Légions de Mésopotamie, de Cappadoce et d'Arabie

Donald L. Wasson
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
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Alors que l'Empire romain continuait son expansion vers l'est, annexant des territoires qui appartenaient autrefois aux Parthes, les légions de Mésopotamie, de Cappadoce et d'Arabie furent appelées à protéger ces nouveaux territoires. La Mésopotamie comptait deux légions permanentes, la I Parthica et la III Parthica, la Cappadoce était le quartier général de la XII Fulminata et de la XV Apollinaris, tandis que la III Cyrenaica était stationnée en Arabie.

Parthian Cataphract
Cataphractaire parthe Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

Légions de Mésopotamie

L'ancien territoire de la Mésopotamie se trouve entre le Tigre et l'Euphrate, dans l'ancien Croissant fertile. Tout au long de la fin de la République romaine et du début de l'Empire romain, la région était contrôlée par les Parthes et comprenait plusieurs villes prospères: Édesse, Carrhes et Nisibis. La bataille de Carrhes, en 53 avant J.-C., démontra l'efficacité de la stratégie militaire parthe; ce fut l'un des pires désastres militaires de l'histoire romaine. En 114 après J.-C., l'empereur romain Trajan (r. de 98 à 117 ap. J.-C.) envahit avec succès l'Arménie et la Haute Mésopotamie, s'emparant de la capitale Ctésiphon et annexant les deux territoires. Bien qu'il ait réussi à annexer les deux, un autre soulèvement juif, le moral déclinant de ses troupes et la maladie le contraignirent à se retirer. Il mourut peu après. Son successeur, Hadrien (r. de 117 à 138 ap. J.-C.), fit la paix avec les Parthes et laissa les provinces entre les mains de rois vassaux.

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Après son assaut infructueux contre Hatra, Sévère laissa les deux légions pour garder la Mésopotamie.

La Mésopotamie fut finalement annexée par l'empereur Septime Sévère (r. de 193 à 211 ap. J.-C.) lors de sa campagne contre les Parthes en 198 ap. J.-C. Il considérait cette acquisition comme un rempart pour les provinces orientales. Contrairement aux autres provinces, la Mésopotamie avait un gouverneur nommé par l'empereur et non par le Sénat romain. Deux légions furent spécialement créées par Sévère pour sa défense: la Legio I Parthica et la Legio III Parthica. Bien que certains historiens affirment que les légionnaires auraient été recrutés en Macédoine et en Thrace, d'autres pensent qu'ils auraient été recrutés en Orient. Après son assaut infructueux contre Hatra, Sévère laissa les deux légions pour garder la Mésopotamie.

La Legio I Parthica (emblème: centaure; signe astrologique: Capricorne) était basée à Singara. Comme les autres légions de la campagne, elle participa au pillage de Ctésiphon. La Legio III Parthica (emblème: centaure; signe astrologique: Capricorne) était stationnée à Rhesaina, le long du fleuve Khabur. Bien qu'elle ait été stationnée en dehors de Rome pendant la majeure partie de son existence, une troisième légion, la Legio II Parthica, fut également créée et participa aux campagnes en Orient. On sait peu de choses sur les activités de la I Parthica et de la III Parthica en raison du manque de sources littéraires disponibles. La I Parthica servit l'empire en beauté, obtenant des titres tels que Severiana, Antoniniana Severiana, Alexandriana et Philippiana. La III Parthica participa notamment aux guerres de Macrin (r. de 217 à 218 ap. J.-C.) et de Gordien III (r. de 238 à 244 ap. J.-C.).

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La région resta un lieu de conflits acharnés entre les Romains et les Perses. En 260, le roi Chapour Ier (r. de 240 à 270) de l'Empire sassanide (224-651) envahit la province, battant et capturant l'empereur Valérien (r. de 253 à 260) près d'Édesse. Valérien avait tenté de négocier un accord de paix, mais il fut capturé et emmené, puis écorché et tanné. Le fils de l'empereur et co-empereur Gallien (r. de 260 à 268 ap. J.-C.) monta alors sur le trône.

