La bataille de Fort Donelson (du 11 au 16 février 1862) fut une victoire de l'Union sur le théâtre occidental de la guerre de Sécession, sur les rives de la rivière Cumberland, près de la frontière entre le Tennessee et le Kentucky. Cette campagne faisait suite à la victoire de l'Union lors de la bataille de Fort Henry (6 février 1862) et était une opération conjointe menée par Ulysses S. Grant, de l'armée américaine, et Andrew H. Foote, de la marine américaine, à la tête de plus de 24 000 hommes.
La défense de Fort Donelson était assurée par plus de 16 000 soldats confédérés placés sous les ordres des généraux John B. Floyd, Simon Bolivar Buckner et Gideon J. Pillow. Après que les attaques de l'Union contre le fort eurent été repoussées pendant deux jours, les forces confédérées tentèrent une échappée le 15 février, mais Grant rallia ses troupes, ce qui conduisit à la reddition du fort le 16 février 1862.
La victoire de l'Union à Fort Donelson ouvrit la rivière Cumberland à la circulation des navires de l'Union – comme l'avait fait la victoire à Fort Henry pour la rivière Tennessee –, ce qui conduisit à la chute de Nashville, première capitale d'État confédérée à tomber, et donna à l'Union le contrôle du Kentucky et du Tennessee.
Grant souhaitait tirer parti de cette victoire en menant une campagne offensive – ce qu'il aurait pu faire –, mais il en fut empêché par son supérieur hiérarchique, le général de division Henry Halleck, d'une prudence excessive. Fort Donelson devint alors un "ce qui aurait pu être": la victoire qui aurait pu lancer une campagne permettant de remporter la guerre dans l'Ouest.
Contexte
Au début de l'année 1862, la fine ligne défensive du général confédéré Albert Sidney Johnston s'étendait à travers l'État neutre du Kentucky. L'aile gauche de la ligne, à Columbus, était tenue par le général de division Leonidas Polk, et l'aile droite à Bowling Green, se trouvait sous le commandement du général de brigade Simon Bolivar Buckner. Au centre de la ligne se trouvait le fort Henry, sur la rivière Tennessee, et, à 12 miles (19 km) à l'est par la terre, le fort Donelson, sur la rivière Cumberland.
Aucun des membres du haut commandement confédéré ne se souciait des forts Henry et Donelson, qui comptaient respectivement 3 400 et 5 000 soldats.
Grant savait que Columbus et Bowling Green étaient trop fortement fortifiés pour être pris sans subir de lourdes pertes – et n'avait aucune idée du nombre de soldats présents à Fort Henry ou à Fort Donelson –, mais il proposa une opération conjointe contre ces forts, menée par ses forces et celles de la marine sous les ordres de l'officier de marine Andrew H. Foote.
Foote, avec ses quatre navires cuirassés et ses trois navires à coque en bois, avait remporté la bataille de Fort Henry le 6 février 1862 avant l'arrivée des forces de Grant. Cependant, plus de 2 000 soldats de Fort Henry avaient réussi à s'échapper avant la bataille, prenant la fuite par la terre jusqu'à Fort Donelson; cette position devint donc désormais l'objectif de Grant.
Préparatifs des Confédérés et de l'Union
Du côté confédéré
Le 7 février, lorsque la nouvelle de la chute de Fort Henry parvint à Johnston, il fut décidé que le général de brigade John B. Floyd prendrait le commandement de Fort Donelson et que les troupes de Buckner se déplaceraient de Bowling Green vers Nashville. Les brigades de Floyd et de Buckner furent envoyées via Clarksville, qui relevait de l'autorité du général Gideon Pillow.
Pillow avait compris que tous les ravitaillements qui arrivaient à Clarksville devaient être acheminés vers Fort Donelson, et il étendit cette politique aux troupes. Les hommes de Buckner, ainsi que ceux de Floyd, furent donc envoyés à Fort Donelson et, le 9 février, Pillow les rejoignit sur place avec ses forces.
Le commandement à Fort Donelson était loin d'être unifié, et Buckner s'opposa fermement à ce que Pillow réachemine ses troupes vers Donelson et en prenne le commandement. Pillow, ne tenant pas compte de ses objections, succéda au général Bushrod Johnson pour renforcer les défenses du fort.
