Alexandre Ier de Macédoine, également connu sous le nom d'Alexandre Ier le Philhellène (ami des Grecs) fut roi de la Macédoine antique de 498 à 454 avant J.-C. environ. Il est connu pour le rôle qu'il joua lors de la deuxième invasion perse de la Grèce (480 av. J.-C.) pendant les guerres médiques, au cours desquelles, selon l'historien grec Hérodote, il soutint secrètement les Grecs contre les Perses, mais aussi pour sa participation aux Jeux olympiques et sa tentative d'étendre son royaume et de réformer l'armée macédonienne.
Un prince implacable
Membre de la dynastie des Argéades qui régnait sur la Macédoine depuis le VIIIe siècle avant J.-C., Alexandre était le fils du roi Amyntas Ier. On sait peu de choses sur ses premières années, mais on peut raisonnablement penser qu'il reçut une éducation typique des princes macédoniens, pratiquant la chasse et suivant une formation militaire. Hérodote nous raconte un épisode important qui dut se produire vers 510 avant J.-C. et qui montre la personnalité d'Alexandre alors qu'il n'était encore qu'un jeune prince.
Cette année-là, Mégabaze, l'un des généraux les plus puissants du grand roi de Perse Darius Ier (r. de 522 à 486 av. J.-C.), envoya une ambassade à Amyntas pour lui demander "de la terre et de l'eau", en signe de soumission à la domination perse. Le roi accepta et offrit un banquet aux sept envoyés perses, qui ne tardèrent pas à s'enivrer et à demander la compagnie de femmes. Des femmes macédoniennes furent donc amenées au festin et, peu après, elles furent agressées sexuellement par les invités perses. Furieux du comportement des Perses, Alexandre élabora un plan astucieux et perfide pour les tuer. Le jeune prince ordonna à ses amis de se déguiser en femmes et les présenta à la fête en tant que "cadeau spécial" pour ses invités étrangers. Peu après, ils massacrèrent les Perses.
Selon Hérodote:
favorable que vous a fait un Grec, prince de Macédoine, et à table et au lit. » Alexandre fit ensuite asseoir à côté de chaque Perse un Macédonien, comme s'il eût été une femme ; mais, dans l'instant que les Perses voulurent les toucher, ces jeunes gens les massacrèrent. Ainsi périrent ces députés avec toute leur suite. Ils étaient, en effet, accompagnés d'un grand nombre de valets, de voitures, et d'un bagage très considérable ; tout disparut avec eux. (Histoires, V, 20;21, trad. Larcher)
L'assassinat des envoyés fut tenu secret, mais les Perses tentèrent rapidement de découvrir ce qui était arrivé à leurs hommes disparus. L'enquête fut menée par un général nommé Bubarès. Alexandre démontra une fois de plus sa personnalité rusée en soudoyant le général perse avec une importante somme d'argent et en lui offrant sa sœur Gygée comme épouse.
Le mariage entre la sœur d'Alexandre et Bubarès est considéré comme plausible par les chercheurs, mais la plupart des historiens pensent que l'assassinat des envoyés perses est faux. Hérodote ne fournit pas de détails pertinents, tels que les noms des nobles massacrés par Alexandre, et pour certains, il est peu probable qu'un jeune prince comme lui, sans le consentement de son père, ait osé commettre un acte aussi violent, compromettant les relations diplomatiques nouvellement établies avec l'Empire perse achéménide. En bref, on pense que l'histoire rapportée par Hérodote aurait été inventée par des sources proches d'Alexandre, afin d'accroître sa renommée et de mettre en valeur son intelligence rusée.
Un allié secret des Grecs?
Lorsque Alexandre monta sur le trône, après la mort de son père (vers 498 av. J.-C.), la Macédoine continua d'être un protectorat perse, et en 492 avant J.-C., le nouveau roi se soumit au général perse Mardonios. Lorsque, en 480 avant J.-C., Xerxès Ier envahit la Grèce avec une armée massive, dans l'espoir d'annexer les cités-États, Alexandre dut fournir aux envahisseurs un soutien militaire et logistique. Cependant, selon Hérodote, il aida secrètement les Grecs pendant la guerre.