Valerian Defeated by Shapur I
Valérien battu par Chapour Ier Pierre Mertens (CC BY-NC-ND)

Un siècle plus tard, en 360, le roi Chapour II (r. de 309 à 379) assiégea Singara, la base de la I Parthica. Après plusieurs jours de siège, les murs de la ville furent percés et Chapour entra. L'historien Stephen Dando-Collins, dans son ouvrage Legions of Rome, affirme qu'après la chute de Singara, la plupart des hommes de la I Parthica et de la I Flavia furent capturés et emmenés enchaînés pour devenir esclaves; cependant, certaines preuves montrent que la I Parthica existait encore au IVe siècle à Constantia. Les Perses se dirigèrent ensuite vers Bezabde, gardée par les légions romaines II Parthica, II Flavia et II Armenia. La III Parthica tomba également aux mains de Chapour II et fut peut-être détruite; cependant, certains indices montrent qu'elle fut plus tard stationnée à Apatna, en Osroène. L'empereur Jovien (r. de 363 à 364 ap. J.-C.) accepta les exigences des Perses et se retira de Mésopotamie en 363 après J.-C. Dando-Collins écrit que Jovien céda cinq provinces de Mésopotamie et du sud de l'Arménie à Chapour et abandonna 15 forteresses, dont Nisibis et Singara.

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Légions de Cappadoce

La Legio XII Fulminata et la Legio XV Apollinaris furent placées en Cappadoce par Vespasien.

La province de Cappadoce était située dans le centre-est de l'Anatolie et était vitale en raison de sa proximité avec la mer Noire et les montagnes du Caucase. Bien qu'il s'agisse d'un royaume indépendant, il était gouverné par un représentant romain depuis l'époque de Marc Antoine (83-30 av. J.-C.), puis d'Auguste (r. de 27 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.), jusqu'à ce qu'il ne soit destitué par l'empereur Tibère (r. de 14 à 37 ap. J.-C.) en 17 après J.-C., lorsque la région devint une province romaine. Certains remettent en question la date exacte de l'annexion. Dando-Collins affirme qu'elle aurait été annexée par Vespasien (r. de 69 à 79 ap. J.-C.) en 71 ap. J.-C., et non par Tibère. L'historien romain Suétone (vers 69 à vers 130/140 ap. J.-C.) confirme la date de l'annexion par Tibère. Dans son ouvrage Les Douze Césars, il écrit que Tibère avait puni les rois étrangers qu'il soupçonnait de malveillance envers Rome: "Parmi eux se trouvaient Marobod le Germain, Rhescuporis le Thrace et Archélaos le Cappadocien, dont il réduisit le royaume au statut de province" (125).

L'importance de la province fut démontrée lorsqu'elle servit de base à l'invasion de l'Arménie en 58-63 apr. J.-C. pendant la campagne de Corbulon contre les Parthes. Corbulon avait été gouverneur de Cappadoce et de Galatie. La Legio XII Fulminata et la Legio XV Apollinaris furent placées en Cappadoce par Vespasien.

Legio XII Fulminata

Bien que ses origines exactes soient incertaines, la légion XII Fulminata (emblème: la foudre; signe astrologique: Capricorne) aurait été formée par Jules César (100-44 av. J.-C.) pour sa campagne contre les Helvètes lors de la guerre des Gaules. Comme les légions de l'armée romaine à l'époque de César étaient identifiées par un numéro et non par un nom, il y avait souvent plusieurs légions portant le même numéro; Octave et Marc Antoine avaient tous deux une 12e légion. La légion d'Octave l'accompagnait en Égypte et faisait partie de son armée permanente. Beaucoup considèrent que sa légion aurait été reconstituée à partir de l'ancienne 12e légion de César. Sous le règne de l'empereur Claude (41-54 ap. J.-C.), la 12e légion était basée en Syrie. Malheureusement, elle eut le malheur de participer à deux des plus grandes défaites de Rome: la capitulation de Paetus, trop confiant, en Arménie en 62 ap. J.-C. et l'assaut manqué de Gallus sur Jérusalem.

