Le jeu des échecs a une histoire particulièrement longue et fascinante qui remonte à plus de 1500 ans. Au fil des siècles, des centaines de variantes différentes ont vu le jour mais elles intégrent toutes la caractéristique essentielle qui fait le charme des échecs: lla claire distinction entre différents types de pièces ayant des propriétés et des mouvements différents, que chaque joueur doit manipuler à tour de rôle dans le but ultime de bloquer le roi adverse.
Certains de ces jeux, tels que le xiangqi, le shogi, le janggi et le makruk, sont encore très populaires dans de nombreuses régions du monde (en particulier en Asie), tandis que d'autres, tels que les échecs courier ou les échecs de Tamerlan, ne sont désormais généralement pratiqués que par des spécialistes. Mais tous témoignent de la remarquable diversité que le jeu d'échecs a engendrée au fil des siècles, fournissant une preuve tangible que les jeux auxquels nous jouons reflètent souvent de manière significative les valeurs de notre société.
Origines indiennes
Les historiens s'accordent à dire que les échecs firent leur apparition dans le nord de l'Inde au cours ou peu avant le Ve siècle de notre ère. Joué sur un échiquier 8x8 sans cases appelé ashtāpada, il fut clairement créé en tant que simulation de guerre, son nom même, chaturanga (littéralement "à quatre membres"), étant un terme sanskrit standard désignant l'ancienne armée indienne composée de quatre éléments: fantassins, éléphants, cavalerie et chars. Aux pièces représentant chacune de ces quatre forces, ils ajoutèrent le roi et son ministre, l'objectif du jeu étant de capturer le roi adverse.
Il existe très peu de références littéraires indiennes explicites à ce jeu, le point de départ généralement reconnu provenant d'un passage du Harshachārita, ou Actes de Harsha, une biographie du roi Harsha Vardhana du nord de l'Inde écrite par le célèbre poète sanskrit Bānabhatta (alias Bana), qui passa de nombreuses années à sa cour.
Le royaume de Harsha était connu loin à la ronde pour être un havre de tolérance, de prospérité et de bonne gouvernance, et sa cour attirait de nombreux artistes et écrivains de renom, tels que Bana, ainsi que de nombreux voyageurs étrangers, dont le savant chinois Xuanzang au VIIe siècle. Dans son hommage élogieux au climat singulièrement pacifique du royaume de Harsha, Bana utilise une série de métaphores frappantes, telles que "Seules les abeilles (shatpada) se disputent pour récolter la rosée (dues)", avant de conclure de manière révélatrice par "Seuls les ashtāpadas enseignent la position du chaturanga ..." (Murray, 60).
Ceci est la première référence connue aux échecs comme substitut, voire comme entraînement, à la guerre proprement dite.
Perse sassanide
Depuis l'Inde, le jeu chaturanga se répandit vers l'ouest dans l'Empire sassanide (224-651) et devint le chatrang persan. Plusieurs textes en moyen persan citent explicitement le chatrang comme l'une des compétences clés qu'un noble sassanide de la classe supérieure devait posséder dans le cadre de sa formation et de son éducation dans leur ensemble.
Mais la référence littéraire la plus révélatrice de cette époque est la fable intitulée "Explication des échecs et du backgammon", dans laquelle le grand roi des rois sassanide, Khosro Ier (r. de 531 à 579), est approché par un roi indien qui le défie dans une sorte de duel intellectuel. Le roi indien lui montre 32 pièces inestimables en émeraude et en rubis et lui dit que s'il est assez intelligent et sage, Khosro devrait être capable de comprendre les règles du chatrang. S'il y parvient, le roi indien lui rendra hommage, mais s'il échoue, c'est Khosro qui devra payer.
Les Perses sont tout d'abord désemparés, jusqu'à ce que le plus sage des conseillers du roi n'entre en scène et ne sauve la situation, en déclarant triomphalement qu'il va non seulement déduire les règles de ce nouveau jeu, mais aussi inventer un autre jeu que les Indiens ne pourront pas résoudre.
