Architecture Étrusque

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 31 janvier 2017
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Disponible dans ces autres langues: anglais, italien
Etruscan Terracotta Roof Decorations (by Jean-Pierre Dalbéra, CC BY)
Décorations de toitures en terre cuite étrusque
Jean-Pierre Dalbéra (CC BY)

L'architecture de la civilisation étrusque, qui s'épanouit dans le centre de l'Italie du VIIIe au IIIe siècle avant notre ère, fut en grande partie effacée par les conquérants romains et par le temps, mais l'influence même des Étrusques sur l'architecture romaine et l'impression que leurs bâtiments ont laissée aux écrivains ultérieurs donnent des indices surprenants sur ce que nous n'avons pas eu la chance de connaître. Des exemples de poterie, des peintures funéraires et des fouilles sur des sites tels que Tarquinia, Vulci, Veii et Cerveteri ont révélé des preuves tangibles que les architectes étrusques étaient à la fois innovants et ambitieux. La colonne toscane, le portail en arc, la villa privée avec atrium et les temples à grande échelle sur d'impressionnantes plates-formes surélevées avec des décorations extravagantes en terre cuite ne sont que quelques-unes des innovations qui seraient copiées et adaptées par leurs successeurs culturels en Italie.

Les problèmes de la reconstruction

Malheureusement, la reconstruction des villes et des bâtiments des Étrusques est rendue difficile par l'absence de vestiges substantiels. Il n'y a, hélas, ni Parthénon ni Pompéi pour cette longue et influente civilisation. En outre, un grand nombre de villes étrusques furent complètement recouvertes par des villes plus tardives au cours des périodes médiévale et moderne, ce qui rend toute fouille aujourd'hui problématique voire même impossible. D'autres sources d'information sont nécessaires, et heureusement, les Étrusques eux-mêmes sont en mesure de les fournir dans leurs représentations de l'architecture dans les peintures de tombes et les poteries fabriquées sous la forme de bâtiments allant de huttes primitives à de grands temples. Les écrivains romains eux aussi contribuèrent à notre meilleure connaissance de l'architecture étrusque par leurs descriptions admiratives. Enfin, il est un domaine où aucun texte ni aucune reconstitution ne sont nécessaires : les milliers de tombes que les Étrusques construisirent et qui évoluèrent au fil des siècles, passant de tumulus à de grandes chambres voûtées en pierre abritant plusieurs générations de morts.

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À partir du milieu du VIe siècle av. J.-C., les grands bâtiments privés étaient dotés de toits à pignons soutenus par des colonnes et d'un atrium, créant ainsi une cour ouverte sur le ciel.

L'habitat étrusque

Si les tombes étrusques étaient apparemment construites pour durer des siècles, avec des chambres en pierre ou taillées dans la roche, l'architecture domestique quotidienne était construite avec des matériaux plus périssables : bois, briques de terre séchées au soleil ou torchis pour les murs. Des exemples de huttes circulaires et ovales datant du 7e au 6e siècle avant J.-C. à Acquarossa montrent que les murs étaient autrefois recouverts de plâtre. Des poteaux en bois fournissaient un support supplémentaire et soutenaient un toit de chaume. La pierre était parfois utilisée pour les fondations et les niveaux inférieurs. Comme pour les grands bâtiments publics, les toits des maisons peuvent avoir été décorés d'ajouts en terre cuite tels que des palmettes, des motifs de lotus et des figurines. Des tuiles en forme de selle du même matériau protégeaient le sommet du toit des bâtiments rectangulaires, tandis que des exemples de tuiles centrales percées d'un trou subsistent dans les structures rondes, pour laisser passer la lumière ou permettre à la fumée de s'échapper. Une telle tuile d'Acquarossa était accompagnée d'un disque de recouvrement pour fermer le trou en cas de pluie. Les poutres étaient protégées en clouant des plaques de terre cuite aux extrémités exposées. A terme, les tuiles remplaceront le chaume.

Etruscan Circular House Model
Modèle de maison circulaire étrusque
Sailko (CC BY)

À partir du début du 6e siècle avant J.-C., les maisons comportaient plusieurs pièces communiquant entre elles, parfois avec une grande salle et une cour privée. Elles étaient encore construites sur un seul plan. Les fouilles montrent que les premières communautés avaient une forme de planification de base avec plusieurs maisons disposées autour d'une cour commune. Cette disposition était également avantageuse pour la construction de canaux de drainage taillés dans la roche et placés entre les maisons, qui menaient à des citernes, bien que, dans certaines villes, plus on s'éloigne du centre, plus l'emplacement des bâtiments est désordonné.

