Isauriens et fin de l'influence germanique à Byzance

Michael Goodyear
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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L'influence germanique régna dans l'Empire romain de la fin du IVe siècle jusqu'au Ve siècle. Les Germains occupaient des postes importants dans le gouvernement et l'armée, et les tribus germaniques pénétraient de plus en plus loin dans des terres qui avaient été romaines pendant des siècles. L'Empire romain d'Occident finit par s'effondrer sous ces diverses pressions en 476, la principale étant la puissance des tribus germaniques envahissantes. L'Empire romain d'Orient, également appelé Empire byzantin, fut cependant sauvé de cette destruction par une tribu de montagnards anatoliens, les Isauriens. Bien que la population romaine ait considéré l'influence des Isauriens comme une invasion étrangère et que leur époque n'ait duré qu'environ 40 ans, les Isauriens changèrent à jamais le monde byzantin en triomphant de l'influence germanique qui avait contribué à la chute de l'Empire romain d'Occident.

Aspar, Magister Militum
Aspar, Magister Militum Sailko (CC BY)

Influence germanique en Occident

Bien que les Germains aient résidé à l'intérieur des frontières romaines pendant des siècles, le mouvement des peuples germaniques vers l'Empire romain commença véritablement vers la fin du IVe siècle de notre ère. Poussés par les Huns, ces migrants s'installèrent à l'intérieur de l'Empire romain d'Occident. Les Wisigoths s'installèrent dans le sud de l'Espagne, les Vandales conquirent l'Afrique du Nord et d'autres peuples tels que les Burgondes et les Suèves se retrouvèrent dans d'autres parties de l'Europe occidentale. Bientôt, le territoire réel contrôlé par l'empereur romain d'Occident se limita à l'Italie et à certaines parties de la France.

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La mainmise totale des tribus germaniques sur l'Empire romain d'Occident contribua à sa chute.

Outre les pressions germaniques extérieures, les derniers empereurs romains d'Occident furent également gouvernés par des chefs de guerre germaniques. Le Vandale Stilicon fut en fait le dirigeant de l'Empire romain d'Occident pendant plus d'une décennie après la mort de Théodose Ier (r. de 379 à 395 ap. J.-C.). Le célèbre général romain Flavius Aetius, souvent surnommé "le dernier des Romains", dépendait presque entièrement des troupes germaniques pour contrer les invasions d'Attila le Hun. Le prince suève Flavius Ricimer fut de fait le faiseur de rois de l'Empire romain d'Occident entre 461 et 472, écartant tout empereur trop ambitieux ou compétent. La mainmise totale des tribus germaniques sur l'Empire romain d'Occident fut l'un des facteurs qui contribuèrent à sa chute.

Influence germanique à l'Est

L'Empire byzantin, tout comme l'Empire romain d'Occident, connut une augmentation de l'importance et de l'influence germaniques dans l'armée aux IVe et Ve siècles de notre ère. Cette augmentation s'accompagna d'une montée de l'influence germanique dans la sphère politique. Aspar, un puissant général alain de l'Empire byzantin, se contentait d'être un faiseur de rois, car son sang germanique et sa religion chrétienne arienne, différents de ceux de la grande majorité de la population, l'empêchaient de facto d'accéder au trône impérial. Aspar soutint l'un de ses propres soldats, Léon, pour qu'il devienne empereur, espérant que celui-ci accepterait facilement la vague germanique croissante au sein de l'État romain.

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Routes of the Barbarian Invaders
Itinéraire des invasions barbares The Department of History, United States Military Academy (Public Domain)

Ascension des Isauriens

Léon Ier (r. de 457 à 474 ap. J.-C.), cependant, était tout sauf servile. Il voyait le danger que représentaient les forces germaniques au sein de l'État et souhaitait limiter leur influence considérable. À cette fin, Léon avait besoin d'un remplaçant pour l'armée fortement germanique. Il se tourna vers l'est, vers un groupe de personnes installées dans les montagnes du Taurus, dans le sud de la Turquie actuelle: les Isauriens. Les Isauriens étaient un peuple montagnard rude et féroce, originaire des contrées sauvages d'Anatolie, qui ne s'était que partiellement intégré à l'Empire byzantin. Le nouvel empereur soutint les Isauriens et maria même sa fille Ariane à l'un des principaux chefs isauriens, Tarasicodissa Rousoumbladotes, plus tard connu sous le nom beaucoup plus simple et moins "barbare" de Zénon.