Il déchiffre rapidement les règles du chatrang avant de battre les Indiens trois fois de suite (il s'agit après tout d'une histoire perse). Il leur présente ensuite le nouveau jeu de backgammon, que les Perses appellent nard en référence à Ardashir Ier (r. de 180 à 242), fondateur de la dynastie sassanide, et les Indiens sont complètement déconcertés.
Grâce à cet important texte en moyen persan, nous connaissons au moins les noms des différentes pièces de l'ancien chatrang sassanide:
- Le shah ou roi
- Le farzin ou conseiller (équivalent de la reine moderne)
- Le pil ou éléphant (équivalent de l'évêque moderne)
- L'asp ou cheval
- Le rokh ou le char
- Et le piâdak, ou fantassin
Malheureusement, nous ne savons rien de précis sur la façon dont les pièces se déplacent ni sur les règles réelles du jeu. Mais quelle que soit la manière dont les anciens Perses jouaient au chatrang, leur langue est restée à jamais ancrée dans le jeu, avec le cri persan "shah mat" – le roi est impuissant – qui a fini par devenir notre "échec et mat" moderne.
Le monde islamique
Avec la conquête arabe de l'Empire sassanide au milieu du VIIe siècle, les échecs se propagèrent rapidement dans le monde islamique. Désormais appelés shatranj, la plupart des pièces virent leurs noms persans arabisés.
Au fur et à mesure que la popularité des échecs augmentait dans le califat omeyyade (661-750), la forme des pièces se transforma peu à peu, passant de sculptures figuratives individuelles à un type abstrait plus standardisé vers le VIIIe siècle, signe probable d'une demande croissante pour des jeux de shatranj prêts à l'emploi.
Lorsque les Omeyyades cédèrent la place au califat abbasside en 750, la popularité des échecs augmenta davantage encore. La littérature arabe de l'époque regorge d'histoires sur les premiers joueurs experts, dont plusieurs jouaient les yeux bandés, mais c'est au IXe et au Xe siècle que le jeu prit vraiment son essor, avec des récits célèbres sur des maîtres d'échecs légendaires tels qu'al-Adli, ar-Razi et al-Suli, qui écrivirent tous des livres sur les échecs qui furent recopiés sans discontinuer pendant des siècles.
Grâce à ces manuscrits, nous connaissons à la fois le mouvement des pièces et les règles de base du jeu. Mais ces premiers livres sur les échecs ne se contentaient pas d'énoncer les règles du shatranj. Ils regorgeaient de problèmes d'échecs ingénieux, appelés mansubat, destinés à aider les étudiants motivés à maîtriser les nombreuses complexités tactiques et stratégiques du shatranj.
Europe médiévale
Il est largement admis que les échecs pénétrèrent l'Europe à divers points d'intersection directe entre les mondes islamique et chrétien, principalement en Italie et en Espagne, au plus tard au début du Xe siècle, voire beaucoup plus tôt, après quoi ils se répandirent partout très vite.
À mesure que le jeu se propageait en Europe, la forme des pièces commença également à changer, passant de l'abstrait au figuratif, avec parfois de magnifiques exemples combinant les deux de manière innovante. Avec la création des pièces d'échecs dites "de Charlemagne" dans le sud de l'Italie à la fin du XIe siècle, les formes figuratives firent leur grand retour: la reine était désormais bien établie, mais le char et l'éléphant à l'ancienne étaient toujours très présents. Alors que les reines, les rois et les cavaliers continuaient d'être représentés de manière figurative, l'éléphant fut en quelque sorte remplacé par un évêque, tandis que la tour semblait encore plus flexible, comme le montrent les célèbres gardes berserkers de la mythologie nordique des pièces d'échecs de Lewis, produites à la fin du XIIe siècle, probablement à Trondheim.
Pendant ce temps, le jeu lui-même regagna progressivement en popularité. Lorsque le célèbre Livre des jeux d'Alphonse X de Castille (r. de 1252 à 1284) apparut à la fin du XIIIe siècle, les échecs occupaient une place de choix en tant que "jeu plus noble et plus honorable que les dés ou le backgammon", le terme "échecs" désignant ici simplement le shatranj ; en effet, le livre d'Alphonse cite de nombreux manusbat arabes.
