Bayan Ier

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 16 décembre 2014
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Avar Belt Mount (by Metropolitan Museum, Copyright)
Boucle de ceinture avare
Metropolitan Museum (Copyright)

Bayan Ier (r. de 562/565 à 602) était un Khagan des Avars, une confédération de peuples hétérogènes qui migrèrent de la région de Mongolie, au nord de la Chine, en 552 et entrèrent en contact avec l'Empire romain d'Orient vers 557. Bayan Ier est considéré comme le plus grand Khagan des Avars pour ses compétences militaires et politiques. Non seulement il protégea son peuple des Göktürk, qui le poursuivirent depuis la Mongolie après la chute de l'Empire rouran (connu sous le nom de Khaganat rouran) à l'est, mais il le conduisit dans une série de campagnes victorieuses contre les Gépides de Pannonie, il déjoua le roi lombard, Alboïn, pour le contrôle du territoire, et défia la suprématie de l'Empire romain d'Orient. Il fonda l'empire Avar dans la région de Pannonie, établissant sa capitale à l'endroit même qu'Attila le Hun avait revendiqué comme sien, et étendit cet empire pour englober un territoire bien au-delà des frontières que la Pannonie avait à leur arrivée. Après la mort de Bayan Ier en 602, l'Empire avar commença à décliner jusqu'à ce qu'il ne finisse par être conquis par les Francs en 796, et que les Avars ne cessent d'exister en tant qu'entité culturelle et politique distincte.

Bayan Ier et l'empire d'Orient

Bayan Ier est le premier roi des Avars dont on ait connaissance et, comme Attila, il fut le chef qui unifia son peuple et lui donna le pouvoir.

Bayan Ier entra pour la première fois dans l'histoire avec la migration des Avars vers la région de la steppe herbeuse pontique (une région correspondant à l'Ukraine, la Russie et le Kazakhstan actuels) depuis l'Asie centrale après la chute de l'Empire rouran. Ils étaient poursuivis par leurs ennemis, les Göktürk, qui avaient renversé la suprématie des Rourans en Mongolie et, en tant que réfugiés, ils étaient à la recherche d'une patrie sûre où ils pourraient s'installer et qu'ils pourraient ensuite défendre. L'historien Erik Hildinger décrit la montée en puissance de Bayan après la migration des Avars : "Peu après, en 565, Bayan monta sur le trône des Avars en tant que Kaghan, ou Grand Khan. Les Avars furent les premiers à utiliser ce terme, qui perdura par la suite parmi les peuples des steppes. Bayan fut le plus grand de leurs dirigeants" (76).

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L'historien H.H. Howorth affirme que "les Avars étaient à cette époque dirigés par un chef que, si nous en savions plus, nous devrions probablement comparer à Attila et à Gengis Khan. Il s'appelait Bayan" (732). Bayan Ier est le premier roi des Avars dont on ait connaissance et, comme Attila, il fut le chef qui unifia son peuple et lui donna du pouvoir. Il fit passer les Avars d'une bande de réfugiés fuyant leur oppresseur au statut de peuple dominant de la région de Pannonie.

En ce qui concerne l'origine des Avars et leur fuite vers l'ouest, l'historien Peter Heather écrit :

[Les Avars] ont été la prochaine grande vague de guerriers nomades à cheval, après les Huns, à déferler sur la grande steppe eurasienne et à construire un empire en Europe centrale. Heureusement, nous en savons plus sur eux que sur les Huns. Les Avars parlaient une langue turque et étaient auparavant la force dominante d'une importante confédération nomade aux confins de la Chine. Au début du sixième siècle, ils ont perdu cette position au profit d'une force rivale, les Turcs occidentaux [Göktürk], et sont arrivés aux abords de l'Europe en tant que réfugiés politiques, s'annonçant par une ambassade qui s'est présentée à la cour de Justinien en 558. (401)

Bien que, comme l'affirme Heather, "nous en savons plus sur [les Avars] que sur les Huns", nous en savons beaucoup moins sur Bayan Ier que sur Attila. Après avoir conduit son peuple vers l'ouest, il entra presque immédiatement en contact avec l'empereur de l'Empire byzantin. Justinien Ier (482-565) accepta de les engager comme mercenaires pour combattre d'autres tribus de la région et les envoya en mission. Les Avars massacrèrent impitoyablement les ennemis de Justinien Ier et s'attendaient à ce que leurs relations avec l'empire se poursuivent mais, au cas où cela ne se ferait pas, ils essayèrent de trouver une région où ils pourraient s'installer.