Leo I
Léon Ier Marie-Lan Nguyen (CC BY)

Au cours des quinze années suivantes du règne de Léon, les factions isauriennes et germaniques au sein de l'État se disputèrent l'influence. La faction germanique subit un sérieux revers en termes de prestige lorsque l'allié d'Aspar, Basiliscus (alias Basilisque), essuya un échec cuisant dans sa campagne contre le roi vandale Genséric en Afrique du Nord, malgré ses énormes avantages numériques et financiers. De plus, Aspar souffrait d'une extrême impopularité à Constantinople, qui ne fit qu'empirer lorsque les sombres complots d'Aspar et de ses fils contre Zénon et les Isauriens furent révélés au grand jour. Vers la fin de l'année 471, Léon franchit le pas décisif en plaçant les Isauriens au-dessus des influences germaniques lorsqu'il fit tuer Aspar et d'autres dirigeants germaniques importants par sa garde impériale. Les épées isauriennes mirent fin à l'influence germanique tant décriée et l'État fut libéré d'une puissante influence étrangère interne.

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Cependant, les pressions germaniques extérieures persistaient. Les hommes restants d'Aspar se joignirent aux Ostrogoths sous Théodoric Strabon et, avec la perte des soldats germaniques après la mort d'Aspar, ils ravagèrent la Thrace et la Macédoine avec une grande facilité. Pendant ce temps, les Gépides s'emparèrent de l'importante ville byzantine de Sirmium. Dans ces circonstances, Léon fut contraint de donner à Strabon le titre de magister militum, commandant des armées, bien que Strabon ne fût pas autorisé à entrer dans Constantinople. L'élimination de l'influence germanique interne fut payée par les ravages qui s'ensuivirent dans les Balkans.

Zénon accède au trône

Lorsque Léon mourut trois ans plus tard, en 474, son petit-fils Léon II (r. 474), fils de Zénon et d'Ariane, à moitié isaurien, lui succéda. Quelle qu'ait pu être la raison pour laquelle Léon Ier avait choisi de couronner son petit-fils de sept ans plutôt que son gendre adulte, Zénon prit néanmoins rapidement le pouvoir. Léon II n'étant qu'un enfant, sa mère le fit nommer son père Zénon co-empereur. Neuf mois plus tard, l'empereur enfant mourut et l'Isaurien Zénon (r. de 474 à 491) devint seul empereur.

Pour les Byzantins, les Germains et les Isauriens étaient tous deux des peuples barbares qui se comportaient de manière arrogante et indigne.

Cependant, tout comme les Germains avant eux, les Isauriens s'étaient rendus totalement impopulaires dans la capitale. Les habitants de Constantinople ressentaient de l'amertume face à l'influence étrangère flagrante qui dictait une grande partie de la politique impériale, qu'elle soit germanique ou isaurienne. Pour les Byzantins, ces deux peuples étaient des peuples barbares qui se comportaient de manière arrogante et indigne, et leur grande influence sur la politique byzantine était une honte. Les Isauriens étaient originaires de l'Empire byzantin, il était donc illogique de les qualifier de barbares au même titre que les tribus germaniques étrangères, mais leur nature grossière et étrangère, ainsi que leur comportement arrogant et parfois violent, suscitaient inévitablement une grande rancœur.

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Isaurien contre Isaurien

Cette aversion se concentra sur le plus éminent des Isauriens, l'empereur Zénon lui-même. Sa belle-mère, Verina, et son frère, le même Basiliscus qui avait mené la désastreuse campagne d'Afrique du Nord sous le règne de Léon Ier, s'associèrent à un général isaurien mécontent, Illus, pour renverser Zénon. Zénon fuit la capitale avec sa femme et se rendit en Isaurie, son dernier bastion. Malgré le soutien apporté par Illus aux Isauriens contre Zénon, Basiliscus ordonna presque immédiatement le massacre des Isauriens dans la capitale.