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Map of the Roman-Parthian War, 61-63 CE
Carte des guerres romano-parthes de 61-63 de notre ère Cplakidas (CC BY-SA)

En 62, l'Arménie fut envahie par les Parthes. Affirmant qu'il n'aurait besoin que de deux légions en Arménie, la IV Scythica et la XII Fulminata, le commandant sûr de lui, Caesennius Paetus, entra en Arménie et stationna son armée à Rhandeia pour l'hiver. Malheureusement pour Paetus et ses légions, l'armée parthe encercla le camp et commença le siège. Sir réception d'une demande d'aide de la part de Paetus, Corbulon rassembla une force de secours, mais pas avant que Paetus ne signe un accord embarrassant avec les Parthes, qui exigeait le retrait des Romains d'Arménie. Dans ses Annales, Tacite raconte la défaite:

[Laissant la 5e légion dans le Pont], il affaiblit le reste par des permissions accordées sans discernement, jusqu'à ce qu'on apprenne que Vologèse approchait avec une puissante armée prête à la guerre. Il fit appel à la 12e légion, puis découvrit la faiblesse numérique de la source dont il espérait tirer la réputation d'une armée renforcée. (Annales 15.10)

En ajoutant les V Macedonica et XV Apollinaris à ses propres légions, Corbulon fut en mesure de renégocier un nouveau traité en position de force: la Parthie se retirerait d'Arménie.

Par la suite, la légion retourna en Syrie et s'installa à Raphana. À la suite de la grande révolte juive de 66 après J.-C., le gouverneur de Syrie, Cestius Gallus, avança avec la 12e légion sur Jérusalem, mais fut contraint de battre en retraite. En raison de ses effectifs réduits, Vespasien refusa d'utiliser la légion; cependant, son fils Titus employa la 12e légion ainsi que la III Cyrenaica, la X Fretensis, la V Macedonica et la XV Apollinaris dans son siège de Jérusalem.

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Après le siège, la légion fut envoyée à Mélitène, sur les rives de l'Euphrate. Certaines sources affirment que la légion aurait participé à la répression de la révolte de Bar-Kochba de 132-135 après. J.-C. et qu'elle soutint ensuite Septime Sévère contre le prétendant Pescennius Niger en 193 après J.-C. D'autres sources situent la légion dans la lutte contre Chapour Ier et son invasion de 252 après J.-C. qui conduisit à la prise de Satala. La légion resta à Mélitène tout au long du IVe siècle après J.-C.

Légion XV Apollinaris

Comme d'autres légions, l'origine de la XV Apollinaris (emblème: griffon; signe astrologique: Capricorne) est un mystère. L'historien Dando-Collins attribue sa fondation à Jules César en 54 avant J.-C. et à ses guerres gauloises. La 15e légion d'Octave aurait peut-être été reconstituée à partir de l'ancienne légion de César. Le nom "Apollinaris" suggère qu'elle tire son origine du dieu préféré d'Octave, Apollon. Pendant la période impériale, la légion était stationnée en Pannonie et participa à l'offensive romaine lors de la révolte pannonienne de 6-9 après J.-C. En 14 après J.-C., la 15e légion, ainsi que la L.egio VIII Augusta et la Legio IX Hispana, organisèrent une révolte, qui fut ensuite réprimée par Drusus, le fils de Tibère (14 av. J.-C. à 23 ap. J.-C.). Tacite écrit à propos de cette mutinerie:

Leur seul soulagement à leur misère était de quitter un camp de mauvais augure et pollué et [...] de regagner chacun ses quartiers d'hiver. La huitième légion fut la première à revenir, suivie de la quinzième [...] (Annales 1.30).

En 62-63 apr. J.-C., la légion fut transférée en Orient. Lors du déclenchement de la révolte juive, Titus emmena la 15e en Syrie où elle rejoignit la V Macedonica et la X Fretensis. La légion participa à l'invasion de la Galilée et à l'attaque de Jotapata. Après que Vespasien eut été acclamé empereur, des cohortes de la légion soutinrent le commandant romain Macrin dans sa marche vers l'Italie. Le reste de la légion servit lors de la marche sur Jérusalem.