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East Roman Empire, 6th century CE
Empire romain d'Orient, VIe siècle
William R. Shepherd (Public Domain)

Bien qu'ils aient désormais été employés par le puissant Empire byzantin, ils avaient toujours besoin de leur propre patrie où ils se sentiraient à l'abri des Turcs qui les poursuivaient. Bayan Ier tenta de conduire son peuple au sud du Danube, mais les Romains l'en empêchèrent. Il conduisit ensuite les Avars vers le nord, mais se heurta à la résistance des Francs sous le règne de leur roi Sigebert Ier. Ils continuèrent à vivre en nomades au service de Rome jusqu'à la mort de Justinien en 565. Son successeur, Justin II (520-578), annula leur contrat et, lorsque l'ambassade des Avars demanda l'autorisation de traverser le sud du Danube, elle lui fut refusée. Ils tentèrent à nouveau une percée vers le nord, mais furent repoussés par l'armée de Sigebert. Bayan Ier se tourna alors vers la Pannonie ou, selon d'autres sources, fut invité par Justin II à s'y rendre pour déloger les Gépides.

Bayan Ier et Alboïn

Les Lombards d'Alboïn étaient déjà en Pannonie, en conflit avec les Gépides qui contrôlaient la majeure partie de la région. Comme pour les Avars, les sources divergent sur la question de savoir si les Lombards avaient migré en Pannonie de leur propre chef ou s'ils avaient été invités par l'empire à chasser les Gépides. Bayan Ier voulait prendre la capitale de Sirmium, mais il ne connaîssait pas la région et avait besoin de l'aide de ceux qui la connaissaient mieux. Il s'allia à Alboïn et aux Lombards et, en 567, les deux armées se rejoignirent pour écraser les Gépides à elles deux. Bayan Ier avait déjà négocié les termes de l'alliance avec Alboïn: en cas de victoire, les Avars recevraient les terres, les richesses et les habitants en esclaves et les Lombards pourraient continuer à vivre sans être dérangés dans la région. Alboïn avait probablement accepté ces conditions inégales parce que Bayan Ier l'avait menacé de conquête s'il refusait. Cela reste cependant une spéculation et on ne sait pas pourquoi Alboïn choisit d'accepter les mauvaises conditions de l'alliance.

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Alboin from the Nuremberg Chronicle
Alboïn dans les Chroniques de Nuremberg
Michel Wolgemut, Wilhelm Pleydenwurff (Public Domain)

Les armées s'affrontèrent à une certaine distance de Sirmium et les Gépides, sous la conduite de leur roi Cunimond, furent vaincus. Les sources divergent sur ce qui se passa par la suite: selon certains récits, Bayan Ier tua Cunimond et fit transformer son crâne en coupe à vin - coupe qu'il aurait ensuite présentée à Alboïn en tant que compagnon d'armes - tandis que, selon d'autres, c'est Alboin qui aurait tué Cunimond et qui fit de son crâne une coupe qu'il porta ensuite à sa ceinture. Peu importe qui fut à l'origine de la mort du roi des Gépides, son crâne contribuerait plus tard à la mort d'Alboïn.

Les armées des Avars et des Lombards marchèrent sur Sirmium, mais les Gépides avaient déjà appelé l'Empire d'Orient à l'aide, acceptant de leur céder la ville en échange d'une assistance; lorsque Bayan Ier et Alboïn atteignirent Sirmium, la ville était fortement défendue et ils furent repoussés. N'étant pas préparées à un siège prolongé, les armées se retirèrent.