Du côté de l'Union
À douze miles (19km) de là, le 7 février, Ulysses S. Grant se trouvait à Fort Henry et avait prévu de marcher sur Donelson ce jour-là. Son plan était toutefois totalement irréaliste, car il comptait sur la flottille de Foote, qui avait été endommagée pendant la bataille. Foote ramena ses navires cuirassés à Cairo, dans l'Illinois, le 7 pour les faire réparer.
À Cairo, Foote apprit que deux des navires cuirassés étaient si gravement endommagés qu'ils nécessiteraient d'importantes réparations. Il affecta donc deux autres navires cuirassés – l'USS Louisville et l'USS Pittsburg – pour les remplacer.
Ces deux navires rejoignirent les autres cuirassés qui avaient pris le fort Henry – l'USS St. Louis et l'USS Carondelet – ainsi que les trois canonnières à coque en bois – l'USS Conestoga, l'USS Lexington et l'USS Tyler – qui avaient également pris part à la bataille. Les avaries subies par les deux cuirassés et l'armement de leurs remplaçants retardèrent le départ de Foote de Cairo.
Dans l'impossibilité de déplacer son armée en raison des inondations et de l'état des routes, Grant partit à cheval avec son état-major et un régiment de cavalerie pour effectuer une reconnaîssance des défenses de Fort Donelson, convaincu que cette position était plus faible que ne l'avait été celle de Fort Henry.
Il se souvenait du général Pillow depuis la guerre américano-mexicaine et savait qu'il ne représentait aucune menace; il savait également que Floyd n'avait aucune expérience militaire. Le seul commandant confédéré dont il devait se méfier était Buckner, un ami d'avant-guerre, mais Grant était certain de le surpasser en nombre et de pouvoir le dominer sur le plan tactique. Il était convaincu que le fort tomberait facilement.
Bataille de Fort Donelson
11-12 février
Grant put enfin mettre son armée en marche à partir du 11 février (il les rejoignit le 12). La pluie avait cessé et la journée était exceptionnellement chaude, ce qui poussa de nombreux soldats à se débarrasser de leurs lourds manteaux et de leurs couvertures d'hiver pendant la marche. Pendant ce temps, à l'intérieur de Fort Donelson, les Confédérés renforçaient leurs défenses.
Le capitaine confédéré Ruben R. Ross arriva au fort avec sa compagnie d'artillerie et se porta volontaire pour commander une batterie sur la rivière Cumberland destinée à repousser la flottille de Foote, dont l'arrivée était attendue sous peu. Les autres canons des batteries fluviales étaient commandés par le capitaine Joseph Dixon et le lieutenant-colonel Milton Haynes.
Les forces de l'Union, retardées par des escarmouches avec la cavalerie confédérée commandée par le lieutenant-colonel Nathan Bedford Forrest, arrivèrent à Donelson le 12 février. Grant établit son quartier général à gauche du front, dans la maison de la veuve Crisp. Les troupes du général de brigade Charles F. Smith furent déployées sur la gauche de l'Union et celles du général de brigade John A. McClernand sur la droite.
13 février
L'USS Carondelet arriva le 12, sous le commandement du capitaine Henry Walke, et, le 13, ouvrit le feu sur le fort. Les gros canons commandés par Haynes ripostèrent. Le Carondelet fut touché et battit en retraite en aval avant de revenir pour reprendre l'attaque.
Grant avait donné l'ordre de ne lancer aucune attaque contre le fort avant l'arrivée de Foote avec sa flottille, mais le général Smith ignora ces ordres et envoya deux de ses brigades contre le flanc droit confédéré; celles-ci furent repoussées. McClernand en fit de même contre le flanc gauche confédéré, également sans succès. Grant envoya alors l'ordre au général de brigade Lew Wallace, qui avait été laissé en arrière à Fort Henry, de se rendre sans délai à Fort Donelson pour renforcer la ligne de McClernand.
À l'intérieur du fort, le général Floyd comprit qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il faisait et confia le commandement à Buckner et Pillow, qui tinrent la ligne face aux avancées périodiques de l'Union. Pillow prit le commandement de l'aile gauche confédérée, face à McClernand, tandis que Buckner tenait l'aile droite confédérée face à Smith. Des échanges de tirs eurent lieu tout au long de la journée, mais aucun des deux camps ne parvint à progresser.