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À partir du milieu du VIe siècle avant J.-C., les grands bâtiments privés, probablement influencés par l'architecture d'Asie Mineure et de Phénicie, avaient des toits à pignons soutenus par des colonnes. Ils avaient un atrium, un hall d'entrée ouvert sur le ciel au centre et avec un bassin peu profond sur le sol au milieu pour recueillir l'eau de pluie. À l'opposé se trouvait une grande pièce avec un foyer et une citerne, ainsi que des pièces annexes, notamment des logements pour les domestiques.

Etruscan Model House
Modèle de maison étrusque
Jérémy-Günther-Heinz Jähnick (GNU FDL)

Les premiers établissements étrusques étaient construits sur des plateaux et des crêtes faciles à défendre, mais les villes situées dans des endroits considérés comme vulnérables aux attaques étaient davantage protégées par des murs de pierre et des fossés. L'établissement de Marzabotto est un bon exemple d'urbanisme, les bâtiments du Ve siècle avant J.-C. étant orientés selon un axe nord-sud et disposés en grille. Nous savons que les Étrusques étaient particulièrement concernés par les rituels et les rites liés à la planification et à la disposition des bâtiments et qu'ils considéraient certaines dispositions comme étant de bon augure.

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Les temples étrusques

Les premiers espaces sacrés étrusques n'avaient pas d'architecture à proprement parler, il s'agissait simplement d'une zone extérieure définie comme sacrée avec un autel où les rites étaient accomplis. Certains espaces étaient dotés d'un podium rectangulaire d'où l'on pouvait observer les présages. Au fil du temps, des bâtiments, probablement uniquement en bois et en chaume, furent érigés à l'intérieur de l'espace sacré, qui avaient diverses fonctions, notamment l'hébergement. Le premier temple étrusque en pierre apparut à Veii vers 600 avant notre ère. La plate-forme d'autel de Cortona, datant du VIe siècle av. J.-C., atteste que des bâtiments secondaires étaient également construits en pierre. Mesurant 5 x 6,5 mètres et atteignant une hauteur de 2 mètres, l'autel est accessible par une volée de 10 marches avec balustrades. Ces bâtiments secondaires et la zone sacrée elle-même étaient souvent entourés d'un muret en moellons ponctué de supports occasionnels en blocs taillés, voire d'un parement extérieur complet en pierre de taille.

Etruscan Temple Model
Modèle de temple étrusque
Carole Raddato (CC BY-SA)

L'architecture des temples étrusques a été difficile à reconstituer en raison du manque d'exemples survivants. L'architecte et écrivain romain Vitruve décrit un "temple toscan" spécifique avec un portique à colonnes et trois petites pièces au fond à l'intérieur, mais les preuves indiquent une réalité plus variée, même si certaines caractéristiques de base sont communes. Les temples sont presque carrés, contrairement aux temples grecs évidemment rectangulaires, et placés sur une plate-forme beaucoup plus élevée. Les colonnes sont dites de type toscan et, comme l'ordre dorique, elles n'ont pas de cannelures mais elles reposent sur une base. Elles soutiennent le toit qui surplombe l'entrée en créant un porche profond.

L'un des temples étrusques les mieux documentés est le temple Portonaccio de Veii, datant d'environ 510 avant notre ère. Il fut construit sur une base presque carrée de blocs de tuf volcanique mesurant 18,5 m sur les côtés. Avec son entrée frontale en escalier, son porche à colonnes, son entrée latérale et sa cella en trois parties, il correspond à la description de Vitruve. Le toit était décoré de sculptures grandeur nature en terre cuite, peintes en couleurs vives, dont une figure d'Apollon en marche. Des antéfixes sur les édicules, toujours en terre cuite, représentaient des Ménades et des Gorgones. Le temple était peut-être dédié à Menrva (la version étrusque d'Athéna/Minerve). Parmi les autres sites présentant de grands temples similaires, citons Pyrgi (temples A et B) - l'un des trois ports de Cerveteri, Tarquinia (l'Ara della Regina) et Vulci (le Grand Temple). Comme dans les temples grecs, l'autel proprement dit et le lieu des cérémonies religieuses restaient à l'extérieur du temple lui-même.

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Tombes étrusques

De simples cavités en pierre creusées dans le sol, dans lesquelles on déposait une jarre contenant les cendres du défunt et quelques objets de la vie quotidienne, cédèrent la place à des tombes en pierre plus grandes, enfermées dans des tumulus et, plus tard encore, à des bâtiments indépendants, souvent disposés en rangées ordonnées. Ces derniers tumuli et tombes en bloc du VIIe au Ve siècle contenaient des objets plus impressionnants enterrés avec les restes non incinérés des défunts, tels que des bijoux, des services de table et même des chars.

