Ur

La grande ville biblique abandonnée des dieux
Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
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Ruins of Ur (by M.Lubinski, CC BY-SA)
Ruines d'Ur M.Lubinski (CC BY-SA)

Ur était une ville située dans la région de Sumer, au sud de la Mésopotamie, et ses ruines se trouvent dans l'actuelle Tell al-Muqayyar, en Irak. Selon la tradition biblique, la ville tire son nom de l'homme qui y fonda la première colonie, Ur, bien que cela ait été contesté. La ville est célèbre pour ses associations bibliques et en tant qu'ancien centre de commerce.

L'autre lien biblique de la ville est celui avec le patriarche Abraham, qui quitta Ur pour s'installer en terre de Canaan. Cette affirmation a également été contestée par des spécialistes qui pensent que la maison d'Abraham se trouvait plus au nord en Mésopotamie, dans un endroit appelé Ura, près de la ville de Harran, et que les auteurs du récit biblique dans le Livre de la Genèse auraient confondu les deux.

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Quels qu'aient été ses liens bibliques, Ur était une ville portuaire importante du golfe Persique, qui commença probablement en tant que petit village à l'époque d'Obeïd dans l'histoire de la Mésopotamie (6500-4000 av. J.-C.) et qui était une ville établie dès 3800 avant J.-C., continuellement habitée jusqu'en 450 avant J.-C. Les associations bibliques d'Ur l'ont rendue célèbre à l'époque moderne, mais elle était déjà un centre urbain important bien avant que ces récits ne soient écrits, et elle était très respectée à son époque.

Période primitive et fouilles

Le site est devenu célèbre en 1922, lorsque Sir Leonard Wooley a fouillé les ruines et a découvert ce qu'il a appelé "la grande fosse de la mort" (un complexe funéraire élaboré), les tombes royales et, plus important encore à ses yeux, ce qu'il a présenté comme étant la preuve du déluge décrit dans le livre de la Genèse. Cette affirmation a ensuite été discréditée, mais elle continue de trouver des partisans.

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À son époque, Ur était une ville d'une taille, d'une envergure et d'une opulence considérables, qui tirait sa grande richesse de sa position sur le golfe Persique et du commerce que cela lui permettait de pratiquer avec des régions aussi lointaines que la civilisation de la vallée de l'Indus. Le site actuel des ruines d'Ur est beaucoup plus enclavé qu'à l'époque où la ville était florissante, en raison de l'envasement du Tigre et de l'Euphrate.

Dès ses origines, Ur fut un centre de commerce important, en raison de sa situation stratégique au point de convergence du Tigre et de l'Euphrate avec le golfe Persique.

Dès ses origines, Ur fut un centre de commerce important, en raison de sa situation géographique stratégique, au confluent du Tigre et de l'Euphrate et du golfe Persique. Des fouilles archéologiques ont confirmé que, dès ses débuts, Ur possédait une grande richesse et que ses citoyens jouissaient d'un niveau de confort inconnu dans les autres villes mésopotamiennes.

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Comme d'autres grands complexes urbains de la région, la ville commença en tant que petit village, probablement dirigé par un prêtre ou un roi-prêtre. Le roi de la première dynastie, Mesannepadda, n'est connu que par la liste des rois sumériens et par des inscriptions sur des objets trouvés dans les tombes d'Ur.

On sait que la deuxième dynastie comptait quatre rois, mais on ne sait rien d'eux, de leurs réalisations ou de l'histoire de cette période. Les premiers écrivains mésopotamiens ne jugeaient pas utile de consigner les actes des mortels et préféraient associer les réalisations humaines à l'œuvre et à la volonté des dieux. Les anciens rois-héros, tels que Gilgamesh d'Uruk, ou ceux qui accomplissaient des exploits extraordinaires, tels qu'Etana ou ceux mentionnés dans le mythe d'Adapa, méritaient d'être consignés, mais les rois mortels ne bénéficiaient pas du même niveau d'attention concernant les détails de leur règne.

