Bai Juyi

Emily Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Bai Yuyi (by Matt Christensen, Copyright)
Bai Yuyi Matt Christensen (Copyright)

Bai Juyi (772-846) était l'un des plus grands poètes de la dynastie Tang (618-907), avec Li Po (701-762) et Du Fu (712-770). Il était fonctionnaire et eut plusieurs fois des démêlés avec les autorités pour avoir enfreint les règles ou ne pas avoir agi comme ses supérieurs le souhaitaient.

Bai Juyi ne se souciait guère de suivre des règles qu'il jugeait stupides ou illogiques. Il était avant tout un poète et suivait son cœur. Contrairement à Li Po, Bai Juyi n'est pas très connu en Occident, mais il est très populaire en Chine. Il est surtout connu pour son poème "Chant des regrets éternels" qui est devenu très populaire lorsqu'il le publia vers 806 et qui l'est encore aujourd'hui. En Chine, ce poème fait toujours partie du programme scolaire.

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Le style simple de Bai Juyi, connu sous le nom de Yuanhe, était accessible et attrayant pour le grand public (mais pas tellement pour les critiques) et, grâce à cela et à son habitude de publier et de distribuer ses propres œuvres, la plupart de ses poèmes ont traversé les siècles et continuent d'être admirés aujourd'hui.

Jeunesse

Bai Juyi vit le jour en 772 dans le comté de Xinsheng, près de l'actuelle capitale de la province du Henan, Zhengzhou. Il était issu d'une longue lignée d'érudits et de fonctionnaires. Sa famille était pauvre et avait du mal à joindre les deux bouts, mais elle veilla à ce que Bai reçoive une éducation. Il écrivait déjà des poèmes à l'âge de douze ans lorsque sa famille dut déménager dans une autre province en raison des troubles politiques dans la leur.

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À l'âge de seize ans, Bai se rendit à Changan, la capitale de la dynastie Tang, pour soumettre ses poèmes à un poète renommé nommé Gu Kuang. Gu fut impressionné par son travail et lui recommanda de passer l'examen impérial afin de travailler pour le gouvernement. De nombreux poètes travaillaient pour le gouvernement, car c'était un emploi stable, facile à exercer et qui leur laissait du temps pour écrire leurs propres poèmes. Pendant que Bai étudiait pour les examens, son père mourut et la famille se retrouva sans ressources.

Bai précipita ses études dans l'espoir de trouver un emploi pour aider sa famille, mais il échoua à l'examen. Il observa les trois années de deuil requises pour son père et s'exila dans sa maison ancestrale sur la rivière Wei, juste à l'extérieur de Changan. Il se consacra à la poésie et c'est à cette époque, vers 806, qu'il écrivit Le Chant des regrets éternels. À l'issue de ses trois années de deuil, il retourna à Changan pour passer l'examen, qu'il réussit à l'âge de 20 ans.

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Il trouva un emploi d'archiviste et se lia d'amitié avec d'autres jeunes poètes qui venaient de réussir l'examen. L'un d'eux était Yuan Zhen (779-831), célèbre écrivain, poète et érudit qui allait devenir le meilleur ami de Bai. Yuan Zhen et Bai Juyi étaient tous deux très francs et préoccupés par les injustices sociales et la corruption politique. Même s'ils travaillaient tous deux pour le gouvernement, ils n'hésitaient pas à critiquer les fonctionnaires qu'ils estimaient abuser de leur position. Yuan Zhen était plus subtil dans ses écrits et proposait des suggestions d'amélioration, mais Bai Juyi exprimait clairement ses sentiments dans ses poèmes, ce qui lui causa plus d'une fois des problèmes.

Poésie et exil

Il écrivit un poème intitulé "Sur l'arrêt de la guerre" en réponse à ce qu'il considérait comme un conflit inutile et critiqua plusieurs fonctionnaires de rang supérieur au sien. Lorsque le Premier ministre Wu Yuanheng fut assassiné en 815, Bai écrivit un poème à sa mémoire sans attendre que ses supérieurs n'expriment leurs sentiments. Ce manquement au protocole lui valut de nouveaux ennemis, qui saisirent la première occasion pour le faire exiler.

