Les Grenouilles est une comédie écrite par Aristophane (c. 445 - vers 385 av. J.-C.), le plus célèbre des auteurs comiques de la Grèce antique. Tirant son nom des créatures qui composent le chœur de la pièce, elle remporta le premier prix au festival dramatique des Lénéennes en 405 avant J.-C. et, forte de son succès, fut ensuite jouée au festival des Dionysies à Athènes.
Cette pièce est la dernière œuvre écrite par le dramaturge pendant la période troublée de la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte. Bien qu'il ait été poursuivi en justice pour ses attaques répétées contre le politicien Cléon, Les Grenouilles valut à Aristophane les honneurs publics pour avoir promu l'unité athénienne. La pièce raconte l'histoire de Dionysos, dieu protecteur du théâtre, qui se plaint de l'état déplorable du théâtre athénien. Afin de sauver la tragédie d'une génération d'écrivains médiocres, Dionysos, déguisé en Heraclès, et son esclave Xanthias descendent aux Enfers pour ramener Euripide d'entre les morts, le tragédien étant décédé l'année précédente. Cependant, avant que Dionysos ne puisse quitter les Enfers et retourner à Athènes, il est amené à servir de juge à la cour des Enfers dans un concours opposant Euripide et Eschyle pour déterminer qui est le plus grand poète tragique athénien.
Aristophane
Aristophane était l'un des meilleurs exemples de la "grâce, du charme et de l'ampleur" de la comédie attique antique. Malheureusement, ses œuvres de cette période sont les seules connues à ce jour: seules onze de ses pièces ont survécu. On sait peu de choses sur ses débuts, même sa date de naissance reste incertaine. Fils de Philippus, il était originaire d'Athènes mais possédait des propriétés sur l'île grecque d'Égine. Il avait deux fils, dont l'un, Ararôs, composa quelques comédies mineures. Dans son livre The Greek Way , la classiciste Edith Hamilton écrit qu'Aristophane portait l'auréole de la Grèce: "L'Athènes d'Aristophane est principalement peuplée d'une foule de personnages peu recommandables, aussi peu platoniques que possible" (101). Toute la vie athénienne se reflétait dans ses pièces: la politique, les politiciens, les contribuables mécontents, les réformes fiscales et le dégoût général de la ville pour la guerre qui opposait Athènes à Sparte. "Tout était matière à moquerie pour lui" (ibid.). Athènes était une ville en proie à l'agitation. Les habitants étaient confinés dans la ville alors que les armées spartiates se profilaient à proximité. Les gens étaient indignés par l'inefficacité de leurs dirigeants, tant au sein du gouvernement municipal que sur le champ de bataille. Tout cela servait de matière première aux pièces d'Aristophane.
À l'époque où Aristophane commença à écrire, le théâtre grec était en grave déclin. Euripide était mort et Sophocle allait mourir avant que la pièce ne soit terminée. Cependant, comme dans la tragédie, la présentation d'une pièce restait en grande partie la même: il y avait trois ou quatre acteurs (parfois plus) qui portaient des masques et des costumes grotesques, ainsi qu'un chœur de 24 personnes - même le chœur portait des masques. Contrairement à la tragédie, le but d'une comédie était de présenter une poésie magnifiquement écrite tout en faisant rire. Bien qu'Aristophane soit parfois critiqué pour avoir fait baisser le niveau élevé de la tragédie d'Eschyle, ses pièces, avec leur simplicité et leur vulgarité, étaient reconnues et appréciées pour leur riche fantaisie ainsi que pour leur obscénité, leur gaieté et leur satire. Sa comédie était un mélange magistral d'esprit osé et d'inventivité. Selon Norman Cantor dans son livre Antiquity, ses pièces reflétaient les opinions conservatrices du peuple athénien qui appréciait non seulement l'ancienne simplicité de la société, mais aussi sa moralité.
