Huns

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Jerome Couturier
publié le 25 avril 2018
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Texte original en Anglais : Huns

Army of Attila the Hun (by The Creative Assembly, Copyright)
Armée d'Attila le Hun
The Creative Assembly (Copyright)

Les Huns étaient une tribu nomade importante aux 4ème et 5ème siècles ap. JC dont l'origine est inconnue mais qui, selon toute vraisemblance, venait de "quelque part entre la bordure orientale des montagnes de l'Altaï et la mer Caspienne, à peu près le Kazakhstan moderne" (Kelly, 45). Ils sont mentionnés pour la première fois dans les sources romaines par l'historien Tacite en 91 ap. JC comme vivant dans la région de la mer Caspienne, et à cette époque, ils ne sont pas considérés comme étant plus menaçants pour Rome que d'autres tribus barbares.

Cette situation devait changer avec le temps, les Huns devenant l'un des principaux contributeurs à la chute de l'Empire Romain. Leurs invasions particulièrement brutales des régions entourant l'Empire encouragèrent ce que l'on appelle la Grande Migration (également connue comme l''Errance des Peuples') entre 376 et 476 ap. JC. Cette migration de peuples, tels que les Alains, les Goths et les Vandales, bouleversa le statu quo de la société romaine, et leurs divers raids et insurrections affaiblirent l'empire.

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Pour ne citer qu'un exemple, les Wisigoths, sous la direction de Fritigern, furent poussés en territoire romain par les Huns en 376 ap. JC. Après avoir subi des abus de la part des administrateurs romains, ils se révoltèrent, déclenchant la première guerre des Goths contre Rome de 376 à 382 ap. JC, au cours de laquelle les Romains furent vaincus, et leur empereur Valens, tué, à la bataille d'Adrianople en 378 ap. JC.

Bien que les Huns soient régulièrement décrits comme sauvages et bestiaux, notamment par des auteurs anciens tels que Jordanès (6ème siècle ap. JC) et Ammien Marcellin (4ème siècle ap. JC), Priscus de Panium (5ème siècle ap. JC) les dépeint sous un meilleur jour. Priscus rencontra effectivement Attila le Hun, dîna avec lui et séjourna dans l'établissement des Huns; sa description d'Attila et de leur mode de vie est l'une des plus connues et certainement l'une des plus flatteuses.

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Sous Attila (règne 434-453 ap. JC), les Huns devinrent la force militaire la plus puissante et la plus redoutée d'Europe, ils semèrent la mort et la dévastation partout où ils passèrent. Après la mort d'Attila cependant, ses fils se battirent pour la suprématie, dilapidèrent leurs ressources, et l'empire qu'il avait construit s'effondra en 469 ap. JC.

L'HISTORIEN C. KELLY, APPUYÉ PAR D'AUTRES, CONCLUT QUE LE KAZAKHSTAN EST LE POINT D'ORIGINE LE PLUS PROBABLE DES HUNS.

Origines & Lien avec les Xiongnu

Essayant de localiser l'origine des Huns, les historiens ont spéculé depuis le 18ème siècle qu'ils pourraient être le mystérieux peuple Xiongnu qui harcelait les frontières de la Chine du Nord, en particulier pendant la Dynastie Han (202 av. JC - 220 ap. JC). Comme les Huns, les Xiongnu étaient des guerriers nomades à cheval, particulièrement habiles à l'arc et qui frappaient sans prévenir. L'orientaliste français Joseph de Guignes (1721-1800) fut le premier à proposer que les Huns soient le même peuple que les Xiongnu, et d'autres depuis ont cherché à étayer son affirmation ou à la réfuter.