Emperor Zeno
Empereur Zénon The Trustees of the British Museum (Copyright)

Très rapidement, l'impiété religieuse et l'incompétence générale de Basiliscus le rendirent extrêmement impopulaire. De plus, Basiliscus s'allia à Théodoric Strabon et permit à l'influence germanique de s'exercer à nouveau à Constantinople. Cela conduisit Illus à se rebeller et à revenir dans le camp de Zénon. Le magister militum de Basiliscus, voyant la situation se détériorer, fut facilement convaincu de déclarer son soutien à Zénon et, ne rencontrant aucune résistance, Zénon fut de retour dans la capitale en août 476, un mois seulement avant la chute de l'Empire romain d'Occident. Peu de temps après, Zénon destitua Théodoric Strabon, réduisant ainsi l'influence des Ostrogoths à la cour.

Zénon et les Ostrogoths

Après la chute d'Aspar, le principal chef germanique près de Byzance était Théodoric Strabon, le chef des Ostrogoths. Strabon était une véritable plaie pour Zénon, non seulement parce qu'il soutenait la rébellion de Basiliscus, mais aussi parce qu'il menait régulièrement des raids dans les Balkans et s'approchait même à portée de Constantinople. Zénon soutint un chef ostrogoth rival, Théodoric l'Amal, plus tard connu sous le nom de "le Grand", et le nomma magister militum. Les Ostrogoths de Théodoric vivaient plus à l'intérieur des terres byzantines, en Macédoine, mais Zénon les convainquit de céder leurs terres en échange d'un territoire dans la province frontalière de Moésie. L'alliance de Zénon avec Théodoric fut de courte durée, mais Zénon s'allia avec les deux chefs à différents moments, essayant de les monter l'un contre l'autre. Cependant, lorsque Strabon mourut dans un accident d'équitation, les deux groupes ostrogoths proclamèrent Théodoric comme leur chef.

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Mausoleum of Theodoric, Ravenna
Mausolée de Théodoric, Ravenne F. Tronchin (CC BY-NC-SA)

Les Ostrogoths restaient un problème épineux, mais Zénon réussit à les utiliser à son avantage. Les forces de Théodoric soutinrent Zénon contre Basiliscus. Après toutes les luttes intestines entre les factions germaniques et isauriennes à l'époque de Léon Ier, ironiquement, Zénon, qui était isaurien, contraria une rébellion du général isaurien Illus avec l'aide du germanique Théodoric.

Plus tard, Zénon envoya Théodoric en Italie et lui donna l'approbation impériale pour renverser Odoacre et régner en tant que représentant impérial en Italie. Cette migration des Ostrogoths vers l'Italie élimina la dernière influence germanique importante de l'Empire byzantin. Bien que les relations ethniques fussent importantes à cette époque de l'histoire romaine, l'ethnicité n'était certainement pas le seul facteur, ni même nécessairement le facteur prépondérant dans la prise de décision, comme le montrent les relations entre Zénon, Illus et Théodoric. Le maintien du pouvoir et de l'autorité était au cœur des décisions impériales de toutes les parties concernées à cette époque, d'Aspar à Léon Ier en passant par Théodoric. Un Germain avait peut-être nommé Léon Ier sur le trône, et Zénon était peut-être un Isaurien, mais cela n'empêchait pas les deux empereurs de soutenir l'autre groupe important de leur époque afin de maintenir et d'accroître leur emprise sur le pouvoir impérial.

Les Isauriens après Zénon

Zénon était un empereur peu populaire, dont la réputation n'était guère aidée par sa politique religieuse peu orthodoxe, les rébellions quasi constantes et la chute de l'Empire romain d'Occident. Évagre le Scholastique, un historien postérieur, dresse un portrait cinglant de Zénon, qu'il décrit comme un barbare servile. Les Isauriens avaient obtenu de nombreux postes importants au sein du gouvernement et leur influence était grande, mais leur position ne survivrait pas longtemps sans Zénon.

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À la mort de Zénon en 491, les Byzantins voulaient un empereur romain.