Les rois-héros d'Akkad

Cela changea avec l'avènement de Sargon d'Akkad (r. de 2334 à 2279 av. J.-C.) et de son empire d'Akkad (2334-2154 av. J.-C.), qui régnait sur les diverses régions de Mésopotamie. Sargon le Grand affirmait être né d'une prêtresse et d'un dieu, avoir dérivé sur le fleuve dans un panier en roseaux avant d'être trouvé par le serviteur du roi de la ville de Lagash, et être sorti de l'anonymat – grâce à la volonté de la déesse Inanna – pour régner sur toute la Mésopotamie. Les inscriptions qu'il a laissées mettent au défi ceux qui le suivent d'accomplir les mêmes exploits s'ils veulent se proclamer rois, et sa vie était digne des efforts des scribes de la région, des siècles après sa mort.

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Akkadian Ruler
Souverain Akkadien Sumerophile (Public Domain)

Son petit-fils, Naram-Sin (r. de 2254 à 2218 av. J.-C.), ayant bien compris l'importance de la propagande personnelle, affirma qu'il était allé plus loin que son grand-père et se fit déifier pendant son règne. Ce faisant, il fournit un modèle aux rois qui lui succéderaient. Sargon le Grand et Naram-Sin furent les souverains les plus puissants de l'empire d'Akkad, et après sa chute, leurs noms devinrent légendaires et leurs exploits dignes d'être imités.

Les héros d'Akkad furent surtout imités par les souverains de la troisième dynastie d'Ur. Cette période de l'histoire de Sumer est connue sous le nom de période d'Ur III (environ 2112 à environ 2004 av. J.-C.) et fut l'âge d'or de la ville d'Ur. La grande ziggourat d'Ur, que l'on peut encore visiter aujourd'hui, date de cette période, tout comme la plupart des ruines de la ville et les tablettes cunéiformes qui y ont été découvertes.

Deux des plus grands rois de la troisième dynastie furent Ur-Nammu (r. de 2112 à 2094 av. J.-C. environ) et son fils Shulgi d'Ur (r. de 2094 à 2046 av. J.-C. environ), qui créèrent une communauté urbaine vouée au progrès et à l'excellence culturels et donnèrent ainsi naissance à ce que l'on appelle la Renaissance sumérienne.

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Ziggurat of Ur (Artist's Impression)
Ziggourat d'Ur (Impression d'Artiste) Mohawk Games (Copyright)

Ur-Nammu et Shulgi: la Renaissance sumérienne

Ur-Nammu (Ur-Namma) rédigea le premier code de lois codifié du pays, le Code d'Ur-Nammu, quelque 300 ans avant que Hammurabi de Babylone n'écrive le sien, et gouverna son royaume selon une hiérarchie patriarcale dans laquelle il était le père guidant ses enfants vers la prospérité et une santé durable. Sous Ur-Nammu, la grande ziggourat fut construite et le commerce prospéra. Les arts et la technologie qui ont fait la renommée des Sumériens furent tous encouragés à Ur à cette époque.

Le chercheur Paul Kriwaczek observe que, pour qu'un tel système de gouvernement patriarcal réussisse, le peuple doit croire que son souverain est plus grand et plus puissant que lui, de la même manière que les enfants considèrent leur père. À cette fin, il semble qu'Ur-Nammu se soit présenté à ses sujets à l'instar des rois-héros Sargon et Naram-Sin afin d'encourager la population à le suivre dans sa quête d'excellence. Il fut tué au combat contre les Gutis et immortalisé dans le poème La Mort d'Ur-Nammu, qui l'imagine dans le royaume souterrain d'Ereshkigal, reine des morts.

Son fils Shulgi, dans le but de surpasser les réalisations de son père, alla encore plus loin. Un exemple en est sa célèbre course lorsque, pour impressionner son peuple et se distinguer de son père, Shulgi courut 200 miles (321,8 km) entre le centre religieux de Nippur et la capitale Ur, puis fit demi-tour, le tout en une seule journée, afin de présider les festivals dans les deux villes. Son exploit fut célébré dans Un poème élogieux dédié à Shulgi, qui fut lu dans tout son royaume. Shulgi poursuivit la politique de son père, l'améliorant lorsqu'il le jugeait nécessaire, et est considéré comme le plus grand roi de la troisième dynastie d'Ur pour les sommets atteints par la civilisation sous son règne, notamment en faisant de l'alphabétisation une priorité.