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Il n'y a pas, dans les études modernes, de consensus sur le lien entre les Xiongnu et les Huns, mais un tel lien a été largement rejeté par manque de preuves. L'historien Christopher Kelly interprète la tentative de lier les Xiongnu aux Huns comme provenant d'un désir non seulement de localiser définitivement les origines des Huns, mais aussi de définir la lutte entre les Huns et Rome comme une bataille entre le 'noble ouest' et 'l'est barbare'. Kelly suggère :

Pour certains auteurs, établir un lien entre les Xiongnu et les Huns faisait partie d'un projet plus large consistant à comprendre l'histoire de l'Europe comme une lutte pour préserver la civilisation contre une menace orientale toujours présente. Les Huns étaient un avertissement de l'histoire. Leur qualification chinoise étant établie, leurs attaques contre l'Empire Romain pouvaient être présentées comme faisant partie d'un cycle inévitable de conflits entre l'Orient et l'Occident. (43)

Invasions of the Roman Empire
Invasions de l'Empire Romain
MapMaster (CC BY-SA)

Kelly, citant d'autres spécialistes, conclut qu'il n'y a aucune raison de lier les Xiongnu aux Huns et note que Guignes travaillait à une époque où les preuves archéologiques étaient rares. Il écrit :

La compréhension des Xiongnu changea de manière significative dans les années 1930 avec la publication d'objets en bronze provenant du désert d'Ordos, en Mongolie intérieure, à l'ouest de la Grande Muraille. Ceux-ci démontrèrent la différence frappante entre l'art des Xiongnu et celui des Huns. Aucun des objets trouvés en Europe orientale datant des 4ème et 5ème siècles ap. JC n'est décoré des magnifiques animaux stylisés et des créatures mythiques caractéristiques de l'art des Xiongnu. (44)

Il cite l'historien Otto Maenchen-Helfen qui observa :

Les bronzes d'Ordos furent fabriqués par ou pour les [Xiongnu]. On pourrait vérifier tous les articles de l'inventaire des bronzes d'Ordos, et on ne pourrait pas montrer un seul objet qui pourrait être mis en parallèle avec un objet trouvé dans le territoire autrefois occupé par les Huns... Il y a les motifs bien connus du style animalier... et pas un seul de ce riche répertoire de motifs n'a jamais été trouvé sur un objet hunnique. (44)

Kelly, appuyé par d'autres, conclut que le Kazakhstan est le point d'origine le plus probable des Huns, mais note "qu'il est malheureusement impossible de suggérer quelque chose de plus précis" (45). Pour les auteurs anciens cependant, identifier l'origine des Huns était simple: il s'agissait de bêtes maléfiques qui avaient émergé d'une région sauvage pour faire des ravages dans la civilisation. Ammien ne spécule pas sur leur origine mais les décrit dans son Histoire de Rome:

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La nation des Huns surpasse tous les autres barbares par sa sauvagerie. Et bien que [les Huns] aient tout juste la ressemblance avec des hommes (d'un modèle très laid), ils sont si peu avancés dans la civilisation qu'ils n'utilisent pas le feu, ni aucune sorte de condiment, dans la préparation de leur nourriture, mais se nourrissent de racines qu'ils trouvent dans les champs, et de la chair à moitié crue de toute sorte d'animaux. Je dis à moitié crue, parce qu'ils lui donnent une sorte de cuisson en la plaçant entre leurs propres cuisses et le dos de leurs chevaux. Lorsqu'ils sont attaqués, ils engagent parfois un combat régulier. Alors, allant au combat en colonnes, ils remplissent l'air de cris variés et discordants. Le plus souvent, cependant, ils ne combattent pas en ordre de bataille régulier, mais en étant extrêmement rapides et soudains dans leurs mouvements. Ils se dispersent, puis se rassemblent rapidement en rangs lâches, répandent le chaos dans de vastes plaines et, volant au-dessus du rempart, ils pillent le camp de leur ennemi presque avant que celui-ci ne se rende compte de leur approche. Il faut reconnaître qu'ils sont les plus terribles des guerriers, car ils se battent à distance avec des armes de lancer dont les os aiguisés sont admirablement fixés à la tige. En combat rapproché à l'épée, ils se battent sans se soucier de leur sécurité, et tandis que leur ennemi s'efforce de parer les coups d'épée, ils lui jettent dessus un filet sur et enchevêtrent ses membres de telle sorte qu'il perd toute possibilité de marcher ou de monter à cheval. (XXXI.ii.1-9)

Jordanès, quant à lui, consacre une place considérable à l'origine des Huns:

Nous apprenons par de vieilles traditions que leur origine était la suivante : Filimer, roi des Goths, fils de Gadaric le Grand, qui était le cinquième de la succession à tenir le pouvoir des Gètes, après leur départ de l'île de Scandza... trouva parmi son peuple certaines sorcières. Suspectant ces femmes, il les chassa du milieu de sa race et les contraignit à errer en exil solitaire loin de son armée. Là, les esprits impurs, qui les voyaient errer dans le désert, les embrassèrent et engendrèrent cette race sauvage qui vécut d'abord dans les marais, une tribu rabougrie, répugnante et chétive, à peine humaine et n'ayant d'autre langue que quelque chose qui ne ressemblait que très peu au langage humain. (85)

LES HUNS SONT COURAMMENT CARACTÉRISÉS PAR LEUR MOBILITÉ et LEUR FÉROCITÉ; ILS FRAPPAIENT SANS PRÉVENIR.

Les Huns, une fois qu'ils furent mis au monde par ces sorcières s'accouplant avec des démons, se sont ensuite "installés sur la rive la plus éloignée du marais Méotide [près de la mer d'Azov]." Jordanès poursuit en notant comment "ils aimaient la chasse et n'avaient de compétence dans aucun autre art. Une fois devenus une nation, ils troublaient la paix des races voisines par le vol et la rapine" (86). Ils entrèrent dans la civilisation lorsqu'un de leurs chasseurs, qui poursuivait du gibier à l'extrémité du marais Méotide, vit une biche qui les mena de l'autre côté du marais, "tour à tour avançant et s'arrêtant", ce qui leur montra que le marais pouvait être traversé, alors qu'auparavant "ils supposaient que [le marais] était aussi infranchissable que la mer" (86). Une fois de l'autre côté, ils découvrirent le pays de la Scythie et, à ce moment-là, la biche disparut. Jordanès poursuit :

À mon avis, les mauvais esprits, dont descendent les Huns, firent cela par envie des Scythes. Et les Huns, qui ignoraient totalement qu'il existait un autre monde au-delà de la Méotide, devinrent maintenant remplis d'admiration pour la terre scythe. Comme ils étaient vifs d'esprit, ils crurent que ce chemin, totalement inconnu de toutes les époques du passé, leur avait été divinement révélé. Ils retournèrent dans leur tribu, racontèrent ce qui s'était passé, louèrent la Scythie et persuadèrent le peuple de s'y rendre en hâte par le chemin qu'ils avaient trouvé grâce à la biche. Ils sacrifièrent à la Victoire tous ceux qu'ils avaient capturés lors de leur première entrée en Scythie. Ils conquirent les autres et les soumirent. Comme un tourbillon de nations, ils balayèrent le grand marais. (86)

Si la description que Jordanès fait des Huns est manifestement biaisée, son observation selon laquelle ils se déplaçaient "comme un tourbillon" est cohérente avec les descriptions faites par d'autres. Les Huns sont couramment caractérisés par leur mobilité et leur férocité; ils frappaient sans avertissement et n'observaient aucune distinction entre combattants et non-combattants, hommes, femmes ou enfants. Une fois qu'ils eurent traversé le marais et conquis la Scythie, rien ne semblait pouvoir les arrêter.

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Les Huns et Rome

La vitesse à laquelle les Huns se déplaçaient et leur succès au combat sont parfaitement illustrés par leur conquête de la région qui comprend aujourd'hui la Hongrie. En 370 ap. JC, ils conquirent les Alains et, en 376 ap. JC, ils repoussèrent les Wisigoths de Fritigern en territoire romain et ceux d'Athanaric dans le Caucase vers 379 ap. JC.

Les Huns poursuivirent leur invasion de la région et, comme l'écrit l'historien Herwig Wolfram, citant la source antique d'Ambroise de Milan, le chaos que cela provoqua fut généralisé: "Les Huns tombèrent sur les Alains, les Alains sur les Goths, et les Goths sur les [tribus] des Taïfales et des Sarmates" (73). Nombre de ces tribus, outre les Goths, cherchèrent refuge en territoire romain et, lorsque celui-ci leur était refusé, elles se chargeaient de trouver un moyen d'y entrer pour échapper aux Huns.