Plus significatif encore, le potentiel allégorique des échecs commença à être de plus en plus mis en avant dans une grande variété d'œuvres littéraires médiévales, des romans Le livre des Échecs Amoureux, Perceval, le Walewein, Huon de Bordeaux, et bien d'autres encore, au célèbre livre de morale politique de Jacobus de Cessolis, Liber de moribus hominum et officiis nobilium super ludo scachorum, où un roi impétueux apprend le jeu d'échecs afin de mieux gouverner les intérêts distincts et interdépendants de son royaume.
De la Renaissance au Siècle des Lumières
À un moment donné à la fin du XVe siècle, les règles du jeu d'échecs subirent une transformation radicale: le fou fut autorisé à se déplacer vers n'importe quelle case libre le long d'une diagonale ouverte, tandis que la reine se transforma soudainement en la pièce de loin la plus puissante du plateau, avec un mouvement combinant à la fois la tour et le nouveau fou. Cette nouvelle forme de jeu, appelée "échecs de la reine" ou même "échecs fous", devint très vite très populaire en Europe, et remplaça complètement son prédécesseur beaucoup plus lent, vieux de 1000 ans, en à peine plus d'une ou deux générations.
Alors que les nouveaux principes du jeu commençaient à être étudiés de manière rigoureuse, des joueurs experts qui en avaient une les maîtrise parfaite firent leur apparition: des noms légendaires tels que Ruy Lopez, Paolo Boi, Giovanni Leonardo da Cutri et Gioachino Greco, des maîtres d'échecs de renommée internationale qui écrivirent des livres, jouaient les yeux bandés et enthousiasmaient les princes et les rois des grandes cours européennes par leur jeu brillant.
Si les échecs étaient encore souvent associés à la romance, l'accent passa subtilement de leur utilisation médiévale comme symbole d'une société bien ordonnée à des hommages et des descriptions élogieuses du jeu lui-même, à commencer par le poème Scachs d'amor de la fin du XVe siècle, 64 strophes décrivant la cour que Mars fait à Vénus à travers une partie d'échecs selon les nouvelles règles. Ce poème fut rapidement suivi par l'influent poème latin Scacchia Ludus de Marco Girolamo Vida, dans lequel le nouveau jeu se voyait attribuer un mythe d'origine classique à la hauteur de son rang, à travers le récit d'une partie d'échecs entre Apollon et Mercure sur le mont Olympe, en hexamètres virgilien. Scacchia Ludus inspira plusieurs imitateurs au fil des ans, dont le plus célèbre est le poème anglais de William Jones, The Game at Chess, écrit plus de 200 ans plus tard, où nous est présentée Caïssa, la "déesse des échecs".
Bien sûr, l'utilisation allégorique plus large des échecs ne s'arrêta pas du jour au lendemain. Du ballet des échecs de Rabelais dans son Cinquième livre à Sainte Thérèse d'Avila détaillant dans Le Chemin de la perfection comment les religieuses pouvaient mettre à profit leur humilité pour "mettre le roi divin échec et mat", en passant par la célèbre scène d'échecs entre Ferdinand et Miranda dans La Tempête de William Shakespeare et la satire politique de Thomas Middleton A Game at Chess, l'imagerie des échecs continua à être utilisée pour exprimer un large éventail de sujets. Mais quelque chose avait changé: plus le jeu d'échecs avancé était apprécié comme quelque chose qui pouvait s'acquérir par une étude patiente et délibérée, plus il prenait l'apparence d'un art spécialisé plutôt que d'une métaphore reflétant des préoccupations sociales au sens large.
Lorsque le best-seller de Baldassare Castiglione, Le Livre du courtisan, fut publié au début du XVIe siècle, la maîtrise du nouveau jeu d'échecs était explicitement reconnue comme nécessitant "autant d'étude que pour apprendre une science noble ou faire toute autre chose d'importance", ce qui conduit l'un des personnages à conclure qu'en matière d'échecs, "la médiocrité est plus louable que l'excellence", un sentiment repris avec virulence quelque 50 ans plus tard par Michel de Montaigne, dont les dénonciations acerbes du temps perdu à développer une expertise dans un jeu aussi puéril semblent clairement teintées d'un sentiment de déception personnelle (108).