Essor de l'Empire avar

Bien que Sirmium n'ait pas été prise, les Avars contrôlaient désormais la majeure partie de la Pannonie et les Lombards se rendirent compte que l'accord qu'ils avaient négocié plus tôt n'était pas très avantageux. Alboïn tenta de former une alliance avec les Gépides contre les Avars en épousant la fille de Cunimond, Rosemonde, qu'il avait enlevée après la bataille. Mais il était trop tard: les Avars étaient tout simplement trop puissants pour s'opposer à eux. En 568, Alboïn quitta la Pannonie à la tête de son peuple pour se rendre en Italie où, en 572, il fut assassiné à la suite d'un complot ourdi par sa femme pour venger son père. Selon Paul le Diacre, le meurtre d'Alboïn serait dû au fait que, enivré, il aurait insisté pour que sa femme boive dans le crâne de son père.

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The Assassination of Alboin
Assassinat d'Alboïn
Dreweatts Auction Catalogue (Public Domain)

Après la disparition des Lombards et la défaite des Gépides, Bayan Ier entreprit de construire son empire dans les plaines de Pannonie. L'existence d'un noyau ethnique "Avar" au sein de la confédération Avar est attestée par certaines décisions et certains décrets militaires de Bayan Ier. L'historien et érudit Denis Sinor écrit:

La composition ethnique de l'État avar n'était pas homogène. Bayan était suivi par 10 000 guerriers sujets koutrigoures dès l'époque de la conquête des Gépides. En 568, il les a envoyés envahir la Dalmatie, arguant que les pertes qu'ils pourraient subir en combattant les Byzantins ne nuiraient pas aux Avars eux-mêmes. (222)

Sous la direction de Bayan Ier, les Avars s'étendirent dans toutes les directions à travers la Pannonie et, par la conquête, ils agrandirent leur empire. Un certain nombre de peuples slaves avaient suivi les Avars en Pannonie et ils étaient désormais soumis à la domination des Avars et semblaient être traités avec le même manque d'égards que les soldats koutrigoures. Bayan Ier supervisa la sélection de la base d'opérations des Avars dans leur nouvelle patrie. L'historien Erik Hildinger commente ce fait en écrivant :

Les Avars établirent leur quartier général près de l'ancienne capitale d'Attila, cent ans auparavant, et la fortifièrent. On l'appelait le Ring. Désormais bien établi en Pannonie, Bayan combattit à nouveau les Francs de Sigebert et les vainquit en 570. Une douzaine d'années plus tard, Bayan attaqua le territoire byzantin et s'empara de la ville de Sirmium, sur la rivière Sava. Les Avars prirent Singidunum (Belgrade) et ravagèrent la Moésie jusqu'à ce qu'ils ne soient vaincus près d'Adrianople en 587. Pour les Byzantins, cela dut ressembler à une reprise de l'agression hunnique du cinquième siècle. (76)

Conquête des Avars

Sirmium désormais prise et fonctionnant efficacement à partir du Ring avar, Bayan Ier poursuivit ses conquêtes. Christoph Baumer écrit que Bayan Ier conduisit ses armées dans les Balkans et exigea un tribut de l'Empire d'Orient en échange de la paix, puis, "avec les Slaves battus, qu'ils traitaient comme une sorte de "chair à canon", ils envahirent la Grèce dans les années 580" (Volume II, 208). Ils menèrent une guerre avec des tactiques similaires à celles utilisées par les Huns un siècle plus tôt. Comme les Huns, les Avars étaient des cavaliers experts. Baumer note que "l'étrier de fer n'est arrivé en Europe qu'avec l'invasion des Avars dans la seconde moitié du VIe siècle". L'étrier "permettait de monter en position accroupie ou presque debout, ce qui améliorait la mobilité du cavalier, mais augmentait aussi l'impact de l'attaque de la cavalerie" (Volume I, 86). L'étrier améliora considérablement la cavalerie avar, déjà redoutable, et en fit la force militaire montée la plus redoutée et pratiquement invincible depuis les Huns. Baumer écrit :