Attila the Hun by Delacroix
Attila le Hun par Delacroix
Eugene Delacroix (Public Domain)

Entre 395 et 398 ap. JC, les Huns envahirent les territoires romains de Thrace et de Syrie, détruisant villes et campagnes lors de leurs raids, mais ne montrant aucun intérêt à s'établir dans ces régions. À la même époque, des Huns servaient dans l'armée romaine, car Rome avait approuvé l'installation de Foederati (peuples fédérés) et de Huns en Pannonie (recouvrant partiellement Autriche, Hongrie, Slovénie, et Croatie actuelles). La contradiction apparente entre le fait que les Huns étaient à la fois alliés et ennemis de Rome se résout si l'on comprend qu'à cette époque, les Huns n'avaient pas de chef central. Au sein de l'ensemble de la tribu, il semble qu'il y avait des sous-tribus ou des factions, qui suivaient chacune leur propre chef. Pour cette raison, il est souvent difficile de déterminer quels étaient les objectifs d'ensemble des Huns à cette époque, si ce n'est, comme le note Jordanès, "le vol et la rapine".

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Leur pression sur les tribus environnantes et sur Rome se poursuivit, car ils effectuaient des raids à volonté et sans retenue. Wolfram, citant en exemple les Goths sous Athanaric, écrit :

Les Thervinges n'avaient aucun espoir de survie dans une terre ravagée qu'un nouveau type d'ennemi pouvait détruire à volonté, pratiquement sans avertissement préalable. Personne ne savait comment se défendre contre les Huns. (72)

Ce même paradigme s'appliquait à toutes les tribus qui vivaient autrefois dans les régions situées au-delà des frontières romaines. En décembre 406 ap. JC, les Vandales traversèrent le Rhin gelé et envahirent la Gaule pour échapper aux Huns, entraînant avec eux les restes de nombreuses autres tribus. Les Romains n'eurent pas plus de chance que les autres peuples pour repousser les attaques des Huns. En 408 ap. JC, le chef d'un groupe de Huns, Uldin, saccagea complètement la Thrace et, comme Rome ne pouvait rien faire pour les arrêter militairement, elle essaya de les payer pour obtenir la paix. Uldin, cependant, exigeait un prix trop élevé, et les Romains choisirent donc d'acheter ses subordonnés. Cette méthode de maintien de la paix fut couronnée de succès et devint dès lors la pratique préférée des Romains pour traiter avec les Huns.

Il n'est guère surprenant que les Romains choisirent de payer les Huns pour obtenir la paix plutôt que de les affronter sur le terrain. Pour souligner la description qu'Ammien fait des tactiques de guerre des Huns, déjà citée plus haut:

Ils ne combattent pas en ordre de bataille régulier, mais en étant extrêmement rapides et soudains dans leurs mouvements, ils se dispersent, puis se rassemblent rapidement en rangées lâches, répandent leurs ravages sur de vastes plaines, et volant par-dessus le rempart, ils pillent le camp de leur ennemi presque avant qu'il ne se soit rendu compte de leur approche.

NI LES ROMAINS NI LES TRIBUS DITES BARBARES N'AVAIENT JAMAIS RENCONTRÉ UNE ARMÉE COMME CELLE DES HUNS.

Ils étaient des cavaliers experts, décrits comme ne faisant qu'un avec leurs chevaux; on les voyait rarement à pied et ils menaient même les négociations sur le dos de leurs chevaux. Ni les Romains ni les tribus dites barbares n'avaient jamais rencontré une armée comme celle des Huns.