Au tournant du XVIIIe siècle, la sophistication computationnelle universellement reconnue des échecs les rendait particulièrement en phase avec l'aube du siècle des Lumières. Dans le sillage des idées révolutionnaires de Newton, beaucoup étaient convaincus que tous nos problèmes pouvaient être traités de la même manière grâce à une combinaison impartiale de raison et de connaissances.
Cette vision s'incarnait de manière très claire dans le grand projet d'encyclopédie de Denis Diderot (1713-1784) et Jean-Baptiste le Rond d'Alembert (1717-1783), qui s'efforçait d'établir une base de référence de toutes les connaissances humaines dans un seul ouvrage afin de créer les conditions appropriées pour une civilisation scientifique et rationnelle qui nous ferait sortir de l'obscurité de la superstition et de la peur pour nous mener vers la lumière. D'autres, cependant, comme Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), ont ouvertement exprimé leur désaccord, affirmant qu'en nous enchaînant inutilement aux institutions dites de la civilisation, nous étions devenus contre nature, malheureux et méchants.
Ce qui est particulièrement intrigant pour notre histoire, c'est que, d'une manière ou d'une autre, ces deux points de vue – l'un entièrement aligné sur la rigueur formelle de la science et de la technologie, l'autre affirmant de manière romantique les pouvoirs créatifs des émotions et des désirs humains – se sont fortement recoupés dès leurs débuts avec les échecs. Rousseau était un joueur d'échecs passionné, et lui et Diderot fréquentaient régulièrement le Café de la Régence à Paris, épicentre du monde des échecs et repaire du brillant Philidor, le joueur d'échecs le plus dominant au monde, explicitement mentionné dans le vaste dialogue philosophique de Diderot, Le Neveu de Rameau, qui se déroule dans ce même café.
Parallèlement, des problèmes liés aux échecs, tels que le problème du cavalier, ont commencé à être étudiés par des mathématiciens professionnels qui cherchaient un moyen pour un cavalier de se déplacer sur les 64 cases d'un échiquier sans repasser sur aucune d'entre elles. Ce casse-tête avait été explicitement traité dans d'anciens manuscrits arabes sur les échecs ainsi que dans certains traités mathématiques indiens avant d'être "redécouvert" au XVIIIe siècle par des mathématiciens français qui ignoraient largement les travaux antérieurs. Finalement, c'est le célèbre mathématicien suisse Leonhard Euler (1707-1783) qui mena une étude rigoureuse sur le sujet, qu'il présenta à l'Académie des sciences de Berlin en 1759.
Le XIXe siècle
Le plus grand signe avant-coureur de l'influence scientifique future des échecs est peut-être apparu dans un domaine qui n'avait en réalité rien à voir avec la science: l'automate joueur d'échecs appelé "Turc mécanique", conçu par Wolfgang von Kempelen (1734-1804), qui contenait en réalité un joueur humain très habile. Le Turc fit le tour des cours européennes pendant des décennies, jouant contre certaines des personnalités les plus célèbres du monde, battant Benjamin Franklin (1706-1790) ainsi que Napoléon Bonaparte (1769-1821).
En 1820, l'automate présumé battit Charles Babbage, 28 ans, polymathe anglais largement considéré comme le père de l'informatique. Babbage était depuis longtemps fasciné par les automates et, bien qu'il semblait convaincu que le Turc était contrôlé par un humain, cette expérience ne fit que renforcer son intérêt croîssant pour le développement de dispositifs de calcul mécaniques basés sur son révolutionnaire moteur analytique.
Pendant ce temps, les compétences des meilleurs joueurs d'échecs du monde continuaient de progresser. Dans les années 1850, Paul Morphy, un joueur encore plus talentueux que Philidor, fit soudainement son apparition sur la scène échiquéenne depuis les États-Unis. Morphy, qui battit de manière écrasante pratiquement tous les joueurs qu'il affronta, envoûta tout le monde avec un style de jeu magnifiquement élégant qui fut considéré comme le summum du style "romantique" aux échecs. Morphy fut suivi du Bohémien William Steinitz, qui fut reconnu comme le premier "champion du monde d'échecs" 15 ans après que Lewis Carroll (1832-1898), un mathématicien d'Oxford, eut publié De l'autre côté du miroir, un ouvrage littéraire révolutionnaire inspiré des échecs.
