Dit du Genji

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Priscilia Barbuti
publié le 10 avril 2017
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Disponible dans ces autres langues: anglais, Turc
Genji Viewing Snow from a Balcony (by Kunichika Toyohara, Public Domain)
Genji observe la neige depuis son balcon
Kunichika Toyohara (Public Domain)

Le "Dit du Genji", ou Genji Monogatari, rédigé au XIe siècle par Murasaki Shikibu, dame de la cour, est considéré comme le plus ancien roman du Japon et probablement le premier roman de l'histoire. Devenue le plus grand classique de la littérature japonaise, l'oeuvre, qui relate la vie et les amours du prince Genji, est célèbre pour la profondeur de ses personnages et sa vivante description de la vie à la cour impériale japonaise. Le récit évoque la "mélancolie devant la beauté éphémère des choses" à plus de mille reprises et a considérablement influencé la littérature et la pensée nipponne depuis sa parution. Le " Dit du Genji " est aujourd'hui encore régulièrement traduit en japonais moderne, et son emprise sur imaginaire national
ne semble pas près de faiblir.

Murasaki Shikibu

L'auteur de l'ouvrage est présumé être une dame de la cour impériale nommée Murasaki Shikibu. Celle-ci rédigea son œuvre sur plusieurs années et l'acheva vers 1020, durant la période Heian (794-1185). Murasaki est aussi connue sous le nom de Tō-Shikibu. Murasaki était un surnom et shikibu qui fait référence au "ministère des cérémonies", évoque à la fonction de son père, à une époque où il était courant de désigner une jeune fille par le titre de son parent. Elle était membre du clan Fujiwara. On estime qu'elle vit le jour vers 973 et qu'elle mourut après 1013, date à laquelle son nom est mentionné pour la dernière fois dans des registres de cour. On sait peu de choses sur sa vie, si ce n'est que son père, Fujiwara no Tametoki, était un gouverneur de province, et qu'elle se maria à un autre membre du clan, Fujiwara no Nobutaka, avec qui elle eut une fille, Daini no Sammi. Au décès de son époux en 1001, Murasaki devint dame de compagnie (nyōbō) de l'impératrice Akiko (aussi appelée Shōshi), et manifesta un réel talent pour les arts, en particulier pour la calligraphie, la musique (koto), la peinture et la poésie. Outre son roman, d'autres de ses œuvres nous sont parvenues, dont des poèmes et son journal intime.

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Genji Monogatari

Le roman met en scène la vie à la cour impériale japonaise, avec son protocole et ses intrigues, et, surtout, le personnage central du prince Genji.

Le titre japonais Genji Monogatari peut être traduit par "Le Dit du Prince Genji". L’ouvrage comporte 54 chapitres pour un total de 750 000 mots, bien que quelques experts considèrent les 13 derniers chapitres comme un ajout ultérieur, dû principalement au fait que le récit ne concerne alors plus Genji mais son fils, Kaoru, et adopte un style plus sombre. Les spécialistes ne s'accordent pas non plus totalement sur l'ordre des chapitres, dans la mesure où nombre d'entre eux semblent avoir été insérés ultérieurement par l'auteur et où plusieurs constituent des chapitres parallèles (ou narabi no maki), dans lesquels les faits se produisent non pas après, mais en même temps que les événements décrits dans les chapitres "principaux" (hon no maki) qui les précèdent.

Le roman dépeint la vie à la cour impériale japonaise, avec son protocole et ses intrigues, et, plus encore, il met en scène le personnage central du prince Genji, véritable gentilhomme par son apparence et ses actes. Ses relations, ses amours et son passage de l'adolescence à l'âge mûr sont saisis par l'écriture adroite de Murasaki, qui allie dans une même mesure romantisme et réalisme pour offrir une approche intemporelle des relations humaines et de la nature éphémère de toute chose. Le résumé suivant souligne la contribution du Genji Monogatari à la littérature mondiale :