Ils semblaient avoir été élevés pour la guerre à cheval et utilisaient l'arc avec beaucoup d'efficacité. L'historien et ancien Lt-Col. de l'US Army Michael Lee Lanning décrit ainsi l'armée des Huns:

Les soldats Huns s'habillaient de plusieurs couches de cuir épais graissé avec des applications généreuses de graisse animale, ce qui rendait leur tenue de combat à la fois souple et résistante à la pluie. Des casques recouverts de cuir et doublés d'acier ainsi qu'une cotte de mailles autour du cou et des épaules protégeaient les cavaliers des flèches et des coups d'épée. Les guerriers Huns portaient des bottes en cuir souple qui étaient excellentes pour monter à cheval mais assez inutiles pour se déplacer à pied. Cela convenait aux soldats, car ils étaient beaucoup plus à l'aise en selle que sur le sol. (62)

Leur capacité à surgir de nulle part, à attaquer comme un tourbillon et à disparaître, en faisait des adversaires incroyablement dangereux qu'il semblait impossible de vaincre ou de défendre. La force de combat des Huns, déjà redoutable, allait le devenir encore plus avec leur unification sous l'égide du plus célèbre des Huns: Attila.

Le règne conjoint d'Attila et de Bleda

Vers 430 ap. JC, un chef Hun nommé Ruga (ou Rugila) était connu des Romains comme roi des Huns. On ne sait pas s'il régnait réellement sur tous les Huns ou simplement sur la plus grande faction. Certains historiens, comme Ian Mladjov, affirment qu'un roi hunnique nommé Balamber initia une dynastie et qu'il était le grand-père de Ruga, tandis que d'autres, comme Dénes Sinor, affirment que Balamber n'était que le chef d'un sous-ensemble, ou d'une faction des Huns, ou qu'il n'a peut-être jamais existé. Si les affirmations de Mladjov sont acceptées, alors Ruga était le roi de tous les Huns, mais cela semble peu probable car il n'y a aucune preuve d'unité à l'époque où il menait ses raids.

Ruga avait deux neveux, Attila et Bleda (ou Buda), et lorsqu'il mourut en campagne en 433 ap. JC, les deux frères lui succédèrent et régnèrent conjointement. Attila et Bleda négocièrent ensemble le traité de Margus avec Rome en 439 ap. JC. Ce traité prolongeait le précédent selon lequel Rome payait les Huns en échange de la paix, ce qui allait être une stipulation plus ou moins constante dans les relations entre les Romains et les Huns jusqu'à la mort d'Attila. Une fois le traité conclu, les Romains purent retirer leurs troupes de la région du Danube et les envoyer contre les Vandales qui menaçaient leurs provinces de Sicile et d'Afrique du Nord. Les Huns se tournèrent vers l'est après le Traité de Margus et firent la guerre à l'Empire Sassanide, mais ils furent repoussés et renvoyés vers la Grande Plaine Hongroise (l'Alföld), qui était leur base arrière.

Attila the Hun Model
Modèle d'Attila le Hun
Peter D'Aprix (CC BY-SA)

Les troupes romaines qui gardaient la frontière étant désormais déployées en Sicile, les Huns y virent une occasion de pillage facile. Kelly écrit: "Dès qu'Attila et Bleda reçurent des renseignements fiables sur le départ de la flotte pour la Sicile, ils ouvrirent leur offensive sur le Danube" (122). Au cours de l'été 441 ap. JC, Attila et Bleda conduisirent leurs armées à travers les régions frontalières et mirent à sac les villes de la province de l'Illyrie, qui étaient des centres commerciaux romains très actifs. Ils violèrent ensuite une nouvelle fois le Traité de Margus en se rendant dans cette ville (en Serbie actuelle) et en la détruisant. L'Empereur Romain Théodose II (401-450 ap. JC) déclara alors le traité rompu et rappella ses armées des provinces pour mettre fin au déchaînement des Huns.

Attila et Bleda répondirent par une invasion à grande échelle, mettant à sac et détruisant des villes romaines jusqu'à une distance de 30 km de la capitale romaine de Constantinople. La ville de Naissus (Nis, en Serbie), lieu de naissance de l'Empereur Constantin le Grand, fut rasée et ne devait être reconstruite qu'un siècle plus tard. Les Huns avaient beaucoup appris sur la guerre de siège lors de leur service dans l'armée romaine et mirent à profit leurs connaissances en rayant littéralement de la carte des villes entières, comme Naissus. Leur offensive fut d'autant plus réussie qu'elle était totalement inattendue. Théodose II était tellement convaincu que les Huns respecteraient le traité qu'il refusa d'écouter tout conseil qui suggérait le contraire. Lanning commente ce point:

Attila et son frère accordaient peu de valeur aux accords et encore moins à la paix. Dès leur accession au trône, ils reprirent l'offensive contre Rome et tous ceux qui se trouvaient sur leur chemin. Au cours des dix années suivantes, les Huns envahirent des territoires qui englobent aujourd'hui la Hongrie, la Grèce, l'Espagne et l'Italie. Attila renvoyait les richesses capturées dans son pays et enrôlait des soldats dans sa propre armée, tout en brûlant souvent les villes envahies et en tuant leurs occupants civils. La guerre s'avérait lucrative pour les Huns, mais la richesse n'était apparemment pas leur seul objectif. Attila et son armée semblaient véritablement aimer la guerre, et les rigueurs et les récompenses de la vie militaire les intéressaient davantage que l'agriculture ou l'élevage. (61)

Théodose II, se rendant compte qu'il était vaincu mais ne voulant pas admettre une défaite totale, demanda des conditions. La somme que Rome devait maintenant payer pour empêcher les Huns de continuer les destructions fut plus que triplée. En 445 ap. JC, Bleda disparaît des archives historiques, et Kelly cite Priscus de Panium à ce sujet: "Bleda, roi des Huns, fut assassiné à la suite des complots de son frère Attila" (129). D'autres sources semblent indiquer que Bleda fut tué en campagne, mais Priscus étant considéré comme la source la plus fiable, il est généralement admis qu'Attila le fit assassiner. Attila devint alors le seul chef des Huns et le commandant de la plus puissante force de combat d'Europe.

L'historien Will Durant (reprenant les descriptions de récits anciens comme ceux de Priscus) écrit à propos d'Attila :

Il différait des autres conquérants barbares par sa confiance en la ruse plutôt qu'en la force. Il gouvernait en utilisant les superstitions païennes de son peuple pour sanctifier sa majesté; ses victoires étaient préparées par les histoires exagérées de sa cruauté, dont il était peut-être lui-même à l'origine; enfin, même ses ennemis chrétiens l'appelaient le "fléau de Dieu", et étaient si terrifiés par sa ruse que seuls les Goths pouvaient les sauver. Il ne savait ni lire ni écrire, mais cela n'enlevait rien à son intelligence. Ce n'était pas un sauvage, il avait le sens de l'honneur et de la justice, et se montrait souvent plus magnanime que les Romains. Il vivait et s'habillait simplement, mangeait et buvait modérément, et laissait le luxe à ses inférieurs, qui aimaient à exhiber leurs accessoires d'or et d'argent, leurs harnais et leurs épées, ainsi que les broderies délicates qui témoignaient des doigts habiles de leurs épouses. Attila avait de nombreuses épouses, mais méprisait ce mélange de monogamie et de débauche qui était populaire dans certains milieux de Ravenne et de Rome. Son palais était une immense maison en rondins dont le plancher et les murs étaient faits de planches rabotées, mais qui était ornée de bois élégamment sculpté ou poli, et doublée de tapis et de peaux pour protéger du froid. (39)

La description que fait Priscus d'Attila, qu'il rencontra lors d'une mission diplomatique pour l'Empire d'Orient en 448/449 ap. JC, le dépeint comme un chef prudent et sobre, très respecté par son peuple et qui, contrairement au luxe des souverains romains, vivait simplement. Priscus décrit son dîner avec Attila comme une affaire courtoise au cours de laquelle Attila ne fut jamais vu dans les excès :