Le temps avait changé le 13, et une pluie froide tomba toute la journée. La nuit, les températures chutèrent à 10-12 degrés Fahrenheit (-12 degrés Celsius), et des vents violents transformèrent la pluie en une tempête de neige, de grésil et de pluie verglaçante qui recouvrit le sol d'une couche de neige pouvant atteindre 3 pouces (8 cm). Les soldats de l'Union qui avaient abandonné leurs manteaux et leurs couvertures le long de la route les regrettaient amèrement à présent, et, dans le fort, les soldats confédérés souffraient eux aussi tandis que le vent sifflait depuis le fleuve.
14 février
Le matin du 14, après avoir tenu un conseil de guerre, Floyd décida d'évacuer le fort, de repousser McClernand et de sécuriser Forge Road et Wynn's Ferry Road, deux routes menant respectivement à Charlotte et à Nashville. Pillow commanda la sortie, mais fut repoussé vers le fort sous un feu nourri.
La situation sembla s'aggraver pour les défenseurs confédérés lorsque la flottille de Foote arriva, apportant 10 000 renforts de l'Union. Les troupes du général Wallace, venues de Fort Henry, arrivèrent également pour former une troisième brigade entre McClernand et Smith. Tout était désormais prêt pour l'attaque prévue par Grant: Foote agirait exactement comme il l'avait fait à Fort Henry, en détruisant les défenses fluviales par l'arrière, tandis que l'infanterie de Grant avancerait sur Donelson depuis trois côtés à l'avant.
Foote était inquiet quant à cette attaque car, contrairement à Fort Henry, il n'avait pas pu mener sa propre reconnaissance. Grant insista toutefois pour que l'attaque ait lieu, l'armée ayant besoin d'un soutien naval. Foote procéda comme on le lui avait ordonné, dans la même formation et en utilisant les mêmes tactiques qui avaient permis de s'emparer de Fort Henry. L'historien James R. Knight commente:
Comme les canonnières fédérales allaient bientôt le découvrir, Fort Donelson n'était pas Fort Henry. Au lieu d'être situées dans ce qui s'apparentait à un marécage, les deux "batteries fluviales" de Fort Donelson se trouvaient à une cinquantaine à une centaine de pieds au-dessus du fleuve, à flanc de colline. Elles ne risquaient pas d'être inondées et disposaient d'un angle de tir bien plus élevé.
(94)
La flottille de Foote lança son attaque vers 15 h et, à 16 h 30, la bataille était terminée et les quatre navires cuirassés étaient gravement endommagés. À lui seul, le navire amiral, l'USS St. Louis, fut touché 59 fois; les pilotes furent tués et Foote fut blessé au bras et à la cheville. L'USS Pittsburg faillit couler, et les deux autres furent touchés si violemment et à de si nombreuses reprises qu'ils se retrouvèrent à la dérive sur le fleuve.
Grant attendait d'entendre les canons du fort réduits au silence par les navires de Foote, mais il entendit à la place le cri de guerre des "rebelles" et comprit que la flottille avait échoué. Il annula l'attaque, et les deux camps se préparèrent à passer une nouvelle nuit glaciale. Les feux étaient interdits dans le camp de l'Union, car ils auraient trahi leurs positions et offert une occasion aux tireurs d'élite.
15 février
Bien que les batteries fluviales aient repoussé l'attaque de Foote, les canonnières contrôlaient toujours le fleuve et, les forces de Grant encerclant le front, le fort Donelson se trouvait encerclé par une force supérieure dotée d'un armement plus efficace. Les trois commandants confédérés se réunirent dans la nuit du 14 et convinrent de tenter la même manœuvre de percée qui avait échoué auparavant. Knight décrit le plan:
[Pillow] contournerait le flanc gauche confédéré pour attaquer les forces de McClernand, les repoussant afin de dégager les routes de Forge et de Wynn's Ferry, voire plus loin s'il le pouvait. Simon Buckner déplacerait sa division de la droite vers le centre et frapperait les Yankees sur le flanc et à l'arrière pendant leur retraite.
Les hommes de Buckner devaient ensuite maintenir les routes ouvertes et faire office d'arrière-garde pendant que le reste de l'armée s'échapperait vers Charlotte… Cela semblait assez simple, et tous y donnèrent leur accord – mais en réalité, les trois généraux repartirent chacun avec une idée légèrement différente de ce qu'était réellement le plan.