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Les "romans" plus anciens se rapprochaient davantage des contes de fées, ou bien se voulaient réalistes sans pour autant rendre compte de la complexité des personnages et de la capacité de ces derniers à évoluer. Le livre de Murasaki Shikibu, bien qu'il relève de la fiction, est, dans ses descriptions et sa dimension psychologique, fidèle à la vie. Il traite de la société telle qu'elle était, et des individus tels qu'ils étaient. Cette femme remarquable a su faire du roman un véritable genre littéraire. (Mason, 96)

Par ses propres mots, Murasaki évoque cette révélation :

Mais j'ai ma propre théorie sur ce qu'est cet art du roman... Il naît lorsque l'expérience que le conteur a des hommes et des choses, bonne ou mauvaise - pas seulement de ce qu'il a personnellement vécu, mais aussi d'événements dont il a simplement été témoin ou dont on lui a parlé - fait naître en lui un sentiment si passionné qu'il lui est impossible de le garder enfoui. Souvent, quelque chose dans sa propre vie ou dans celle de son entourage semblera si important aux yeux de l'écrivain qu'il ne pourra supporter de le voir sombrer dans l'oubli. (Mason, 96)

L'ouvrage est rédigé dans un style connu pour sa complexité, marqué par de nombreuses ambiguïtés poétiques et plus de 800 poèmes insérés, mais il remporta un succès immédiat et se forgea rapidement une réputation de classique intemporel. Il fut par la suite lu, étudié, mentionné, abondamment cité et copié dans d'innombrables œuvres littéraires et théâtrales japonaises. De superbes éditions furent élaborées, incluant des illustrations peintes en marge de la calligraphie, véritable art en soi. Les plus anciens rouleaux de peinture (onna-e) du Japon, et certains diraient les plus beaux, regroupent 19 illustrations (de 21,8 cm de haut chacune) d'une édition condensée du Genji Monagatari qui auraient été peintes dans les années 1120 ou 1130.

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Scene from the Tale of Genji
Scène tirée du Dit du Genji
James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

Le Dit du Genji : résumé de l'oeuvre

Première partie

Le Dit du Genji relate la vie du prince Genji et de ses descendants sur une période d'environ 70 ans. L'histoire se déroule durant l'âge d'or de la période Heian, sous le règne de l'empereur Daigo, de 897 à 930. Le prince Hikaru Genji est le fils d'un empereur mais ne figure pas dans la ligne de succession directe au trône. Bien qu'il s'agisse d'un personnage fictif, il existait à la cour impériale une personnalité semblable, Minamoto no Takaakira, dixième fils de l'empereur Daigo, que Murasaki et ses lecteurs auraient connu.

L'histoire commence avec la naissance de Genji et révèle que sa mère, Kiritsubo no Koi, occupe un statut inférieur à la cour et subit des abus de la part des autres épouses de l'empereur. Kiritsubo meurt alors que Genji n'a que trois ans. Un expert en divination venu de Corée prédit que si Genji venait à accéder au trône, le pays connaîtrait une catastrophe. L'empereur réagit à cette prophétie en faisant du prince roturier réondant au nom de Minamoto ou Genji. Toutefois, l'amour de l'empereur pour Genji permet à ce dernier de rester au palais royal.

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GENJI: "SI CE N'ÉTAIT PAS POUR DE VIEILLES ROMANCES TELLES QUE CELLE-CI, COMMENT FERIEZ-VOUS POUR SURVIVRE À CES LONGUES ET FASTIDIEUSES JOURNÉES, LORSQUE LE TEMPS S'ÉCOULE SI LENTEMENT ?" ( KEENE, 491).