Alors que l'armée de la coalition grecque s'était installée dans la vallée de la Tempe en Thessalie (nord de la Grèce), Alexandre les avertit du danger que représentait leur position stratégique vulnérable, les incitant à se retirer. Plus tard, après la bataille de Salamine (480 av. J.-C.), il fut envoyé par Mardonios pour mener une mission diplomatique à Athènes, dans le but de persuader les Athéniens de signer un traité de paix avec Xerxès. Alexandre fut choisi pour cette mission car il était un "ami" d'Athènes et portait le titre honorifique de proxenos (ami de la ville), qui lui avait été conféré après avoir aidé les Athéniens dans le passé en leur fournissant du bois pour construire leur flotte, vraisemblablement avant le déclenchement de la deuxième guerre perse. L'offre de paix fut toutefois fermement rejetée.
Un autre événement démontre l'attitude machiavélique d'Alexandre lors de la deuxième invasion perse. En 479 avant J.-C., la veille de la bataille de Platées, le roi macédonien aurait visité le camp grec, révélant les plans de bataille de Mardonios aux Grecs.
Selon Hérodote, il s'adressa à nouveau aux Athéniens:
Athéniens, je vais déposer dans votre sein un secret que je vous prie de ne révéler qu’à Pausanias, de crainte que vous ne me perdiez. Je ne vous le confierais pas sans le vif intérêt que je prends à la Grèce entière. Je suis Grec ; mon origine tient aux temps les plus reculés, et je serais fâché de voir la Grèce devenir esclave. Je vous apprends donc que les victimes ne sont point favorables à Mardonius et à son armée ; sans cela, la bataille se serait donnée il y a longtemps. Mais, sans s’embarrasser des sacrifices, il a maintenant pris la résolution de vous attaquer demain à la pointe du jour : car il craint, comme je puis le conjecturer, que votre armée ne grossisse de plus en plus. Préparez-vous en conséquence. Si cependant Mardonius diffère le combat, restez ici avec constance ; car il n’a de vivres que pour peu de jours. Si cette guerre se termine selon vos souhaits, il »est juste de songer aussi à remettre en liberté un homme qui, par zèle et par amour pour les Grecs, s’expose à un très grand danger en venant vous avertir des desseins de Mardonius, de crainte que les Barbares ne tombent sur vous à l’improviste ; je suis Alexandre de Macédoine. (Histoires, IX, 45, trad. Larcher)
La victoire grecque sur les Perses à Platées marqua la fin de la guerre, et après cet événement, Alexandre décida de se ranger du côté des Grecs, les aidant à chasser les Perses de leur territoire.
La véracité de tous ces épisodes mentionnés par Hérodote est partiellement remise en question par certains historiens, mais ce qui est certain, c'est que pendant et après le retrait des Perses, Alexandre fit preuve d'excellentes compétences diplomatiques, maintenant l'unité de son royaume et jetant les bases de sa croissance future.
Ami des poètes et champion olympique
Un événement marquant dans la vie d'Alexandre fut sa participation aux Jeux Olympiques, qui eut lieu vers 496 avant J.-C. Au départ, il était sur le point d'être exclu par les autres participants, car les jeux étaient réservés aux Grecs, qui considéraient les Macédoniens comme des "barbares". Alexandre prouva cependant que sa dynastie descendait de Téménos, l'ancien roi d'Argos considéré comme un descendant direct du héros grec légendaire Hercule, et fut donc autorisé à participer aux Jeux olympiques.
Alexandre remporta la victoire dans la discipline du stade, une course à pied prestigieuse qui faisait partie des cinq épreuves du pentathlon. Son triomphe fut célébré par le célèbre poète thébain Pindare, qui écrivit un poème en son honneur, dont nous avons conservé quelques fragments (Pindare, fr. 120-121 Maehl):
Toi qui portes le même nom que le puissant Darnanides
fils intrépide d'Amintas...
il convient que le vaillant soit célébré ...
avec des chants plus beaux.
Cela seul procure des honneurs immortels,
tandis que la belle entreprise meurt si on la tait.
Pindare rendit visite à la cour macédonienne en tant qu'invité et son amitié avec Alexandre resta gravée dans la mémoire des rois macédoniens. En effet, deux siècles plus tard, lors de la destruction de Thèbes (335 av. J.-C.), Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.) n'épargna que l'ancienne maison de Pindare, en signe de respect pour la relation particulière que le poète entretenait avec son ancêtre. Pindare n'était pas le seul poète à avoir eu des contacts avec Alexandre Ier. Le roi macédonien soutenait également Bacchylide, qui aurait lui aussi dédié certains poèmes au roi.