La mère de Bai mourut en 815 en tombant dans un puits alors qu'elle regardait des fleurs. Peu après, et avant de démissionner de son poste pour observer les trois années de deuil, Bai publia deux poèmes, En admirant les fleurs et Le nouveau puits, que ses ennemis qualifièrent de violations de la piété filiale, car il utilisait la mort de sa mère à des fins personnelles. Bai fut reconnu coupable, rétrogradé et exilé dans la ville de Xun Yang, sur le fleuve Yangtsé.

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Là, il se consacra à nouveau à la poésie et, à la fin de son deuil et de son exil, il rendit visite à Yuan Zhen (qui était également en exil) à Yichang. Le temps qu'ils passèrent ensemble à explorer des grottes et à boire de la bière et du vin au bord du fleuve devint le sujet de nombreux poèmes ultérieurs de Bai et, ensemble, ils perfectionnèrent le style d'écriture Yuanhe auquel ils sont associés.

Fonctions gouvernementales et renommée

En 819, Bai fut rappelé à Changan pour occuper un poste de secrétaire du gouvernement. Il occupa cette fonction pendant quelques années sans encombre, mais en 821, il écrivit plusieurs poèmes critiquant l'empereur Muzong. La cour de Muzong était corrompue et l'empereur lui-même ne faisait que boire et s'amuser avec ses concubines. Les poèmes de Bai Juyi n'étaient pas suffisamment critiques pour justifier l'exil ou une punition plus sévère, mais ils étaient tout de même considérés comme irrespectueux. Il fut renvoyé de la cour de Changan à Zhongzhou, dans la province du Sichuan, où il occupa un poste mineur de préfet.

Bai Juyi écrivait dans un style simple et accessible. Si le peuple aimait sa poésie, ce n'était pas le cas de nombreux critiques.

À cette époque, la poésie de Bai était devenue très populaire. Il écrivait dans un style simple que tout le monde pouvait comprendre. On raconte qu'il lisait ses poèmes à ses serviteurs illettrés et que s'ils ne comprenaient pas immédiatement un mot ou une phrase, il le simplifiait.

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Bien que le peuple ait adoré sa poésie, de nombreux critiques ne l'appréciaient pas, et ce pour les mêmes raisons. Les critiques littéraires de l'époque trouvaient sa poésie trop sensuelle et trop simple, estimant qu'elle suscitait des émotions plutôt que d'offrir une expérience harmonieuse. Bai ne prêta aucune attention à ces critiques et continua à faire imprimer et distribuer ses œuvres au public.

Il fut nommé gouverneur de Hangzhou en 822 et agit dans l'intérêt du peuple sans suivre le protocole ni demander conseil à ses supérieurs. Les agriculteurs qui vivaient dans la région connue sous le nom de Lac de l'Ouest dépendaient d'un approvisionnement régulier en eau pour leurs cultures, mais, en raison de la corruption des fonctionnaires locaux, la digue qui régulait l'eau s'était effondrée. À son arrivée, Bai constata que la population souffrait quotidiennement de la destruction de la digue et la fit reconstruire pour qu'elle soit plus solide qu'auparavant. Il ordonna également la construction d'une passerelle afin que les habitants n'aient plus à payer les tarifs élevés du passeur local pour traverser le lac.

Bai passait son temps libre à écrire des poèmes et à rendre visite à Yuan Zhen, qui occupait un poste gouvernemental à proximité. Il avait également été promu au poste de tuteur impérial, qui était assorti d'un salaire important. Il était marié à cette époque, mais le nom de sa femme est inconnu. En 829, son fils âgé de deux ans mourut, suivi peu après par Yuan Zhen en 831. Le mandat de Bai en tant que gouverneur prit fin et il se retira dans un domaine à Luoyang. À un moment donné après la mort de son fils et sa retraite, sa femme dut mourir, car elle n'est plus mentionnée par la suite.

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Retraite et mort

Bai Juyi appréciait beaucoup la nature et tenait à ce que son domaine soit principalement composé de jardins. Le spécialiste Charles Benn écrit: "Les quartiers résidentiels ne représentaient que 18 % de la propriété, qui s'étendait sur près de deux hectares et demi. Le reste du terrain était occupé par un jardin avec un lac (29 % du terrain) et une immense bambouseraie (53 % du terrain)...Après avoir pris sa retraite, il se lança dans la rénovation de son jardin" (92). Il construisit un grenier pouvant stocker jusqu'à 1 700 boisseaux de céréales, une bibliothèque pour sa vaste collection de livres, un pavillon pour les réceptions, et fit aménager trois montagnes artificielles dans son lac, symbolisant le pays des dieux.

