Conspiration des Poudres

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 29 avril 2021
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Texte original en Anglais : Gunpowder Plot

Discovery of Guy Fawkes & the Gunpowder Plot (by Unknown Artist, Public Domain)
Découverte de Guy Fawkes et de la Conspiration des Poudres
Unknown Artist (Public Domain)

La Conspiration des Poudres de 1605 fut une tentative ratée par des conspirateurs pro-catholiques de faire sauter le Parlement anglais le 5 novembre durant sa session plénière afin de tuer le roi Jacques Ier d'Angleterre (r. 1603-1625) et toute la noblesse avec lui. L'intrigue fut découverte lorsque l'un des conspirateurs envoya une lettre anonyme avertissant un parent qui aurait dû être présent au parlement. Le 4 novembre à minuit, Guy Fawkes fut appréhendé sous le palais de Westminster avant d'avoir eu la chance d'allumer les 35 barils de poudre stockés dans les caves du palais. Après avoir été brutalement torturé dans la Tour de Londres, Fawkes révèla les noms de ses amis conspirateurs et leur plan de provoquer un tel chaos qu'un coup d'état des forces pro-catholiques serait alors possible. Arrêtés et torturés, les coupables, y compris Guy Fawkes, furent exécutés selon l'horrible technique qui consistait à pendre, éviscérer et démembrer le condamné, un destin réservé aux personnes coupables de trahison contre la Couronne. Des feux de joie furent allumés dans la nuit du 5 novembre pour célébrer l'échec de ce complot et cette tradition se poursuit aujourd'hui à cette date, tradition connue sous le nom de «Bonfire Night» (Nuit des feux de joie) ou «Guy Fawkes' Night» (Nuit de Guy Fawkes).

Catholicisme en Angleterre

Élisabeth I d'Angleterre (r. 1558-1603) avait encouragé la religion protestante dans son royaume, et cette politique fut poursuivie par son successeur Jacques I d'Angleterre, qui était aussi Jacques VI d'Écosse (r. 1567-1625). Jacques avait été élevé dans le protestantisme, mais un autre coup dur fut réservé aux catholiques qui espéraient rétablir cette foi en tant que religion primaire en Angleterre le 18 août 1604. À cette date, un traité de paix fut signé à Londres qui mettait fin à la guerre entre l'Angleterre et l'Espagne catholique. La goutte d'eau qui fit déborder le vase fut une nouvelle vague de lois contre les catholiques pratiquants, ou plutôt la reprise des lois qui avaient été instaurées sous Élisabeth I. Les restrictions imposées aux catholiques comprenaient l'interdiction de célébrer la messe et l'obligation d'assister aux services de religion anglicane sous peine de s'exposer à une amende très sévère.

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Guy Fawkes fit son entrée sur la scène historique avec ce qui n'aurait pu être qu'un caméo, mais il est celui que l'on traite d'infâme depuis plus de quatre siècles.

Un groupe d'extrémistes décida alors de tenter le tout pour le tout pour ramener l'Angleterre vers la religion catholique. Leur plan n'était rien de moins qu'un massacre, qui détruirait la monarchie et le gouvernement, créant un vide politique, que les forces pro-catholiques pourraient alors exploiter pour prendre le contrôle de l'État. Le meneur de la conspiration était Sir Robert Catesby, noble et catholique acharné. Il monta minutieusement sa bande constituée de lui-même, de Christopher et John Wright, Robert et Thomas Winter (alias Wintour), Thomas Percy et Thomas Bates. Tous ces hommes étaient des parents de Catesby, à l'exception de son serviteur Bates. Au groupe s'ajoutèrent deux prêtres jésuites zélotes - le Père Garnet et le Père Greenaway - afin de donner à ce projet saugrenu un très léger air de sainteté.