Aristophane était un observateur de la société athénienne. David Barrett, dans sa traduction d'Aristophane, a déclaré que la tension entre l'ancien et le nouveau à Athènes apparaît de manière proéminente dans Les Grenouilles et, tout comme son prédécesseur Euripide, ce changement - la tension anti-guerre et l'agitation politique - pouvait être observé dans toutes ses pièces. Comme ses comédies contenaient souvent un thème de paix, beaucoup ont été amenés à croire qu'il était pacifiste. Les observations d'Aristophane sur ses concitoyens athéniens et la mauvaise gestion de la ville firent de lui un fervent opposant à la guerre. Dans l'ensemble, ses pièces servaient à ridiculiser les politiciens ainsi que les philosophes: l'homme d'État Cléon était l'une de ses cibles favorites, tandis que Socrate était dépeint comme un traître. La mythologie et la théologie n'échappaient pas non plus à son mépris: les dieux étaient souvent représentés comme stupides et lâches.
Personnages
Les Grenouilles compte un nombre assez important de personnages:
- Dionysos
- Xanthias
- Héraclès
- Euripide
- Eschyle
- Hadès
- Charon (passeur des morts)
- Éaque (portier des Enfers)
- deux logeuses
- une servante
- un esclave
- et deux chœurs: l'un composé d'initiés, l'autre de grenouilles.
Intrigue
Rencontre avec Heraclès
La pièce commence avec l'arrivée de Dionysos et de son serviteur Xanthias chez Heraclès. Dans une vaine tentative de se déguiser en Heraclès, Dionysos est vêtu d'une robe jaune recouverte d'une peau de lion. Heraclès ouvre la porte et se met à rire en voyant la tenue de Dionysos.
Oh! je ne suis pas capable d'étouffer mon rire, quand je vois cette peau de lion par-dessus une robe jaune. Quelle idée ! Un cothurne, une massue ! Quel amalgame !
(trad. E. Talbot, Remacle)
Ils demandent à Héraclès comment il est arrivé dans l'Hadès et expliquent qu'ils espèrent ramener Euripide d'entre les morts. Dionysos explique: "J'ai besoin d'un bon poète. Il n'y en a plus: ceux qui vivent sont mauvais." (136). Hercule répond en citant plusieurs jeunes poètes talentueux (Iophon et Agathon), mais Dionysos soutient qu'aucun d'entre eux n'est authentique. « ... Ce sont de frêles rejetons, babillards, orchestres d'hirondelles, gâte-métier..." (137). Il ajoute: "Mais un poète de génie, tu n'en trouveras pas un, en cherchant bien, qui produise de généreux accents."(137). Afin de restaurer la tragédie athénienne, il doit se rendre aux Enfers et ramener Euripide. Alors, quel est le meilleur moyen de s'y rendre? Pour effrayer la divinité, Héraclès lui parle des horreurs qui l'attendent: serpents, bêtes sauvages, le Grand Marais de Souillures et le Ruisseau Éternel d'Excrétions. Mais ses avertissements n'ont que peu d'effet.
Voyage vers l'Hadès
Dionysos part et arrive à un grand lac où Charon, le passeur, l'accompagne jusqu'aux Enfers. Xanthias arrive par un autre chemin, plus long. Pendant la traversée, Dionysos, qui doit aider à ramer, se plaint sans cesse de ses "ampoules", et de son "derrière en sueur". Il se dispute violemment avec un chœur de grenouilles qui chantent et refusent de se taire: "Aussi, race musicienne, cessez" (144).
Alors qu'ils s'éloignent du lac, ils sont abordés par un chœur d'initiés qui chantent et dansent, entonnant des hymnes à Déméter, Perséphone et Iacchos. Les deux voyageurs décident de se joindre à la danse, mais finissent par l'interrompre pour demander et obtenir l'itinéraire vers la demeure d'Hadès. À la porte du palais d'Hadès, ils (Dionysos étant toujours déguisé en Héraclès) sont accueillis par Éaque, le portier. Effrayé, Dionysos échange ses vêtements avec Xanthias. Après une altercation avec une propriétaire au sujet de l'identité de chacun, le portier décide de laisser Hadès et Perséphone déterminer qui est le dieu et qui est le serviteur.
Euripide contre Eschyle
Plus tard, Xanthias et un esclave commencent à discuter. Ils entendent des cris provenant de l'intérieur de la maison d'Hadès. L'esclave lui dit qu'il y a des problèmes chez Hadès:
Il y a ici une loi, qui porte que, dans les arts grands et ingénieux, tout homme supérieur à ses confrères sera nourri au Prytanéion et siégera auprès de Pluton... (ibid).