Au cours des dernières années de sa vie, Bai recevait ses amis et écrivait des poèmes. Il faisait copier ses poèmes et les distribuait dans toute la région. Ses deux plus célèbres, Le Chant des regrets éternels et Le Chant du pipa, étaient déjà célèbres et disponibles dans les bibliothèques et les librairies. Ses fêtes étaient des événements majeurs que Benn décrit ainsi:

Chaque fois qu'il organisait une fête, lui et ses invités partaient naviguer sur ses bateaux de plaisance. Derrière l'embarcation, 110 sacs imperméables contenant de la bière et de la viande rôtie flottaient sous l'eau. Lorsque les invités avaient vidé le contenu d'un sac, les serviteurs du poète en récupéraient un autre pour le plaisir de ses compagnons. Bai avait également une troupe de dix chanteurs, danseurs et musiciens. Lorsque le jeu de la cithare était terminé et que ses invités étaient joyeusement ivres, il envoyait les artistes dans des pavillons situés sur les îles du lac, où ils interprétaient l'introduction de "Jupe arc-en-ciel", un morceau de musique célèbre. (92)

Après avoir pris sa retraite du gouvernement, Bai se qualifiait d'ermite, mais il continua à divertir les gens et à écrire de la poésie jusqu'à ce qu'il ne soit victime d'un accident vasculaire cérébral en 839. Sa poésie devint alors plus sombre et il dut cesser de recevoir des invités. Il mourut en 846 à l'âge de 75 ans. Il demanda une tombe simple près d'un monastère voisin, mais fut enterré et honoré d'un monument près des grottes de Longmen, célèbres pour leurs cent bouddhas.

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Poésie et héritage

Bai Juyi écrivit près de 3 000 poèmes au cours de sa vie, dont la plupart ont été conservés en raison de leur grande popularité. Il est connu comme le "poète du peuple" de la dynastie Tang car, contrairement à Li Po ou Du Fu, son œuvre était accessible à tous et traitait de sujets considérés comme étrangers aux principes confucéens de la poésie respectable.

Le chercheur Rewi Alley, traducteur en anglais des œuvres les plus connues de Bai Juyi , écrit:

Bai regrettait de ne pas avoir écrit davantage de poèmes sur des questions sociales et de ne pas avoir mis plus de conviction dans ceux qu'il avait écrits. On soupçonne toutefois que bon nombre des poèmes de Bai et de Yuan critiquant la société furent supprimés de leurs œuvres complètes par les compilateurs ultérieurs. En fait, la plupart des poèmes de Yuan dans ce genre ont été perdus, bien que de nombreux folios de Bai Juyi nous soient parvenus. Il est également intéressant de noter que, alors qu'il était d'usage d'accorder un titre posthume aux poètes exceptionnels, cet honneur fut refusé à Bai par l'empereur. Cela suggère que ses poèmes sociopolitiques avaient finalement touché leur cible. (6)

Bai estimait que le but de la poésie, ou de tout écrit, était de promouvoir la justice sociale et la compréhension. Alley écrit qu'il "était convaincu que la fonction fondamentale de la poésie était didactique: informer la classe dirigeante de la condition du peuple" (6). Il ne considérait même pas son poème le plus célèbre, Le Chant des regrets éternels, comme l'un de ses meilleurs, car il traitait de la royauté et de la guerre plutôt que de la classe ouvrière et de sa lutte pour vivre dignement sous des gouvernements corrompus.

Le chant des regrets éternels est un récit romancé de l'histoire d'amour tragique de l'empereur Tang Xuanzong (r. de 712 à 756) et de la dame Yang. Lorsque la rébellion d'An Lushan éclata sous le règne de Xuanzong, la dame Yang et sa famille furent tenues pour responsables. Les commandants militaires de Xuanzong refusèrent d'aider à réprimer la rébellion à moins que Yang et sa famille ne soient exécutés, ce qui fut fait.

Dans le poème, cet événement est transposé à la dynastie Han (202 av. J.-C. - 220 apr. J.-C.) afin de le rendre plus romantique. L'histoire reste toutefois la même: l'empereur doit permettre que son véritable amour soit tué afin de gagner la guerre. Même si le poème aborde de nombreux thèmes régulièrement explorés par Bai, il traite de personnages et de situations plus nobles que ceux qu'il considérait comme ses meilleures œuvres.