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Map of the Third Dynasty of Ur
Troisième Dynasty d'Ur, vers 2050-19850 av. J.-C. Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

Shulgi améliora les routes, créa des auberges routières avec des jardins et de l'eau courante, et ordonna la rénovation et la reconstruction de nombreux édifices sur l'ensemble de son territoire. Parmi ses nombreux projets de construction figurait un mur de 250 km le long de la frontière de la région de Sumer afin d'empêcher l'entrée des tribus barbares connues sous le nom de Martu (également appelées Tidnum), que les lecteurs modernes connaissent mieux sous leur nom biblique d'Amorrites. Le mur de Shulgi fut entretenu par son fils, son petit-fils et son arrière-petit-fils, mais il ne parvint pas à bloquer les tribus aux frontières.

Le mur était trop long pour être correctement surveillé et, comme il n'était ancré à aucune de ses extrémités, les envahisseurs pouvaient tout simplement le contourner. En 1750 avant notre ère, le royaume voisin d'Elam franchit le mur, pilla Ur et emmena le dernier roi en captivité. Les Amorrites, qui avaient déjà trouvé le moyen de contourner le mur, se fondirent dans la population sumérienne et, de cette manière, la culture sumérienne prit fin avec la chute d'Ur. Ce déclin et cette chute ont été immortalisés dans l'un des poèmes les plus connus du genre des lamentations mésopotamiennes, la Lamentation pour Sumer et Ur (vers 2000 av. J.-C.), qui attribue la chute de la ville à la volonté des dieux.

Déclin d'Ur et fouilles

En raison du changement climatique et de la surexploitation des terres, les populations migrèrent vers les régions septentrionales de la Mésopotamie ou vers le sud, en direction du pays de Canaan.

Au cours de la période babylonienne antique (environ 1894-1595 av. J.-C.), Ur resta une ville importante et était considérée comme un centre d'apprentissage et de culture. Selon la spécialiste Gwendolyn Leick, "les "héritiers" d'Ur, les rois d'Isin et de Larsa, tenaient à montrer leur respect aux dieux d'Ur en réparant les temples dévastés" (180). Les rois kassites, qui conquirent plus tard la région, firent de même, tout comme les souverains assyriens qui leur succédèrent.

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La ville continua d'être habitée pendant la première partie de la période achéménide (vers 550-330 av. J.-C.), mais, en raison du changement climatique et de la surexploitation des terres, de plus en plus de personnes migrèrent vers les régions septentrionales de la Mésopotamie ou vers le sud, en direction du pays de Canaan (le patriarche Abraham, selon certains, comme indiqué précédemment). Ur perdit peu à peu de son importance à mesure que le golfe Persique s'éloignait de plus en plus au sud de la ville et finit par tomber en ruine vers 450 avant notre ère.

La région fut ensevelie sous les sables jusqu'à ce que Pietro della Valle ne la visite en 1625. Il remarqua d'étranges inscriptions sur des briques (identifiées plus tard comme de l'écriture cunéiforme) et des images sur des artefacts, qui furent ensuite reconnus comme des sceaux cylindres utilisés pour identifier des biens ou signer des lettres. En 1853-1854, les premières fouilles du site furent effectuées par John George Taylor pour le compte du British Museum. Il remarqua plusieurs complexes funéraires et conclut que le site avait peut-être été une nécropole babylonienne.

Les fouilles définitives des ruines d'Ur furent menées entre 1922 et 1934 par Sir Leonard Wooley, qui travaillait pour le compte du British Museum et de l'université de Pennsylvanie. La célèbre tombe de Toutânkhamon avait été découverte par Howard Carter en novembre 1922, et Wooley espérait faire une découverte tout aussi impressionnante. À Ur, il a mis au jour les tombes de seize rois et reines, dont celle de la reine Puabi (également connue sous le nom de Shub-ad) et ses trésors. La Grande fosse de la mort, comme l'a baptisée Wooley, était la plus grande de celles qui ont été découvertes.