(114-115)
Avant l'aube du 15, Grant se rendit à cheval jusqu'au débarcadère pour y rencontrer Foote, qui ne put venir à sa rencontre en raison de ses blessures. Grant avait donné l'ordre à tout le monde de tenir ses positions et de ne provoquer aucune réaction de la part du fort. Il n'informa personne qu'il allait voir Foote et ne désigna aucun commandant en second. En quittant la maison de la veuve Crisp, il entendit des coups de feu mais n'y prêta pas attention, pensant qu'il s'agissait probablement d'une escarmouche.
La percée
Ces coups de feu étaient en réalité le signal donné par Pillow pour lancer, avant l'aube, une percée confédérée contre les forces de l'Union, à peine réveillées après une nuit longue et difficile. Les hommes de McClernand furent pris complètement par surprise et battirent en retraite. McClernand demanda des renforts à Wallace, mais ce dernier, obéissant à l'ordre de Grant de tenir sa position, refusa de bouger.
Les hommes de McClernand continuèrent à battre en retraite, tirant tout en reculant, mais ils étaient à court de munitions. Un autre message fut envoyé à Wallace pour demander de l'aide, et cette fois-ci, il envoya une brigade commandée par le colonel Charles Cruft. Cruft contribua dans un premier temps à tenir la ligne avant de battre en retraite à son tour. Les forces de Buckner rejoignirent celles de Pillow pour chasser les forces de l'Union de Forge Road et de Wynn's Ferry Road, conformément au plan.
À ce moment-là, vers 12 h 30, la voie de retraite était ouverte et, conformément au plan, Pillow aurait dû commencer à faire sortir ses troupes du fort et à les faire descendre le long des routes tandis que Buckner protégeait leurs arrières. Au lieu de cela, Pillow interrompit l'offensive et ordonna aux troupes de regagner le fort.
Bien que Pillow eût été à l'origine du plan, il pensait qu'une fois les routes dégagées, les troupes retourneraient au fort pour récupérer des provisions, des munitions et d'autres équipements avant de se mettre en marche pendant la nuit. Buckner, quant à lui, pensait que Pillow commencerait immédiatement l'évacuation tandis que lui-même tiendrait tête aux forces de l'Union et battrait progressivement en retraite le long de la route. Vers 14 h, après avoir réussi à gagner le terrain nécessaire à leur fuite, les forces confédérées se retrouvèrent à nouveau encerclées à Fort Donelson.
La contre-attaque de Grant
Pendant ce temps, la nouvelle de la bataille parvint enfin à Grant, qui parcourut alors rapidement à cheval les 7 miles (11 km) qui le séparaient du champ de bataille, sur des routes verglacées. Dès qu'il fut informé de la situation, Grant ordonna la reprise de la position sur la droite. Il remarqua que de nombreux Confédérés tombés au combat ou blessés portaient des sacs à dos, ce qui suggérait fortement qu'ils tentaient de s'échapper, et non de lancer une offensive depuis une position de force.
Grant ne céda pas à la panique. Il ordonna au général Smith de s'emparer du fort, puis rallia les troupes, comme le décrit l'historien Kendall D. Gott:
Grant fit alors faire demi-tour à son cheval et s'éloigna au trot… En passant devant des groupes d'hommes, Grant leur cria: "Remplissez vos cartouchières, vite, et mettez-vous en ligne; l'ennemi tente de s'échapper, et il ne faut pas le laisser faire." Cela fit l'effet escompté. Les hommes n'avaient besoin que d'un ordre pour se remettre en action.
(224-225)
Grant était allé voir Foote ce matin-là pour savoir quels bateaux étaient encore disponibles pour un assaut contre le fort. Seul le Carondelet pouvait être utilisé et, à ce moment-là, Grant envoya à Foote l'ordre de déployer ce navire uniquement pour "faire impression" sur le fleuve et retenir l'attention du fort.
Tandis que le Carondelet lançait des obus sur le fort depuis le fleuve, le général Smith attaqua l'aile droite confédérée avec deux brigades, s'emparant des retranchements extérieurs. Pendant ce temps, McClernand et Wallace attaquèrent de face, reprenant le terrain que les Confédérés avaient conquis plus tôt et positionnant leurs hommes en vue d'un assaut en règle le lendemain matin. Le fort Donelson était désormais étroitement encerclé. Des feux furent allumés dans le camp de l'Union dans la nuit du 15 pour la première fois, car la garnison de Donelson n'était plus considérée comme une menace.
