Agrigente

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
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Temple of Concordia, Agrigento (by Mark Cartwright, CC BY-NC-SA)
Temple de la Concorde, Agrigente Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Agrigente (en grec: Akragas, en latin: Agrigentum) était une cité-État fondée par les Grecs, située sur la côte sud de la Sicile, près du fleuve Akragas (aujourd'hui S. Biagio), à seulement 5 km de la mer. À son apogée, la ville comptait peut-être jusqu'à 300 000 habitants et était entourée de plus de 12 km de remparts qui comprenaient neuf portes. La prospérité d'Agrigente est attestée par la magnifique architecture du Ve siècle avant J.-C. qui subsiste aujourd'hui et qui en fait l'un des sites archéologiques les plus impressionnants de la Méditerranée. Agrigente est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Aperçu historique

Dans la mythologie, Agrigente aurait été fondée par Dédale et son fils Icare après leur fuite de Crète, mais selon les sources historiques, la cité-État ou polis fut fondée vers 580 avant J.-C. par des colons de Rhodes et de Crète qui avaient fondé un siècle plus tôt la ville voisine de Géla. Le premier souverain notable fut le tyran Phalaris (vers 570-549 av. J.-C.), qui étendit l'influence de la ville dans le territoire environnant et construisit d'impressionnants remparts. Le tyran est devenu célèbre dans la légende en raison de son approche innovante des exécutions. Les condamnés étaient placés à l'intérieur d'un énorme taureau en bronze qui était ensuite chauffé au-dessus d'un feu. Phalaris était amusé par les cris provenant de l'intérieur du taureau, qui donnaient l'impression que l'animal mugissait de rage.

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Une période similaire de domination locale fut connue sous le règne d'un autre tyran, Théron (vers 489-473 av. J.-C.), qui était considéré comme un souverain juste et un mécène des arts. Ayant pris le parti de Syracuse contre Carthage, la ville prospéra après la bataille d'Himère en 480 avant J.-C., malgré une bataille importante contre Hiéron, le tyran de Syracuse, vers 472 avant J.-C. À partir de cette période, la ville devint célèbre pour sa splendeur architecturale, en particulier ses grands temples doriques construits en grès. À tel point que Pindare, dans une ode à un vainqueur olympique, écrivit: "Akragas, la plus belle ville que les mortels aient jamais construite". Diodore décrivait la ville comme étant l'une des plus riches du monde grec et le célèbre philosophe et médecin Empédocle (vers 492-432 av. J.-C.), originaire d'Agrigente, disait des habitants de la ville et de leur vie insouciante: " ... ils font la fête comme s'ils allaient mourir demain et construisent comme s'ils allaient vivre éternellement."

Les Agrigentains "font la fête comme s'ils allaient mourir demain et construisent comme s'ils allaient vivre éternellement". Empédocle

Agrigente resta neutre dans la guerre entre Athènes et Syracuse en 413 avant J.-C., mais fut attaquée, assiégée pendant sept mois, puis détruite par les Carthaginois en 406 avant J.-C., qui voulaient ainsi se venger de leur défaite à Himère en 480 avant J.-C. La ville finit par se relever et devint une importante colonie hellénistique, mais Agrigente fut à nouveau pillée en 262 et 210 avant J.-C., cette fois par les Romains. Cependant, les nouveaux maîtres assurèrent une nouvelle période de prospérité à Agrigente. La partie hellénistique-romaine de la ville subsiste en partie aujourd'hui et était aménagée selon un plan régulier en damier, avec six routes principales divisant la ville en bandes. Des villas avec des fresques et des mosaïques encore visibles témoignent de la richesse dont jouissaient certains habitants de la ville. La ville continua de prospérer pendant la période byzantine et les tombes semi-circulaires caractéristiques creusées dans les rochers de grès sont encore visibles aujourd'hui.

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Temple of Juno, Agrigento
Temple d'Héra (ou Junon), Agrigente Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Vestiges archéologiques

Temple de la Concorde

Construit entre 450 et 430 avant J.-C., c'est l'un des temples grecs les mieux conservés au monde et est souvent décrit comme le Parthénon de la Grande-Grèce. Mesurant 40 x 17 mètres, ce temple dorique était probablement dédié à Castor et Pollux. L'intérieur se compose d'un pronaos, d'une cella et d'un opisthodomos, où étaient conservés les trésors, les offrandes et les archives publiques. Il y a six colonnes sur chaque façade et 13 le long des côtés les plus longs; chacune est composée de quatre tambours cannelés. La frise alterne triglyphes et métopes lisses. Le temple est en si bon état en grande partie parce qu'il fut converti en basilique chrétienne en 597 après J.-C., lorsque l'intérieur fut transformé en arcades à trois nefs.

Temple des Dioscures (Castor et Pollux)

Le nom est une convention et les vestiges actuels furent reconstruits au XIXe siècle. À l'origine, le temple du Ve siècle avant notre ère mesurait environ 34 x 16 mètres et comportait 6 x 13 colonnes extérieures. Il fut détruit lors du siège de 406 avant notre ère. Devant le temple se trouve un autel circulaire, autrefois utilisé pour sacrifier des animaux et verser des libations lors de cérémonies religieuses; il constituait une partie importante du sanctuaire dédié à Déméter et Perséphone.