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Funerary Monument of M. Annius Lucus
Monument funéraire de M. Annius Lucus AncientDigitalMaps (CC BY-NC)

Par la suite, la 15e légion retourna en Pannonie, où elle participa aux guerres daciques de Trajan en 115-116 après J.-C. et peut-être à ses guerres parthes. La légion fut ensuite envoyée à Satala en Cappadoce, en remplacement de la XVI Flavia. En 135, à la fin de la deuxième révolte juive, les guerriers alains et sarmates saisirent l'occasion et se mirent en marche. Flavianus Arrianus (Arrien), gouverneur de Cappadoce, repoussa l'invasion de la Basse-Arménie avec la 15e et la XII Fulminata. En 175, la légion participa aux guerres du Danube de l'empereur Marc Aurèle (r. de 161 à 180) et resta fidèle à l'empereur pendant la révolte d'Avidius Cassius. La 15e légion resta à Satala tout au long du IVe siècle.

Légion d'Arabie - III Cyrenaica

La province romaine d'Arabie Pétrée fut annexée sans opposition en 106 après J.-C. par le gouverneur syrien Cornelius Palma. La nouvelle province comprenait ce qui est aujourd'hui la Jordanie et le sud de la Syrie, ainsi que les villes de Bostra (la capitale), Gérase et Pétra. Auparavant stationnée en Égypte, la Legio III Cyrenaica fut transférée en Arabie, en remplacement de la VI Ferrata.

Lors de la bataille d'Actium en 31 avant J.-C., la III Cyrenaica (emblème: Jupiter? ; signe astrologique: Capricorne ?) était sous le commandement de Lucius Pinarius Scarpus, un allié de Marc Antoine. Son nom indique qu'elle fut créée par Antoine en Cyrénaïque, en Afrique du Nord. Dando-Collins écrit que la légion se rendit à Octave à Actium. Par la suite, la légion fut intégrée aux 28 légions permanentes d'Octave et placée sous le commandement de Cornelius Gallus, qui l'utilisa pour soumettre l'Égypte, avant de la stationner à Nicopolis avec la XXII Deiotariana. La légion participa à l'annexion de l'Arabie, où l'on pense que bon nombre de ses légionnaires furent recrutés avant d'être renvoyés temporairement en Égypte.

La 3e légion était avec Corbulon en 63 après J.-C. et, pendant la première guerre juive, elle participa au siège de Jérusalem sous le commandement de Titus. Après avoir servi comme l'une des légions des guerres parthes dans la campagne de Trajan de 113-114 après J.-C., elle était basée de manière permanente à Bostra en 140 après J.-C. Comme d'autres légions de la région, elle aurait peut-être participé à l'offensive romaine contre Chapour Ier et la reine Zénobie de Palmyre. Certains éléments indiquent qu'elle était aux côtés de Gallien et de sa campagne contre les Alamans en 258 après J.-C. Elle resta à Bostra jusqu'au IVe siècle après J.-C.

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Questions & Réponses

Quelles légions servirent en Mésopotamie?

La Mésopotamie fut annexée par l'empereur Septime Sévère (r. 193-211 apr. J.-C.), qui y laissa deux légions en garnison: la I Parthica à Singara et la III Parthica à Rhesaina, le long du fleuve Khabur.

Quelles légions servirent en Cappadoce ?

La Legio XII Fulminata et la Legio XV Apollinaris furent placées en Cappadoce par Vespasien (r. 69-79 apr. J.-C.).

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Donald L. Wasson
Donald a enseigné l’histoire antique et médiévale ainsi que l’histoire des États-Unis à Lincoln College (Illinois). Éternel étudiant en Histoire depuis qu’il a découvert Alexandre le Grand, il met toute son énergie à transmettre son savoir à ses étudiants.

Citer cette ressource

Style APA

Wasson, D. L. (2026, février 06). Légions de Mésopotamie, de Cappadoce et d'Arabie. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1988/legions-de-mesopotamie-de-cappadoce-et-darabie/

Style Chicago

Wasson, Donald L.. "Légions de Mésopotamie, de Cappadoce et d'Arabie." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, février 06, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1988/legions-de-mesopotamie-de-cappadoce-et-darabie/.

Style MLA

Wasson, Donald L.. "Légions de Mésopotamie, de Cappadoce et d'Arabie." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 06 févr. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1988/legions-de-mesopotamie-de-cappadoce-et-darabie/.

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