Jacques Ier d'Écosse

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 12 janvier 2021
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Disponible dans ces autres langues: anglais
James I of Scotland (by Unknown Artist, Public Domain)
Jacques Ier d'Écosse
Unknown Artist (Public Domain)

Jacques Ier d'Écosse régna de 1406 à 1437. En 1406, le futur roi fut capturé par des pirates puis emprisonné par Henri IV d'Angleterre (r. de 1399 à 1413), une détention qui durerait 18 ans. Il succéda à son père Robert III d'Écosse (r. de 1390 à 1406), mais en l'absence de Jacques, l'Écosse fut gouvernée par son oncle le duc d'Albany (1339-1420). Jacques retourna finalement en Écosse en 1424, mais son traitement sévère de la noblesse, ses politiques fiscales impopulaires et l'échec du siège du château de Roxburgh aboutirent à son assassinat en 1437. Son fils Jacques II d'Écosse (r. de 1437 à 1460) lui succéda et perpétua la lignée royale des Stuart.

Jeunesse

Jacques vit le jour le 25 juillet 1394 au palais de Dunfermline dans la maison royale des Stuart, fondée par Robert II d'Écosse (r. de 1371 à 1390) et poursuivie par Robert III d'Écosse (r. de 1390 à 1406), le père de Jacques. Robert III ayant été frappé d'incapacité à la suite d'un accident de cheval en 1388, c'est son frère Robert, comte de Fife (alias duc d'Albany), qui prit en charge la gestion quotidienne du royaume. À cette époque, l'Écosse était déchirée par les rivalités amères créées par les redistributions massives de terres et de titres de Robert II, ainsi que par le grand nombre de ses descendants. En 1399, un conseil royal élit David, le fils de Robert III, lieutenant du roi. Cette décision ne fit qu'aggraver la crise et le duc d'Albany prit des mesures radicales en mars 1402, emprisonnant son neveu et le laissant mourir de faim (la raison officielle du décès fut la "providence divine"). Albany se déclara régent et Robert III, craignant pour l'avenir de son royaume et de son jeune fils Jacques, envoya le prince âgé de 11 ans se mettre à l'abri en France. Malheureusement, le plan d'évasion tourna mal.

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Pendant sa captivité en Angleterre, le roi perfectionna ses compétences en musique, en tir à l'arc, en lutte et en joute.

Emprisonnement

Le prince Jacques fut capturé après que le navire hanséatique à bord duquel il se rendait en France fut pris par des pirates et fit naufrage sur la côte est de l'Angleterre, au large de Flamborough Head, le 22 mars 1406. Le prince fut capturé et présenté au roi contre une belle somme d'argent. Henri IV d'Angleterre emprisonna alors son compagnon royal dans des résidences telles que le château de Windsor, la tour de Londres et le château de Nottingham. Henri réclama une énorme rançon pour la libération de Jacques, mais son père mourut peu après sa capture et, même si Jacques était officiellement devenu roi, personne n'était prêt à verser l'argent, surtout pas le duc d'Albany qui resta régent jusqu'à sa mort en septembre 1420. En revanche, le duc avait réussi en 1416 à obtenir la libération de son propre fils, Murdoch Stuart (c. 1362-1425), qui croupissait lui aussi dans une prison anglaise. Murdoch succéda à son père en tant que régent en 1420.

James I of Scotland & Queen Joan
Jacques Ier d'Écosse et la reine Jeanne
Unknown Artist (Public Domain)

Au moins, la détention du roi était confortable et, entre-temps, les deux pays maintinrent une trêve précaire. Les relations diplomatiques furent renforcées lorsque Jacques épouse Lady Jeanne Beaufort (1400-1445), nièce d'Henri IV et fille du comte de Somerset, en février 1424. Le couple aurait huit enfants, dont six filles et un seul garçon, James (né en octobre 1430), survivrait à l'enfance. Le roi emprisonné arriva à la fin de son calvaire, mais il disposait encore de beaucoup de temps pour écrire un poème de 379 lignes à la gloire de la beauté de sa femme, The Kingis Quair ("Le livre du roi"). Bien qu'il s'agisse d'un poème sur l'amour courtois, il contient quelques passages qui reflètent les pensées du roi sur son enfermement, tels que:

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L'oiseau, la bête, le poisson vivent dans la mer,

Ils vivent en liberté, chacun dans son genre ;

Et moi, je suis un homme, et je manque de liberté ;

Que dirais-je, quelle raison pourrais-je trouver,

Pour que la fortune agisse ainsi ? Ainsi dans mon esprit

Je plaiderais ma cause, mais en vain :

Il n'y avait personne pour se préoccuper de mes malheurs.