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Temple d'Hercule

Le plus ancien temple du site fut construit vers 510 avant J.-C. en l'honneur du héros grec Hercule, particulièrement vénéré à Agrigente. La base du temple mesure 73,9 x 27,7 mètres et sa hauteur totale devait être d'environ 16 mètres. À l'origine, il y avait 6 colonnes sur chaque façade et 15 le long des côtés, mais aujourd'hui, seules neuf se dressent encore; elles furent reconstruites en 1922. Chaque colonne était composée de quatre tambours cannelés et le fronton devait être orné de sculptures décoratives. Une statue en bronze se trouvait autrefois à l'intérieur.

Temple de Junon (Héra Lacinia)

Construit entre 450 et 430 avant notre ère, ce temple dorique mesurait environ 41 x 20 mètres et 15,3 mètres de haut. À l'origine, il y avait six colonnes sur chaque façade et 13 le long des côtés longs. Chaque colonne est composée de quatre tambours et 30 sont encore debout aujourd'hui. Il est intéressant de noter que l'on peut encore voir ici et là les traces noires laissées par les incendies causés par l'attaque carthaginoise en 406 avant J.-C. À l'intérieur du temple se trouvait une statue de la déesse Héra (nom romain: Junon), vénérée pour son rôle de protectrice des mariages et des cérémonies nuptiales. Des rites auraient autrefois eu lieu à l'extérieur du temple; les ruines de l'autel massif sont encore visibles aujourd'hui.

Temple of Zeus Model, Agrigento
Maquette du temple de Zeus, Agrigente Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Temple de Zeus

L'imposant temple de Zeus (ou Olympiéion) fut construit dans les années 480 avant J.-C. pour commémorer la victoire sur Carthage lors de la bataille d'Himère. L'un des plus grands temples construits dans l'Antiquité, mesurant environ 113 x 56 mètres et reposant sur un socle à cinq marches, il culminait à 33 mètres de haut et avait la taille d'un stade de football moderne. Il était également inhabituel en ce sens qu'au lieu des colonnes extérieures indépendantes typiques, les colonnes exceptionnellement épaisses (7 sur les façades x 14 sur les côtés longs) étaient engagées dans un demi-mur, et les espaces supérieurs entre les colonnes étaient remplis d'énormes atlantes (la version masculine des cariatides, également connues sous le nom de télémons) semblant soutenir le toit avec leurs bras pliés. Ces 38 figures divines mesuraient 7,6 mètres de haut, mais leur emplacement exact fait encore débat parmi les spécialistes. La hauteur des colonnes du temple était de 16,88 mètres et leur largeur à la base de 4,22 mètres. Selon Diodore de Sicile, les frontons étaient ornés de sculptures représentant une gigantomachie et des scènes de la guerre de Troie.

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Le temple est également un exemple rare et précoce dans l'architecture grecque de l'utilisation du fer dans les blocs de pierre. Des fentes furent creusées dans les pierres de l'architrave, dans lesquelles furent placées des barres de fer (31 x 10 cm) qui servirent de support structurel pendant l'assemblage des pierres. Elles n'avaient aucun effet bénéfique une fois les blocs en place, mais elles fournissaient une résistance à la traction pendant la construction des grands blocs d'architrave qui enjambaient l'espace inhabituellement large entre les colonnes. Le temple n'était en fait pas tout à fait terminé lorsqu'il fut détruit par les Carthaginois en 406 avant J.-C.

Tombeau de Théron

La tradition attribuait ce monument à Théron, le considérant comme sa tombe, mais il s'agit en fait d'un monument romain du Ier siècle avant notre ère commémorant probablement le siège de 262 avant notre ère. Combinant des éléments architecturaux doriques et ioniques, le monument mesure 9,3 m de haut et 5,2 m de large. Une pyramide élancée, aujourd'hui disparue, se dressait autrefois au sommet de la structure.

Kouros (The Agrigento Youth)
Kouros (l'éphèbe d'Agrigente) Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Autres structures et artefacts

Parmi les autres structures remarquables, citons le temple d'Héphaïstos, construit vers 430 avant J.-C., dont il ne reste que deux colonnes et une partie de la base. On trouve également le temple d'Asclépios, pièce maîtresse d'un sanctuaire de 10 000 mètres carrés dédié au dieu de la médecine, construit entre 400 et 390 avant J.-C. Enfin, il existe également un Ekklesiasterion bien conservé datant du IVe siècle avant J.-C., qui servait autrefois aux assemblées publiques.

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Comme on peut s'y attendre pour un site aussi important, le site est également une riche source d'objets datant de la période néolithique. Parmi les pièces maîtresses, on trouve quelques-uns des énormes atlantes du temple de Zeus, un beau kouros en marbre, un torse de guerrier en marbre très expressif, des sarcophages romains finement sculptés et une excellente sélection de poteries grecques à figures rouges et noires. Toutes ces pièces sont conservées au musée archéologique d'Agrigente.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction pour WHE, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est directeur de publication pour WHE et est titulaire d'une maîtrise en philosophie politique (Université de York). Il est chercheur, écrivain, historien et éditeur. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées communes à toutes les civilisations.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2025, August 05). Agrigente. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-11794/agrigente/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Agrigente." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, August 05, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-11794/agrigente/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Agrigente." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 05 Aug 2025, https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-11794/agrigente/.

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