Le plan était beau de simplicité: faire sauter tout le Parlement anglais lorsque le roi ouvrirait la session le 5 novembre 1605. Les députés, les lords, les juges, le conseil du roi et le monarque lui-même seraient présents. Ce qu'il fallait donc, c'était une quantité massive de poudre à canon et un autre membre pour la bande: un mercenaire catholique pur et dur, aguerri au combat, qui allumerait la mèche. Guy Fawkes, ou en réalité Guido Fawkes, était l'homme de la situation et il fit son entrée sur la scène historique avec ce qui n'aurait pu être qu'un caméo, mais il est celui que l'on traite d'infâme depuis plus de quatre siècles.

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The Gunpowder Plot Conspirators
Les conspirateurs
Unknown Artist (Public Domain)

Les caves du Parlement

Les conspirateurs devaient trouver un moyen d'arriver sous le parlement afin d'y déposer leur poudre à canon pour une explosion d'ampleur maximale. Pour commencer, ils occupèrent une petite maison, et de là, ils creusèrent un tunnel vers le palais de Westminster, mais la bande se rendit vite compte qu'il était, en fait, beaucoup plus facile de se rendre sous le palais de Westminster qu'ils ne l'avaient imaginé. Il était possible de louer une cave à charbon vide dans les profondeurs de l'édifice, ce qu'ils firent sans tarder, choisissant celle située juste en-dessous de la chambre des Lords. A l'intérieur de cette cave, 35 (ou 36) barils de poudre furent déposés et précautionneusement cachés sous un grand tas de bois.

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Le roi, après une enfance difficile faite de régents, de complots et d'enlèvement, était toujours aux aguets de toute tentative d'assassinat.

La poudre à canon était encore une arme relativement nouvelle en Europe à l'époque, et il leur fallait un expert pour préparer des mèches adaptées pour que l'explosion des barils ait l'effet le plus dévastateur qui soit. Guy Fawkes était l'homme de la situation avec sa longue expérience de combat dans l'armée espagnole en tant que mercenaire aux Pays-Bas. Pour s'assurer que l'explosion serait encore plus mortelle qu'avec la simple utilisation de poudre, des centaines de barres métalliques furent ajoutées aux barils, qui déchireraient litérallement la structure du bâtiment. Fawkes était chargé de garder la poudre jusqu'à l'explosion finale.

La lettre

Tout se déroulait comme prévu pour les conspirateurs jusqu'à ce que l'un d'entre eux, un certain Francis Tresham, et peut-être un ou deux autres, ne commence à se demander s'il était moralement acceptable de faire sauter de bons catholiques en même temps que tous les autres. C'est presque certainement Tresham qui décida d'écrire une lettre anonyme à son beau-frère, le très catholique Lord Mounteagle. C'est cette action qui fit chavirer tout le projet. La lettre, remise à l'un des serviteurs de Mounteagle à l'attention de son maître, était un avertissement cryptique: « Ils recevront un grand choc au Parlement, et pourtant ils ne verront pas qui les blesse » (Jones, 280).

James I of England by Mytens
Jacques I d'Angleterre par Mytens
Daniel Mytens (Public Domain)

Au lieu de tenir compte de l'avertissement et de sauver sa propre peau, Mounteagle montra la lettre à Lord Robert Cecil, qui à son tour la montra au roi Jacques. Mounteagle recevra plus tard une pension généreuse pour son action. Le roi, après une enfance difficile faite de régents, de complots et d'enlèvement, était toujours aux aguets de toute tentative d'assassinat - il portait souvent des vêtements spécialement rembourrés contre une éventuelle attaque au couteau - et il n'en fallut pas plus pour le convaincre que le complot était réel et exigeait une enquête immédiate. Tout cela, dix jours avant la date que les conspirateurs avaient choisie pour faire exploser leur poudre à canon mais, désireux de ne pas laisser les meneurs échapper à la justice, les autorités gardèrent leur calme et attendirent jusqu'au 4 novembre pour fouiller les caves du palais. Les conspirateurs eurent vent de la lettre, mais Tresham tenta de convaincre ses compagnons qu'il n'était pas celui qui l'avait envoyée. Alors que les jours s'écoulaient, les autorités n'avaient toujours pas réagi et la bande en vint à penser que la lettre avait été soit mal comprise soit prise pour un canular. Les conspirateurs laissèrent alors Tresham et Fawkes avec la poudre à canon et quittèrent Londres pour préparer le soulèvement qu'ils planifiaient dans les Midlands une fois le Parlement détruit.