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Dans son célèbre manuel militaire Strategikon, l'empereur byzantin Maurice (qui régna de 582 à 602) décrivit avec justesse le style de combat des Avars, qu'il comparait aux Huns, comme suit : Ils préfèrent les batailles à distance, les embuscades, l'encerclement de leurs adversaires, les retraites simulées et les retours soudains, les formations en coin... Lorsqu'ils mettent leurs ennemis en fuite, ils ne se contentent pas, comme les Perses, les Romains et d'autres peuples, de les poursuivre sur une distance raisonnable et de piller leurs biens, mais ils ne relâchent pas leur effort jusqu'à ce qu'ils aient complètement détruit leurs ennemis... Si la bataille se déroule bien, il ne faut pas se précipiter dans la poursuite de l'ennemi ni se comporter de manière imprudente. Car cette nation [les nomades des steppes] n'abandonne pas, comme d'autres, la lutte lorsqu'elle s'aggrave au cours de la première bataille. Mais jusqu'à ce que leurs forces s'épuisent, ils essaient toutes sortes de moyens pour assaillir leurs ennemis. (Volume I, 265-267)

Justin II avait entamé une guerre contre l'empire sassanide en 572 et, les forces impériales étant attirées vers l'est, Bayan Ier envahit davantage les territoires byzantins. Il exigea un tribut de plus en plus élevé et défit les armées impériales envoyées contre lui. Ce n'est qu'en 592, à la fin de la guerre de l'empire contre les Sassanides, que l'empereur Maurice put envoyer une armée suffisamment puissante contre Bayan Ier. Les Avars furent chassés des Balkans et ramenés en Pannonie par les troupes impériales sous les ordres du général Priscus, presque jusqu'à leur capitale. Les Avars auraient probablement été détruits en masse sans l'insurrection de Constantinople, connue sous le nom de révolte de Phocas, en 602.

À la même époque, une épidémie se déclara dans les Balkans et balaya les régions avoisinantes. Il est probable que Bayan Ier ait été l'une des nombreuses victimes de la maladie. L'historien H.H. Howorth, esq, note :

Nous n'entendons plus parler de Bayan, et il semblerait qu'il soit mort à peu près à la même époque, peut-être de la peste déjà mentionnée. Il n'est pas impossible que ce soit cette peste, et la perte de leur grand chef, qui aient permis à Priscus de remporter ses victoires si facilement... Les Avars n'ont plus jamais retrouvé le vaste pouvoir qu'ils exerçaient sous Bayan, qui doit être classé parmi les généraux les plus efficaces et les dirigeants les plus puissants. (777)

Le fils de Bayan Ier lui succéda et tenta de perpétuer l'empire de son père. En 626, il mena une campagne contre Constantinople, alliée aux Sassanides, par une attaque terrestre et maritime. Les formidables défenses des murs de Théodose (construits sous le règne de Théodose II, 408-450) repoussèrent l'attaque terrestre, tandis que la flotte byzantine mit en échec l'assaut naval, coulant de nombreux navires avars. La campagne fut un échec complet et les Avars survivants rentrèrent chez eux en Pannonie. Comme le note Howorth, les Avars n'exerceraient plus jamais le genre de pouvoir militaire et politique qu'ils avaient sous la direction de Bayan Ier. Comme Attila, sa personnalité de commandeur et son génie militaire ne seraient pas transmis à ses fils. Après 630, l'Empire avar commença à décliner et finit par être conquis par Charlemagne des Francs en 796 avec une relative facilité. En fait, l'Empire avar avait commencé et se termina avec Bayan Ier.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2014, décembre 16). Bayan Ier [Bayan I]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-13481/bayan-ier/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Bayan Ier." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le décembre 16, 2014. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-13481/bayan-ier/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Bayan Ier." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 16 déc. 2014. Web. 22 avril 2024.

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