16 février
Buckner, Floyd et Pillow se réunirent au quartier général confédéré, à l'hôtel Dover, à 1 h 30 du matin, afin de décider de la marche à suivre. Floyd et Pillow soutenaient qu'il fallait tenir le fort et tenter une nouvelle évasion. Buckner fit remarquer qu'ils seraient certainement attaqués dès l'aube et qu'il ne pourrait retenir Smith que pendant une demi-heure tout au plus avant la chute du fort. Il souligna qu'il n'y avait aucun moyen de s'échapper par les routes menant à Nashville, comme en témoignaient les feux de l'Union qui brillaient dans l'obscurité à cet endroit.
Floyd craignait d'être capturé car il était certain d'être jugé, condamné et pendu pour trahison en raison des actes illégaux qu'il avait commis alors qu'il était secrétaire à la Guerre sous la présidence de James Buchanan. Pillow craignait également d'être capturé en raison de la conviction irréaliste qu'il avait de sa propre valeur et de ce que les autorités fédérales pourraient lui faire subir. Floyd transmit le commandement du fort à Pillow, qui le transmit à Buckner, lequel accepta la responsabilité de la reddition.
Nathan Bedford Forrest, qui arriva vers la fin de la réunion, fut outré et s'écria: "Je ne suis pas venu ici dans le but de céder mon commandement", puis il partit avec ses hommes pour se frayer un chemin vers la rivière (Gott, 241). Pillow s'échappa en traversant la rivière Cumberland en bateau, et Floyd en fit de même à bord d'un bateau à vapeur avec ses deux régiments de Virginie.
À l'aube, Buckner envoya une note à Grant pour lui demander quelles seraient les conditions de la reddition. Gott décrit ainsi la réponse du général de l'Union:
Grant sourit et rédigea sa réponse. Cela ne lui prit que quelques instants, mais ces quelques lignes allaient faire de lui un héros national.
Monsieur, je viens de recevoir votre lettre de ce jour, dans laquelle vous proposez un armistice et la nomination de commissaires chargés de fixer les conditions de capitulation. Aucune condition autre qu'une reddition inconditionnelle et immédiate ne peut être acceptée. Je me propose d'avancer immédiatement vers vos positions.
(256-257)
Buckner n'eut d'autre choix que d'accepter, et les deux hommes, anciens amis, se retrouvèrent à l'hôtel Dover, évoquèrent le bon vieux temps, et le fort Donelson tomba officiellement aux mains de l'Union.
Conclusion
La victoire de l'Union à Fort Donelson fut largement célébrée dans le Nord et, survenant si peu de temps après la chute de Fort Henry, elle rehaussa davantage encore le prestige de Grant. Les articles de presse relatant comment Grant, surnommé "Reddition inconditionnelle", avait remporté la victoire tout en mâchant un cigare incitèrent les gens à lui envoyer des caisses de cigares. Il fut promu au grade de général de division des volontaires par Abraham Lincoln et fut acclamé comme un héros national.
Le nombre de victimes de l'Union s'élevait à 2 691, contre 13 846 pour les Confédérés. Grant fit plus de 12 000 prisonniers parmi les soldats confédérés à Fort Donelson – près d'un tiers des forces de Johnston –, une perte que la Confédération ne pouvait guère se permettre. L'Union contrôlait désormais les fleuves Tennessee et Cumberland; le centre industriel de Nashville fut pris peu après Donelson, et Polk évacua Columbus en mars.
Grant comptait alors tirer parti de son avantage pour briser le contrôle confédéré dans l'Ouest, mais il fut empêché par un Halleck jaloux qui le destitua de son commandement sur le terrain à la suite de rumeurs non vérifiées selon lesquelles il se serait rendu coupable de fautes répréhensibles. Si Grant avait pu agir sans ingérence de la part de son soi-disant supérieur, il aurait peut-être pu mettre fin à la guerre sur le théâtre occidental dès 1862 grâce aux mêmes campagnes offensives qui allaient lui permettre de remporter la guerre en 1865.