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La Découverte

Dans l'après-midi du 4 novembre, le roi autorisa la perquisition des caves du palais. Alors qu'ils approchaient de la cave à charbon en question, ils trouvèrent à sa porte un homme avec une lampe, Guy Fawkes (sa lampe est aujourd'hui au musée Ashmolean d'Oxford). Interrogé sur ce qu'il faisait là, Fawkes affirma que son nom était John Johnson (en fait le nom du servant de Thomas Percy). Fawkes déverrouilla la cave et autorisa les hommes chargés de la fouille à l'intérieur. Ils virent le tas de bois mais ne prirent pas la peine de l'inspecter minutieusement, puis s'en allèrent. Bredouille, l'équipe en charge des recherches s'en retourna faire son rapport au roi. Ils mentionnèrent John Johnson et son tas de bois et, sur insistance du roi, donnèrent une description de Fawkes comme étant « un sale type prêt à tout [...] qui mijotait sûrement quelque chose » (Jones, 280). Cela ne plut guère à Jacques, et il ordonna une autre fouille plus tard dans la soirée, et cette fois avec un bon nombre de soldats présents. Lorsque la cave à charbon fut fouillée pour la deuxième fois vers minuit le 4 novembre, Guy Fawkes traînait encore dans les parages. Une fois de plus, on lui ordonna de déverrouiller la cave, le groupe de recherche cette fois creusa profondément dans la pile de bois et trouva les barils de poudre à canon. Fawkes fut lui-même fouillé, et on trouva dans ses poches une montre, un fil à combustion lente pour la mèche, et de l'amadou pour créer une flamme; c'était en effet une preuve incriminante.

Torture & Mort

Fawkes fut conduit devant le roi à Whitehall, où il confessa la raison pour laquelle il était descendu dans les caves avec sa poudre à canon, bien qu'il refusât de nommer ses complices. Fawkes fut ensuite emmené à la Tour de Londres et enfermé dans une petite pièce dans l'attente d'interrogatoires plus poussés. Il connaîtrait bientôt le redoutable lieutenant de la Tour, Sir William Wade, un homme qui savait fort bien arracher les informations de ses captifs par tous les moyens possibles. Dans ce cas spécifique, le roi donna à Wade la permission d'utiliser la torture, en commençant par les méthodes les plus douces pour en arriver au chevalet. Dix jours de torture s'ensuivirent, comme l'atteste la simple comparaison de la signature du conspirateur au début et à la fin de son supplice. Fawkes restait sans remords, affirmant que la propagation du protestantisme était une maladie à enrayer par tous les moyens possibles et imaginables, « aux grands maux les grands remèdes ». Il est fort probable que Fawkes fût d'abord enchaîné afin que ses mouvements soient limités, puis qu'on lui ait cassé les jambes - grâce à des plaques qui écrasaient les jambes, et peut-être des poucettes. Vraissemblablement peu coopératif Fawkes fut ensuite placé sur un chevalet où ses membres furent lentement étirés et ses ligaments arrachés de ses os.

Torture Rack, Tower of London
Chevalet, Tour de Londres
David Bjorgen (CC BY-SA)

Pendant ce temps, le roi avait organisé une commission d'enquête sur le complot afin de savoir qui se cachait derrière et organiser leur arrestation. Heureusement pour le monarque, les conspirateurs n'avaient aucune intelligence pratique en ce qui concernait l'organisation d'une insurrection armée. Catesby s'était rendu à Holbeche House, dans le Staffordshire, où il livra de la poudre à canon à Sir Everard Digby, qui promit de rassembler 50 hommes armés pour renverser le gouvernement. Ils avaient laissé la poudre à canon s'humidifier et donc pour la sécher, Catesby l'avait répandue devant un feu. Sans surprise, le feu fit sauter la poudre à canon et les conspirateurs furent gravement brûlés; ils l'auraient eu leur explosion après tout. Certains des conspirateurs fuirent les lieux tandis que ceux qui restèrent, y compris Catesby, furent encerclés par les forces gouvernementales le 8 novembre. Lors d'une intense fusillade, bon nombre des conjurés furent tués, y compris Catesby, tandis que d'autres furent grièvement blessés. À la lumière de ce qui allait venir, ceux qui furent tués par une balle de mousquet avaient, en fait, eu de la chance.

