique, et elle devint finalement la plus grande ville encore construite sur la plaine d'Ararat. Les caractéristiques de la ville sont énumérées ici par l'historien R. G. Hovannisian :

La ville contenait une citadelle sur la hauteur appelée plus tard Xor Virap (Khor Virap) et était protégée par de vastes fortifications et un fossé. Des fouilles récentes ont révélé un centre urbain important avec des rues pavées, des bâtiments publics, des bains, des magasins et des ateliers d'artisans divers... elle est rapidement devenue un point de jonction majeur entre la route commerciale le long de la vallée de l'Araxe menant vers la Bactriane et l'Inde et celle menant vers le nord à la mer Noire. (49)

On dit qu'Artaxias orna la ville de belles statues de bronze de dieux grecs tels que Zeus, Artémis, Apollon et Hercule. Le mélange culturel grec et perse de la ville est attesté par les découvertes archéologiques de figurines grecques et de plaques d'argile avec des représentations de cavaliers iraniens.

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Guerres mithridatiques

Artachat fut remplacée en tant que capitale arménienne lorsque le roi Tigrane le Grand (r. env. de 95 à env. 56 avant J.-C.) fonda la nouvelle ville de Tigranocerte (Tigranakert) en 83 avant J.-C., plus au centre. Artachat retrouva son statut antérieur lorsqu'une armée romaine sous le commandement de Licinius Lucullus mit à sac Tigranocerte en 69 avant J.-C. dans le cadre d'une campagne visant à capturer l'ennemi n° 1 de Rome : Mithridate VI du Pont (r. de 120 à 63 avant J.-C.), qui s'était caché dans la capitale de Tigrane qui était son gendre. Lorsqu'une autre armée, dirigée cette fois par Pompée le Grand, attaqua l'Arménie peu après, en 66 avant notre ère, Artachat fut assiégée, mais Tigrane capitula, sauvant probablement la ville de la destruction.

Entre 36 et 34 avant J.-C., Marc-Antoine traversa la région en route pour combattre les Parthes. Le général romain perdit la bataille et envahit l'Arménie comme lot de consolation sur le chemin du retour en Égypte. Artachat fut attaqué et le roi arménien Artavazde II (r. vers 56-34 avant J.-C.) fut pris en otage à Alexandrie.

Map Roman-Parthian War, 58-60 CE
Carte Guerre Romaine-Parthe, 58-60
Cplakidas (CC BY-SA)

Guerre romano-parthienne 58-63 de notre ère

Entre 58 et 60 de notre ère, un autre commandant romain attaqua la capitale arménienne, cette fois Gnaeus Domitius Corbulo, pendant la guerre romano-parthienne de 58 à 63 de notre ère. La réputation de Corbulo en matière de prise et de destruction de forts et de colonies était telle que les habitants d'Artachat ouvrirent les portes de la ville et se rendirent sans combattre en l'an 58. Il convient également de noter que le commandant laissa d'abord les non-combattants fuir la ville avant de l'incendier, comme le décrit l'historien romain Tacite (vers 56 - vers 120 de notre ère) :

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il [Corbulo] différa jusqu'au jour, et fit partir en avant ses cohortes légères, avec ordre d'environner la place et de commencer l'attaque de loin. Mais, les habitants ouvrirent leurs portes, et s'abandonnèrent aux Romains avec ce qu'ils possédaient. Cette soumission sauva ; leurs personnes ; la ville fut livrée aux flammes et détruite de fond en comble : il eût fallu, pour la conserver, une forte garnison, à cause de la grandeur de l'enceinte ; et nous n'avions pas assez de troupes pour les partager entre la guerre active et la garde d'une telle place. D'un autre côté, la laisser debout sans s'en assurer la possession, c'était perdre la gloire et le fruit de cette conquête.

(Annales, Ch. 13:41)

La guerre se termina finalement par le traité de Rhandeia en 63 de notre ère, dans lequel il fut convenu que la Parthie avait le droit de nommer les rois arméniens, que Rome avait le droit de les couronner, et que les deux puissances régneraient de manière égale sur l'Arménie, le roi étant leur représentant. Une fois que le nouveau roi Tiridate Ier (r. de 63 à 75 ou 88 de notre ère) fut couronné par l'empereur romain Néron en 66 de notre ère, Artachat fut reconstruite et, selon les auteurs romains, rebaptisée Neronia.

Armenia's Khor Virap Monastery
Monastère de Khor Virap en Arménie
James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

Histoire ultérieure

L'empereur romain Trajan (r. de 98 à 117 de notre ère) stationna deux divisions de l'armée en Arménie et construisit un fort à Artachat pour s'assurer que l'Arménie reste une province romaine et ne soit pas absorbée par l'empire perse. Une longue inscription de pierre en latin subsiste de cette période et énumère les différents titres honorifiques de l'empereur romain.

Artachat fut à nouveau saccagée par les Romains (dirigés par Avidius Cassius et Statius Priscus) en 166 de notre ère, avant que Rome et la Perse ne conviennent que la ville devait devenir l'un des points de commerce officiels entre leurs deux empires. En conséquence, la ville prospéra par la suite, même si elle fut remplacée comme résidence royale par Vagharshapat et saccagée par Chapour II (r. de 309 à 379) de l'Empire sassanide en 368. La ville fut alors éclipsée en importance par Dvin (Duin). Cependant, la prospérité continue d'Artachat est attestée par un édit de l'an 562 qui confirme que la ville est l'un des trois seuls points de commerce officiels entre les empires byzantin et perse. Un poste de douane y était supervisé par des fonctionnaires connus sous le nom de "comtes commerciaux" ou comites commercium.

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Même pendant la période de domination arabe, à partir du 7e siècle, la ville resta un centre de commerce prospère et devint célèbre pour sa teinture rouge cochenille, appelée kirmiz, qui était particulièrement importante pour l'industrie du tapis et des textiles en général. L'abandon définitif d'Artachat à la fin de la période médiévale fut probablement dû aux inondations de la rivière Aras.

This article was made possible with generous support from the National Association for Armenian Studies and Research and the Knights of Vartan Fund for Armenian Studies.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2018, mars 21). Artachat [Artashat]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16883/artachat/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Artachat." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le mars 21, 2018. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16883/artachat/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Artachat." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 21 mars 2018. Web. 28 juin 2022.

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