(Jones, N. 86)

Pendant sa captivité, le roi perfectionna également ses compétences en musique, en tir à l'arc, en lutte et en joute médiévale. En effet, les compétences martiales du roi furent mises à profit par Henri V d'Angleterre (r. de 1413 à 1422), qui utilisa Jacques dans ses campagnes en France en 1420 pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453). Les deux hommes devaient bien s'entendre, car Henri anoblit Jacques et l'invita à rejoindre le prestigieux et très sélect ordre chevaleresque de la Jarretière en avril 1421.

Retour en Écosse

Jacques finit par rentrer en Écosse en avril 1424, après qu'une rançon de 40 000 livres sterling (l'équivalent de plus de 25 millions de livres sterling aujourd'hui), payable en plusieurs versements, eut été convenue. Dans le cadre de cet accord, 27 nobles écossais furent remis aux Anglais en tant qu'otages jusqu'à ce que la rançon ne soit entièrement payée. Le roi fut couronné en mai et ne tarda pas à se venger du manque d'enthousiasme de ses nobles à payer sa rançon et à obtenir sa libération bien plus tôt. Le duc d'Albany avait échappé à la colère de Jacques, mais pas sa famille, et beaucoup furent exécutés, notamment Murdoch Stewart en mai 1425. Une purge générale des fonctionnaires déloyaux et de certains chefs de clan s'ensuivit. Les clans des Highlands, notamment les MacDonald, furent davantage soumis au contrôle royal. Jacques entreprit alors de déposséder systématiquement les comtes de leurs comtés, de sorte qu'il finit par en contrôler lui-même un grand nombre (Fife, Strathearn, Mar, March, Garioch, Lennox et Annandale, pour n'en citer que quelques-uns). Le roi ne ménagea pas non plus la population: les impôts furent augmentés, la pêche fut interdite en dehors de la saison, des règles furent édictées concernant le type de vêtements que certaines classes pouvaient porter et, curieusement, le football fut interdit.

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Linlithgow Palace
Palais de Linlithgow
Alex Sanz (CC BY)

Le roi améliora la justice locale et élargit la composition du Parlement aux petits nobles. Le Parlement devint également un organe législatif, à l'instar de la version anglaise, et adopta régulièrement des lois. Beaucoup de ces nouvelles lois, comme on l'a vu, imposaient des restrictions mineures à la vie quotidienne, et beaucoup d'entre elles étaient totalement inapplicables, comme celle qui stipulait que tous les nids de corbeaux devaient être enlevés des arbres. En outre, ces développements législatifs ne plaisaient guère aux nobles sans foi ni loi qui jouissaient d'une totale indépendance pendant l'emprisonnement du roi. Jacques continua malgré tout et consolida la position des Stuart en tant que grande famille régnante grâce à une série de dépenses splendides pour des projets publics et des palais tels que celui de Linlithgow avec sa nouvelle Grande Salle.

James fut accusé de mener un train de vie trop somptueux à la cour, son embonpoint témoignant de son aisance.

En termes de politique étrangère, Jacques ne respecta que du bout des lèvres ses engagements envers la France, préférant largement laisser l'Angleterre et ce royaume se chamailler entre eux sur le continent. Les liens diplomatiques avec la France furent renforcés lorsque Jacques promit sa fille Marguerite en mariage à Louis, héritier du trône de France en 1436. Il y eut une seule aventure militaire en août 1436, lors du siège du château de Roxburgh, toujours tenu par les Anglais. Jacques ne réussit qu'à faire capturer son train de nouveaux canons, une perte coûteuse et humiliante.