Xanthias apprend qu'Eschyle occupait cette place, mais qu'Euripide lui a maintenant lancé un défi pour l'obtenir. Il semble qu'il ait fait appel à tous les égorgeurs et meurtriers pour obtenir leur soutien. Hadès a donc décidé d'organiser un concours entre Euripide et Eschyle - Sophocle ayant renoncé à toute prétention. Des balances sont rapidement apportées: "... ils apporteront des règles, des toises à vers, des moules compacts...Des diamètres, des équerres." (ibid). Lorsque Xanthias s'est enquis du juge du concours, l'esclave a répondu qu'il serait difficile de trouver quelqu'un d'assez intelligent dans l'Hadès, et qu'Eschyle ne s'entendait avec aucun Athénien.
Le concours commence par les attaques verbales d'Euripide contre Eschyle:
Je le connais, et j'ai, depuis longtemps, percé à jour ce créateur d'hommes farouches, ce poète au langage hautain, à la bouche sans frein, sans règle, sans mesure, emportée, pleine d'entassements emphatiques... (ibid)
Eschyle répond que ses pièces ont survécu, tandis que celles d'Euripide sont mortes avec lui. Tout au long du concours, les deux poètes font référence à leurs pièces. Euripide dit: "Introduisant sur la scène la vie intime, nos habitudes quotidiennes, de manière à provoquer la critique : car chacun s'y connaissant pouvait critiquer mon procédé. Mais je ne faisais pas un fracas capable de troubler la raison, ...» (171). Il pensait avoir ajouté de la logique à son drame. Eschyle dit qu'il lui était pénible de devoir répondre à des attaques verbales, mais, frustré, il finit par demander à Euripide quelles sont les qualités que l'on recherche chez un bon poète. La réponse: enseigner aux gens à être de meilleurs citoyens. Eschyle répond:
Vois donc quels hommes il a, tout d'abord, reçus de mes mains: généreux, hauts de quatre coudées, ne se dérobant point aux charges publiques, ni flâneurs, ni bouffons, comme aujourd'hui, ni toujours prêts au mal, mais respirant lances et javelots, casques aux blanches aigrettes, armets, bottines, boucliers à sept cuirs de bœuf.... (ibid)
Eschyle, le vainqueur
Finalement, Eschyle se lasse du concours et demande à ce que l'on utilise la balance. Dionysos regarde les deux hommes:
Eh bien, sachez de moi ceci. Je suis descendu ici chercher un poète... Afin que la ville sauvée organise des chœurs. Celui de vous deux qui donnera à la République un bon avis, j'ai résolu de l'emmener. (188)
Finalement, Dionysos choisit Eschyle. Bien sûr, se sentant trahi, Euripide le traite de traître: "Méchant, me laisseras-tu donc parmi les morts?" (ibid). Alors qu'ils quittent le palais, Hadès dit au revoir à Eschyle et lui conseille "d'instruire les fous" (ibid). Eschyle s'éloigne en disant à Hadès de garder ce menteur grossier et malhonnête loin de son trône.
Héritage
Aristophane fut le dernier des grands dramaturges de la comédie attique antique. Son esprit acerbe transparaît même dans le Banquet de Platon, où il discute de l'origine de l'espèce humaine. Un aspect unique des Grenouilles concerne le tragédien Sophocle, décédé pendant l'écriture de la pièce. Aristophane fut contraint d'apporter plusieurs modifications rapides. Comme ses contemporains, Aristophane utilisait ses pièces pour critiquer la société athénienne: ses troubles politiques et son implication dans la guerre contre Sparte. Dans son livre The Classical Greeks, Michael Grant explique qu'Aristophane a écrit Les Grenouilles à une époque où le pouvoir militaire et politique de la ville était au bord de l'effondrement. Dans une tentative d'échapper au monde, il envoie Dionysos dans l'Hadès. Il ajoute que ses pièces contiennent des attaques contre des personnalités politiques athéniennes, mais aussi un appel à la paix. Bien que souvent critiquées pour leur ton grivois et osé, les pièces d'Aristophane étaient populaires auprès du public athénien. Ses pièces ont continué à être appréciées et admirées pendant des années après sa mort, ont influencé la comédie hellénistique et romaine, et sont encore régulièrement jouées aujourd'hui.