Lorsque l'empereur mourut en 491, les Byzantins voulurent un empereur romain. Le frère de Zénon, Longinus, fut ignoré au profit d'un ancien respectable fonctionnaire de la cour qui devint Anastase Ier (r. de 491 à 518) et épousa la veuve de Zénon, Ariane. Bientôt, un groupe de personnes mécontentes de l'accession au pouvoir d'Anastase se rallia à Longinus, en particulier celles qui avaient bénéficié des nominations politiques de Zénon, bien qu'il ne se soit en aucun cas agi exclusivement d'Isauriens. Longinus fut envoyé à Alexandrie en Égypte, mais les troubles se poursuivirent dans les rues de Constantinople jusqu'à ce que la plupart des Isauriens aient quitté la capitale. Anastase mena alors plusieurs campagnes militaires qui détruisirent le pouvoir des Isauriens et ramenèrent une certaine paix interne dans l'Empire byzantin.

Bien que les Isauriens aient certainement causé des problèmes dans la capitale et que leur attitude fût insupportable pour la population byzantine, ils n'étaient pas la seule source de troubles. À peu près à la même époque, les factions dites "bleues" et "vertes" du cirque, nommées d'après les équipes respectives qu'elles soutenaient dans les courses de l'hippodrome, créèrent de graves perturbations dans la capitale, tout comme les sympathies d'Anastase pour les monophysites chrétiens non orthodoxes. En raison de la nature des Isauriens et de leurs liens avec les trois derniers empereurs, ils étaient considérés comme les ennemis naturels d'Anastase et comme des éléments potentiellement dangereux dans la politique et l'armée byzantines. Après une période de gloire de près de 40 ans, les Isauriens avaient perdu leur influence et leur pouvoir.

L'héritage isaurien

Les Isauriens ne sont en aucun cas le peuple le plus célèbre à avoir résidé dans l'Empire romain, puis byzantin, mais leur époque de 40 ans fut importante pour l'avenir de l'Empire byzantin. Bien que la population de Constantinople les ait considéré comme des étrangers, ils étaient toujours des sujets de l'empire, contrairement aux envahisseurs germaniques venus du nord. Les Isauriens fournirent un contrepoids aux influences germaniques qui avaient déjà considérablement affaibli l'Empire romain d'Occident, alors sur le point de s'effondrer. Léon Ier les utilisa comme nouveau noyau de l'armée impériale et se servit de leur force pour écraser les puissants éléments germaniques représentés par le puissant Aspar.

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Si le pouvoir germanique avait pu continuer à se développer, l'avenir de l'Empire byzantin aurait été incertain. Cependant, l'élément germanique fut complètement écarté de l'Empire byzantin lorsque Zénon chargea Théodoric et les Ostrogoths de se rendre en Italie. Les Isauriens jouèrent donc un rôle important dans la destruction de la puissance germanique, mais à la fin du siècle, l'Empire byzantin était libéré de toute influence étrangère sur sa politique, ses empereurs et son peuple. Les Isauriens, incarnés par le peuple et l'empereur, avaient vaincu et écarté la menace germanique, sauvant peut-être ainsi l'Empire romain d'Orient à Constantinople du sort réservé à l'Empire romain d'Occident.

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Bibliographie

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Michael Goodyear
Michael est diplômé en histoire et en langues et civilisations du Proche-Orient de l'Université de Chicago, où il a principalement étudié l'histoire byzantine. Il est également titulaire d'un diplôme de la faculté de droit de l'Université du Michigan.

Citer cette ressource

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Goodyear, M. (2026, janvier 26). Isauriens et fin de l'influence germanique à Byzance. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1346/isauriens-et-fin-de-linfluence-germanique-a-byzanc/

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Goodyear, Michael. "Isauriens et fin de l'influence germanique à Byzance." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, janvier 26, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1346/isauriens-et-fin-de-linfluence-germanique-a-byzanc/.

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Goodyear, Michael. "Isauriens et fin de l'influence germanique à Byzance." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 26 janv. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1346/isauriens-et-fin-de-linfluence-germanique-a-byzanc/.

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