L'ère moderne
Tout au long du XXe siècle et au-delà, le rôle des échecs en tant que "drosophile scientifique" a véritablement explosé dans une grande variété de domaines, de la psychologie à la théorie des jeux en passant par la linguistique, sous l'impulsion de certains des plus grands noms dans leurs domaines respectifs (Alfred Binet, Ernst Zermelo, Ferdinand de Saussure).
Au plus haut niveau de la compétition internationale, Emanuel Lasker (1868-1941) détrôna Wilhelm Steinitz (1836-1900) en tant que champion du monde d'échecs en 1894 et resta invaincu pendant 27 années, jusqu'en 1921, avant d'être finalement renversé par le charismatique Cubain José Raúl Capablanca (1888-1942). À mesure que les joueurs de haut niveau bénéficiaient d'une publicité croissante, les récits de "dépendance aux échecs" se multiplièrent, à commencer par celui de l'artiste français Marcel Duchamp (1887-1968), qui annonça publiquement à un moment donné qu'il abandonnait l'art pour les échecs.
La combinaison unique de compétition intense et d'analyse rigoureuse qu'offrent les échecs a toujours eu le pouvoir de provoquer un comportement obsessionnel chez ses adeptes, mais maintenant qu'ils étaient considérés comme un sport psychologique adapté aux esprits les plus brillants, un nombre croissant de personnes tombèrent sous leur charme, en particulier dans des endroits tels que la nouvelle Union soviétique, où le jeu qui passionnait tant Vladimir Lénine (1870-1924) était si activement promu, comme le souligne le court métrage de 1925, La Fièvre des échecs. Les écrivains se sont donc de plus en plus tournés vers les échecs comme moyen idéal pour aborder des thèmes connexes tels que le génie, la folie et la capacité humaine à l'obsession, à l'instar de Vladimir Nabokov (La Défense Loujine), Stefan Zweig (Le Joueur d'échecs) et Samuel Beckett (Murphy).
Au plus haut niveau professionnel, la compétition devint de plus en plus féroce. Capablanca fut suivi du français d'origine russe Alexander Alekhine (1892-1946), qui fut champion du monde de 1927 à 1935 et de 1937 à 1946, avec pour seule interruption une défaite inattendue face à Max Euwe (1901-1981) en 1935. Après la mort d'Alekhine en 1946, les joueurs d'échecs soviétiques (Mikhail Botvinnik, Vasily Smyslov, Mikhail Tal, Tigran Petrosian, Boris Spassky) ont dominé le titre jusqu'à ce que l'Américain Bobby Fischer (1943-2008) ne batte Spassky lors du championnat du monde très médiatisé de 1972, qui a définitivement ancré les échecs dans la conscience collective en tant que sport.
Pendant ce temps, des psychologues et des informaticiens tels qu'Alan Turing, Claude Shannon et Herbert Simon utilisaient activement depuis des décennies la notion d'un ordinateur capable de jouer aux échecs à un niveau élevé comme référence principale pour l'intelligence artificielle, avec la célèbre percée de 1997 lorsque "Deep Blue" d'IBM remporta un match très médiatisé contre le champion du monde de l'époque, Garry Kasparov (1963-). Dans les dix ans qui ont suivi cet événement, les ordinateurs jouant aux échecs (appelés "moteurs d'échecs") ont été largement reconnus comme étant systématiquement imbattables par les meilleurs joueurs humains, et sont désormais régulièrement utilisés comme outils d'analyse et d'entraînement par tous les joueurs sérieux.
Magnus Carlsen, actuel numéro 1 mondial et largement considéré comme l'un des meilleurs joueurs de tous les temps, a passé toute sa carrière professionnelle à une époque où aucun humain ne pouvait battre le meilleur moteur d'échecs. Mais la domination des moteurs d'échecs n'a guère entamé la popularité mondiale de ce jeu légendaire, qui s'est parfaitement adapté à l'ère d'Internet. Aujourd'hui, beaucoup plus de gens jouent en ligne que sur un échiquier, et les sites web accueillent régulièrement des centaines de milliers, voire des millions de personnes qui jouent aux échecs chaque jour.