Lorsque tous furent installés, un échanson s'approcha et offrit à Attila une coupe de vin en bois de lierre. Il la prit et salua le premier du rang, et celui honoré par le salut se leva. Il n'avait pas le droit de s'asseoir avant que le roi n'eût goûté ou bu le vin et rendu la coupe à l'échanson. Toutes les personnes présentes l'honoraient de la même manière alors qu'il restait assis, prenait les coupes et, après une salutation, les dégustait. Chaque invité avait son propre échanson qui devait s'avancer dans l'ordre lorsque l'échanson d'Attila se retirait. Après avoir honoré le deuxième homme et les autres dans l'ordre, Attila nous salua également avec le même rituel selon l'ordre des sièges. Lorsque tout le monde fut honoré par cette salutation, les échansons sortirent et des tables pour trois ou quatre hommes ou plus furent dressées à côté de celle d'Attila. De ces tables, chacun pouvait prendre part à ce qui était placé dans son assiette sans quitter la disposition initiale des chaises. Le serviteur d'Attila fut le premier à entrer, portant un plateau rempli de viande, puis les serviteurs qui s'occupaient des autres déposèrent du pain et des viandes sur les tables. Alors que des mets somptueux avaient été préparés - servis sur des assiettes d'argent - pour les autres barbares et pour nous, il n'y avait pour Attila que de la viande sur un plateau de bois. Il se montra retenu à tous autres égards également, car des gobelets d'or et d'argent furent offerts aux hommes lors du festin, mais sa chope était en bois. Sa tenue aussi était simple, il ne se souciait de rien d'autre que d'être propre, et ni l'épée à son côté, ni les fermoirs de ses bottes barbares, ni la bride de son cheval, comme celles des autres Scythes, n'étaient ornés d'or ou de pierres précieuses ou de quoi que ce soit de grand prix. (Fragment 8)

MÊME SI ATTILA POUVAIT SE MONTRER MODÉRÉ et COURTOIS DANS UN CADRE DOMESTIQUE, SUR LE CHAMP DE BATAILLE, IL ÉTAIT INARRÊTABLE.

Kelly observe que les lecteurs romains de Priscus devaient s'attendre à un portrait très différent du "fléau de Dieu" et devaient opposer la description de Priscus à ce qu'ils connaissaient des excès romains. Kelly écrit : "Pendant près de 500 siècles, depuis le premier empereur romain Auguste, le comportement dans les banquets fut l'un des critères de mesure de la moralité d'un souverain", et il note que "l'absence d'ivresse, de gloutonnerie et d'excès devait avoir été le plus frappant [dans le récit de Priscus]. Le comportement d'Attila témoignait d'un degré de modération et de retenue qui pouvait être favorablement comparé à celui du meilleur des empereurs" (198). Mais, même si Attila pouvait se montrer modéré et courtois dans un cadre domestique, sur le champ de bataille, il était inarrêtable.

Entre 445 et 451 ap. JC, Attila le Hun mena ses armées dans de nombreux raids et campagnes victorieuses, massacrant les habitants des régions et laissant une bande de destruction dans son sillage. En 451 ap. JC, le général romain Flavius Aetius (391-454 ap. JC) et son allié Théodoric Ier des Wisigoths (r. 418-451 ap. JC) l'affrontèrent à la Bataille des Champs Catalauniques (ou Bataille de Châlons), où il fut vaincu pour la première fois. En 452 ap. JC, il envahit l'Italie et fut à l'origine de la création de la ville de Venise. En effet, les habitants des villes et des villages se réfugièrent dans les marais pour se mettre en sécurité et finirent par y construire des maisons. Sa campagne italienne ne fut pas plus réussie que son invasion de la Gaule, et il retourna à nouveau à sa base dans la Grande Plaine Hongroise.

Attila the Hun Bust
Buste d'Attila le Hun
Zsolt Varga - Kazi (Copyright)

Mort d'Attila & Dissolution de l'Empire Hun

Vers 452 ap. JC, l'empire d'Attila s'étendait des régions de l'actuelle Russie à la France en passant par la Hongrie et l'Allemagne. Il recevait régulièrement un tribut de Rome et en fait, recevait un salaire de général romain alors même qu'il pillait et détruisait les villes et territoires romains. En 453 ap. JC, Attila épousa une jeune femme nommée Ildico et célèbra sa nuit de noces, selon Priscus, avec trop de vin. Jordanès, reprenant le récit de Priscus, décrit la mort d'Attila:

Il s'était livré à une joie excessive lors de ses noces, et alors qu'il était couché sur le dos, alourdi par le vin et le sommeil, un flot de sang, qui aurait dû normalement couler par son nez, s'écoula en un cours mortel dans sa gorge car il était empêché dans les passages habituels, et le tua. C'est ainsi que l'ivresse mit fin de façon déshonorante à un roi renommé dans la guerre. (123)