La participation d'Alexandre aux Jeux olympiques fut ensuite utilisée pour démontrer son attachement à la culture hellénique. La proximité culturelle avec les Grecs est également prouvée par le fait qu'il commanda des statues en or à Delphes et à Olympie, les deux sanctuaires helléniques les plus importants.
Expansion et réforme
Pendant qu'il était au pouvoir en tant que roi de Macédoine, Alexandre sut tirer parti de la situation politique et la tourner à son avantage en annexant divers territoires. Il prit le contrôle de la région orientale de la vallée du Strymon, riche en carrières, et conquit également la ville portuaire stratégique de Pydna, sur le golfe Thermaïque. Malgré son titre de proxenos, les ambitions territoriales d'Alexandre le mirent souvent en conflit avec Athènes, qui revendiquait le contrôle de vastes zones de la Chalcidique et de la Thrace.
D'un point de vue géopolitique, l'objectif stratégique d'Alexandre était de libérer la Macédoine de l'influence de ses voisins incommodes. Il y avait non seulement les Athéniens, venant de la mer, mais aussi les Thraces, qui possédaient de riches mines et exerçaient une pression sur le royaume macédonien depuis l'est, ainsi que les tribus illyriennes et paéoniennes, connues pour leurs raids sur les frontières occidentales et septentrionales.
Pour atteindre cet objectif, Alexandre introduisit une importante réforme militaire avec la création de ce qui allait devenir l'épine dorsale de l'armée macédonienne: les hetairoi (compagnons) et les pezhetairoi (compagnons à pied).
Selon un célèbre fragment de l'historien grec Anaximène de Lampsaque:
Après avoir habitué les hommes les plus renommés à servir dans la cavalerie, il [Alexandre] leur donna le nom d'hetairoi; mais la majorité, c'est-à-dire les fantassins, il [...] les désigna sous le nom de pezhetairoi. Il fit cela afin que chacun des deux groupes, en partageant la compagnie royale, lui soit toujours extrêmement loyal. (FGrH 72 F 4)
Les chercheurs pensent que l'unité de cavalerie des hetairoi, formée de nobles loyaux, pourrait être une imitation d'unités perses similaires. Quant à l'infanterie des pezhetairoi, elle était composée de "porteurs de lances", mais nous savons peu de choses sur leur équipement, conçu plus tard sur le modèle des hoplites des cités-États grecques.
Héritage
Alexandre Ier mourut en 454 avant J.-C., laissant le trône à son fils aîné, Alcetas (Alcétas II). Nous ne connaissons pas les circonstances exactes de sa mort, même si l'historien romain Quinte-Curce semble suggérer qu'il aurait été assassiné. Le surnom de "Philhellène", sous lequel il est encore connu aujourd'hui, n'est mentionné pour la première fois qu'au IIe siècle après J.-C. par l'historien Dion Chrysostome.
Le règne d'Alexandre dura près de 50 ans, pendant lesquels le royaume de Macédoine s'agrandit et prospéra. Sous sa direction avisée, la Macédoine devint un État unifié doté d'une identité cohérente. Ce fut une période de commerce intense, caractérisée par le développement des échanges commerciaux dans la région des Balkans et sur les côtes de Thrace et de Chalcidique. Alexandre est en effet mentionné par Hérodote en tant que souverain riche, qui "tirait un revenu quotidien d'un talent d'argent" des mines du mont Dysoron (V, 17). Cette richesse, qui lui valut également le surnom "Le Riche", est confirmée par la frappe de plusieurs séries de pièces d'argent.
Tout au long de la première moitié du Ve siècle avant J.-C., on assista également à une renaissance artistique dans la région, comme en témoignent les objets en or et les pièces de monnaie découverts par la suite, ainsi qu'à un changement dans le mode de vie macédonien. Autrefois bergers transhumants, beaucoup s'installèrent dans les villes tandis que d'autres devinrent agriculteurs. Dans l'ensemble, ils commencèrent lentement à être reconnus comme faisant partie du monde grec. Pour Alexandre Ier, être reconnu par les principaux sanctuaires de Grèce fut un geste "révolutionnaire", qui jeta les bases de la future domination de Philippe II de Macédoine (r. de 359 à 336 av. J.-C.).