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De retour dans les entrailles de la Tour de Londres, ils vinrent à bout de la résistance de Fawkes, et il finit par révéler les noms des conspirateurs. Tous furent rassemblés, y compris les deux prêtres jésuites et un seul, Hugh Owen, échappa à la justice anglaise en fuyant le pays. Tous furent emmenés à la Tour et torturés comme Fawkes l'avait été. Tresham mourut au cours de son supplice, mais pour les autres, le pire était encore à venir. Tout d'abord, ayant avoué leur culpabilité, les conspirateurs furent jugés en janvier 1606 à Westminster Hall. Tous ne s'étaient pas repentis de leur projet de crime, sauf Bates. La sentence fut prononcée, la terrible punition réservée aux coupables de trahison: ils seraient pendus, traînés et équarris.

Les condamnations à mort furent exécutées sur deux jours le 30 novembre et le 1er décembre. L'un après l'autre ils furent traînés par les pieds derrière un cheval dans les rues de Londres. Ils furent ensuite pendus puis relâchés juste avant d'expirer. Descendus de l'échafaud encore vivant, ils furent alors castrés, éviscérés, et décapités. Le dernier acte fut de démembrer les corps. Certains essayèrent de se soustraire à la dernière partie de l'exécution en sautant de l'échafaud, dans une tentative désespérée de se casser le cou. Guy Fawkes réussit à le faire, mais son corps sans vie reçut néanmoins le traitement intégral.

The White Tower, the Tower of London
La Tour Blanche, Tour de Londres
Frerk Meyer (CC BY-SA)

Héritage

La Conspiration des Poudres échoua lamentablement et alimenta le sentiment anti-catholique et anti-papal en Angleterre. Tout comme le sentiment anti-communiste aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, le complot rendit les protestants paranoïaques à l'égard des catholiques et les dirigeants anglicans encore plus déterminés à réprimer cette foi. Des peintures représentant l'événement, ainsi que la défaite de l'Armada espagnole, furent accrochés dans les églises et des messes de grâce eurent lieu chaque année.

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Pour célébrer l'échec du complot, les autorités encouragèrent les gens à allumer des feux de joie le soir du 5 novembre, ce qu'ils firent de bon cœur, initiant une tradition qui continue à ce jour en Angleterre et dans plusieurs autres pays. Aujourd'hui appelée « Bonfire Night », « Guy Fawkes' Night » ou « Fireworks Night», des feux de joie sont allumés et des feux d'artifice sont organisés tous les 5 novembre. Une tradition liée à cet événement était celle de fabriquer une effigie de Guy Fawkes, appelée simplement « un Guy», les enfants s'appliquaient puis présentaient leur «Guy» dans la rue ou en faisant du porte à porte et demandaient «un sou pour le Guy». Puis l'effigie était jetée dans le feu de joie dans la soirée. La tradition de faire un Guy est moins courante de nos jours, mais Guy Fawkes vit encore de bien d'autres façons, notamment dans des expressions telles que « a tough guy » (un gros dur) suite à sa longue résistance à la torture dans la Tour de Londres. Plus récemment, on a vu grandir la popularité d'un masque évoquant Guy Fawkes notament dans les milieux contestataires anti-système.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth enseigne l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques basé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, l’architecture, la mythologie mondiale et la découverte des idées que toutes les civilisations ont en commun. Il est titulaire d’une maîtrise en philosophie politique et Éditeur en chef pour WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2021, avril 29). Conspiration des Poudres [Gunpowder Plot]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19742/conspiration-des-poudres/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Conspiration des Poudres." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le avril 29, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19742/conspiration-des-poudres/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Conspiration des Poudres." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 29 avril 2021. Web. 18 mai 2021.