Toute l'armée fut plongée dans un profond chagrin suite à la perte de son chef. Les cavaliers d'Attila s'enduisirent le visage de sang et tournèrent lentement, en cercle régulier, autour de la tente où se trouvait son corps. Kelly décrit les suites de la mort d'Attila:

Selon l'historien romain Priscus de Panium, ils [les hommes de l'armée] avaient coupé leurs longs cheveux et s'étaient tailladé les joues "afin que le plus grand de tous les guerriers soit pleuré non pas avec des larmes ou des gémissements de femmes mais avec le sang des hommes". S'ensuivit une journée de deuil, de festins et de jeux funéraires; une combinaison de célébration et de lamentation qui avait une longue histoire dans le monde antique. Cette nuit-là, bien au-delà des frontières de l'Empire Romain, Attila fut enterré. Son corps fut enfermé dans trois cercueils, le premier étant recouvert d'or, le second d'argent et le troisième de fer. L'or et l'argent symbolisaient les butins dont Attila s'était emparé, tandis que le fer gris et dur rappelait ses victoires à la guerre. (6)

Selon la légende, une rivière fut alors détournée, Attila fut enterré dans le lit de la rivière, et les eaux se déversèrent sur lui, recouvrant l'endroit. Ceux qui avaient participé aux funérailles furent tués afin que le lieu de la sépulture ne soit jamais révélé. Selon Kelly, "celles-là aussi furent des morts honorables", en ce qu'elles faisaient partie des honneurs funéraires du grand guerrier qui avait amené ses disciples si loin, et accompli tant de choses pour eux.

Une fois les funérailles terminées, l'empire fut partagé entre ses trois fils, Ellac, Dengizich et Ernakh. La présence imposante d'Attila et sa réputation redoutable avaient permis à l'empire de rester uni, et sans lui, il commença à se désagréger. Les trois frères se battirent pour leurs propres intérêts au lieu de privilégier les intérêts de l'empire. Chaque frère revendiquait une région et les gens qui s'y trouvaient, comme s'ils étaient les siens, et comme l'écrit Jordanès, "Lorsque Ardaric, roi des Gépides [peuple vassal des Huns], apprit cela, il devint furieux parce que tant de nations furent traitées comme des esclaves de la plus basse condition, et il fut le premier à se soulever contre les fils d'Attila" (125). Ardaric vainquit les Huns à la bataille de la Nedao, en 454 ap. JC, au cours de laquelle Ellac fut tué.

Après cet engagement, d'autres nations se détachèrent du contrôle hunnique. Jordanès note que, par la révolte d'Ardaric, "il libéra non seulement sa propre tribu, mais toutes les autres qui étaient également opprimées" (125). L'empire des Huns se dissolut, et les peuples furent absorbés dans les cultures de ceux sur lesquels ils régnaient auparavant. Des représailles pour des torts antérieurs semblent avoir été exercées, comme en témoigne le massacre des Huns de Pannonie par les Goths après la chute de l'empire.

Après l'an 469 ap. JC, il n'est plus fait mention de campagnes, d'établissements, ni d'aucune activité concernant les Huns en tant que la formidable armée qu'ils avaient été. Hormis les comparaisons faites par les historiens anciens entre les Huns et la future coalition des Avars, après 469 ap. JC, ne restent que les récits des massacres, des raids et de la terreur que les Huns inspirèrent dans les années qui précédèrent la mort de leur grand roi.

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Traducteur

Jerome Couturier
Je suis médecin, spécialisé en Génétique. J'aime l'Histoire et l'Antiquité depuis mon plus jeune âge. J'ai toujours eu un interêt pour la recherche dans divers domaines scientifiques, dont l'archéologie.

Auteur

Joshua J. Mark
Écrivain indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2018, avril 25). Huns [Huns]. (J. Couturier, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-13479/huns/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Huns." Traduit par Jerome Couturier. World History Encyclopedia. modifié le avril 25, 2018. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-13479/huns/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Huns." Traduit par Jerome Couturier. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 25 avril 2018. Web. 22 oct. 2021.