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Lady Yang
Yang Guifei, Peinture Japonaise, 19ème s. (British Museum) The Trustees of the British Museum (Copyright)

Les poèmes de Bai Juyi ne sont pas tous tristes ou intenses, loin de là. Son court poème Sur la lecture des œuvres de Laozi est non seulement drôle, mais soulève également un excellent point. Le philosophe Laozi (également connu sous le nom de Lao-tzu) est célèbre pour sa phrase "Ceux qui parlent ne savent pas; ceux qui savent ne parlent pas." Et pourtant, il serait l'auteur duTao Te Ching, un ouvrage de 5 000 mots sur le taoïsme. Bai Juyi exprime dans ce poème ce que beaucoup de gens ont dû penser au fil des ans:


Laozi m'a dit

que ceux qui parlent ne savent

rien, tandis que ceux qui possèdent

savoir véritable se taisent;

les gens disent que Laozi

savait vraiment quelque chose; alors pourquoi

a-t-il écrit ces cinq mille mots?

Ses autres poèmes sont parfois des descriptions tranquilles d'une scène ou d'un paysage, des réflexions sur la famille et les amis ou sur le début d'un nouvel emploi, des images verbales de la vie de la classe ouvrière, ou simplement des observations sur la vie. Dans son poème Maisons hantées, il réfléchit à la stupidité des gens qui ont peur des maisons hantées, car "c'est l'homme qui crée les situations dangereuses, une maison en soi ne le peut pas" (Alley, 108). Les contemporains de Bai Juyi avaient une peur profonde des fantômes et des problèmes qu'ils pouvaient causer aux vivants. Bai Juyi allait à l'encontre de la tradition en critiquant la croyance aux fantômes et aux lieux hantés, tout comme il allait à l'encontre des coutumes dans presque tout ce qu'il faisait.

Le style poétique créé par Bai Juyi et partagé avec Yuan Zhen est devenu connu sous le nom de Yuanhe, une manière simple et directe d'écrire qui communique instantanément sans recourir à beaucoup de symbolisme ou d'allusions. Ce style a influencé à des degrés divers tous les poètes qui lui ont succédé et a eu un grand impact sur la littérature japonaise. Le Dit du Genji, grand roman classique japonais écrit par Dame Murasaki Shikibu, cite à plusieurs reprises l'œuvre de Bai Juyi et son style correspond également au sien. Cependant, le plus grand héritage de Bai ne réside pas seulement dans la création d'un style poétique important et influent, mais aussi dans le fait d'avoir permis aux poètes d'écrire sur la vie réelle telle qu'ils la voyaient, plutôt que sur la vie telle que les gens voulaient ou souhaitaient qu'elle soit.

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Questions & Réponses

Qui était Bai Juyi?

Bai Juyi était l'un des plus grands poètes chinois de la dynastie Tang.

Pourquoi Bai Juyi est-il célèbre?

Bai Juyi est célèbre pour son poème "Le chant des regrets éternels", qui est devenu un best-seller lors de sa publication vers 806 et reste populaire aujourd'hui.

Pourquoi l'œuvre de Bai Juyi était-elle si populaire?

Les œuvres de Bai Juyi étaient populaires car, contrairement aux autres poètes de son époque, il écrivait dans un style simple accessible aux lecteurs de toutes les classes sociales et de tous les niveaux d'éducation. Il publiait et distribuait également ses propres œuvres dans plus d'éditions que ses contemporains.

Comment Bai Juyi est-il mort?

Bai Juyi est mort de causes naturelles en 846 à l'âge de 75 ans après avoir été victime d'un accident vasculaire cérébral en 839.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Emily Mark
Emily Mark a étudié l'histoire et la philosophie à l'Université de Tianjin, Chine, et l'anglais à SUNY New Paltz, NY. Elle a publié des essais historiques et de la poésie. Ses premiers récits de voyage ont été publiés dans le magazine Timeless Travels.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, E. (2025, août 23). Bai Juyi. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14616/bai-juyi/

Style Chicago

Mark, Emily. "Bai Juyi." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, août 23, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14616/bai-juyi/.

Style MLA

Mark, Emily. "Bai Juyi." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 23 août 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14616/bai-juyi/.

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