Il n'est peut-être pas surprenant qu'avec tous ces remaniements et cette réaffirmation du pouvoir royal, de nombreux habitants du royaume aient préféré que leur roi soit resté à la Tour de Londres. Peu de gens souhaitaient une escalade de la guerre avec l'Angleterre, et le Parlement refusa la tentative du roi d'augmenter les impôts. Jacques fut accusé de mener un train de vie trop somptueux à la cour, son aisance étant trop évidente au vu de son embonpoint, décrit par un chroniqueur comme "épais et oppressé par trop de graisse" (Cannon, 152). En essayant d'imiter les cours d'Angleterre et de France, Jacques dépensait des sommes prodigieuses en vêtements, bijoux et ameublement. Seules les deux premières rançons dues à la Couronne anglaise furent payées, ce qui ne permettait pas de justifier les taxes élevées. Même lorsque Jacques réussit à persuader le Parlement de lever un nouvel impôt en 1431, la condition était que les recettes devaient être conservées dans un coffre-fort auquel le roi ne pouvait pas accéder pour ses propres dépenses. La patience des Écossais à l'égard de leur roi extravagant et autoritaire s'épuisait rapidement.

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Statue of James I of Scotland
Statue de Jacques Ier d'Écosse
Stephencdickson (CC BY-SA)

La goutte d'eau qui fit déborder le vase fut peut-être la décision formelle de Jacques de cesser de payer la rançon, même si plusieurs nobles écossais étaient retenus en otage. Un petit groupe de barons radicaux - dont certains héritiers faisaient partie des otages - était déterminé à agir et, sous la direction de Walter, comte d'Athol, l'oncle du roi, ils conspirèrent pour arrêter le roi au Parlement. Cette stratégie ayant échoué, des mesures plus radicales furent prises. Le roi fut assassiné dans le monastère des Frères Prêcheurs à Perth le 21 février 1437. Selon une version confuse des événements, une dame tenta de bloquer la porte des appartements du roi en utilisant uniquement son bras, qui fut brisé. Le roi s'enfuit dans les égouts mais fut découvert par ses assassins et poignardé à mort. La reine Jeanne était présente et réussit à s'échapper de justesse, bien qu'elle ait été blessée au cours de l'épisode. À l'insu des assassins du roi, la noblesse se rallia à la reine Jeanne et à son jeune fils Jacques. Le régicide, semble-t-il, restait un crime impardonnable, quel qu'ait été le degré de mépris du monarque. Les assassins de Jacques Ier furent rassemblés, torturés et exécutés; l'un d'entre eux aurait reçu une couronne de fer brûlante sur la tête.

Mort et successeur

Jacques Ier mourut à l'âge de 43 ans et fut enterré à la chartreuse de Perth. Son fils Jacques, devenu Jacques II d'Écosse, lui succéda. Le nouveau roi étant encore mineur, les nobles se bousculèrent pour contrôler le roi et son royaume, comme à l'accoutumée. Intrigues, meurtres et exécutions furent suivis d'une guerre civile entre les Douglass et les familles fidèles à la Couronne. Jacques II remporta cette guerre mais fut tué en 1460 lorsque le canon à côté duquel il se tenait explosa lors d'un siège du château de Roxburgh. Il semble que les rois Stuart étaient soit sujets aux accidents, soit terriblement malchanceux, mais la lignée se maintint jusqu'à la fin de la période médiévale et au-delà, lorsque Jacques VI d'Écosse (r. de 1567 à 1625) devint Jacques Ier d'Angleterre (r. de 1603 à 1625), unifiant les deux royaumes sous un seul monarque.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

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Cartwright, M. (2021, janvier 12). Jacques Ier d'Écosse [James I of Scotland]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18638/jacques-ier-decosse/

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Cartwright, Mark. "Jacques Ier d'Écosse." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le janvier 12, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18638/jacques-ier-decosse/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Jacques Ier d'Écosse." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 12 janv. 2021. Web. 18 avril 2024.

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