L'empereur rencontre alors une femme, Fujitsubo, à l'apparence proche de celle de Kiritsubo, et l'invite à la cour où elle devient l'impératrice consort. Genji tombe éperdument amoureux de sa belle-mère mais, à l'âge de 12 ans, il épouse Aoi, de six ans son aînée. Envoûté par Fujitsubo, Genji voit son mariage échouer. Il entretient plusieurs liaisons, notamment avec une fille de basse extraction nommée Murasaki, qui lui rappelle Fujitsubo et qu'il épousera plus tard. Genji a deux fils, le premier, Yugiri, né d'Aoi, et le second, issu de son union avec sa belle-mère. Ce dernier, que l'empereur reconnaît comme son propre fil, deviendra le futur empereur Reizei. . Si Genji éprouve de la honte quant à sa liaison avec Fujitsubo, il se voit accorder l'honneur d'un rang égal à celui d'un empereur retraité par Reizei, lorsque celui-ci découvre l'identité de son vrai père. Une distinction accordée en guise réparation pour l'exil subi à Suma (où Genjji entretint une liaison avec Dame d’Akashi, fille de l'ancien gouverneur).

Genji et Dame Rokujo : "Enfin, la nuit s'acheva dans une aube qui semblait avoir été façonnée pour leur plus grand plaisir. 'Triste est toute séparation à la lueur rouge de l'aube ; mais jamais, depuis le commencement du monde, le jour n'a brillé de façon aussi tragique dans le ciel d'automne', et alors qu'il récitait ces vers, accablé par l'idée de la quitter, il resta debout, hésitant, et plaça tendrement la main de la dame dans la sienne." (Keene, 499)

Deuxième partie

LES FLEURS D'AUTOMNE FANAIENT; PARMI LES ROSEAUX LE LONG DE LA RIVIÈRE, LES VOIX STRIDENTES DES INNOMBRABLES INSECTES SE MÊLAIENT AUX SIFFLEMENTS LUGUBRES DU VENT DANS LES PINS. (KEENE, 498)

L'empereur Suzaku, désormais retiré et soucieux de l'avenir de sa troisième fille, demande à Genji de l'épouser. Le jeune homme, dont la première femme, Aoi, est morte en couches par la volonté maléfique d'une ancienne maîtresse, Lady Rokujo, accède à cette demande. Cependant, la fille en question est aussi la nièce de Fujitsubo. Murasaki, autre épouse de Genji, se montre jalouse en dépit les explications données par le jeune homme pour justifier ses actes et la réitération de ses sentiments pour elle, son véritable amour. Malgré tout, Murasaki exprime le désir de devenir religieuse avant de finalement succomber à la maladie. Pendant ce temps, la princesse entame une liaison avec Kashiwagi, le fils de To no Chujo, meilleur ami de Genji. Ce dernier est alors contraint d'acceuillir Kaoru, l'enfant issu de cette liaison adultère, au sein de son foyer.

Troisième partie

La dernière partie du livre, qui comprend 10 chapitres souvent désignés sous le nom de "chapitres d'Uji" (le lieu où se situe cette partie de l'histoire), se déroule après la mort de Genji et relate les troubles et les intrigues qui agitent ses descendants, en particulier Kaoru, son fils, et Niou, son petit-fils. Ces derniers, après avoir badiné avec deux princesses, Oigimi et Nakanokimi, tombent tous deux amoureux de la même femme, Ukifune, demi-sœur desdites princesses. Les deux hommes font pâle figure en comparaison du personnage exceptionnel de Genji. Ukifune, piégée dans une situation impossible, tente de se suicider mais échoue et se fait religieuse, refusant de revoir ceux qui furent ses amants. Ainsi s'achève le récit.

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Traducteur

Priscilia Barbuti
Passionnée d'art, d'histoire et de science depuis toujours, j'ai fait le choix d'étudier l'archéologie avant de m'orienter vers le domaine des technologies 3D et considère comme essentielle la diffusion des savoirs auprès du plus grand nombre.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2017, avril 10). Dit du Genji [Tale of Genji]. (P. Barbuti, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15887/dit-du-genji/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Dit du Genji." Traduit par Priscilia Barbuti. World History Encyclopedia. modifié le avril 10, 2017. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15887/dit-du-genji/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Dit du Genji." Traduit par Priscilia Barbuti. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 10 avril 2017. Web. 06 déc. 2022.

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