Wooley trouva six gardes armés et 68 servantes. Elles portaient des rubans d'or et d'argent dans leurs cheveux, à l'exception d'une femme qui tenait encore dans sa main le ruban d'argent enroulé qu'elle n'avait pas pu attacher avant que la potion soporifique ne fasse effet, l'emportant sans douleur dans l'au-delà avec son maître. (Bertman, 36)

Wooley a également découvert l'étendard royal d'Ur, qui célébrait le triomphe de la ville sur ses ennemis à la guerre et les festivités dont le peuple jouissait en temps de paix. Dans le but de surpasser le triomphe de Carter dans la découverte du tombeau de Toutânkhamon, Wooley a affirmé avoir trouvé à Ur des preuves du déluge biblique, mais les notes prises par son assistant, Max Mallowan, ont montré plus tard que les traces de crue sur le site ne corroboraient en rien un déluge mondial et correspondaient davantage aux inondations régulières causées par le Tigre et l'Euphrate.

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The Standard of Ur
L'étendard d'Ur Trustees of the British Museum (Copyright)

Conclusion

Les fouilles menées à Ur depuis l'époque de Wooley ont corroboré les notes de Mallowan et, malgré les croyances persistantes qui affirment le contraire, aucune preuve venant étayer le récit du Déluge dans la Bible n'a été trouvée à Ur, ni ailleurs en Mésopotamie. Cependant, comme le note le chercheur Stephen Bertman:

Même dépouillée de sa renommée biblique, l'Ur de Wooley reste un exemple éclatant de l'âge d'or de la Sumérie. Bien que ses lyres originales ne résonnent plus, notre oreille intérieure peut encore entendre leurs mélodies. (36)

Les ruines d'Ur constituent aujourd'hui un site archéologique important, qui continue de livrer des artefacts importants lorsque les troubles dans la région le permettent. La grande ziggourat d'Ur s'élève de la plaine au-dessus des ruines en briques crues de la ville autrefois grandiose et, comme le suggère Bertman, en se promenant parmi elles, on revit le passé où Ur était un centre de commerce et d'échanges, protégé par les dieux, qui prospérait au milieu de champs fertiles.

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Questions & Réponses

Quand la ville d'Ur fut-elle fondée?

Ur fut fondée en 3800 avant notre ère.

Pourquoi Ur est-elle célèbre?

Ur est célèbre pour avoir été mentionnée dans la Bible comme le lieu de résidence du patriarche Abraham avant qu'il n'émigre à Canaan. Avant les récits bibliques, elle était connue comme un grand centre de commerce et de culture. Elle est également célèbre à l'ère moderne pour la découverte, en 1922, de la Grande fosse de la mort et des artefacts que les tombes contenaient.

Où se trouve Ur aujourd'hui?

Les ruines d'Ur, dont la célèbre grande ziggourat, sont situées à Tell al-Muqayyar, en Irak.

Quand et pourquoi Ur fut-elle abandonnée?

Ur fut abandonnée en 450 avant notre ère en raison du changement climatique, de l'envasement du Tigre et de l'Euphrate et de la surexploitation des ressources naturelles.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Joshua J. Mark
Joshua J. Mark est cofondateur et Directeur de Contenu de la World History Encyclopedia. Il était auparavant professeur au Marist College (NY) où il a enseigné l'histoire, la philosophie, la littérature et l'écriture. Il a beaucoup voyagé et a vécu en Grèce et en Allemagne.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2021, April 13). Ur: La grande ville biblique abandonnée des dieux. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-128/ur/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Ur: La grande ville biblique abandonnée des dieux." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, April 13, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-128/ur/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Ur: La grande ville biblique abandonnée des dieux." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 13 Apr 2021, https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-128/ur/.

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