Tomb of the Chariots, Populonia
Tombeau des chars, Populonia
Roberto Zanasi (Public Domain)

Les tumulus sont faits d'une base circulaire de blocs de tuf et de couches inférieures disposées en cercle. Ils peuvent également être taillés dans la roche existante sur le site choisi. Ces murets peuvent présenter une décoration simple et moulée. Un couloir en pierre mène à une chambre centrale qui est conçue pour ressembler à une maison avec des fenêtres et une porte peintes, ou dans le cas des plus anciennes, avec son plafond bas peint pour imiter la toile de tente et donc la pratique étrusque encore plus ancienne d'enterrer les morts dans des tentes. Certains couloirs et chambres ont des toits en encorbellement, comme la tombe du VIIe siècle avant J.-C. à Volterra, dont le toit en dôme est créé par des anneaux de petits blocs de pierre qui vont en diminuant. Le drainage était assuré soit par des dalles de pierre inclinées placées en travers du toit, soit par la construction de l'ensemble de la tombe sur une base de pierre inclinée, comme dans la tombe des chars à Populonia. L'ensemble de la structure était ensuite recouvert d'un monticule de terre. Certains des plus grands tumulus, comme celui de Cerveteri, mesurent jusqu'à 40 mètres de diamètre. Beaucoup de ces tombes furent utilisées pendant plusieurs générations.

Un nouveau type de tombe apparut à partir du 6e siècle avant J.-C., le petit bloc autonome avec un toit à pignon. Ces structures cubiques sont particulièrement visibles dans la nécropole de Banditaccia à Cerveteri. Elles sont construites à l'aide de grands blocs de pierre et, là encore, peuvent intégrer la roche naturelle du site ; chacune possède une entrée à porte unique et à l'intérieur se trouvent des bancs de pierre sur lesquels les défunts étaient couchés, des autels sculptés et parfois des sièges en pierre. Disposées en rangées, les tombes témoignent peut-être d'une plus grande préoccupation pour l'urbanisme à cette époque.

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Les tombes étrusques de la période hellénistique évoluent vers deux nouveaux modèles, que l'on peut observer à Chiusi. Le premier type est construit à partir de blocs bien taillés et possède une voûte en berceau, comme les tombes macédoniennes. Le second type possède un tunnel d'entrée beaucoup plus impressionnant ; certains atteignent 25 mètres de long. L'intérieur, en revanche, est plus sobre, avec une simple chambre rectangulaire ou en forme de croix, bordée de bancs et de niches sur lesquels étaient placés des jarres funéraires et des sarcophages. Ces tombes étaient également utilisées sur plusieurs générations et, dans certains cas, les tunnels d'entrée devinrent la tombe elle-même sans qu'aucune chambre finale ne soit construite ; un exemple comporte 39 niches pour placer les restes.

Les murs des tombes de l'élite étrusque étaient peints de scènes colorées et vivantes tirées de la mythologie, des pratiques religieuses et de la vie quotidienne des Étrusques, notamment des banquets et des danses. Des éléments architecturaux encadrent ces scènes ou y sont même représentés. Les tombes ont souvent une porte et un cadre peints, par exemple, comme une métaphore du passage du défunt dans l'autre vie. Les fenêtres et les colonnes sont également représentées en peinture, ce qui permet d'étayer les fouilles archéologiques de bâtiments réels.

Etruscan Square Tomb, Cerveteri
Tombeau carré étrusque, Cerveteri
Johnbod (CC BY-SA)

L'héritage

Les plafonds voûtés, les arcs, les colonnes toscanes et les portes monumentales de l'architecture étrusque influencèrent et inspirèrent les architectes romains. En effet, les bâtisseurs étrusques sont à l'origine du plus important temple primitif de Rome, celui du Jupiter Optimus Maximus du VIe siècle avant J.-C. sur la colline du Capitole. Les portes en arc étrusques seront, comme dans de nombreux autres domaines de la conception romaine, rendues beaucoup plus grandes et ostentatoires, pour finalement devenir l'arc de triomphe. L'utilisation par les Étrusques des tombes de la période hellénistique pour intercaler un grand nombre de dépouilles influencerait les Romains dans leurs columbariums ultérieurs où des centaines de dépouilles seraient soigneusement enterrées sur plusieurs niveaux. Enfin, la conception de la maison à atrium fut adoptée et adaptée par les Romains, qui lui donnèrent le nom d'atrium tuscanicum en reconnaissance de leur dette architecturale envers les Étrusques.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2017, janvier 31). Architecture Étrusque [Etruscan Architecture]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15620/architecture-etrusque/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Architecture Étrusque." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le janvier 31, 2017. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15620/architecture-etrusque/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Architecture Étrusque." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 31 janv. 2017. Web. 30 nov. 2022.

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